‹ Annibal en GauleChapitre 7 sur 44 · AVANT-PROPOS. XV · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XV

au col, Annibal a vu et montré à ses soldats les plaines du Pô. •

On croit souvent qu'il s'agit ici de quelque indication vague, peut-être purement pittoresque. Mais rien ne serait plus contraire à l'esprit de Polybe ; du reste, il a été sur les lieux mêmes vérifier l'exactitude des chroniques, et après cette visite, il s'exprime en termes précis et formels. Il remarque la disposition spéciale des montagnes autour de ce col, disposition qui permet d'apercevoir « toute l'Italie » encadrée entre deux forteresses naturelles ; il fait observer qu'Annibal trouvait là « une occasion unique » pour jouir de ce spectacle : qu'il a fait sonner l'assemblée, montré du doigt la plaine, indiqué dans le lointain le chemin de Rome. Tout cela est net, positif, détaillé, sans emphase, et bien vivant. Après un témoignage pareil, faire passer Annibal au mont Genèvre ou au Petit Saint -Bernard, d'où la vue ne plonge que dans des gorges afiFreuses, ou au mont Genis, qu'un cirque de montagnes enferme complètement, ce serait déclarer que Polybe ne mérite aucune créance ; ce serait le supprimer sans plus de façons, et dès lors on pourrait aussi bien conduire Annibal en Italie par le Tyrol que par la Ligurie. Ge ne serait

XVI AVANT-PKOPOS.

plus de rhistoire, et toute discussion deviendrait une pure comédie.

Devant un renseignement aussi ferme et aussi décisif, les historiens d'Annibal n'auraient jamais dû se croire en possession de la vérité, qu*ils n'eussent découvert un col offrant ce spectacle unique dont parle Polybe. Ils ont préféré continuer leur jeu d'interprétations et d'hypothèses, et c'est seulement vers 1880 que le colonel Perrin a signalé le col Clapier. C'est le pas le plus considérable, on peut même dire le seul, qu'ait fait la question depuis deux mille ans * .

Les systèmes établis avaient tant de force que l'on ne se rendit pas unanimement k l'évidence. Cependant la nouvelle solution compta bientôt de nombreux partisans : M. Soltau et le lieutenant Azan ont, dans leurs ouvrages, admis le passage par le Clapier. Des officiers de nos troupes alpines, et notamment le capitaine Card et M. le commandant Lemerle, ont étudié la question sur place, mais leurs travaux sont malheureusement restés inédits. On a éprouvé

* Nous aurions voulu donner ici une photographie de l'admirAble panorama dont on jouit au Clapier; mais il fallait s^avancer de 100 mètres en territoire italien, et les autorités ilalionnes, à tous les degrés de la hiérarchie, nous ont interdit de franchir cette distance avec un appareil photographique.

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