‹ Annibal en GauleChapitre 8 sur 32 · M. . PRÉPARATIFS. PRISE DE SAGONTË · texte numérisé non relu

M. . PRÉPARATIFS. PRISE DE SAGONTË

qui préféraient l'alliance carthaginoise à l'alliance romaine. Nous aurons à revenir sur ce point. Comment ici Polybe a-t-il pu dire, en terminant, qu'Annibal a passé pour avoir commencé la guerre non-seulement contre le bon sens, mais encore contre toutes les règles de la justice ? Lui, Polybe, qui a dit ailleurs qu'Annibal conduisit cette grande affaire avec beaucoup de prudence, comme du reste les faits l'ont proclamé d'eux-mêmes ; lui, Polybe, qui mentionne ici, trois lignes plus haut, la raison la plus juste que les Carthaginois pussent avoir pour faire la guerre aux Romains, à savoir, la perte de la Sardaigne et l'augmentation du tribut que les Romains leur avaient imposé, en profitant du moment où toutes les forces et toutes les ressources de Carthage se trouvaient épuisées par la guerre des soldats mercenaires. C'est donc à Rome seulement qu'on a pu tenir un pareil langage, dans l'espoir sans doute que l'histoire pourrait y ajouter foi.

c Les ambassadeurs, ne pouvant plus douter qu'il ne fallût prendre les armes^ firent voile vers Carthage, dans le dessein de demander aux Carthaginois, comme ils avaient fait à Ânnibal, l'observation du traité conclu avec Asdrubal. Mais ils ne pensaient pas qu'en cas que ce traité fût violé, la guerre dût se faire dans l* Italie; ils croyaient plutôt que ce serait en Espagne^ et que Sagonte en serait le théâtre. Le sénat romain^ qui se flattait de la même espérance^ prévoyant que cette guerre serait importante, de longue durée et fort éloignée de la patrie.

crut qu'avant toutes choses il fallait mettre ordre aux affaires d'Illyrie... Les Romains mirent donc tous leurs soins à pacifier et à s'assurer les provinces situées à l'orient de l'Italie ; ils se persuadèrent qu'il serait encore temps de prévenir Annibal, lorsqu'ils auraient fait repentir les lUyriens de leur faute, et châtié l'ingratitude et la témérité de Demetrius. Ils se trompaient : Annibal les prévint et se rendit maître de Sagonte. Ce qui fut cause que la guerre ne se fit pas en Espagne, mais aux portes de Rome et dans toute l'Italie. » (111 , iv.)

Remarquons tout d'abord que notre auteur a passé sous silence la réponse qui fut faite à Garthage aux ambassadeurs romains, qui y allèrent présenter ces mêmes demandes si mal accueillies en Espagne par Annibal. 11 paraîtrait donc qu'elles ne le furent pas mieux par le sénat carthaginois.

On doit reconnaître ici combien les vues politiques d'Amilcar Barcas et d'Annibal furent profondes et puissantés, puisque pas un seul de tant d'habiles politiques de Rome n'avait su prévoir que la guerre pût être portée d'Espagne en Italie à travers la Gaule et les Alpes, et qu'Annibal y étant survenu ainsi à l'improviste, rien n'était prêt de ce côté-là pour la défense. Quant à ce qui concerne Sagonte, attendons encore un peu afin d'avoir tous les éléments d'appréciation.

ce Cependant les Romains, suivant leur premier projet, envoyèrent une armée en lUyrie sous la conduite de L. Emilius, vers le printemps de la première année de la

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cent quarantième olympiade. Ânnibal alors sortit de Carthagène et s'avança vers Sagonte. Cette ville est située à sept stades (1 kilom. 310) de la mer, sur le pied de ces montagnes où se joignent les frontières de Celtibérie et d'Espagne, et qui s'étend jusqu'à la mer. C'est le pays le plus fertile de toute l'Espagne. Annibal vint camper de* vaut cette ville et en poussa le siège avec vigueur. Il prévoyait que de la prise de Sagonte il tirerait pour la suite tous ces avantages : que par là il ôterait toute espérance aux Romains de faire la guerre dans l'Espagne; qu'après avoir jeté l'épouvante dans les esprits, ceux qu'il avait déjà subjugués seraient plus dociles, et ceux qui ne dépendaient encore de personne plus circonspects; que ne laissant pas d'ennemi derrière lui, sa marche en serait plus sûre et plus tranquille ; qu'il amasserait là de l'argent pour l'exécution de ses desseins; que le butin que les soldats en remporteraient les rendrait plus vifs et plus ardents à le suivre ; et qu'enfin, avec les dépouilles qu'il enverrait à Garthage, il se gagnerait la bienveillance des citoyens. Animé par ces grands motifs, il n'épargnait rien pour venir heureusement à bout de son siège. 11 donnait luimême l'exemple aux troupes et se trouvait à tous les travaux. Tantôt il exhortait les soldats, tantôt il s'exposait aux dangers les plus évidents. Enfin après huit mois de soins et de peines, il emporta la ville d'assaut, et y fit un butio prodigieux d'argent, de prisonniers et de meubles. L'argent, il le mit de côté pour servir à ses desseins ; il distribua aux soldats, à chacun selon son mérite, ce qu'il

avait fait de prisonniers, et envoya les meubles à Car* thage. Le succès répondit à tout ce qu'il avait projeté. Les soldats devinrent plus hardis à s'exposer ; les Carthaginois se rendirent avec plaisir à tout ce qu'il demandait d'eux; et avec l'argent, dont il était abondamment fourni, il entreprit beaucoup de choses qui lui réussirent. » ( III, iv.) Ainsi, en définitive, les Sagontins étaient alliés et amis des Romains; sauf des dissidents plus ou moins nombreux, parmi -lesquels même des magistrats, qui étaient amis des Carthaginois. Une sédition eut lieu : les Romains intervinrent et condamnèrent à mort ces magistrats. Annibal songeait à venger cette mort qui était résultée d'une sentence politique. La cité des Sagontins, dans un pressentiment de ses intentions et du péril qui la menace, envoie à Rome courriers sur courriers donner avis des progrès d'Annibal en Espagne, et sans doute demander secours et protection, comme étant alliée et amie du peuple romain* Des ambassadeurs sont envoyés pour s'assurer de l'état des choses. Ils recommandent à Annibal de ne pas toucher à Sagonte qui est sous leur protection, et de demeurer exactement en deçà de TÈbre, conformément au traité conclu avec Asdrubal. Annibal leur déclare nettement son intention à l'égard de Sagonte, de venger la mort des magistrats injustement condamnés par les Romains; et il ajoute : « que de tout temps, la coutume des Carthaginois a été de prendre la défense de ceux qui sont injustement persécutés » : déclaration politique bien propre à gagner des alliés aux Carthaginois, et tout à fait

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