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IV. Groupe de la narcotine : narcotine, liydrocotarnine

La méconidine est laissée ici de côté parce que sa réaction en présence de l'acide sulfurique chaud est inconnue. De plus cette base n'a pu être préparée en suivant le procédé Robertson Gregory, et il est néces-

iU ANNUAI1Œ DJB TIlfillAPIiUTIQUE.

sairc de .chercher un autre mode de préparation, ce que je n'ai pas le lemps de faire actuellement, mais ce que je pense pouvoir entreprendre d'ici peu.

Il reste à indiquer maintenant les réactions colorées que donne un ternie quelconque des groupes précédents dissous dans l'acide sulfurique concentré et chaud.

Groupe I : a vert foncé sale ; b rouge violet sale. Groupe II : vert sale passant au brun. Groupe lit : a violet foncé; b brun noir ou brun foncé.

Groupe IV : rouge violet sale.

Les propriétés du groupe II et celles du groupe IV les rapprochent l'un de l'autre; toutefois les deux nuances ne sont pas identiques ; de plus, si l'on emploie de l'acide chargé de fer, le premier donne une teinte violette sombre, tandis que le second reste rouge, violet sale, ce qui constitue une différence importante.

Ainsi l'ensemble des bases bien connues de l'opium se rattachent à quatre groupements moléculaires différents desquels ces alcaloïdes peuvent être dérivés ou auxquels ils peuvent donner naissance. Quelle est la nature de ces groupements? C'est une question encore, à éclaircir et dont je dois laisser à l'avenir la solution.

Propriétés thérapeutiques des principaux alcaloïdes de l'opium. — Nous allons donner, d'après M. Bouchut,le résumé des observations qu'il a publiées

sur les effets physiologiques et thérapeutiques des principaux alcaloïdes de l'opium. Les résultats obtenus pour l'homme différent notablement, comme nous l'avons dit dans nos annuaires précédents, de ceux qui ent été observés chez les animaux par M. Cl. Bernard. Laissons la parole à M. Bouclait :

«Des observations cliniques faites sur des enfants de trois à quatre ans, il résulte, dit-il, que les alcaloïdes tirés de l'opium, administrés par l'estomac et dans le tissu cellulaire, sont les uns soporifiques et les autres inertes:

» Que ceux qui font dormiront une action différemment énergique;

» Que, aux doses où il est possible de les administrer chez l'homme, il n'y en a pas qui ait d'action convulsivante ;

» Que ceux qui font le mieux dormir sont ceux qui deviennent toxiques si l'on emploie des doses trop considérables ;

» Que la morphine et les sels de morphine sont les préparations les plus actives et les plus soporifiques de celles qui ont été retirées de l'opium ;

»Que la codéine vient après la morphine pour les propriétés soporifiques;

» Qu'il faut employer trois fois plus de codéine que de morphine pour avoir des effets semblables;

» Quéla narcéine ne vient qu'après la morphine et la codéine pour ses propriétés dormilives, et qu'on peut en faire absorber des doses considérables sans obtenir d'effets appréciables ;

» Que la papavérinc en injections dans le tissu cellulaire, à la dose de 10 centigrammes, ne produit aucun effet appréciable, et que, à 1 gramme dans l'estomac, elle n'a aucune action ;

» Que la narcotine, lathébaïne, la méconine, l'acide opianique, n'ont aucune action sur l'économie à la dose de 30 et de 50 centigrammes;

» Enfin, que, dans l'usage médical, il n'y a que l'opium d'abord; puis la morphine et la codéine, qui puissent cire employés avec avantage pour soulager les malades » . (Conclusions du mémoire imprimé dans le numéro d'avril 1872 du Bulletin de thérapeutique).

Voici quelques détails donnés par M. Bon chut sur les effets de la narcéine qui sont assez conformes à ceux consignés dans sa thèse par mon (ils, le docteur J. Bouchardat.

« Pour juger les contradictions sur l'effet soporifique de la narcéine, il m'a paru nécessaire de juger les choses par moi-même. J'ai donc, dit-il, donné de la narcéine à des enfants de cinq à quinze ans en pilules et en sirop, d'abord à la dose de i à 10 centigrammes, et les résultats que j'ai obtenus, contraires à ceux de Lecomte, de Bernard, de Line, sont identiques avec ceux qui ont été indiqués par Magendie. Il ne m'a pas paru que cette substance, donnée à la dose de 10 centigrammes, ait aucun effet sur les fonctions intellectuelles, sensoriales, motrices ou digeslives. J'ai même élevé les doses à 30 centigrammes, puis à ZiO et à 75 centigrammes par jour, sans observer de

NARCOTIQUES. Î7 sommeil, de contraction pupillaire, de vomissement ni de constipation ; enfin, sans constater aucun des phénomènes qui indiquent l'action d'un corps tiré de l'opium. »

nrarcélne (DRAGENDORF).

M. Dragendorff a annoncé que les solutions de narcéine donnent avec l'iodure double de zinc et de potassium un précipité cristallin. 11 propose de faire usage simultanément de cette réaction et de celle de l'iode pour caractériser la narcéine dans ses solutions. Il suffit d'ajouter à celles-ci de l'iodure de zinc et de potassium et une petite quantité d'eau iodée, puis de les agiter avec de l'éther pour enlever l'iode en excès; ainsi traitée, une liqueur renfermant de faibles quantités de narcéine se colore nettement en bleu. Les autres alcaloïdes de l'opium ne possèdent pas cette propriété.

Infection sons-cutanée «le morphine dans le choléra (J. l'ATTERSOiN').

Deux injections d'un centigramme chaque d'acétale de morphine produisirent d'heureux effets (Gaz. Méd. 2 novembre 1872).

Morphine: anesdiésic par injection sous-cutanée

(Spessa).

M. Spessa a pratiqué sans douleur l'incision d'un trajet fistuleux au niveau du sternum, avant Inquelle

il avait fait une injection sous-cutanée de sulfate de morphine. De plus, a la suite de cautérisations douloureuses avec le beurre d'antimoine ou le nitrate d'argent, il a pu faire cesser immédiatement la douleur par la simple application locale de la solution de morphine. Enfin, dans un cas de coxalgie, il a pu, à l'aide d'injection préalable de morphine, appliquer un cautère au caustique de Vienne sans que le malade accusât aucune douleur. Ces faits méritent d'être vérifiés, ce qui est d'ailleurs bien facile dans les hôpitaux. [Journ. de méd., de chir. et pharm. de Bruxelles.)

Laudanum (DeLIOUX).

Etrail d'opium. ....

Safran

Alcoolat de menthe.

Alcoolat démolisse..

Hydrolat de cannelle Sucre

Coupez les alcoolats avec l'hydrolal, faites macérer l'extrait d'opium et le safran pendant dix jours : passez, exprimez, ajoutez le sucre, filtrez.

Le produit ainsi obtenu a une couleur analogue à celle du laudanum de Sydenham. Son odeur et sa saveur sont infiniment plus agréables. Un gramme du nouveau laudanum contient 5 centigrammes d'extrait d'opium. Le gramme se divise en 25 gouttes; ainsi 5 gouttes représentent 1 centigramme d'extrait d'opium, 1 goutte représente 2 milligrammes, etc.

Sous le rapport clinique et thérapeutique, ce nou-

5 grammes.

NARCOTIQUES. 19 veau médicament est plus franchement hypnotique que les laudanums de Sydenham et de Rousseau. Il narcotisc mieux la douleur, il ne produit pas l'excitation que les opiacés occasionnent chez certaines personnes. Appliqué à l'extérieur sur quelque point douloureux, il enlève beaucoup plus vite, plus radicalement la douleur.

Chanvre indien (SIMPSON).

J'ai, dans un de mes annuaires précédents, donné un mémoire très intéressant de M. Mongini sur le haschisch et la culture du chanvre indien dans l'Asie- Mineure, je vais le compléter par de précieux renseignements donnés par M. Simpson sur l'usage du Cannabis indica dans l'Inde.

Le Cannabis indica possède de puissantes propriétés narcotiques. Les feuilles sont recouvertes d'une matière résineuse appelée churrus ; les feuilles les plus grandes et les capsules portent le nom de. bhang, et la plante desséchée après floraison et revêtue encore de sa résine se nomme gungah ou liaschish. Pour préparer ce haschish, on se contente de recueillir après la floraison les sommets et les parties tendres de la plante, et de les faire sécher. Celte plante est abondamment employée dans les Indes pour produire l'ivresse, et c'est un fait digne de remarque que, lorsqu'on la cultive en Angleterre, elle ne présente plus ses propriétés narcotiques, et quoiqu'elle y pousse bien et atteigne souvent une hauteur de plus de 10 pieds, elle ne se recouvre plus de matière résineuse. L'ahsence

20 ANNUAIRE DE THÉ liAPE UTIQUE.

de cette résine semble être la seule différence qu'il y ait entre le Cannabis indica et le Cannabis saliva, ou chanvre commun. Les deux plantes semblent botaniquement identiques. On récolte la matière résineuse de diverses façons dans les différentes parties des Indes. Par exemple, dans le NépauJ, on frotic les feuilles doucement, entre les mains jusqu'à ce que celles-ci se chargent de résine qui adhère à la peau sous forme de matière visqueuse assez consistante et de couleur foncée. On l'enlève avec une spatulé et on la façonne en morceaux que Ton vend à l'état brut sous le nom de churrus. Quand ce churrus a été clarifié, il prend le nom de mornes, et, dans cet élat, il brûle avec une flamme brillante.

