‹ Année misericordieuse de saint JosephChapitre 184 sur 315 · Saint Joseph aime qu'on amuse les jeunes gens · texte numérisé non relu

Saint Joseph aime qu'on amuse les jeunes gens

Joseph de Maistre a dit une parole pleine de bon sens pratique : 11 faut amuser les jeunes gens pour qu'ils ne s'amusent pas eux-mêmes. Il est certain qu'on ne peut pas exiger des adolescents une vie trop austère ; en se montrant trop sévère, on les éloignerait de la vertu au lieu de la leur faire aimer. La piété catholique n'a pas l'orgueilleuse austérité des sectes puritaines; elle entend mieux l'homme et n'exige pas de lui un farouche renoncement au monde, à ses usages, à ses devoirs ; elle s'accorde même, dans une certaine mesure, avec ses délassements et ses plaisirs. A la vérité, c'est une chose délicate et difficile que cet accord dans la pratique de la vie chrétienne ; mais c'est en cela précisément qu'éclate la supériorité de l'Eglise catholique, qui sait faire la part des convenances sociales, sans détriment aucun pour les principes chrétiens.

Une mère pieuse écrivait à ses enfants ces paroles touchantes : « Vous pouvez jouir des plaisirs innocents de la vie ; mais s'ils absorbaient tout votre temps, s'ils vous éloignaient des pensées et des pratiques de la reli-

gion, ils devieud raient des péchés.... Accomplissez exactement et de cœur vos devoirs envers Dieu ; le ciel vous sera assuré, et vos plaisirs sur la terre seront innocents. »

Eclairés par les événements, des prêtres zélés, de concert avec des chrétiens distingués, s'occupent beaucoup aujourd'hui des classes ouvrières et de la jeunesse des écoles. On avait, hélas 1 il faut en convenir, trop négligé l'apostolat des hommes. Grâce à Dieu, on a créé dans la plupart des grandes villes des Cercles catholiques pour les ouvriers, les militaires et les étudiants.

On comprend facilement que tout cela ne se fait pas sans de grands frais; d'un autre côté, les jeunes gens ne sont pas trop surchargés de monnaie. Comment pourvoir alors à toutes les dépenses? Rien de plus simple; on a recours à saint Joseph dans les nécessités extraordinaires, et ce bon Patriarche, ami de la jeunesse, à la protection duquel les mères n'ont pas manqué de recommander leurs enfants au moment d'une séparation qui ne les laissait pas sans inquiétude, condescend toujours aux désirs de ses jeunes serviteurs.

Voici un trait de la protection de saint Joseph dans lequel la Providence se montre d'une manière bien touchante. Un de nos confrères, de la résidence de Paris, nous l'a raconté lui-même dernièrement. Nous le laisserons parler, sans rapporter toutefois ses propres expressions, car nous n'avions pris que des notes :

« Je venais de faire donner une brillante soirée à mes jeunes gens; plusieurs artistes célèbres avaient été invités; j'avais fait le programme sans consulter ma caisse, comptant bien, il faut le dire, sur Le secours du bon saint Joseph, qui ne m'a jamais fait défaut. Quand le moment de régler les dépenses tut venu, je ne Laissai pas que d'être un peu embarrassé, en voyant que L'état

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de mes tinances se réduisait à peu près à zéro. Je pris mon bréviaire et j'allai réciter mon office dans l'allée de notre jardin, où se trouve une vieille statue de notre auguste Patriarche, entre les bras duquel repose en paix le divin Enfant Jésus. De temps en temps, mes yeux se reportaient sur le Père adoptif du Sauveur, et j'aimais à me rappeler ces paroles, que l'Eglise met dans la bouche du Verbe incarné : « Adressez-vous à Joseph. »

» Dans la soirée, une dame d'un certain âge, que je ne connaissais pas, me fit appeler au parloir. « Mon Père, me dit-elle, j'ai appris que vous aviez donné une belle fête aux jeunes gens du Cercle catholique. C'est une œuvre qui doit être bien chère au cœur de Jésus. Ce matin, en ouvrant un des tiroirs de mon secrétaire, j'ai pris, sans compter, tout l'argent qu'il renfermait, afin de contribuer pour ma part à ce que j'appellerais volontiers un apostolat intelligent. Mais voilà que, au moment où j'entrais dans ma voiture, la cuisinière me présente une facture ; pour ne pas remonter dans ma chambre, je pris sur l'argent qui vous était destiné, me promettant d'ailleurs de vous le rendre. Comptez, mon Père, ajouta-t-elle, et voyez ce qu'il vous manque. » Quel ne fut pas mon étonnement, dit le Père Dulong, en voyant que la facture était venue bien à propos, afin de retrancher de la somme ce qu'il y avait de trop pour solder mes dépenses. En effet, après avoir compté cet argent, offert si généreusement, je trouvai juste, à un centime près, ce qu'il me fallait pour payer mes dettes. Inutile de vous dire combien je fus touché, en voyant cette attention de la Providence ; et la noble chrétienne qui avait été son instrument, partagea mon émotion. »

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