Le Père nourricier des pauvres
Nous avons reçu la lettre suivante le 14 février 1807. Elle nous est adressée par uue sœur de Saint-Charles :
« L'année passée, un miracle opéré par saint Joseph, en laveur de notre pauvre ouvroir, le dernier jour du mois qui lui est consacré, a été cause de notre abonnement au Propagateur.
» Voici, en quelques mots, le récit de ce miracle. Le Vendredi-Saint, veille du dernier jour de mars, notre sœur chargée de la dépense s'aperçoit qu'il n'y s plus de vin ; elle appelle un ouvrier qui se trouve à la maison, pour s'assurer qu'elle M M trompe pas et pour tâcher
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de tirer œ$e% de vin pour passer la journée; mais cet homme lui dit : Votre tonneau est vide; il ne peut plus rien vous donner.
» Le lendemain seulement j'en suis avertie, et trop tard pour en acheter et le rentrer le même jour, puisque c'était le Samedi-Saint.
i Te m'en suis procuré un peu pour passer les fêtes de Pâques, et le lendemain j'en ai acheté pour remplir les deux seuls tonneaux qui se trouvaient dans la cave.
« Mais avant de porter le vin, me dit mon marchand, il faut que je m'assure 'si vos futailles sont en bon état. » Il vient donc les visiter, ainsi que deux autres personnes de sa maison ; mais voilà que quand il a voulu soulever le tonneau pour le sortir, il éprouve de la résistance. Je m'aperçois de cela; je vais pour l'aider; c'est qu'en effet le tonneau était presque plein. Jugez, mon révérend père, de ma surprise.
a Je fais visiter le second tonneau, en disant : « Dans celui-ci, vous ne trouverez qu'un fond de vinaigre, car le tonneau est gâté. » On l'ouvre ; le vin coule très- fort, contre mon attente; il est excellent et n'a pas le moindre mauvais goût; il a été clair jusqu'à la dernière goutte. « Oh ! pour cette fois, me dit mon marchand, vous irez au paradis, car vous faites des miracles. »
» Moi, toute confuse de n'avoir pas visité la cave avant d'acheter du vin, je ne savais que répondre! je ne pensais ni au miracle, ni à saint Joseph !
r> Mais à peine ai-je été remise de ma confusion, que j "ouvre les yeux, ainsi que toutes nos sœurs; nous nous sommes dit : « Nos enfants, presque toutes pauvres orphelines, ont si bien prié saint Joseph, surtout pendant les derniers neuf jours de son mois, que ce bon Père ne peut être sourd à tant de supplications. »
» Elles avaient ajouté aux prières des bonnes œuvres, et tous les jours elles les marquaient sur une feuille déposée pour cet effet aux pieds de saint Joseph. Nous nous sommes donc écriées : « C'est saint Joseph qui nous protège. » Nous l'avions invoqué pour qu'il nous vînt en aide dans notre pauvreté ; car notre ouvroir n'était pas fondé; nous n'avons, pour suffire à tout, que notre travail journalier.
» D'après le calcul du contenu des tonneaux, en face «le la consommation journalière, ils devaient être réellement vides. Ceci a été attesté par des ecclésiastiques et d'autres personnes dianes de foi. »