XVII. — FAMILLE DES AA LDANIENS Savigny
Genre ZSOCIRRUS Arwidsson.
Isocirrus Yungi Gravier.
(PISE Me MOI EPI SE ie TI 1e 0?) Ch. Gravier, Sur les espèces nouvelles de Polychètes provenant de la seconde expédition antarctique française (1908-1910), Bull. du Mus. d’'Hist. Nal., t. XVIT, 1911, po 14
M. le D' J. Liouville a recueilli à Petermann deux fragments de ce Maldanien : 1° la partie antérieure, comptant 18 sétigères, d'un individu :
? la partie postérieure d'un autre individu, comprenant 2 sétigères,
» segments préanaux dépourvus de soies et l'entonnoir préanal. Le tube
dans lequel vivait l'animal n’a pas été rapporté.
Le premier de ces fragments, avec ses 18 sétigères, à 6 centimètres de longueur ; la largeur, en aucun point, n'excède 3 millimètres. L'état de conservation laisse à désirer. La teinte générale est d'un jaune brun terne uniforme ; sur la face dorsale, la pigmentation est particulièrement intense sur le troisième sétigère:; on voit, sur ce même segment, des ‘angées {ransversales de petites saillies de coloration bleuâtre. Les aires glandulaires sont devenues tout à fait indistinctes.
Le prostomium, soudé au premier sétigère, n’est guère plûs long que le deuxième, qui est muni d’une collerette antérieure assez développée ; le troisième sétigère à également une collerette, mais plus réduite. Ce segment est beaucoup plus long que ceux qui le précèdent et aussi que chacun de ceux qui le suivent immédiatement. Les quatre derniers sétigères (du quinzième au dix-huitième) sont de beaucoup les plus développés. Le prostomium (PE IX, fig. 109) à un contour ovale, el sa surface est légèrement bombée ; plus large en arrière qu'en avant, il est coupé assez obliquement par rapport au plan de symétrie. La carène, peu saillante, se rétrécit un peu d'avant en arrière. De chaque côté de la carène, des bourrelets nucaux, qui n’atteignent pas le milieu du grand axe du prostomium, se recourbent en avant vers le limbe de facon à dessiner un crochet. Dans la moitié postérieure et déclive du prostomium, on voit quatre bourrelets transversaux arqués, à concavité lournée en avant, séparés par des sillons peu profonds. Le limbe est interrompu latéralement au niveau où s’arrètent les bourrelets nucaux; en arrière, 1l est découpé en lobes. Toute cette surface, sauf la partie antérieure de la carène, est couverte d'une pigmentation brune.
Aux trois premiers séligères, il existe un faisceau de soies capillaires etune rangée de crochets ventraux. Dans les segments antérieurs, ces crochets ne sont pas fixés sur une saillie de tégument : mais, d'avant en arrière, le tore sur lequel ils sont implantés devient de plus en plus proéminent. Les soies dorsales, toutes très longues et très saillantes, sont de deux sortes. La rangée antérieure est formée de soies limbées, d'un côté ou des deux, droites ou plus ou moins fortement coudées (PI. X, fig. 115); leur extrémité distale est étirée en une longue pointe
fréquemment brisée. Cette partie terminale grêle se montre, à un fort
grossissement, bordée des deux côtés par des sortes d’écailles emboitées les unes dans les autres (PL X, fig. 117). La partie principale, plus large, de la soie présente de fines stries longitudinales, très serrées les unes contre les autres (PI. X, fig. 116). La rangée postérieure se compose de nombreuses soies, en général plus ténues que les précédentes, mais montrant dans toute leur étendue la structure caractéristique de la région terminale de la soie du type précédent. La figure 118 (PI. X) représente une partie fortement grossie de l’une de ces soies, dont la longueur varie entre des limites assez grandes.
Quant aux crochets ventraux des trois premiers sétigères, 1ls ont la forme d'un puissant acicule droit, terminé en pointe mousse, s’élargissant beaucoup dans la partie profonde. La figure 119 (PI. X) estrelative au crochet aciculaire du troisième sétigère. Les autres segments sont armés d'une rangée de crochets d’un tout autre type (PI X, fig. 120). La partie du crochet extérieure au corps de l'animal se termine par une crosse dent, surmontée de quatre autres, de grandeur décroissant vers le sommet; les barbules, très nombreuses, insérées sur une saillie du crochet, entourent complètement la pointe de la grosse dent inférieure. Au-dessous de la surface du corps, se voit un renflement assez prononcé. La partie enfoncée dans les tissus est un peu arquée et diminue graduellement de largeur à partir de la surface.
Le second fragment de l'espèce étudiée ici est constitué par : 1° deux segments sétigères, avec la même armature au faisceau dorsal et au tore ventral; 2’cinq segments antéanaux, à chacun desquels on voit à droite et à gauche une saillie correspondant, comme position, au tore ventral, mais sans crochet aucun; 3° l'entonnoir périanal, qui est entouré de 25 cirres courts ; deux d’entre eux sont soudés dans leur région basilaire. Au centre de l’entonnoir, s'ouvre l'anus; la partie terminale du rectum, un peu dévaginée, fait saillie et présente des cannelures profondes. L'aspect rappelle de très près ce qu'Arwidsson (1) a figuré (Taf. I, fig. 106) pour le Leiochone borealis.
