DE L'ILE AUX ALPES
L'Ile. — Ensuite Annibal, ayant marché quatre jours à partir du passage, arriva à un endroit appelé l'Ile, très peuplé et fertile en blé, qui tire son nom de la coïncidence que voici. Le Rhône et l'Isère l'embrassant de ci et de là, coulent chacun le long d'un coté et l'aiguisent en forme de pointe à l'endroit où ils se réunissent. Elle ressemble assez pour la grandeur et pour la forme à ce qu'on nomme le delta d'Egypte ; il y a cette différence que làbas c'est la mer qui forme un des côtés et réunit les lits des fleuves, au lieu qu'ici ce sont des montagnes difficiles à approcher et à parcourir et pour ainsi dire inabordables.
(1) Ce récit est la traduction littérale du texte de Polybe, compris dans le livre III, depuis 49.5 jusqu'à 56.4 inclus. Voir L'édition Hullsch, Berlin, Weidmann 1888, p. 254 à ny>.
Le départ. — Arrivé à cette île, Annibal trouva deux frères qui s'y disputaient la royauté et qui étaient en présence chacun avec une armée. Invoqué par l'aîné qui réclama son concours pour s'assurer le pouvoir, il se laissa persuader; il voyait clairement les bénéfices immédiats qu'il tirerait de lui. Il l'accueillit donc, l'aida à chasser le cadet, et obtint de lui grande assistance. Ce n'est pas seulement de blé et d'autres vivres que le vainqueur approvisionna abondamment l'armée ; il changea les armes anciennes et tous les objets usés et remit en état toute l'armée, fort à propos ; à nombre d'hommes il distribua vêtements et chaussures qui leur furent de grande utilité pour la traversée des montagnes. Mais voici le principal: les soldats avaient quelque inquiétude au sujet de leur route à travers les Gaulois nommés Allobroges ; il fit arrière-garde avec ses propres troupes, et leur procura ainsi un voyage sûr jusqu'aux approches de la. montée des Alpes.