CAMP D'ARRIVÉE
§VI.— MARCHE LE LONG DU RHONE. i37
tableau y au moyen d'une ligne de poteaux kilométriques perpendiculaire sur le cours du temps. Ici, les heures de . la journée sont représentées , depuis 5 heures du matin jusqu'à 7 heures du soir, par la double série transversale
de chiffres, 5, 6, 7, 8 7; et les kilomètres du che-.
min sont représentés par la double série longitudinale de
chiffres, 1, 2, 3, 4 26, dont le dernier exprime la
longueur moyenne du cheniin parcouru dans une journée de marche par l'armée carthaginoise. On aura ainsi un tableau très-commode pour vérifier clairement, par le regard aussi bien que par la pensée, comment ont pu se succéder dans une suite d'heures tous les détails d'une marche, et où en était à chaque instant chaque portion des troupes : sauf bien entendu les accidents.
Considérons donc rigoureusement ce qui dut se passer dans une marche de l'armée d'Annibal d'après les données définies plus haut.
Dés cinq heures du matin, les deux premiers fantassins ouvrent la marche de l'armée dans l'ordre suivant : l'infanterie d'abord, au nombre de trente-huit mille hommes, formant une colonne de 19 kilomètres, à laquelle il faut 3 heures et 48 minutes pour s'engager dans le chemin; puis les bètes de charge, y compris les trente-sept éléphants, au nombre total de deux mille bètes, formant une colonne de 6 kilomètres, à laquelle il faut 1 heure et 12 minutes pour se mettre en route ; et enfin la cavalerie, au nombre de huit mille cavaliers, formant une colonne de 12 kilomètres, à laquelle il faut 2 heures et
24 minutes pour qu'elle soit toute partie : ce qui aura lieu à midi et 24 minutes.
Cinq heures et douze minutes après le départ des deux premiers fantassins (à lO** 12'") , ces deux premiers fantassins entrent au camp d'arrivée (au point A), et derrière eux^ l'infanterie occupe dix-neuf kilomètres du chemin (du point  au point B, de la borne kilométrique 26 à la borne 7) ; derrière elle, les bêtes chargées de bagages en occupent six kilomètres (du point B au point C, de la borne kilométrique 7 à la borne 1); et derrière le^ bêtes de charge, le premier kilomètre du chemin a déjà reçu 666 cavaliers. Le reste de la cavalerie est encore dans le camp du départ.
Trois heures et quarante-huit minutes après (à 2*"), toute l'infanterie s'est écoulée dans le camp d'arrivée; la première bête de charge y entre (après s'être mise en route à 8^ 48") : la dernière en est encore à six kilomètres de distance (au point D, à la borne 20); suivent immédiatement les deux premiers cavaliers : les deux derniers cavaliers sont encore à douze kilomètres plus loin en arrière (au point E, à la home 8), ou à dix-huit kilomètres du camp d'arrivée ; ceux-ci ont quitté le camp du départ à midi 24 minutes , c'est-à-dire depuis déjà une heure et trente-six minutes : et par derrière eux, déjà huit kilomètres du chemin sont libres : sauf que des traînards suivent l'armée.
Une heure et douze minutes après (à 3*" 12™), toutes les bêtes de charge sont dans le camp d'arrivée; les deux
§ Yl. — MARCHE LE LONG DU RHONE. 139
premiers cavaliers y entrent : les deux derniers n'en sont plus qu'à douze kilomètres de distance (au point F, ou plus exactement au point F, à la borne 14). Dès ce moment toute la cavalerie peut prendre le trot et doubler de vitesse, ou faire le kilomètre en six minutes; de sorte que, à partir de la borne 14, les deux derniers cavaliers gagneront le camp d'arrivée en une heure et douze minutes : c'est-à-dire que toute la cavalerie y sera rendue à quatre heures et rnngt-quatre minutes après midi, et que la marche de l'armée sera terminée.
