PRÉPARATIFS. PRISE DE SAGONTE
lation contraire ne saurait constituer un droit non stipulé dans un traité. On peut donc à' fortiori retourner le même argument en ces termes : Si par ces alliés on avait voulu entendre aussi les alliés futurs, on aurait ajouté : que les alliés que l'on ferait après le traité y seraient compris. Donc tout au moins la question demeure entière. Or, Polybe lui-même conclut finalement en ces termes : « Mais s'il est vrai que les Carthaginois n'aient déclaré la guerre que parce que, chassés de la Sardaigne, ils avaient en même temps été chargés d'un nouveau tribut, et pour saisir l'occasion favorable de se venger de ceux qui, dans un temps où ils ne pouvaient résister, leur avaient fait cette insulte, il faut absolument tomber d* accord que la guerre que les Carthaginois firent aux Bomains sous la conduite d^Annibaly était trhs-juste. » (III, ti.) Et nous nous rallions nous- même à cette opinion finale de notre auteur, qui la formulait au milieu des patriciens de Rome.
Quant au passage de l'Èbre par les Carthaginois^ comme il n'avait pas encore eu lieu^ il ne put être une cause de la guerre, mais il va en être le premier acte (l)i
La guerre fut donc déclarée solennellement par les
(1) Comme le paasage da Rubicoa par Jules Césal*, à son retour de la guerre de Gaule transalpine, fut de sa part^ non la cause, mais le premier acte de la guerre civile. Les deux laits sont exactement comparables; et déjà Annibal aurait pu dire au passage de l'Èbre, aussi bien que César au passage du Rubi- COQ : « Le son en est jeté. Jacta aléa est » (Suet.) Sauf néanmoins cette différence profonde : que le Carthaginois jouait le coup pour le ealiit de sa patrie et le Romain pour la ruine de la sienne:
ambassadeurs romains dans l'assemblée du sénat de Garthage, et acceptée d'une voix unanime par tous les sénateurs.
Annibal était alors à Carthagène. Aussitôt il s'occupa de pourvoir à la sûreté de l'Afrique et de l'Espagne. H donna ses instructions et ses conseils à son frère Asdrubral, à qui il allait remettre le commandement de l'Espagne. 11 choisit et répartit de la manière la plus convenable toutes les troupes qui devaient y rester, etc.
« Annibal, ayant ainsi pourvu à la sûreté de l'Afrique et de l'Espagne, n'attendit plus que Varrivée des courriers que les Gaulois lui envoyaient. Car il les avait priés de l'informer de la fertilité du pays qui est au pied des Alpes et le long du PÔ, quel était le nombre des habitants, si c'était des gens belliqueux, s'il leur restait quelque indignation contre les Romains pour la guerre que ceux-ci leur avaient faite auparavant, et que nous avons rapportée dans le livre précédent, pour disposer le lecteur à entendre ce que nous avions à dire dans la suite. // comptait beaucoup sur les Gaulois, et se promettait de leur secours toutes sortes de succhs. Pour cela il dépêcha avec soin à tous les petits rois des Gaules, tant à ceux qui régnaient en-deçà qu'à ceux qui demeuraient dans les Alpes mêmes , jugeant bien qu'il ne pouvait porter la guerre en Italie qu'en surmontant toutes les difficultés qu'il y aurait à passer dans les pays dont nous venons de parler, et qu'en faisant entrer les Gaulois dans son entreprise. Enfin les courriers arrivèrent et lui apprirent quelles