Dans les Indes centrales, d'un autre côté, des hommes vêtus de cuir courent à travers les champs de chanvre en frappant violemment les plantes. La résine adhère au cuir et on l'enlève ensuite pour la façonner en boulettes. Quelquefois on se dispense du vêtement de cuir et les indigènes récoltent le churrus directement sur leur peau.

L'habitude de fumer et de mâcher le gunga ou haschish est très- ancienne et en grande faveur en Orient ; elle remonte à plusieurs siècles. Les assassins (haschischi), successeurs homicides du vieillard des montagnes, tirent, dit-on, leur nom, de l'usage du haschish. L'histoire nous montre que celte substance était d'un usage général dans l'Inde musulmane, il y a un siècle. Il paraît qu'à cette époque « on préparait, avec les sommets de la plante, de l'eau et quelques épices,

une liqueur épaisse vert sale (bhang), au moyen de laquelle les gens du peuple se procuraient une gaieté momentanée, voisine de l'ivresse, mais suivie bientôt d'une grande prostration. Cette liqueur est cinquante fois moins chère que le gin anglais, et comme elle a des propriétés narcotiques, on l'emploie comme apéritif, mot qui signifie toute espèce de choses pour un Indien. »

Le même auteur dit, en parlant d'une boutique à bhang ; « Un établissement de ce genre n'exige pas un capital de plus de 2 fr. 50. Il consiste en quelques naites étendues sous les arbres, et sur lesquelles le rebut de l'humanité se réunit pour boire le bhang. Cette boisson possède de tels charmes qu'au bout de quinze jours d'usage on ne peut plus y renoncer. En deux ans, celui qui en a contracté l'habitude se trouve réduit à l'état de squelette et complètement privé de son intelligence. »

On ne fume jamais le gungah sans tabac ; on les réunit en une petite pelote dans la paume d'une main à l'aide du pouce de l'autre, de sorte que ce geste fait reconnaître de suite un fumeur de gungah. Lorsqu'ils ne peuvent se procurer de pipe, les indigènes creusent dans le sol un petit trou dans lequel ils placent leur mélange, puis ils adaptent latéralement un long roseau creux et se livrent ainsi à leur jouissance favorite. Une autre manière ingénieuse de se procurer un fourneau de pipe consiste à rouler une grande feuille humide en forme de cornet que l'un tient par la pointe. Il est curieux que les adeptes du hascliïsh ne le fument jamais

22 ANNUAIRE DE TIJÉ.RAPF UTIOUE.

seuls, mais toujours en compagnie ; on les reconnaît à leur aspect sec et rachi tique, à leurs yeux creusés et à leurs joues maigres. Jamais ils ne sont «ras, et l'abus du haschish amené souvent ebez eux la diarrhée ou la dysenterie. On peut remédier en grande partie à ces accidents en leur faisant prendre du lait et autres substances contenant beaucoup de matière grasse. L'habitude de fumer Je gungah rend ceux qui s'y adonnent irascibles et brutaux. 11 y a une grande différence entre les effets que produit l'abus de l'opium et ceux que produit l'abus du gungah. Qu'un mangeur d'opium soit malade et qu'on lui relire sa drogue favorite, il s'affaiblira rapidement, tandis qu'on peut renoncer à l'usage du gungah sans en ressentir aucun effet fâcheux. On sarait porté à penser que les meurtres pendant l'ivresse produite par le haschish soient fréquents dans les Indes, où le rebut de la population passe son temps à se droguer avec ce narcotique. Cependant, cet abus du chanvre indien est presque inconnu daus les Indes.

Iiyoscyauiïne ; datut-îne, au point de vue de leur action physiologique (OULMONT ET LAURENT).

Jusqu'ici on a fait en France au moins très-peu d'usage de la daturine et de l'hyoscyamine, cela lient à n'£ii pas douter à la difficulté qu'on éprouve à se procurer ces alcaloïdes. Voici en quels termes MM. Oulmont et Laurent apprécient leurs propriétés comparatives.

« Nous avons employé de l'hyoscyaminc et de ladalurine de Merck, dont une partie nous a été fournie par l'administration des hôpitaux. L'iiyoscyamine dont nous nous sommes servis se présentait sous forme de liquide brunâtre à consistance sirupeuse; la daturine était en petits cristaux. Nous avons fait préparer des solutions aqueuses à ,577, tt0 , A > pour obtenir ces dernières, il fallait ajouter à l'eau quelques gouttes d'acide acétique. En solution au cinquantième, l'hyoscyamino a une odeur vireuse et très-peu de saveur; la daturine, qui n'a pas d'odeur, a une saveur franchement amère.

«Nos expériences physiologiques ont été faites sur diverses espèces d'animaux : grenouilles, lapins,, cabayes, chats et chiens, — toujours les médicaments ont été employés par application directe ou en injection sous-cutanée avec la seringue de Pravaz, — chez l'homme, Thyoscyamine et la daturine ont été employées, soit à l'intérieur, soit par la méthode hypodermique.

» Voici une observation sur l'homme : chez un malade couché au n° 1 de la salle Saint-Charles, entré dans le service pour un zona, auquel succédèrent des douleurs névralgiques rebelles. Le o juillet, au soir, on avait injecté h milligrammes de daturine, sans obtenir de résultat bien appréciable ; la douleur persistant le lendemain, à cinq heures vingt-cinq du soir, injection de 6 milligrammes : à cinq heures cinquante-cinq, le pouls avait monté de 68 à Sà en restant régulier, — légère augmentation de tempéra-

turc (3G,G à '61). Dilatation modérée des pupilles, persistant devant la lumière ; soif vive, sécheresse de la gorge, peu de raucité delà voix, pas de dysphagie, tête lourde, pas de bourdonnements d'oreilles.

» A huit heures du soir, le malade était dans un étal de pâleur extrême, pouls petit, irrégulier, 96 pulsations, extrémités froides, couvertes d'une sueur visqueuse ; pupilles toujours dilatées, aphonie complète, respiration irrégulière et suspiricuse. Les battements du cœur sont intermittents : il manque souvent 1 pulsation sur 2 ou 3 ; ils sont précipités par moment. Le malade ne répond plus aux questions. La température axillaire n'avait pas varié depuis cinq heurescinquante-cinq. Elle était toujours de 37 degrés. Des sinapismes promenés sur les extrémités inférieures, du café, ramenèrent bien vite le malade.

» Le 5 juillet, au matin, le pouls était retombé à 6Zt : les intermittences du cœur persistaient ; et de tous les symptômes sérieux qui avaient paru la veille, il ne restait qu'une soif vive et de la céphalalgie. Les battements du cœur sont restés irréguliers pendant plusieurs jours.

» Voiles conclusions du mémoire :

» 1° b'h'yoscyamine et la daturine exercent spécialement leur action sur le système du grand sympathique.

» 2° A faibles doses, elles diminuent la circulation capiliairc; à doses fortes, elles déterminent une paralysie yascalaire.

» 3° La tension artérielle augmente par l'adminis-

(ration de faibles doses ; au contraire, elle diminue avec des doses toxiques. Ces résultats ne sont pas modifiés par la section des nerfs pneumogastriques.

« h" Le nombre des pulsations augmente et leur amplitude diminue.

« 5° L'hyoscyamine régularise les mouvements du cœur, la daturine produit souvent des intermittences et des arrêts du cœur. Portés directement sur cet organe, ces alcaloïdes diminuent la fréquence des battements et produisent un arrêt complet du cœur.

« 6° Ils accélèrent toujours la respiration.

« 7° L'hyoscyamine et la daturine n'ont pas d'aclk»n directe sur le système nerveux de la vie de relation. La sensibilité et la motricité ne sont pas modiliées. A dose toxique, la sensibilité périphérique est émo ussée.

« 8° Ces alcaloïdes n'ont aucune action sur l'excitabilité des muscles à fibres striées. Ils ne modifient pas leur structure.

« 9° A faible dose, ils accélèrent les mouvements de l'intestin ; à forte close, ils les paralysent.

« 10° Les phénomènes généraux que l'on observe sont dus aux modifications survenues dans la circulation ; ils disparaissent rapidement. Les alcaloïdes s'éliminent vite, surtout par les urines, où Ton peut les retrouver.