Bien mieux : lorsqu'Annibal avec sa cavalerie quitta l'endroit où il avait passé le Rhône, ce prudent général dut envoyer quelques éclaireurs numides avec des guides gaulois à cheval, se placer en observation à une certaine distance sur la route d'Arles. Et à la tombée de la nuit, nuls ennemis ne s'étant montrés là, ces cavaliers purent, en trois ou quatre heures, rejoindre Ânnibal et l'informer du fait. Ainsi, dès le second jour de sa marche le long du Rhône, Annibal, bien assuré que les Romains ne surviendraient point par derrière pour la troubler, put modifier l'ordre de ses troupes d'une manière très-avantageuse. En effet, comme les chevaux marchent facilement la nuit, il put faire partir tout d'abord sa cavalerie, dès 4 heures moins 12 minutes du matin. Celle-ci étant libre de prendre toute sa vitesse propre, de 10 kilomètres à l'heure, le dernier cavalier dut partir du camp à 5 heures ; et tout le reste de l'armée put suivre^ comme on le voit au tableau. De cette manière, le premier cavalier
dut parvenir au nouveau campement dans l'espace de 2 heures et 36 minutes, par conséquent à 6 heures et 24 minutes du matin ; et le dernier cavalier dut y parvenir 1 heure et 12 minutes plus tard, c'est-à-dire à 7 heures et 36 minutes. On voit donc que toute la cavalerie dut être rendue au nouveau camp 2 heures et 36 minutes avant Tarrivée du premier fantassin, qui s'était mis en route immédiatement après le dernier cavalier; et que la marche de l'armée carthaginoise dut être terminée dès l'arrivée de la dernière hête de charge, c'est-à-dire à 3 heures et 1 2 minutes après midi. Et de plus, la cavalerie eut tout le temps de pourvoir d'avance aux subsistances de Tarmée ; puis, de «'échelonner elle-même par petits corps sur la route à suivre au-delà, soit pour faciliter le pâturage des chevaux, soit encore pour avancer d'autant le départ du lendemain.
Concluons que telle dut être la marche ordinaire de l'armée d^Annibal, à dater du second jour apris le pas^ sage du Rhône, ou à partir des environs de Montélimar.
Il restait donc encore deux ou trois heures de jour pour l'arrivée des traînards^ ou pour compenser les retards qui pouvaient avoir été causés par des accidents quelconques.
Remarquons bien que la marche d'une armée dans ces conditions, fû&elle répétée pendant nombre de jours consécutifs, laissera constamment à tous plus de dix-huit heures de temps, chaque jour, pour se reposer et pourvoir à leur subsistance et à celle des animaux de l'armée. D'ailleurs,
§yi. — MARCHE LE LONG DU RHONE. 141
les chemins de la Gaule, sur la rive gauche du Rhône, n'ont pas dû exiger partout que la marche se fît à deux hommes seulement ou à deux chevaux de front. Enfin, n'oublions pas que le succès de l'entreprise d'Annibal dépendait surtout de la célérité, et que le grand guerrier avait des guides gaulois, avec des éclaireurs numides.
Il est clair que s'il survient un arrêt de quelque durée en un point de la colonne de marche, l'arrêt se propagera bien vite par derrière à tout ce qui suit. Mais il ne ffltut pas non plus prendre Annibal pour un général quelconque, ou imprévoyant, ou irréfléchi, ou inhabile, ou imprudent. Un général de sa sorte, si le monde en a vu quelque autre, il n'en a pas vu beaucoup. C'était le digne fils du grand Âmilcar, qui l'avait instruit et formé dès sa plus tendre enfance pour cette expédition, d'où dépendait le salut de Carthage; c'était l'héritier du génie et des aptitudes et de toute l'expérience de son père. Avec lui, comme avec Amilcar, tout était prévu, et nous en rencontrerons plus d'une preuve. S'il ne pouvait être partout de sa personne, ses ordres et ses hommes de confiance avec ses instructions étaient partout dans les rangs de son armée, afin de pourvoir à tout, le cas échéant.
