Trait de la protection de saint Joseph, â Paris même
Paris, le 14 avril 1879.
Depuis très-longtemps, j'ai une confiance et une dévotion bien grandes envers mon bon saint Joseph, que depuis longtemps j'ai choisi pour patron. J'ai reçu de sa part les meilleures consolations; mais cette année surtout, j'ai été tout spécialement l'objet de ses prédilections ; le mois de mars a été pour moi un mois béni entre tous. Arrivée à Paris depuis fort peu de temps, (trois mois) dans une situation des plus précaires et surtout des plus incertaines, j'hésitais, je tremblais d'effroi à la pensée de me sentir si seule dans cette vaste capitale. Dans ma peine, j'eus recours à la sainte Vierge d'abord, ma Mère bien-aimée ; mais je n'oubliais pas non plus mon saint Protecteur et je lui demandais, avec instance, toute sa protection. Je réussis, mon père. Saint Joseph accueillit mes prières, et le mois de mars a été signalé par des grâces spirituelles toutes spéciales; mais dans les temporelles, il s'est surpassé. Au bout de trois mois d'installation, installation difficile, ardue et presque irréalisable avec mes plus que modestes ressources je gagnais, dans le mois de mars, cinq cent cinquante francs, et de plus une pensionnaire assurée pour le \ o avril, à quatre-vingts francs par mois, plus un autre
idem, à cent Moquante francs par mois, et travaillant pour ma maison. Et en général, mon père, dans ma position, il est fort difficile, pour ne pas dire impossible, de se créer une clientèle ou au moins des g.iins aussi grands en si peu de temps. Mais je n'ai pas épargné les cierges, les prières et les neuvaines pour mon bien-aimé patron qui a bien voulu se montrer le père et le protecteur do la veuve qui avait mis toute sa confiance en lui. Depuis ces grâces signalées, des bouquets ec une lampe brillent jour et nuit devant sa statue, faisant un des plus beaux ornements de mon petit appartement.
Agréez, etc. Veuve Du val.
11 nous paraît utile de faire suivre cette lettre de quelques réflexions. Le pouvoir de saint Joseph éclate d'une manière d'autant plus merveilleuse à l'endroit de de sa fidèle servante, qu'il n'en est pas de même pour la plupart de ceux qui quittent la province pour venir faire fortune à Paris. Hélas! la plupart commencent par y perdre la pureté de l'àme et la joie du cœur qui sont bientôt suivies d'une ruine totale et d'une misère extrême. Si on était tenté de nous accuser d'exagération, qu'on lise les paroles suivantes du vénéré curé de Saint-Sulpice, dont les aumônes étaient la ressource de tant de pauvres dévoyés.
Plusieurs des habitante de la province sont persuadés que le séjour de Paris est plus agréable et pins lucratif. C'est une grande erreur. Voici ce qu'écrivait, môme en plein Empire, le vénérable M. llamon, curé de Saint- Sulpice, dans un des bons quartiers <lc la capitale :
« Je suis au milieu de toutes les misères humaines.. « Vendredi dernier, il m'a fallu payer huit cents francs pour des lits fournis à des gens qui Douchaient parterre.
» Tous les jours ce sont des scènes nouvelles : des gens sans asile et sans pain, de petits enfants délaissés, de jeunes filles dans la rue ; el ce qui est plus commun, des femmes chassées par leurs maris ou des maris abandonnés de leurs femmes. La semaine dernière, j'ai reçu deux dames de haut parage réduites à cette extrémité ; elles avaient pourtant en main leurs titres de noblesse.
» Il ne se passe pas de jour que je ne voie couler des larmes en abondance. Hélas! que de misères dans ce Paris, où l'on dépense tant d'argent inutilement! »
14» — La confiance récompensée.
Nos lecteurs connaissent la confiance des Filles de la Charité en saint Joseph; nous leur en avons cité un grand nombre de preuves. Quand elles ont besoin de ressources pour leurs bonnes œuvres, le virginal Epoux de Marie est immédiatement prié de venir au secours des pauvres, les meilleurs amis de Jésus. Saint Joseph et Notre-Dame s'empressent d'exaucer leurs vœux.
Nous lisons dans la Semaine du Mans :
« Une bonne Sœur de saint Vincent de Paul nous raconte le fait suivant, dont elle a été témoin. La bonne Mère, chargée d'un orphelinat et d'une maison de retraite de vieillards, avait à payer une lourde échéance : trois mille francs, et la caisse était vide ! — Les Filles de saint Vincent de Paul sont coutumières du fait. — Elle appelle Sœur Montalembert : « Allez, lui dit-elle, prier à Notre-Dame des Victoires. » La Sœur partit avec une de ses compagnes. Elle n'avait pas quitté l'autel, qu'un inconnu lui remet un pli, avec ces mots : « Pour votre supérieure. » En rentrant à la communauté, on ouvrit
la mystérieuse enveloppe. Elle contenait trois billets de mille francs. »