XIU. - ANCIENS CHEMINS DES ALPES
des Alpes qui nous intéressent au sujet de Texpédilion d'Annibal. Nous ne voyons là rien qui se rapporte au passage par le mont Cenis. Serait-ce parce que ce passage n'aurait pas été connu des Romains? Ou bien, le considéraient-ils comme impraticable, à cause de certaines pentes, très-rapides, qu'il présente du côté de l'Italie, ou à cause des déjections de torrents qui Tencombrent parfois dans la vallée de l'Arc ? Ou bien encore préféraient-ils prendre le chemin des Alpes Graies, qui mène à la même destination et qui est le meilleur de tous? Du reste, nous aurons à revenir sur cette question au sujet de l'itinéraire que Tite-Live a fait suivre à Annibal.
Mais certainement les Gaulois cisalpins qu'Annibal avait pour guides, et qui sans cesse traversaient les Alpes dans cette région pour communiquer avec la mère patrie, devaient connaître tous les chemins de ces montagnes, avec toutes leurs difficultés particulières; et la première chose qu'Annibal eut à déterminer de concert avec eux, ce fut le chemin par lequel son armée traverserait les Alpes. Rappelons-nous ce qu'en a dit Polybe : « Enfin les courriers arrivèrent (en Espagne) et lui apprirent quelles étaient les dispositions et l'attente des Gaulois, la hauteur extraordinaire des Alpes , la peine qu'il devait s'attendre à essuyer dans ce passage, quoique absolument il ne fût pas impossible. » Donc déjà ces envoyés gaulois et Annibal avaient en vue dans la pensée quelque passage des Alpes excessivement difficile, mais non absolument impraticable à une armée; donc probable-
2iO ANNIBAL EN GAULE.
ment le passage par le mont Genis. Rappelons-nous encore ce qu'en a dit ce petit roi des Gaulois cisalpins, Magile, qui vint à la rencontre d'Annibal au passage du Rhône, et qui adressa une allocution aux soldats carthaginois par rintermédiaire d'un interprète. « Il semblait, dit Polybe à ce sujet, qu'on ne pouvait se défier de la promesse que les Gaulois faisaient de les conduire jusqu'en Italie par des lieux où ils ne manqueraient de rien, et par où leur marche serait courte et sûre. » Donc, ici en« core les Gaulois qui venaient pour guider Annibal jusqu^en Italie, comptaient lui faire prendre le chemin du mont Cenis, qui tourne effectivement au plus court vers l'Italie, et où il était sûr que les Romains n'attendraient pas l'armée carthaginoise, puisque nulle armée étrangère à ces régions n'y avait passé jusqu'alors.
Enfin, voici le texte de Strabon, qui ne laisse plus sub* sister aucun doute une fois qu'on a démontré qu'An nibal est parvenu à Chambéry4 « Polybe, dit Strabon, ne nomme que quatre passages de ces montagnes (des AI^ pes) : l'un, par la Ligurie, près de la mer Tyrrhénienne ; un autre , qui est celui par lequel Annibal passa^ et qui traverse le pays des Taurini; un troisième, qui passe par le pays des Salassi; et un quatrième, par celui des Rhasti. Tous quatre sont, dit-il, pleins de précipices (1)« v Or, à partir de Chambéry, on ne peut plus gagner l'Italie avec une armée que par deux chemins i ou par le Petit
(1) STHADON, IV. Version de Coray.