Vertu du saint sacrifice
M. le curé de Crespin, diocèse de Cambrai, nous adressa la lettre suivante, en date du H mai 1877 :
« Je crois vous être agréable en vous adressant le récit d'une guérison obtenue dans ma paroisse par l'intercession de saint Joseph, laissant à votre sagesse déjuger si elle mérite d'être racontée aux pieux lecteurs du Propagateur.
» Une jeune fille de dix-neuf ans, nommée Augustine Trescat, d'une modeste famille de cultivateurs foncièrement chrétienne , était malade depuis cinq ans. Elle souffrait d'abord d'une gastralgie qui, depuis plusieurs années, lui faisait rejeter tous les aliments qu'elle venait de prendre. Elle en était réduite à un état de faiblesse extrême. De grands désordres existaient aussi dans la région du cœur. Le sang, ne circulant plus qu'imparfaitement, lui occasionnait des syncopes qui avaient fini par être si longues et si fréquentes, qu'à peine avait-elle, à de longs intervalles, une minute ou deux de lucidité. Son père m'a souvent répété que ces courts instants de lucidité, additionnés ensemble, faisaient à peine une heure sur vingt-quatre. Elle était dans cet état depuis le mois d'octobre dernier. Sa faiblesse était devenue telle, qu'elle ne pouvait plus faire entendre un son de voix, ni articuler un mot, ni porter la main à la bouche. Depuis longtemps déjà, le médecin l'avait condamnée et avait même presque entièrement cessé ses visites, après avoir prévenu ses parents qu'il n'y. avait plus de guérison et qu'ils devaient s'attendre, de jour en jour, à la trouver morte à la suite d'une syncope.
» Augustinc, sachant qu'elle était perdue, avait d'ellemême demandé les derniers sacrements, qu'elle reçut avec les sentiments les plus édifiants de foi et de résignation à la sainte volonté de Dieu. C'est alors qu'elle fit à ses parents, à ses compagnes, à moi-môme, ses dernières recommandations, toutes dictées par les plus beaux sentiments de foi, et sans jamais laisser échapper le moindre mot de plainte ou de regret.
> C'est aussi avec cette belle et édifiante résignation chrétienne, que son père et sa mère faisaient à Dieu le sacrifice de leur fille. Par surcroît d'épreuve, le père tomba lui-môme gravement malade en décembre 1875, et reçut les derniers sacrements. Dans ses douloureuses circonstances, à ceux qui déploraient ses malheurs, il faisait toujours celte réponse : « Je ne me plains pas: Dieu le veut ! »
» Toujours guidés par des pensées de foi et de résignation, ces bons et pieux parents firent des neuvaines à Notre-Dame de Lourdes et me prièrent plusieurs fois d'ofïïir le saint sacrifice à cette intention, non pas tant pour demander la guérison de leur fille, qu'ils n'espéraient plus, que pour la recommander à Dieu, par l'intercession de la sainte Vierge.
» Vint le mois de saint Joseph, pendant lequel nous faisons à l'église de pieux exercices en son honneur, au milieu d'un concours nombreux de fidèles des deux sexes. Les parents d'Augustine ne manquèrent pas d'y venir prier régulièrement pour leur jeune malade. Chaque soir je voyais ai river le père avec ses deux autres enfants, et rien ne peint mieux leur confiance et la naïveté de leur foi que cette parole de la plus jeune fille a sa mère : « Mère, si tu savais comme je prie saint Joseph de bon cœur! comme il y a beaucoup de monde
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à l'église, je me lève sur la pointe des pieds, afin que saint Joseph me voie bien.
» Le 19 mars, Augustine souffrit plus que de coutume. Elle ressentit par tout le corps, et surtout au cœur, des douleurs inconnues pour elle jusque-là et si aiguës, qu'elles lui arrachaient des gémissements qui firent croire qu'elle allait expirer. Elle souffrit ainsi toute la journée; mais le soir, à peu près à l'heure où se faisait l'exercice du mois de saint Joseph, elle s'endormit d'un sommeil paisible et ne s'éveilla pas de toute la nuit.
» Le lendemain matin, tandis que ses parents arrangeaient sa chambre, une voix haute et ferme, comme celle d'une personne bien portante, se fait entendre et dit : « Je suis guérie... prions... » Ils regardent... 0 surprise ! Augustine était agenouillée sur son lit, les mains jointes, et priant.
» Tous se mettent à bénir Dieu avec elle, et, leur prière terminée, la malade répète de nouveau : « Je suis guérie... donnez-moi à manger. »
« La guérison , en effet , avait été aussi complète qu'instantanée, car depuis lors elle parla et mangea; elle n'eut plus ni extinctions de voix, ni vomissements, ni syncopes, ni palpitations. Elle reçut ce jour-là plus de cent visites, causant avec tous à haute voix sans éprouver la moindre fatigue. Dès lors elle prit toutes sortes d'aliments qu'elle digéra sans la moindre gêne et ne tarda pas ù vaquer aux affaires de son ménage et à venir à l'église.
» Je me suis abstenu de juger le fait, mais il n'y eut qu'une voix dans toute ma paroisse : C'est an miracle de iaint Joseph!
» Tel est le fait dont nous avons été témoins ; je l'ai
raconté dans toute sa simplicité et avec la plus scrupuleuse exactitude.
» J.-Bu' Margerin, » Curé de Crespin, diocèse de Cambrai. »