« 11° La dilatation de la pupille est due à l'excitation du grand sympathique ; le nerf de la troisième paire est étranger à la mydriase.

« 12° De faibles doses déterminent, en général, une

BOCCIIARDAT. 1872. 2

'2b ANNUAIRE DE THÉRAPEUTIQUE.

augmentation légère de la tc/npérature ; de fortes doses diminuent la température centrale. »

(Arch. de phys.)

Dans une. lecture à l'Académie de médecine VI. Ouimont a publié de nouvelles études sur Tliyoscyaminc : voici en quels termes il les résume dans le Bulletin de l'Académie du 19 novembre 187!2.

1° L'hyoscyamine présente toutes les propriétés actives de la jusquiane. La fixité de sa composition donne aux résultats une précision qu'on n'obtient pas avec lajusquiame en substance.

2° L'hyoscyamine doit être administrée d'abord à faibles doses (2 milligrammes par jour), soit en pilules, soit sous la forme d'injections bypodermiques.

On pourra en augmenter la dose jusqu'à 10 et même 12 milligrammes.

3° Le médicament devra être continué même s'il survient quelques légers symptômes d'intoxication comme de la sécheresse de la gorge et de la dilatation des pupilles. Si les symptômes deviennent graves il faut Je suspendre. Du reste les symptômes sont fugaces et disparaissent vite.

k° L'hyoscyamine exerce sur l'homme une action narcotique. Elle est efficace contre le symptôme douleur et les névralgies en particulier, mais son efficacité est moindre que celle de l'opium et de la belladone.

5° Ce médicament exerce une action favorable dans les névroses spasmodiques et convulsives.

NARCOTIQUES. 27 Elle guérit le tremblement nerveux dans des cas où tout autre traitement avait échoué.

Elle amène une amélioration notable dans le tremblement sénile et la paralysie agitante.

6° Son action est nulle dans l'ataxie locomotrice. — Dans le tétanos traumatique, quoique le blessé ait succombé, elle a déterminé dans les symptômes une rémission assez marquée pour que la question ne me semble pas résolue et appelle de nouvelles recherches.

Pilules d'hyoscyamine.

Hyoscyamine 5 centigrammes

Poudre de guimauve .... 1 gramme Sirop de gomme q. s.

f. s. a. 25 pilules 1 à h progressivement chaque jour, contre la névralgie, les névroses spasmodiques et convnlsives dans le tremblement nerveux et sénile.

Sulfate il'ntropinc coloré (IlAGEP.).

Hager appelle l'attention sur un sulfate d'atropine tacheté de bleu ou de violet qu'on rencontre quelquefois dans le commerce. Déjà, en 1867, il a fait cette observation dans sa Centralhalle, page '286, sans cependant donner d'autres détails. Ayant de nouveau reçu dans ces derniers temps un sel d'atropine ainsi tacheté, il crut devoir attribuer la cause de cette coloration à un corps appartenant aux glycosides ou en approchant, car lorsqu'on mêle à la solution aqueuse

de ce sulfate d'atropine du nitrate d'argent, qu'on fait bouillir, la liqueur se colore en brun à cause de la séparation de l'argent, et, après un repos de quelque temps, on trouve l'argent métallique noir isolé. De même, si l'on mêle à la solution du sel d'atropine coloré une dissolution alcaline de cuivre et qu'on laisse bouillir à plusieurs reprises et qu'on laisse reposer ensuite, il se sépare de l'oxydule rouge de cuivre. Ilager prétend qu'un sulfate d'atropine coloré ou non, qui est influencé par le nitrate d'argent et par une dissolution alcaline de cuivre, ne peut être employé comme médicament, et doit être considéré comme une préparation impure. {Bull, pharm., Bruxelles.)

Atropine. Sur la nécessité de su pureté absolue

(SOELBERG WELS).

« Je dois insister particulièrement sur la nécessité absolue d'avoir une solution d'atropine pure et libre de tout acide étranger énergique ou d'esprit-de-vin. Quelques gouttes d'acide sulfurique puissant sont quelquefois ajoutées par les pharmaciens quand le sulfate d'atropine n'est pas neutralisé, et qu'il est, par conséquent, imparfaitement soluble. J'ai vu plusieurs cas dans lesquels une solution pure d'atropine avait parfaitement réussi (diminution de l'irritabilité de l'œil et de l'inflammation) et qui, après une seconde application (faite d'après la même ordonnance, mais par un pharmacien différent), produisait une irritation considérable, accompagnée de douleurs, de rougeur, de

larmoiement. Ces symptômes étaient de nouveau détruits par l'emploi d'une solution pure. Xa solution impure étant analysée, on trouvait une petite quantité d'acide sulfurique puissant. De pareils cas prouvent combien la théorie de certains médecins, qu'une petite quantité d'acide puissant ou d'alcool ne cause aucun préjudice, est erronée, même lorsqu'il y a beaucoup d'irritation ciliaire et une inflammation considérable de la cornée ou de l'iris. Je dois cependant ajouter que j'ai rencontré des cas exceptionnels dans lesquels une idiosyncrasie particulière rendait le malade plus intolérant et rebelle même à l'usage d'une solulion d'atropine pure et faible. J'ai vu des cas dans lesquels une solution pure d'atropine a produit de l'irritation, de la douleur, et même un état érysipélateux de la paupière et de la joue, accompagné par de la rougeur et de l'enflure chémotique de la conjonctive.

Cependant ces cas sont très-rares et n'ont pas la moindre analogie avec ceux clans lesquels l'irritation est causée pai l'impureté de la solution. Dans ces derniers cns, une solution pure d'atropine est non seulement bien supportée, mais elle soulage et diminue l'irritation ciliaire et les symptômes inflammatoires. M. Lawson rapporte aussi quelques cas très-intéréssanls de cette idiosyncrasie particulière dans un mémoire publié dans Roy. Lond. opht. Hosp. Reports, t. VI, p. 119.

{Traité pratique des maladies des yeux, Germer Baillière, 1873.)

l/antégontsme exl»tan< entre l'atropine ft lu ève ae Calanar (Thomas Fraser).

Depuis quelques années l'antagonisme entre les propriétés physiologiques de certaines substances médicamenteuses a été l'objet d'un grand nombre de recherches. Mais parmi celles-ci, il en est fort peu qui, au point de vue du nombre et de la précision des expériences, présentent la valeur du mémoire communiqué en mai 1871, par le professeur Fraser, à la Société royale d'Édimbourg.

Antérieurement, des faits nombreux d'antagonisme avaient été déjà signalés: par Schmiederbcrg et Koppe entre la muscarine et l'atropine; par I'reyer, entre l'atropine et l'acide cyanhydrique ; par Benner, entre le cbloral et la strychnine ; par d'autres auteurs, entre ce dernier alcaloïde et l'ésérine. Mais aucune de ses opinions n'était appuyée sur des expériences rigoureuses.

, En 1866, Kleinwachter, dans un cas d'empoisonnement par l'atropine, avait obtenu de bons effets de l'emploi de la fève de Calabar. Bourneville, dans un mémoire sur le traitement des tétanos, et plus récemment dans un travail sur l'antagonisme de la fève de Calabar cl de l'atropine, était arrivé aux mêmes conclusions. D'un autre côté, le professeur B:trlholo\v de Cincinnati, dans un essai sur l'atropine, avait admis un antagonisme entre cette substance et l'ésérine, mais un antagonisme partiel et seulement dans leur

action sur le système nerveux. Il en avait conclu que l'atropine n'est pus l'antidote de l'ésérine. Enfin Fraser lui-même, en 1869, avait fait déjà quelques recherches sur ce sujet.

Le nouveau travail dont nous donnons ici l'analyse ne comprend pas moins de trois cent trente et une expériences. Il se compose de quatre séries de recherches.

1° Détermination dos quantités d'ésérine et d'atropine les plus faibles capables de tuer certainement un animal d'un poids donné.

2° Démonstration de l'antagonisme de l'ésérine et de l'atropine au point de vue de l'action toxique.

3° Fixation des doses, limites entre lesquelles l'antagonisme peut se produire.

k° Examen de l'influence que peuvent avoir les variations dans le moment où l'antidote est administré.

Toutes ces recherches ont été faites sur des lapins, à l'exception de quelques-unes qui ont porté sur des chiens. On choisissait des animaux aussi semblables que possible et clans les mômes conditions de santé. Les substances employées étaient le sulfate d'atropine l'extrait de fève de Calabar obtenu par l'alcool de S/T et le sulfate d'ésérine. On les introduisait dans l'économie à l'aide d'injections hypodermiques.