Ainsi, qu'un homme tombe et se blesse, qu'une bête de charge s'abatte et ne puisse se relever, il n'est pas difficile de vider le chemin, et l'armée ne s'arrête pas pour cela : sauf à rallier les traînards à sa suite. D'ailleurs, on ne peut douter qu'aux guides gaulois et aux
éclaireurs numides qui précédaient Tarmée^ ne fussent adjoints des ouvriers spéciaux, pour examiner le chemin d'avance, et au besoin, le mettre en état. Sans doute aussi le prudent général avait eu soin de répartir convenablement dans la colonne de marche d'autres ouvriers de Far* mée, habiles à tout, et capables de parer sans retard à un accident. De tels ouvriers militaires n'accompagnaient-ils pas déjà cette partie de ses troupes que nous avons vue, à l'occasion du passage du Rhône, remonter pendant la nuit sur la rive droite avec des guides du pays, pour aller à 37 kilomètres plus haut, y abattre des bois, en construire des radeaux, passer d'avance le fleuve, et revenir ensuite protéger le débarquement du gros de l'armée? Sinon : comment eût pu réussir cette diversion sur laquelle Annibal avait fondé le succès du passage du Rhône? Cet exemple prouve de fait que l'armée carthaginoise était ca- {)able d'exécuter une marche de 37 kilomètres, durant la nuit et même dans un pays difficile, pourvu qu'elle eût des guides; or, répétons-le, depuis le passage du Rhône, elle en avait d^excellents, ces Gaulois cisalpins venus là à sa rencontre avec leur roi Magile, tout exprès pour la guider jusqu'en Italie. Et bientôt encore nous allons voir Annibal lui-même se mettre avec eux à la tète d'un corps de troupes d'élite, et exécuter dans les premiers défilés des Alpes une autre marche de nuit , mémorable entre toutes.
Enfin^ nous verrons ci-après iivec certitude que, dans la traversée des Alpes, l'armée d'Annibal exécuta des
marches d'une longueur moyenne de 32 kilomètres : comment donc, sur la rive gauche du Rhône, n'en auraitelle pas pu exécuter de 26 kilomètres?
Ainsi, en définitive, nous croyons pouvoir conclure avec toute confiance que, depuis le poiût de passage du Rhône, en remontant le long du fleuve pour gagner l'entrée des Alpes, Tarrnée d'Annibal a fait, terme moyen, vingt-six kilomèlres de chemin par journée de marche.
Maintenant donc que, d'une part, Polybe, au moyen de la Ylescription si exacte du cours du Rhône, nous a fait connaître avec toute certitude la direction du chemin que prend Annibal en remontant le long de ce fleuve ; et que, d'une autre part, nous pouvons apprécier avec assez de confiance et de précision la grandeur moyenne des marches de son armée : résumons-nous et fixons les idées en jalonnant d'une manière conforme à tout ce qui précède, l'itinéraire d'Annibal par journées de marche, jusqu'à une certaine distance : sauf, bien entendu, toute recti* fication que le texte pourrait exiger ultérieurement. Ainsi^ du point de passage du Rhône, de Pierrelatte vis-^-vis de Bourg^Saint-Andéol, la première marche d'Annibal dut aboutir à Montélimar ; la deuxième, à l'embouchure de la Drôme; la troisième, à Valence; la quatrième^ à Saint- Vallier; la cinquième, au Péage-de-Roussillon ; lasixième^ à Vienne; la septième, devant Lyon^ etc^
La description géographique du cours du Rhône et des montagnes des Alpes dans leurs rapports avec les plaines des rives du Pô, faite d'une manière si lumineuse par
lU ANNIBAL EN GAULE.
