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coûté beaucoup d'hommes aux Carthaginois ; mais c'étaient des torrents inconnus des Grecs, dont les noms importaient peu ; la description en aurait été longue et sans grand intérêt : il suffisait de les comprendre en bloc dans l'indication sommaire des difBcullés de la route. A peine le nom du mystérieux Scoras et celui des AUobroges auront-ils échappé.
Muiliplier des noms inconnus de ses lecteurs^ ce serait, selon Polybe, faire un étalage de science vaine; ce serait une sorte de charlatanisme. A son avis, autant les noms sont utiles pour soutenir la narration et fixer l'imagination du lecteur, lorsqu'il s'agit de localités connues, autant ils sont superflus quand on ne les connaît pas : (( On pourrait aussi bien prononcer des mots vides de sens ou jouer d'un instrument pour se distraire ^ » Polybe ne craint rien tant que cette accusation de charlatanisme, et dès qu'il entre dans quelquei^ détails, il s en excuse. S'il donne minutieuse^ raent la composition de l'armée d'Annibal, il se croit tenu à une justification : « Qu'on ne s'étonne pas si je parle de ce qu'Annibal fit alors en Espagne, avec tant de détails qu'un écrivain traitant spécialement ce sujet n'en dirait pas davantage; et qu'on ne m'accuse pas d'imiter ces gens qui falsifient leurs ouvrages pour inspirer confiance. Je n'ai fait cette énumération qu'en raison de son exactitude: je l'avais trouvée au cap Laciinum, gravée sur une table d'airain par ordre d'Annibal, pendant son séjour en Italie, Je ne pouvais puiser à une meilleure source*. »