Il était nécessaire de rechercher préalablement à àquellesdoselessubstances employées étaient toxiques. Faute de s'être assurés que les quantités d'ésérine administrées concurremment avec l'atropine étaient suffisantes pour causer la mort, les premiers expéri-

médiateurs n'avaient pu formuler des conclusions vraiment rigoureuses. Après avoir consacré quarante expériences à élucider ce dernier point, l'auteur est arrivé à ce résultat que pour des lapins de trois livres et demie, la dose minimum capable de tuer avec cerlitudeestde 22 grains 1/2 pour l'atropine, et 1 grain 1/2 pour l'extrait de fève de Calabar. Le sulfate d'ésérine est sensiblement dix fois aussi actif que l'extrait. Les cbiens sont plus sensibles que les lapins à l'action de l'atropine.' Dans un cas, 15 grains de cette substance ont suffi pour empoisonner un chien de seize livres.

Connaissant avec exactitude la quantité minimum d'ésérine capable de tuer certainement un animal d'un poids donné, Fraser reconnut qu'il pouvait dépasser considérablement celte dose, la doubler et même la tripler sans empoisonner l'animal, à la condition de lui faire prendre une certaine quantité de sulfate d'atropine. Un grand nombre d'expériences concordantes mettent ce résultat an-dessus de toute contestation. Néanmoins, pour donner à ces conclusions encore plus de force, l'auteur a su'ni un mode d'expérimentation absolument inattaquable. Chaque expérience se faisait en deux temps. Dans le premier, une dose d'ésérine égale ou supérieure à la dose toxique était administrée et neutralisée par l'atropine. Puis pour bien prouver que l'immunité ne tenait pas à une force de résistance particulière à l'individu, huit ou dix jours après, quand l'animal était revenu depuis quelque temps à son état normal, on lui faisait prendre une dose d'ésérine

NARCOTIQUES. 33 égale on inférieure à celle qu'il avait supportée sans mourir la première fois. Or dans tous ces cas sans exception la mort survient avec une grande rapidité.

Il était ainsi bien établi que chez les chiens et les lapins l'atropine et l'ésérine pouvait se neutraliser réciproquement. En est-il de même chez Ions les animaux? Le doute est d'autant plus permis que pour l'atropine le chien et le lapin présentent une immunité relative. Pour trancher cette difficulté, M. Fraser a cru pouvoir admettre que les différences dans les effets toxiques d'une même substance sur des animaux d'espèces différentes sont simplement une question de dose. L'exactitude de cette hypothèse aurait besoin d'être démontrée. La tenant pour vraie, l'auteur en a déduit qu'il suffirait pour donner à ses expériences une portée plus générale, de trouver un moyen d'augmenter l'activité toxique de l'atropine. Dans ce but, il a injecté directement l'atropine dans les veines. Les résultais sont les mêmes.

L'antagonisme démontré, il fallait déterminer les conditions dans lesquelles il se manifeste. Cette recherche était nécessaire; parce que l'atropine et l'ésérine ne jouissent pas de propriétés absolument opposées, et qu'à côté de différences profondes elles ont plus d'une analogie. Or, il pouvait fort bien arriver qu'en forçant les choses, on atteignît une région ou, malgré la neutralisation des propriétés opposées, la superposition des actions congénères deviendrait capable à elle seule d'entraîner la mort. Pour élucider cette questions M. Fraser Qt à des lapins des injections d'ésérine Ya-

riant depuis la moitié de la dose loxiqtie jusqu'à G ou 7 fois celte quantité. Dans chaque expérience, il neiïtrali'sail reflet toxique par l'emploi d'une quantité variable d'atropine. Il trouva que de celle manière il pouvait rendre inoffensive une quantité d'ésérine égale ù trois fois et demie la dose réputée toxique. Il vit aussi que la quantité d'atropine susceptible de neutraliser un poids donné d'ésérine n'est pas fixe et invariable.* Ainsi pour la dose toxique dite minimum, on peut avec le même avantage employer des quantités d'atiopine variant depuis un dixième de grain jusqu'à cinq grains. Mais à mesure que la quantité d'ésérine augmente, les limites précédentes entre lesquelles oscille toujours la dose efficace d'atropine se resserrent considérablement. La diminution est de 1 grain environ pour chaque augmentation de la quantité d'ésérine égale à la moitié de la dose toxique. En se rapprochant, les deux limites convergent vers une seule et même quantité : c'est la dose de sulfate d'atropine applicable à tous les cas où l'antagonisme est possible.

Ces recherches ont encore mis en évidence un résultat singulier, à savoir que des quantités d'ésérine et d'atropine inférieures toutes deux ù la' dose toxique peuvent en s 'ajoutant amener la mort, comme si dans ces conditions les effets s'accumulaient au lieu de se neutraliser.

Il restait à rechercher si le moment où l'on administre l'antidote a quelque influence sur la puissance de neulialisation. En étudiant cette question, Fraser a reconnu que pour une môme dose d'atropine Feffica-

cilé esl plus grande si sou ingesii>n précède de quelques minutes celle de l'ésérine. Le pouvoir antagoniste de l'atropine se maintient pendant une période d'autant plus longue que la quantité administrée a été plus forte. Dans une expérience, 5 grains d'atropine injectés à un lapin deux heures cinquante cinq minutes avant l'ésérine , ont encore pu neutraliser une jjose de celte substance égale une fois et demie la quantité suffisante pour causer la mort.

En résumé, le travail du professeur Fraser démontre avec une entière évidence l'antagonisme de l'atro- «pineet de l'ésérine. Il est fâcheux cependant qu'il n'ait pas vérifié directement si les résultats qu'il a obtenus sur des chiens et des lapins sont applicables à d'autres animaux. C'est là un point d'une importance capitale pour la théorie que défond l'auteur. Il esl regrettable aussi qu'il n'ait pas cherché à pénétrer le mécanisme de l'action antagoniste. Ces réserves faites, le mémoire du professeur Fraser est le travail le plus complet qui ait été entrepris sur ce sujet; et si les conclusions en sont applicables à l'homme, elles pourront conduire à des applications thérapeutique-, de la plus haute importance.

Extrait du t. XXVI des Transactions de la Société royale d'Édimboarg.

Tabac : infusion dans ln vaginite (AtthIL).

Dans le n° du Médical Press and Circulai' du

21 juin dernier, Atiliil atiira Pat lent Ion sur les bénéfices qu'un retire des injections vaginales de l'infusion de feuilles de tabac il disait qu'il n'avait encore eu aucun accident. Mais depuis, dans deux cas, il observa de la Faiblesse cl des nausées à la suite de ce traitement..

Cbez une jeune mariée, l'orifice du vagin élait tellement étroit que le mariage n'avait pu être consommé ; mais les efforts répétés avaient amené une vaginite aigiic ; des injections de tabac furent conseillées contre les douleurs; bien que peu de liquide eût été injecté, il s'ensuivit de la faiblesse et des nausées, qui ne durèrent que quelques minutes. Une autre fois, cbez une jeune fille dont l'orifice du vagin était très-étroit les mêmes accidents suivirent l'injection de tabac.

L'auteur pense que l'étroitessc du vagin aura retenu dans sa cavité le liquide, dont l'absorption aura déterminé les accidents. Peut-être aussi la susceptibilité des malades au médicament était-elle excessive. Quoi qu'il en soit, il n'ordonnera plus dorénavant ces injections dans les cas où l'ouverture du vagin ne sera pas assez large pour permettre au liquide d'en sortir promptement. Il fait aussi ajouter maintenant deux ou trois drachmes de borax à l'infusion, qui, lui paraît agir utilement. "

Tabac ; recherches sur In fumée (G. Le Bon).

«1° Les fumeurs et les personnes qui sans fumer se tiouvent dans une atmosphère chargée de tabac, . bsorbent par chaque quantité de 100 grammes de

tabac brûlé, une proportion de* nicotine variant de quelques centigrammes jusqu'à 1 gramme. Ils absorbent aussi une quantité d'ammoniaque à peu près égale.

2° La quantité de tabac journellement consommée par un individu faisant usage de celte substance n'est guère inférieure à 20 grammes. Un fumeur est susceptible par conséquent d'absorber journellement une quantité de nicotine qui peut atteindre 25 centigrammes et une proportion d'ammoniaque à peu près égale.

3° De tous les modes de fumer, le plus dangereux est celui qui consiste ù fumer le cigare ou la cigarette en avalant la fumée ; le moins dangereux est celui qui consiste à fumer la narghilé ou bien la pipe à long tuyau en plein air.

Zi° Les effets déterminés par les produits de la condensation de la fumée du tabac sont analogues a ceux de la nicotine. Cependant aux effets de la nicotine elle-même viennent s'ajouter ceux produits par l'ammoniaque que la fumée contient en proportion considérable.

5° Le produit résineux, demi-liquide, qui se condense dans l'intérieur des pipes et qu'on désigne vulgairement sous le nom de jus, contient une proportion considérable. Il est un peu moins toxique que la nicotine elle-même, mais foudroie rapidement cependant les animaux qu'on expose à son action.