notre auteur, suffirait pour démontrer qu*il a été luimême examiner ces lieux par où Annibal avait passé, et qui étaient inconnus aux hommes lettrés de son époque. Nous pourrons encore le reconnaître çà et là à certains détails topographiques. Et lui-même va nous l'affirmer à la fin de quelques considérations sur la manière d'écrire l'histoire, par lesquelles il termine ce chapitre, et qui sont encore aujourd'hui bonnes à lire. Car elles s'appliquent à divers récits de l'expédition d' Annibal, où Tite-Live paraît avoir puisé certains détails que la critique ne saurait admettre.
a Quelques historiens, dit Polybe, pour vouloir étonner leurs lecteurs par des choses prodigieuses, en nous parlant de ces montagnes (des Alpes), tombent sans y penser dans deux défauts qui sont très-contraires à l'histoire : ils content de pures fables et se contredisent. D'abord, ils nous représentent Annibal comme un capitaine d'une hardiesse et d'une prudence inimitables; cependant, à en juger par leurs écrits, on ne peut se défendre de lui attribuer la conduite du monde la moins sensée. Lorsque, engagés dans leurs fables, ils sont en peine de trouver un dénouement, ils ont recours aux Dieux et aux demi-- Dieux : artifice indigne de l'histoire, qui doit rouler toute sur des faits réels. Ils nous peignent les Alpes si raides et si escarpées, que loin de les pouvoir faire passer à de la cavalerie, à une armée, à des éléphants, à peine l'infanterie légère en tenterait le passage. Selon ces historiens, les pays d'alentour sont si déserts que, si un Dieu
§V1. — MARCHE LE LONG DU RHONE. i45
OU un demi-Dieu n'était pas venu montrer le chemin à Annibal, sa perte et celle de toute son armée était inévitable. N*cst-ce pas là véritablement débiter des fables et se contredire? Car Annibal n' eût-il pas été le plus incon" sidéré et le plus étourdi des hommes^ s'il se fût mis en marche à la tête d'une armée nombreuse, et sur laquelle il fondait les plus belles espérances, sans savoir ni par où il devait aller ^ ni la nature des lieux où il passerait, ni les peuples chez qui il tomberait? Il eût été même plus qu'inconsidéré s'il eût tenté une entreprise qui, non-seulement n'était pas raisonnable, mais pas même possible. D'ailleurs, conduisant Annibal avec une armée dans des lieux inconnus, ils lui font faire, dans un temps où il avait tout à espérer, ce que d'autres feraient à peine, quand ils auraient tout perdu sans ressources et qu'ils seraient réduits à la dernière extrémité. Lorsqu'ils nous disent encore que dans ces Alpes ce ne sont que déserts, que rochers escarpés, que chemins impraticables , c'est une fausseté manifeste. Avant qu' Annibal approchât des Alpes, les Gaulois de dessus le Rhône avaient passé plus d'une fois ces montagnes, et venaient tout récemment de les passer pour se joindre aux Gaulois des environs du Pô contre les Romains. Et, de plus, les Alpes mêmes ne sont-elles pas habitées par un peuple très-nombreux? C'était là ce qu'il fallait savoir, au lieu de nous faire descendre du ciel je ne sais quel demi-Dieu qui veut bien avoir la complaisance de servir de guide aux Carthaginois. Semblables aux poëtes tragiques qui, pour avoir choisi des
sujets faux et extraordinaires, ont besoin ^ pour la catastrophe de leurs pièces de quelque Dieu ou de quelque machine, ces historiens emploient aussi des Dieux et des demi-Dieux, parce qu'ils se sont d'abord entêtés de faits qui n'ont ni Térité ni vraisemblance ; car comment finir raisonnablement des actions dont les commencements étaient contre la raison?