C'est au genre Clymene, au sens ancien et large du nom, qu'il faut
1) J. Arwipssox, Studien über die skandinavischen und arktischen Maldaniden nebst Zusammenstellung der übrigen bisher bekannten Artlen dieser Familie, Upsala, 1906.
rapporter le Maldanien décrit ci-dessus ; actuellement, il doit être rangé dans le genre /socirrus Arwidsson, dont Arwidsson a décrit une espèce : Isocirrus planiceps M. Sars (1). I ne se confond avec aucun de ceux qui sont connus dans la région antarctique : Clymene kerquelensis Mac Intosh ; Clymene assimilis Mac Intosh ; Clymene grossa Baird ; ni avec les formes septentrionales. On peut remarquer que les soies dorsales mentionnées plus haut ressemblent beaucoup à celles qu'Arwidsson a figurées pour le Vicomache lumbricalis Var. borealis (2) et pour le Petaloproctus tenus var. borealis (3). Je propose de donner le nom d’/socirrus Yungi à ce nouveau Maldanien, en l'honneur du PE. Yung, le savant et sympathique zoologiste de l'Université de Genève.
Au même genre /socirrus se rattachent un certain nombre d'espèces antérieurement décrites sous le nom de Clymene, et en particulier un
Maldanien du golfe de Tadjourah, que j'ai appelé C/ymene Watsoni (4).
Genre RHODINE Malmgren, Ebhlers char. emend.
Rhodine lovéni Malmgren.
(PI: IX, fig. 110-112; PI. X, fig. 114; PI. XI, fig. 133.)
Rhodine lovéni Malmgren, Nordiska hafs-annulater, Œfe. af Kong. Svensk. Velensk.-Akad.
Füôrhandl., 1865, p. 189.
— — Malmgren, Annulata Polychæta, Œfv. af Kong. Svensk. Velensk.-Akad. Fôrhandl., 1867, p. 209, Taf. XI, fig. 61.
— var, robustior Tauber, Annulata danica, I, 1879, p. 123.
— — Willey, Annelida Polychæta. Report on the Collections of nalural History made in the anlarclic regions during the Voyage of lhe « Southern Cross », 1902, p. 276, PI. XLVI, fig. 3-5.
— — Arwidsson, Studien über die scandinavischen und arktischen Maldaniden nebst Zusammenstellung der übrigen bisher bekannten Arten dieser Familie, Upsala, 1906, p. 64 ; Taf. II, fig. 39a-52 ; Taf. VIT, fig. 235-236 ; Taf. XI, fig. 346-347.
— antarctica Gravier, Annélides Polychètes Expédilion anltarclique française (1903- 1905), 1906, p. 39 ; PI. IV, fig. 33-37; fig. 24, dans le texte.
Ce Maldanien des régions septentrionales est représenté dans la
(1) J. Arwipssow, Studien über die skandinavischen und arktischen Maldaniden nebst Zusammenstellung der übrigen bisher bekannten Arten dieser Familie, Upsala, 1906, p. 137, Taf. II, fig. 98-107 ; Taf. VIII, fig. 276-280 ; Taf. XI, fig. 348-351.
(2) Id., Taf. VIII, fig. 249.
(3) Id., Taf. VIL, fig. 270.
(4) Cu. Gravier, Contribution à l'étude des Annélides Polychètes de la mer Rouge (Nouv. Arch. du Mus. d'Hist. natur., 4° série, t. VII, 1906, p. 198, PI. IL, fig. 214-216; fig. 367-370 dans le texte).
collection des Polychètes du « Pourquoi Pas? » par 6 exemplaires incomplets provenant de Petermann, où ils ont été trouvés à marée basse.
Le tube qui enveloppait complètement ou partiellement plusieurs de ces exemplaires est formé d’une couche mucilagineuse revêtue de grains de sable étroitement accolés, sans méats ; quelques-uns de ces grains, surtout au voisinage de l'extrémité antérieure, sont de taille plus considérable que la moyenne des autres.
Parmi les spécimens de la deuxième expédition antarctique francaise, lun des plus beaux, enroulé sur lui-même à la partie postérieure, a environ 8 centimètres de longueur, avec 18 segments sétigères. La région antérieure du corps, correspondant au prostomium soudé au premier sétigère, est pigmentée en bleu sombre uniforme, tant sur la face dorsale que sur la face ventrale. Le reste est d’un brun jaunâtre, qui n'est sans doute pas la couleur de l'animal à l’état vivant. Le prostomium présente une carène médiane très saillante, à contour arrondi en avant (PL IX, fig. 110 et 111), s’élargissant un peu dans sa partie moyenne et se continuant en arrière avec la face dorsale. De chaque côté de cette carène, on voit deux dépressions profondes en forme d’are à concavité tournée vers le dehors: ce sont les organes nucaux. En avant de ceux-ci et de la carène, est un bourrelet délimité par un sillon sensiblement parallèle au bord libre, et qui se poursuit en arrière jusqu'au niveau de l'orifice buecal. La face ventrale est aplatie; la bordure antérieure s'y montre tout aussi nette que sur la face opposée. La lèvre inférieure est profondément échancrée sur la ligne médiane ; on distingue dans le fond de l’orifice buceal un bourrelet médian et deux latéraux. Les crochets se montrent sur deux rangées, du cinquième sétigère au quinzième inclus. La première collerette apparait au bord postérieur du dixseptième sétigère; elle est un peu échancrée dorsalement (PI. IX, fig. 112).