6° Le produit liquide qui se condense dans la bouche et dans les poumons du fumeur contient de l'eau, de

BOUCIURDAT. 1872. 3 '

l'ammoniaque, de la nicotine, des corps gras et résineux et des matières colorantes ; à la dose d'une goutte, il détermine rapidement chez les petitsanimaux de la paralysie du mouvement et un état de mort apparente. Ces effets disparaissent rapidement, mais la mort réelle arrive si la -dose est portée à quelques gouttes. Si, au lieu d'administrer le liquide à l'intérieur, on le fait respirer à l'animal pendant quelque temps, il meurtégalement; mais dans ce dernier cas, les effets produit semblent dus en grande partie à la présence de l'ammoniaque.

7° A la close d'une goutte, la nicotine ne produit pas d'effets dangereux sur les grands animaux, mais elle tue instantanément les animaux de petite taille. Parmi les effets observés, les plus constants sont des tremblemenls fibrillaires, une congestion générale des vaisseaux superficiels, de la stupeur et surtout une contraction tétaniforme des muscles de l'abdomen.

8° La nicotine est un des poisons dont les effets se dissipent le plus rapidement et pour lesquels l'accoutumance se produit le plus promplement.

9° Contrairement à ce qu'on répèle généralement,, la vapeur de la nicotine, à la température ordinaire,, n'est pas dangereuse; mais il en est tout autrement si le liquide est porté à l'ébulliiion. Elle détermine ■ alors des palpitations, une suffocation vive, de l'anxiété précordiale et des vertiges. Les petits animaux qu'on expose à cette vapeur meurent presque instantanément.

10° Parmi les effets de la fumée de tabac sur

l'homme, on peut citer, à petites doses : l'excitation momentanée des facultés intellectuelles; doses répétées, des palpitations, des troubles de la vision et surtout la diminution de la mémoire, notamment de la mémoire des mots.

(Annales de la Société médico-chirurgicale de Liège)

Ciguë conâcinc (SCHROFF).

Les fruits du Conium maculatum, âgé d'un an, ne contiennent qu'une très-petite quantité de cicutine. Les fruits verts de la plante âgée de deux ans donnent au contraire la plus grande quantité de cicutine, surtout si ces fruits sont sur le poinl d'être mûrs. Quand les fruits sont en parfaite maturité et proviennent d'une plante de deux ans, leur efficacité tient le milieu entre les sortes précédentes.

M. Manlius Smith a observé que les pétioles de la ciguë étaient à peu près dépourvues de cicutine, tandis que les limbes des feuilles sont riches en alcaloïde, le moment où les feuilles commencent à s'épanouir paraît le plus favorable à la récolle des feuilles, parce que c'est à ce moment qu'elles renferment la plus grande proportion d'alcaloïde. Les feuilles perdent d'ailleurs assez rapidement la plus grande partie de leur efficacité.

Nui- la vératrine (Wood).

Depuis que Budloch (de Philadelphie) a re-

M ANNUAIKE DE THERAPEUTIQUE.

connu que la vératrine est une substance composée de deux alcaloïdes associés à une résine, ce qui permet d'expliquer la différence d'aciion observée dans certains cas, le professeur Wood s'est livré a une étude attentive de ces différents corps, et il a trouvé que la viridine, qui est soluble dans l'éther, n'est ni vomitive ni caihartique ; que la véralroïdine, insoluble dans l'éther, est un vomitif irritant, et quelque peu purgalive. La résine n'a aucune propriété thérapeutique.

En faisant usage de la viridine, on obtient l'effet sédatif du Veratrum viridc, sans occasionner de nausées ni de vomissements, qui sont toujours pénibles et quelquefois dangereux. (Arch. méd. belges.)

Cévadille : ses alcaloïdes (YVeigeluv).

M. Weigelin, outre la vératrine, a rencontré dans les graines de cévadille (Veratrum sabadilla) la sabadilline déjà signalée parCouërbe et un nouvel alcaloïde, la sabatririe. Les graines broyées furent épuisées par de l'eau accidulée d'acide sulfurique et bquillante; la décoction fut, après concentration, additionnée d'alcool pour précipiter les parties mucilagineuses. Après vingt-heures de repos et décaniation, on sépara de nouveau l'alcool par distillation , puis on précipita la liqueur filtrée par l'ammoniaque, à l'ébullition. On obtint ainsi un précipité grenu jaunâtre. Pour le débarrasser de la vératrine, il fut dissous dans l'éther,

NARCOTIQUES. M qui abandonna par Pévaporation une résine rougeûtre se transforma en une poudre blanche par une série de dissolutions dans l'alcool et de précipitations daus l'eau.

La solution ammoniacale filtrée renferme la sabatrine, qu'on lui enlève par de l'agitation avec de l'alcool amylique, distillant, reprenant par l'alcool le résidu noirâtre, décolorant la solution additionnée de son volume d'eau par du noir animal, filtrant, distillant l'alcool et ajoutant de l'ammoniaque au résidu aqueux. Le produit ainsi obtenu est une résine qui fut reprise par l'éther. La sabatrine s'y dissout, tandis qu'il reste une matière qui est la sabadillinc impure.

La sabadilline a pu être obtenue cristallisée dans la benzine, mais non dans l'alcool ou dans l'eau; elle n'est pas tout à fait insoluble dans l'éther. Elle se dissout dans l'acide sulfurique concentré avec une coloration rouge.

L'ammoniaque ne la précipite pas de ses dissoluluiions. La benzine, l'alcool amylique l'enlèvent à ses solutions acides ou alcalines. La solution aqueuse de sabadilline ne produit aucune réaction avec le bichromate, la sulfocyanate, le ferrocyanure et Tiotlure de potasisum, pas plus qu'avec le chlorure de platinr, l'acide picriquc ou le phosphate de soude.

La sabadilline n'est ni sternulaloire, ni vomilive ; elle accélère les battements du cœur. Les expériences physiologiques antérieures avaient été faites avec un produit mélangé de vétalrine.

il 2 ANNUAIRE DE THEKAPEUTIOUE.

Cet alcaloïde renferme CUl'^Az^13. Son chhr aura te :

G^H^Az'OWCP-HAu^Clo (c=12; 0=16), est amorphe.

Le chlorhydrate esl gommeux, incolore, ainsi que le sulfate.

La sabatrine, qui se rencontre dans la sabadilline du commerce, et qui peut en être extraite par l'éltaer renferme C5»H86Az2017. Ses réactions sont les mêmes que celles de la sabadilline, ainsi que son action physiologique. Elle forme deux chlorauraies.

C^AS^O'^lW-HAu2^ et 5CS»H36Az2015,H2Cl2ll + Au2Cl6.

Le premier est amorphe ; le second devient peu à peu cristallin. Le chlorhydrate et le sulfate ressemblent à ceux de la sabadilline.

La vératine du commerce renferme toujours de la sa badilline et de la sabatrine.

D'après l'auteur, la véralrine a pour formule : C52H^Az2015 ; elle renferme donc moins d azote qu'on ne l'a admis jusqu'à présent. {Bull, de la Soc. chim. )

Ces éludes chimiques sur la véralrine auront de l'avenir en thérapeutique ; elles permettront d'employer isolément des principes immédiats ayant des propriétés pbysiologiques difl'éentes.

Fève de Galabar (L. VINCENT).

Le Physostigma venenosum est une liane vivace, ligneuse, qui peut atteindre une hauteur de 12 à 15 mètres. Elle s'enroule de droite à gauche sur les arbres voisins, et malgré les obstacles qu'on lui oppose pour contrarier son enroulement, elle reprend toujours, au bout d'un certain temps , sa volubilité naturelle de droite à gauche. Ses feuilles sont alternes, trifoliolées : la foliole médiane est de forme ovale, très-aiguë à la pointe, régulière à la base ; elle est munie de stipules : les folioles latérales sont insymétriques. Il existe aussi deux courtes stipules à la base du pétiole général. Les fleurs sont disposées en grappes. Elles sont roses et présentent de magnifiques veines purpurines. Le calice a cinq dents inégales. La corolle est papilionacée et à préfloraison vexillaire. Les étamines sont au nombre de dix : elles .sont périgynes et disposées en deux faisceaux, l'un de neuf étamines, l'autre comprenant une étamine vexillaire. Les anthères ont deux loges : elles sont introrses et déhiscentes par deux fentes longitudinales.