a Quoi qu'en disent ces écrivains, Ânnibal conduisit cette grande affaire avec beaucoup de prudence. Il s'était informé exactement de la nature et de la sitiuition des lieux où il s'était proposé d^aller. Il savait que les peuples où il devait passer n'attendaient que l'occasion de se révolter contre les Romains. Enfin , pour n'avoir rien à craindre de la difficulté des chemins, il s'y faisait con-duire par des gens du paysj qui s^ offraient d'autant plus volontiers pour guides y qu'ils avaient les mêmes intérêts et les mêmes espérances. — Je parle avec assurance de toutes ces choses, parce que je les ai apprises de témoins contemporains^ et que j'ai été moi-même aux Alpes pour en prendre une exacte connaissance. » (III, ix.)
A ce dernier passage de Polybe joignons-en ici un autre qui le complète , et qui se trouve placé à la fin du chapitre XI de ce même livre III. L'auteur y parle des erreurs géographiques qui avaient cours de son temps , faute sur* tout d'avoir pu jusqu'alors se rendre sur les lieux, — cMais aujourd'hui, ajoute-t-il, que par suite de la conquête de l'Asie par Alexandre , et de celle de presque tout le reste du monde par les Romains, il n'est point d'endroit dans
l'univers où Ton ne puisse aller par mer ou par terre ; et que de grands hommes, déchargés du soin des affaires publiques et du commandement des armées, ont employé les moments de ce loisir à ces sortes de recherches, il faut que ce que nous en voulons dire soit beaucoup plus exact et plus assuré. C'est de quoi nous tâcherons aussi de nous acquitter dans cet ouvrage , lorsque l'occasion s'en présentera, et nous prierons alors nos lecteurs eu** rieux de nous donner toute leur attention. — J'ose dire que je m'en suis rendu digne par les fatigues que je me suis données et par les dangers que j'ai courus en voya* géant dans l'Afrique, dans l'Espagne, dans les Gaules, et sur la mer extérieure dont ces pays sont environnés , pour corriger les fautes que les anciens avaient faites dans la description des lieux, et pour en procurer aux Grecs la connaissance. » (III, xi.)
Ainsi, on doit croire que Polybe a été dans les Alpes et dans les Gaules, pour examiner les lieux par où Annibal avait passé. Et effectivement, aucun doute à cet égard ne sera possible en présence du terrain où son récit va nous conduire, et à la lecture des explications topographiques qu'il présentera au sujet de plusieurs lieux particuliers, très-remarquables.
§ yil. — Le coDsnl romain, déconcerté par cette stratégie d'Annibal, prend le parti de retourner en Italie^ pour l'attendre à quelque débouché des Alpes.
c Trois jours après le décampement des Carthaginois, le consul romain arrive à l'endroit du fleuve par où les ennemis l'avaient passé. Sa surprise fut d'autant plus grande , qu'il s'était persuadé que jamais ils n'auraient la hardiesse de prendre cette route pour aller en Italie, tant à cause de la multitude des barbares dont ces quartiers sont peuplés , que du peu de fond qu'on peut faire sur leurs promesses. Comme cependant ils l'avaient fait , il retourna au plus vite à ses vaisseaux , et embarqua son armée. Il envoya son frère en Espagne , et revint par mer en Italie pour arriver aux Alpes par la Tyrrhénie avant Annibal. }> (III, x.)
Voilà donc à quoi se réduisit ce début de la deuxième guerre punique sur le Bas-Rhône , le voilà évidemment terminé, sans même que les armées ennemies se soient aperçues l'une l'autre ; et cette guerre mémorable devra recommencer ailleurs, on ne sait oit positivement. Car ici le consul se trouve complètement dérouté par la stratégie d^Annibal, qui a décampé depuis trois jours, dit le texte, a en remontant le long du Rhône comme s'il eût voulu entrer dans le milieu des terres européennes » : terres qui étaient alors complètement inconnues des Romains, d'après notre auteur lui-même (Voir plus haut, p. 102). Où donc le consul pourrait-il aller attendre Ânnibal en