II. - PRÉPARATIFS. PRISE DE S AGONIE
conforme à son plan politique pour la guerre qu'il médite contre les Romains. Quant à « demeurer exactement en deçà de TÈbre par rapport à Carthagène », Annibal ne répond pas, et Sagonte était de beaucoup en deçà de rÉbre (près de Valence). On voit donc qu'Ânnibal (le perfide) n'a rien dissimulé aux ambassadeurs romains, 11 était prêt. Et la guerre qu'il allait entreprendre avait des motifs très-justes (dans les précédents rappelés ici par Polybe), sans même qu^il eût besoin d'invoquer la raison d'État, le salut de sa patrie, qui était manifestement ep péril devant l'ambition insatiable des Romains, et la puissance des moyens politiques de toute nature employés par eux sans aucun scrupule et avec persévérance.
Qu'ont fait les Romains de leur côté pour protéger les Sagontins, leurs amis et alliés ? Ils ont envoyé des am^ bassadeurs et rien de plus. Ils ont profité de la faculté qu'ils avaient soin de se ménager dans leurs traités d'aU liance, comme on l'a vu plus haut (p. 42 et suiv.), à sa* voir : ■ De porter secours aux alliés selon que les circonstances du moment le leur permettraient. » Or, il paraît qu'au moment où les Sagontins alarmés envoyaient à Rome courriers sur courriers, précisément alors les Ro-mains eux-mêmes avaient des raisons de s'inquiéter pour la possession de leurs provinces d'Illyrie au regard de la Macédoine. Cela était plus important pour eux. Us décidèrent donc qu'avant toutes choses il fallait donner tous leurs soins à ce grand intérêt public, espérant qu'ensuite il serait encore temps de s'occuper de l'Espagne et
des SagoDtins. Et cela fut tout à fait logique de leur part, puisque les alliés n'étaient pour eux qu'un moyen commode de faire la guerre économiquement et à leur heure, comme on l'a vu, et que Sagonte détruite était aussi bien que Sagonte debout un moyen de porter la guerre en Espagne et de faire la conquête de cette riche contrée. Ils envoyèrent donc une armée en lUyrie. En même temps Ânnibal de son côté vint assiéger Sagonte. Et cette ville alliée et amie des Romains, que les arabas* sadeurs romains avaient déclarée être sous leur protection, fut emportée d'assaut par Ânnibal, aprh huit mais de siège, sans qu'elle eût reçu le moindre secours des Romains, ses amis et alliés. Et cependant il n'eût fallu pas même le temps d'un seul de ces huit mois de siège pour y transporter de Rome une armée de secours.
Voilà, croyons-nous, une preuve incontestable de la perfidie politique des Romains. En effet, de deux choses l'une : — ou 1^ leurs traités d'alliances étaient stipulés comme on l'a vu (p. 42), pour être entendus à la rigueur de la lettre, en ce sens que les Romains restaient libres de porter secours, oui ou non, suivant que les circonstances du moment le leur permettraient j et par suite dans ce casci, de ne porter aucun secours aux Sagontins; dès lors donc, on doit reconnaître que ces traités étaient perfide^ ment stipulés; — ou bien 2"* ces mêmes traités d'alliance, malgré la lettre de leur stipulation, devaient être entendus dans un esprit supérieur d'équité, en ce sens que les obligations et les avantages étaient strictement récipro-