‹ Anne de GravilleChapitre 94 sur 154 · Villeroy · texte numérisé non relu

Villeroy

la ville à sa disposition. François refusait, au surplus, de prendre cet engagement par écrit, alléguant (l'édifiant scrupule !) que « semblable obligation escritte ne pouvoit apporter plus de seureté que la parole et foy d'un homme d'honneur » 1.

Ce marchandage (on en trouvera le détail dans les Mémoires de Villeroy) aboutit après la journée des Barricades. Henri III avait dû s'enfuir de Paris le 13 mai 1588, et il devenait indispensable pour lui de s'assurer d'Orléans, comme d'un lieu de retraite possible. Aussi finit-il par céder aux exigences des Balsac et par leur accorder tout ce qu'ils demandaient. Moyennant quoi François de Balsac lui envoya, le 27 juillet, sa « promesse de fidélité » 2. Dès le 15, à vrai dire, le roi s'était laissé arracher le fameux édit d'Union ; et des articles secrets de cet édit stipulaient la cession à la Ligue victorieuse de diverses places de sûreté, parmi lesquelles Orléans. En traitant avec les Balsac, désormais acquis à sa cause, Henri III avait annulé par avance, en lui retirant toute sa valeur, l'apparente concession faite à la Ligue.

Cette question d'Orléans fut de celles qui, peu après, quand s'ouvrirent les Etats de Blois (octobre), achevèrent d'exaspérer Henri III contre Guise. Le duc n'ignorait pas que les Balsac eussent changé de camp. Vers le milieu d'octobre, François Colas, seigneur des Francs, l'un des échevins d'Orléans,

1. Villeroy. — Nous allons voir dans un instant que François de Balsac finit par se décider à écrire.

2. Bibl. nat., Dossiers bleus, 54, fol. 68; et Villeroy, Mémoires.

ENTRAGUET 205

était venu le prévenir qu'ils le trahissaient1. Aussi tenait-il essentiellement à ce que le gouvernement de la ville leur fût retiré. Le roi, par contre, qui les avait achetés, ne tenait pas moins à les y maintenir. Il y eut entre Henri III et le duc uue vive altercation à ce sujet, au cours de laquelle ce dernier déclara impérieusement qu'Orléans avait été cédée à l'Union comme ville de sûreté, et « qu'il sauroit bien la conserver » 2. Ce mot blessa profondément le roi. Il y avait beau temps qu'il détestait Guise ; et, depuis la journée des Barricades, son ressentiment s'était tourné en haine. Mais peut-être eût-il reculé devant l'idée du meurtre, si les humiliations quotidiennes que le duc lui infligeait ne l'eussent poussé à bout. La querelle à propos d'Orléans fut une de ces humiliations ; et les Balsac, dont le revirement en fournit le sujet, se trouveraient par là seul mêlés au drame de Blois. Nous allons les y voir intervenir plus directement.

Ce drame 3, il n'y a lieu de le raconter ici qu'au point de vue du rôle qu'ils y jouèrent. Un rôle passif, au moins en ce qui touche la perpétration de l'assassinat : néanmoins, le rôle de complices.

1. P. de Vaissière, De quelques assassins. Paris, Émile-Paul, 1912, p. 229.

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