L'ovaire est stipilé et surmonté d'un style très-long portant un stigmate globuleux dont la surface est légèrement velue et recouverte de papilles coniques. Im médiatement au-dessous du stigmate, on remarque sur la partie convexe du style une saillie assez accusée; cette saillie, en forme de crête falciforme, est pleine cl ne peut, en aucune façon, être considérée comme

creuse et vésiculeuse, ainsi que le pensait lialfour qui avait cru devoir rappeler ce caractère lorsqu'il proposa le nom de Physostigma pour la désignation du genre. Le fruit est une gousse allongée, de 12 à 15 centimètres de longueur, atténuée à ses deux extrémités, un peu comprimée sur les côlés, de couleur bleuâtre; ses valves sont assez épaisses ; elles sont striées et rugueuses sur leur face externe et lisses à leur face interne qui présente, dans l'intervalle des graines, une sorte de tissu cellulaire blanchâtre. Chaque gousse peut contenir de deux à trois graines, le plus ordinairement deux. Les graines, parties actives de la plante, car ni les feuilles ni les tiges ne sont toxiques, sont oblongues, convexes, un peu réniformes et celte disposition est plus marquée sur les fèves provenant de rOgo-wni, d'où je ne sache pas qu'on en ail, avant moi, envoyé en Europe, que sur celles récoltées dans les terrains avoisinant le Couso et le Llhamboc. Elles ont de 2 centimètres et demi à 3 centimètres de longueur et 1 centimètre environ de largeur. Leur liile entoure à peu près la moitié du pourtour de la graine. Il a la forme d'une longue cicatrice et est borJé par une ligne assez saillante, rougeàlre cl divisée en deux bandes égales par un sillon qui règne d,iins toute sa longueur. Le tégument externe de lu graine est lestacé, légèrement chagriné ; sa couleur est brun-chocolat Dans l'intérieur se trouve un gros embryon charnu, à radicule conique et accombanle aux cotylédons qui sont ellipsoïdes, durs, blancs, plan-convexes et parfaitement accolés l'un à l'autre dans l'origine; ils se

rétractent ensuite, et, par le fait de cette rétraction, laissent entre eux un espace vide qui constitue une sorte de cavité centrale.

L'analyse chimique et l'examen microscopique ont démontré que l'amande était formée de tissu cellulaire lâche, contenant des granules très-gros de matière amylacée. Ces grains d'amidon sont, ou de forme ovale, oif réniformes, et peuvent même affecter la forme de sortes de parallélogrammes à angles arrondis. Leur bord est quelquefois dentelé. Le spermoderme contient plusieurs matières colorantes qui viennent tout récemment d'être étudiées par M. Grassi et qui pourraient, paraît-il, trouver, clans la teinture des soies, d'utiles applications. Le principe actif de la fève de Calabar est un alcaloïde découvert en 1864 par MM. Jobert et liesse, et qui a été désigné sous les noms divers de physostigmine, de calabarine, ou encore, d'esmne, du mot éséré, qui est le nom que donnent à la fève d'épreuve les indigènes de Gameroous (vieux Calabar, Voy. Annuaire thérap., 1869).

L'ésérine a été obtenue à l'état de pureté par M. Vée fils, qui a fait une étude très-intéressante sur celte substance, et qui, selon moi, doit être regardé comme l'auteur de sa découverte. (Journal de pharmacie.)

Ésérinc ; matière colorante rouge (H. Du-

quesnel).

Quand on traite l'ésérine, ou mieux un de ses sels, par un excès d'alcali (potasse, soude, etc.), on obtient

fi6 ANNUAIRE DE THÉRAPEUTIQUE,

d'abord un précipité blanc qui se redissout dans un petit excès d'eau, et peu à peu une coloration rouge qui prend rapidement, et surtout par l'agitation au contact de l'air, une grande intensité, pour passer, si l'action se prolonge assez longtemps, vingt-quatre heures et plus, au jaune, au vert et même souvent au bleu.

Si, au lieu de laisser se prolonger l'action de la potasse lorsque la coloration rouge n'augmente plus d'intensité, on agite la liqueur à plusieurs reprises avec un excès de chloroforme, toute la matière colorante, rouge passe dans le chloroforme et peut en être isolée par une distillation ménagée de ce véhicule.

Elle se présente alors sous la forme d'une masse résineuse contenant quelques faisceaux de cristaux visibles au microscope seulement. Mais, si l'on vient à l'arroser d'une petite quantité d'éther, instantanément elle ne présente plus [au microscope qu'une masse de cristaux en houppes déliées, cristaux prismatiques rouges, insolubles dans l'éther, qui les débarrasse de l'ésérine en excès, et presque non décomposée par la potasse qu'ils .peuvent encore contenir, solubles au contraire dans l'eau, l'alcool et le chloroforme.

Celte substance rouge, que nous appellerons, jusqu'à ce que sa composition chimique nous soit connue, rubrésérine, pour la distinguer de ses congénères, n'est que le premier degré d'oxydation de l'ésérine ; car, en la traitant par l'ammoniaque diluée, qui la dissout, et évaporant cette solution à siccité, on obtient un résidu d'un bleu magnifique, tout à fait ana-

NAltCOTIQUES. kl logtie à celui qui a été obtenu par notre confrère M. Petit, et se conduisant de même avec les acides, bleu qui paraît être le degré le plus avancé d'oxydation de l'ésérine.

Celte matière cristallisable ainsi dérivée de l'ésérine semble jouer le rôle d'alcaloïde ; car, bien que nous n'ayons fait nos essais que sur une petite quantité, nous avons vu qu'elle précipitait par les réactifs ordinaires des alcaloïdes, l'acide phosphomolybdique , l'iodure de potassium ioduré, l'iodure double de mercure et de potassium.

Il est difficile, du reste, à cause de sa grande puissance colorante et, si elle existe, de sa faible alcalinité, de s'assurer de son action sur les réactifs colorés, papier de tournesol, etc.

La rubrésérine est bien un produit d'oxydation, car elle enlève, pour se former, de l'oxygène à l'air, ainsi que nous avons pu nous en assurer en agitant de l'ésérine avec une solution de potasse dans un tube fermé, et peut être décolorée par l'aciion réductrice du pôle négatif d'un courant électrique provenant d'un élément de Bunsen ou par dégagement d'hydrogène naissant. Ne se forme-t-il pas dans ce cas, par une réaction analogue à celle qui donne naissance à l'aniline, de l'ésérine reconstituée ou un autre alcaloïde? Désidératum facile à combler lorsqu'on pourra opérer sur des quantités convenables de rubrésérine.

Celte substance rouge est privée d'action toxique, au moins lorsqu'on l'administre à des doses relativement forles de 5 et 10 centigrammes, soit par la bouche,

US ANNUAIRE Dli TllfcRAPLUTJQUE.

soil par la méthode hypodermique. Ainsi, dans plusieurs expériences que nous avons faites sur des cochons d'Inde, nous avons obtenu des résultais négatifs avec les doses ci-dessus indiquées, lorsqu'il suflit au contraire de quelques milligrammes d'ésérine pour occasionner la mort des mêmes animaux.

De même l'action antimydriatique, si caractéristique el si énergique de Pésérine, est complètement détruite dans celte substance rouge, comme nous avons pu nous en convaincre par une expérience personnelle.

Contrairement à ce qui est généralement admis, il faut donc considérer les solutions el les collyres d'ésérine plus ou moins colorés par l'oxydation de leur base, comme des préparations altérées et s'affaiblissanl avec le temps.

On évitera donc, autant que possible, l'emploi des préparations anciennes, et on les remplacera par des solutions incolores et récentes, faites en petites quantités et obtenues, soit en dissolvant directement l'ésérine dans l'eau à l'aide d'un acide extrêmement dilué, de façon à avoir une liqueur absolument neutre, soit en faisant usage du sulfate neutre d'ésérine préparé à l'avance et conservé dans un flacon bien sec, qui se dissout rapidement dans l'eau (Bull, de thérap. , 30 juillet 1872.)

Strychnine réactif (Weîvzell).

L'auteur recommande comme réactif le plus sensible de la slrjchnine, une dissolution de 1 partie de

ANESTHÉSIQUES. — ANTISPASMODIQUES. ^9 permanganate de potassium dans 200 parties d'acide snlfurique. Suivant lui, on peut encore déceler la présence de To-^ôH d'alcaloïde, tandis que la réaction préconisée par M. Otto, et qui consiste dans l'emploi du bichromate de potassium solide, a pour limite de sensibilité 10(f0^-

ANESTHÉSIQUiiS. — ANTISPASMODIQUES.

Les applications du chloral et du chloroforme attirent avec raison la sollicitude des praticiens, tant pour prévenir les dangers qui accompagnent leur emploi que pour trouver des applications nouvelles. Nous donnons ce qui a paru de plus important sur ce sujet dans le courant de cette année.

nydratc de chloral ; propriétés (FAITHORNE).

Chauffé sur la lampe à alcool, il ne prend pas feu, ce qui a lieu avec l'alcoolalte. Sa solution aqueuse précipite le sous-nitrate de plomb. Lorsqu'on agile de l'hydrate de chloral, on obtient une solution limpide.

