‹ Annibal dans les AlpesChapitre 9 sur 89 · DE L'ILE AUX ALPES · texte numérisé non relu

DE L'ILE AUX ALPES

Le lendemain, il remonte le cours du Rhône et gagne le milieu des terres : non que ce chemin lui parût le plus direct pour atteindre les Alpes ; mais, plus il s'éloignerait de la mer, moins il rencontrerait de Romains, pensait-il, et il ne voulait en venir aux mains avec eux qu'une fois arrivé en Italie. En quatre jours, ils parvinrent à l'Ile.

L'Ile. — C'est l'endroit où l'Isère et le Rhône, tombant de deux points opposés des Alpes, se réunissent après avoir été séparés quelque temps par une étroite langue de terre. Cet espace, enclavé ainsi entre les deux lleuves, a été nommé l'Ile. Près de là sonl les

(l) Ce récit comprend les chapitres 31 à 38 inclus du livre XXI. Nous avons adopté le texte et la traduction donnés par M. Gaucher : ïite- Live, Histoire Romaine, Paris, Hachette, 189f, pages o4 à 67.

Àllohroges, qui, dès ce temps là, ne le cédaient en puissance, en renommée, à aucun peuple de la Gaule. Ils étaient alors divisés par la lutte de deux frères qui se disputaient la couronne. L'aîné, Brancus, qui avait régné d'abord, avait été chassé du trône par son frère cadet et les jeunes gens du pays, qui, à défaut de bon droit, avaient pour eux la force. Annibal, fort à propos pour lui, fut prié de trancher la question. Arbitre entre les deux prétendants, il rendit le trône à l'aîné, selon le vœu du Sénat et des grands. En récompense de ce service, les Carthaginois reçurent des vivres et des provisions de toute sorte, et surtout des vêtements que le froid proverbial des Alpes rendait indispensables. Les dissensions des Allobroges apaisées, Annibal, pour marcher V«rs les Alpes, ne prit pas la droite ligne: il se détourna sur la gauche, vers le pays des Tricastins ; puis, suivant la lisière des pays des Vocontiens, il arriva sur le territoire des Tricoriens, sans rencontrer d'obstacle jusqu'à la Druentia (1).

La Druentia. — Celte rivière, qui descend aussi des Alpes, est, de toutes celles de la Gaule, la plus difficile de beaucoup à traverser, puisque, malgré le volume de ses eaux, elle ne porte pas de barques. En effet, n'ayant pas de rives qui larcontiennent, elle se répand en vingt courants toujours nouveaux et forme partout des gués et des tourbillons qui rendent le passage incertain, même pour les piétons. En outre, roulantdes roches pleines de gravier, elle n'offre aucun passage solide ni sûr. Elle se trouvait alors grossie par les pluies, ce qui rendit Je passage plus tumultueux encore, car les soldats, indépendamment des autres dangers, se troublaient eux-mêmes par leur propre effroi et par leurs cris confus.

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