Les crochets (PI XI, fig. 133) ont bien la mème forme que celle que J'ai représentée dans mon mémoire sur les Polychètes de la première expédition antarctique française (PI. IV, fig. 36); mais le manubrium
est ici plus long. Les soies dorsales sont aussi les mêmes; on trouve,
ANNÉLIDES POLYCHÈTES. 127 parmi elles, des soies coudées et bilimbées, le limbe (PI. X, fig. 114) du côté convexe étant beaucoup plus large que celui du côté concave.
Cet exemplaire était tout bourré d’ovules déjà volumineux.
Un second exemplaire avait 17 segments et portait une collerette à son extrémité postérieure.
Chez un troisième exemplaire de 22 sétigères, la collerette du deuxième sétigère esttrès peu échancrée dorsalement ; celle du troisième l’est encore plus légèrement.
Peut-être y a-t-il régénération de l'extrémité antérieure chez un quatrième exemplaire, car le prostomium et le premier sétigère réunis ont à peine la longueur du deuxième sétigère; chez les individus normaux, le deuxième sétigère a une longueur inférieure à celle du prostomium et du premier sétigère soudés intimement. Le nombre des sétigères est de 23 ; les 7 derniers sont munis d'une collerette.
Le cinquième exemplaire a 19 sétigères normaux, et sa partie postérieure est en voie de régénération.
Enfin, le sixième exemplaire était réduit à 6 segments, munis de collerelte et appartenant par conséquent à la région postérieure du corps, en arrière du seizième segment.
La trompe invaginée chez tous ces individus est dénuée de papilles, aussi bien à la partie antérieure qu’à la partie postérieure. Peut-être ces papilles ne deviennent-elles saillantes que lorsque la trompe est extroversée.
L'unique exemplaire de la première expédition antarctique française était fort incomplet ; la présence d’une seule collerette à la région postérieure du corps tient à ce que cette région était en voie de régénération. Les segments postérieurs ne sont unis que faiblement les uns aux autres et se détachent, par conséquent, très facilement du corps auquel ils appartiennent. Les exemplaires rapportés par la seconde expédition antarctique française le montrent nettement. Arwidsson dit qu'il est difficile d'obtenir des individus entiers, qu'il n’en a vu qu'un seul dans ces conditions, provenant du Gullmarfjord; cet exemplaire, bien qu'incomplètement à l’état d'extension, mesurait 110 millimètres de
longueur et comptait 40 segments.
Chez l'individu rapporté par le « Français », le prostomium ne présentait aucune carène ; cela est dû, sans doute, au médiocre état de conservation où il se trouvait. J'ai pu étudier la partie antérieure du corps chez le premier des exemplaires dont il est question ici; et j'ai constaté que ses caractères sont à peu de chose près les mêmes que ceux qui ont été indiqués et figurés par Arwidsson.
Les crochets ne sont pas exactement conformes au type dessiné par Arwidsson (PI. VIE, fig. 235) : ils ont ici une forme plus lourde, mais le manubrium est plus long que celui que j'avais observé en 1906 chez l’'exemplaire du « Français ».
D'autre part, je n'ai pu discerner de papilles à la trompe, qui était invaginée chez tous les individus; peut-être ne sont-elles mises en évidence que lorsque la trompe est dévaginée. Ces légères différences, en tout cas, ne permettent pas de séparer spécifiquement les deux formes, et c’est pourquoi j'identifie le Ahodine antarctica au Rhodine lovéni Malmgren.
Le Rhodine lovéni Malmgren a été dragué par le « Southern Cross », à 8 mètres de profondeur, au Victoria Land (cap Adare), au sud du 71° degré de latitude sud ; la température de l’eau était 30° F., c'est-à-dire un peu inférieure à — 1° C. Il est intéressant de trouver en deux points très distants l’un de l’autre, dans la région antarctique, ce Maldanien, qui, suivant Willey, paraissait être une espèce bipolaire typique. Mais le mémoire d'Ehlers (1908) nous à appris que la « Valdivia » (Tiefsee-Expedition) a dragué un exemplaire de ARhodine lovéni Malmgren en pleine région équatoriale, à 2° 58" latitude nord et à 46°50" longitude est, au voisinage de la côte de la Somalie italienne, à 136 mètres de profondeur (1). Cet exemple montre combien il faut ètre prudent dans l'application du qualificatif « bipolaire » aux formes qu'on ne connaît actuellement que dans la région aretique et les mers
antarctiques.
(1) E. Eurens, Die bodensässigen Anneliden aus den Sammlungen der deutschen Tiefsee- Expedilion, Jena, 1908.