L'hydrate de chloral produit un abaissement notable de température par sou mélange avec de l'acide sulfurique.

L'hydrate de chloral dissout la morphine, la quinine, la cinchonine, la strychnine, la vératrine, l'aconitine et l'atropine.

k II dissout également le phénol et augmente sa solu-

bilité dans l'eau; l'odeur du phénol se trouve ainsi

beaucoup diminuée.

En mélangeant de l'hydrate de chloral avec de la glycérine, il se forme, après quelques heures, une substance cristallisée.

Il dissout à chaud l'acide benzoïque et l'abandonne en cristaux brillants parle refroidissement.

Lorsqu'on ajoute de l'acide azotique à de l'hydrate de chloral mélangé de bichromate de potasse, on obtient peu à peu une coloration bleue ; celte coloration passe au rouge par l'addition d'ammoniaque. La soude caustique, ajoutée au même mélange, le colore en vert clair, la potasse en bleu. (Bull, de la Soc. chim.)

M. Waston a rapporté [The Lancet, 1870) un cas de guérison du tétanos parle chloral.

Hydrate de chloral; danger (ILVBERTSON).

Un malade du docteur Habertson, de Guy's Hospital, atteint d'un anévrysme de l'aorte thoracique, éprouvait de grandes souffrances et des accès de dyspnée ; il prit un demi-drachme de chloral pendant la nuit, afin d'être soulagé et de pouvoir dormir. Il perdit immédiatement connaissance après avoir pris sa potion ; la face et les mains devinrent livides et froides; il ne respirait qu'à de longs intervalles ; au bout d'environ cinq heures, la mort paraissait imminente. Cependant le jour suivant il était aussi bien que possible. Le docteur Haberston dit que c'était la première fois qu'il administrait le chloral à un malade atteint d'anévrysme.

ANESTHÉSIQUES. — ANTISPASMODIQUES. 5t

et que ce résultat confirmait l'opinion qu'il s'étailfaite eu observant les effets de ce médicament clans des cas de pneumonie et de bronchite, à savoir : que par son action sur le pneumogastrique, il a une tendance à congestionner les bronches et le poumon en général, et qu'il ne convient pas dans les cas où il peut survenir des troubles de la respiration. (The Lancet.)

Chloral, effets toxiques (SMITH);

Un homme âgé, après avoir pris pendant plusieurs mois de l'hydrate de chloral à hautes doses, comme hypnotique, vit -survenir sur ses doigts une éruption particulière, consistant en une desquamation avec ulcération superficielle du derme. Celte éruption occupait les doigJs et siégeait principalement sur le bord des ongles. Elle était douloureuse et très-sensible au toucher. En même temps fièvre légère et malaise général. Des applications astringentes eurent rapidement raison du mal, niais trois semaines environ après il survint un violentaccès de bronchite, avec pouls à IZjO, , extrême faiblesse des battements du cœur, le malade mourut bientôt après. M. Smith croit que l'hydrate de chloral n'est pas complètement étranger à l'invasion de ces derniers accidents.

Une dame de vingt-deux ans, après avoir pris pendant un mois de l'hydrate de chloral comme hypnotique, présenta sur les doigts la même éruption que dans le cas précédent. Quelques jours après il survint de Panasarque avec un peu d'albuminurie, le pouls

52 ANNUAlltli DE 'IHÉRAPEUTIQUE.

était à 140, les battements de cœur très-faibles et la respiration très-embarrassée. Sous l'influence des stimulants et des diurétiques, la malade guérit.

Dans deux autres faits, M. Smith nota la môme éruption sur les doigts après Tuf âge de l'hydrate de chloral. -

Cklornl, emploi externe (FRANCISCO).

Le chloral a été employé comme topique, en solution très-concentrée, sur des ulcères anciens, que ni le nitrate acide de mercure, ni la pâle carbosulfurique, ni d'autres caustiques très-actifs n'avaient pu guérir. Le résultat aurait dépassé son attente. Dès les premières applications, le fond de l'ulcère se délergeait, des bourgeons sains se développaient et l'ulcère se transformait en une plaie simple.

Il a employé le chloral dans soixante-neuf cas qui ont donné les résultats suivants :

7 ulcérations invétérées, guéries en 9 à 1G jours ;

[\9 ulcères mous, guéris en 8 à IZi jours;

3 ulcères mous compliqués de diphlérite, guéris en 18 à 29 jours;

5 ulcères mous, compliqués de phagédénisme, guéris en 2Zi à 32 jours ;

5 ulcères infectants primitifs, guéris en 15 à 20 jours.

Parmi les cas d'ulcères phagédéniques, il en note spécialement deux qui, depuis douze à quinze mois, avaient résisté à tous les traitements locaux et géné-

raux, quoique les femmes qui en étaient atteintes fussent douées d'une bonne constitution.

L'auteur emploie les solutions suivantes :

Chloral hydraté 5 grammes.

Eau distillée 20 —

qu'il étend légèrement avec un pinceau sur la surface de l'ulcère. Pour l'es érosions et les ulcérations simples, il emploie une solution plus diluée [Gazetta med. ital. lombard.).

Chloroforme anglais (tlAGEN).

Sous ce nom on trouve dans le commerce allemand, un chloroforme du p. sp. de 1Z|85 importé d'Angleterre, que l'on préfère comme aneslhésique au chloroforme allemand (du p. sp. de 1,5), préféré d'après la pharmacopée prussienne à cause de sa non-décomposition par la lumière.

La supposition que ce chloroforme anglais était préparé au moyen du chloral s'est confirmée d'après l'expérience de Hager; il consiste en chloroforme de chloral, auquel on a ajouté 0,75 à 0,81 pour 100 d'alcool.

Pour distinguer le chloroforme du chloral du chloroforme ordinaire, Hager conseille d'ajouter de l'acide sulfurique pur, lequel colore toujours un peu le chloroforme ordinaire, tandis que le chloroforme de choral reste constamment incolore.

">'j ANNUAIRE DE THÉRAPEUTIQUE.

Schcring donne encore le procédé d'investigation suivant, que Ilager lui a communiqué personnellement.

On laisse évaporer un peu de chloroforme à l'air, à la température ordinaire, sur un verre de montre; ce chloroforme évaporé, à quelques gouttes près, donnera, s'il est préparé d'après les procédés ordinaires, une odeur étrange et désagréable, tandis que le chloroforme du chloral conservera son odeur agréable jusqu'à la dernière goutte.

Ce dernier phénomène se présente également quand on laisse évaporer un chloroforme de chloral ramené au p. sp. de l/;85 par l'addition d'alcool, si cet alcool est complètement exempt d'empyreume. L'odeur que laisse le chloroforme ordinaire tend à prouver au moins qu'il n'est pas exempt de produits chlorés étrangers auxquels il doit probablement aussi sa facile altérabilité. (Bull. Soc. pharm., Bruxellesà

Potion au chloroforme (TOLRASSE).

La potion au chloroforme présente des difficultés sérieuses de manipulation.

Certains auteurs indiquent d'émulsionner le chloroforme avec de la gomme arabique et un jaune d'oeuf ; ces préparations, outre leur longueur, ont l'inconvénient de dégoûter facilement le malade. Voici la formule que nous proposons, formule que nous devons à l'obligeance du docteur Tourasse, de Saint-

ANESTHÉSIQUES. — ANTISPASMODIQUES. 55 Maur; elle repose sur la dissolution complète du chloroforme dans l'alcool.

Chloroforme

Alcool à 90 degrés.

Eau de laurier-cerise. .

— de laitue

Sirop de ileur d'orenger

1 gramme.

Dissolvez le chloroforme dans l'alcool, et versez-le dans la potion ; le mélange avec le véhicule est tout à fait intime, tandis que le chloroforme seul se précipite au fond du verre vu sa grande densité. Celte potion d'un goût agréable donne de très-bons résultats toutes les fois qu'il s'agit de combattre le symptôme douleur.

M. Murdock a trouvé que le meilleur procédé consistait à dissoudre le chloroforme dans la glycérine (trois parties), ce qui se fait assez facilement et donne une solution très-claire, agréable au goût et avec une odeur prononcée du chloroforme. Cette solution peutêtre mêlée sans précipitation à l'eau, en telle quantité qu'on le désire, mais l'odeur apparaît beaucoup plus forte. 11 est bon, dans la préparation, de verser lentement le chloroforme dans la glycérine et d'opérer le mélange avec soin. On laisse reposer vingtquatre heures ; une partie de chloroforme se dépose au fond du vase, on la sépare et on la mêle avec une troisième partie de glycérine, et il ne se fait plus de

séparation. Ce produit peut se conserver sans perle de chloroforme par évaporation.

(Américain Journal of Pharmacy.)

Action combinée «lu chloroforme ci de la morphine

(Labbé et Guïon).

