Une date bénie
« Depuis dix-huit mois, j'étais en proie à d'horribles souffrances. J'éprouvais constamment de si violentes coliques, que je n'avais presque de repos ni jour, ni nuit. J'étais incapable de faire le plus léger travail. Mes parents crurent au prime-abord que j'étais atteinte du choléra ; mais la ténacité de mes douleurs les convainquirent bien vite du contraire. J'étais obligée de me tenir courbée, et, dans le fort de mes tourments, je ne trouvai de soulagement qu'en me roulant sur le plancher de ma chambre. On épuisa tous les remèdes, et le médecin était à bout de tous ses médicaments, qui tous me furent inutiles. On était obligé de me tenir debout à force de bras pour me faire prendre quelque légère nourriture durant les interstices de la maladie. Je mangeais sans goût et sans appétit. J'étais dans un état désespérant et réduite à une telle extrémité, qu'on comptait sur une un prochaine. J'étais résolue à endurer toutes les souffrances à la fois, si Dieu l'eût voulu, pour la délivrance du Saint-Père et le triomphe de l'Eglise. Néanmoins, lorsque mes maux étaient excessifs, leur pointe aiguë m'arrachait le désir d'en être délivrée. J'avais alors recours à saint Joseph, en le priant d'agir auprès de son Fils adoptif conformément à sa divine volonté, et non selon la mienne. On lui avait adressé de nombreuses neuvaines, auxquelles je ne participais que par l'offrande de mes tourments et par une entière soumission aux ordres du Ciel. Celle qui se commença avec le mois qui lui est consacré détruisit, avec l'espoir de guérison, toute espérance de soulagement, même inter-
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mittent. A peine fut-elle achevée, qu'on se mit à en faire une dernière pour la terminer le jour de la fête du patron de l'Eglise universelle.
» Pendant les neuf jours, je ressentis un tel surcroit de douleurs, que j'entendais dire à nies côtés que toutes les maladies s'étaient donné rendez-vous dans ma personne; que le 19 mars serait la date de ma guérison, ou celle de la fin de mon exil et de mon supplice. En effet, ce glorieux jour changea les phases d'une amère tristesse en larmes d'une vive allégresse, d'autant plus douces qu'elles étaient inespérées. Ce jour qui, selon toutes les prévisions humaines, devait être celui d'un cortège funèbre, fut celui d'une fête inattendue.
» Vers minuit, comme on me croyait à l'agonie, on faisait l'heure sainte auprès de moi en recommandation de l'âme. Je fus tout à coup réveillée du sommeil de la mort, et fus guérie sans savoir comment. Je me levai en un instant. On crut à une illusion, et on se regardait tout consterné ; on s'attendait à la dernière convulsion ; on me soutenait comme à l'ordinaire, et ce ne fut que sur mes instances qu'on me relâcha. Je passai le restant de la nuit en actions de grâces, et dès l'aurore, je me transportai à l'église pour remercier mon céleste médecin, et me préparer à recevoir la sainte communion, dont j'étais privée depuis huit mois. Gloire, amour et reconnaissance à saint Joseph 1 Depui moment, je n'ai plus ressenti aucune indisposition quelconque. Je me suis remise au travail , comme si je n'avais jamais été malade, Puisse ce récit inspirer 'l'1 la confiance au pouvoir de saint Joseph, avocat des causes désespérées e1 des malades abandonnés!
ANNtili S. J-