Bien que l'usage du chloroforme comme agent ancsthésique soit déjà ancien, il n'est pas de chirurgien, quelles que soient sa pratique et son habileté, qui n'use de cet agent avec une certaine appréhension. C'est qu'en effet il n'existe pas jusqu'à ce jour de règle ou de procédé pour son emploi qui nous mette dans une complète sécurité à l'égard des accidents qu'il peut produire.

Obtenir l'aneslhésie complète en échappant aux risques d'accidents mortels qu'entraîne malheureusement, souvent encore, l'absorption du chloroforme, est donc un problème dont la solution est bien digne de tenter tous les chirurgiens.

M. Cl. Bernard, à son cours du Collège de France, au moment où il étudiait comparativement l'action physiologique des différents alcaloïdes de l'opium, a soulevé cette importante question et l'a' en partie résolue, en nous montrant qu'il est possible, en combinant l'action de la morphine et du chloroforme, d'obtenir un étal d'anesthésie très-complet, avec une quantité de chloroforme beaucoup moindre qu'il ne la faut ordinairement, lorsque cette substance est employée seule. Pour donner celle démonstration,

ANESTI1ÉSIQUES. — ANTISPASMODIQUES. 57

M. Cl. Bernard injectait préalab'ement sous la peau d'un chien une certaine quantité de chlorhydrate de morphine (5 ou 10 centigrammes), et peu de temps après on administrait du chloroforme. Chaque fois l'anesthésie se produisait promptement et se prolongeait, bien que la quantité de chloroforme absorbée fût très-petite. Ces expériences furent répétées un grand nombre de fois et toujours avec le même résultat.

Au moment où M. Cl. Bernard faisait ces intéressantes recherches, un chirurgien de Munich, Nusbaiim, constatait également ce phénomène sur une femme qui avait, pendant le cours d'une opération, absorbé une grande quantité de chloroforme. Ce chirurgien ne voulut pas administrer plus longtemps de celte substance, dans la crainte de provoquer un accident mortel. 11 eut alors l'idée d'administrer en lavement une petite quantité de morphine, et il vil alors l'anesthésie chloroformique se prolonger bien longtemps.

Deux chirurgiens de Strasbourg, MM. Bigault et Sarazin ont fait des recherches sur ce point. Jusqu'à ce jour leurs observations sont restés inédites, d'après les renseignements qui nous sont donnés par un de leurs élèves. M. Guibert (de Saint-Brieuc), nous communique la note suivante :

« 1 centigramme de chlorhydrate de morphine en injection sous-cutanée, un quart d'heure après l'inhalation du chloroforme ; on obtient d'abord l'analgésie sans sommeil avec intégriiâ complèle de l'intelligence

f)8 ANNUAIRE DE THÉ KAPEUTIQUE.

et des sens spéciaux. Cette analgésie n'est pas absolue et serait insuffisante pour les opérations graves avec sections des troncs nerveux.

» En continuant l'inhalation, on obtient l'anesthésie, avec des doses de chloroforme inférieures à celles nécessaires quand on emploie le chloroforme seul. »

Nous ne. croyons pas que, pour ce qui a trait aux applications à la chirurgie de cet important phénomène, découvert par M. Cl. Bernard, les chirurgiens aient eu l'idée de pousser plus avant les recherches.

Préoccupée de celte importante question nous donnons ici un court résumé d'observations que nous avons entreprises chez l'homme, nous réservant d'y revenir sous peu, avec plus de développement et la rigueur scientifique qui doit comporter le sujet, alors qu'il nous sera possible de doser d'une façon bien précise la quantité de chloroforme absorbée.

1° Le 27 janvier dernier, M. Lahbé, dans son service delà Pitié, pratique sur un homme encore jeune une amputation sus-maléolaite ; vingt minutes avant l'opération, on a injecté chez ce ,malade, à la partie interne d'une cuisse, 0sr,02 de chlorhydrate de morphine. On donne alors le chloroforme, et il se manifeste une légère excitation ; au bout de sept minutes, l'anesthésie est complète et se prolonge encore longtemps après l'opération, qui a duré dixsept minutes. La quantité du chloroforme dépensée est de 28 grammes. Ce malade, bien que la sensibilité

ANESTHÉSIQTJES. — ANTISPASMODIQUES. 59

ne soit pas encore revenue, répond parfaitement à toutes les questions qu'on lui fait, et il est trèséveillé.

2° Le même jour, nous agissons de même chez un autre malade qui doit subir une opération assez longue (évidemment du grand trocanter). Application du chloroforme vingt minutes, après l'injection de morphine ; l'aneslhésie est complète après six minutes d'inhalation du chloroforme. L'opération a duré trente-deux minutes, et l'on a dépensé 25 grammes de chloroforme. Ce malade a eu une période d'excitation assez longue, depuis il est tombé dans la résolution complète et n'a rien senti pendant toute la durée de son opération.

3° Malade. — Mardi 30 janvier, nous en donnons à un malade qui doit subir une opération de fistule à l'anus. Comme pour les deux autres, injection de 0 sr}02 dechlorhydrade de morphine un quart d'heure avant l'opération. Période d'excitation de cinq minutes, puis anesthésie complète. La quantité de chloroforme employé a été de 18 grammes.

4° Malade. — Injection de 0sr,02 de chlorhydrate de morphine à une jeune fille de vingt ans qui doit subir l'opération de l'ovariotomie. Le chloroforme est donné vingt minutes après l'injection ; une légère période d'excitation se manifeste, et l'aneslhésie est complète au bout de six minutes. L'opération a duré une heure quarante-cinq minutes, et la dépense du chloroforme, pour produire l'anesthésie pendant loin le temps a été dans un état complet de résolution, et

60 ANNUAIRK DE THÉRAPEUTIQUE.

elle s'est réveillée Irès-calrae après l'opération, disant

qu!elle n'avait rien senti et ne sentait encore aucune

douleur.

En résumé ces recherches, bien que très-incomplètes, nous permettent cependant d'affirmer :

1" Que l'on peut obtenir chez l'homme, comme l'a montré M. Cl. Bernard pour les animaux, l'anestbésie bien plus rapidement en combinant l'action du chloroforme et de la morphine :

2° Que celte auesthésie est de plus longue durée et peut se prolonger très-longtemps avec de faibles doses de chloroforme, et que, parce fait, les risques d'accidents mortels peuvent se trouver considérablement diminués.

Nous croyons également que l'on pourrait sans inconvénient élever un peu la dose du chlorhydrate de morphine dans l'injection préalable, et qu'il y aurait peut-être avantage à pratiquer l'injection un peu plus longtemps avant l'opération que nous ne l'avons fait. Nous avonscru remarquerque tout n'était pas absorbé au point de vue où avait été pratiquée l'injection au moment de l'opération.

La Gazette hebdomadaire, 1872, n° Zi8, cite un cas de mort par suite d'inhalation de vapeurs d'éther.

Moyens tic prévenir les dansera »le 1 inhalation du chloroforme (Lefort)

J'emprunte à l'excellent manuel de médecine opératoire de M, le professeur Lefort, le résumé des pré-

ANESTHÉSIQUES. — ANTISPASMODIQUES. 61 camions à prendre pour prévenir les dangers de l'inhalation du chloroforme.

Accidents et dangers de Vanesthésie générale. — Avant de poser les règles de l'administration du chloroforme, je dois étudier rapidement les dangers qui peuvent l'accompagner, puisque c'est la connaissance même de ces dangers qui peut nous indiquer les moyens de les éviter dans la mesure, du possible. MM. Perrin, Snow, et surtout Sabarth, ont publié des statistiques mortuaires de l'anesthésie ; d'après celle qu'a donnée M. Kidd dans le Médical Times and Gazette (mai 1860), il y aurait eu jusqu'alors en Europe 125 cas de mort par le chloroforme, 25 cas par l'éther et quelques-uns par l'amylène. J'ai de mon côté, pour un travail non encore publié, relevé tous les cas publiés dans les recueils périodiques ou dans les statistiques hospitalières dans le but d'étudier !e mode d'apparition ou de production des accidents chloroformiques; le nombre de faits dépasse 200, mais il me pa'-aît inutile d'insister sur les chiffres, car il est de toute évidence qu'un nombre beaucoup plus considérable de cas mortels n'ont pas été publics. I>ccherchons donc les enseignements qui résultent de l'étude de chaque cas en particulier. Le chloroforme peut tuer par empoisonnement, par asphyxie ou par syncope.

1° Empoisonnement ou asphyxie par inhalation d'une trop grande quantité de chloroforme. — Il n'est pas dnuleux que la mort ne puisse être le résultat d'une inhalation trop prolongée d'une grande

|: BOCCHAKDAT. 1872. li

62 ANNUAIRE DE THÉKAPEUTIQUJ..

quantité de chloroforme, soit par l'action loxlque de la vapeur, soit parce qu'on a empêché le mélange des vapeurs avec une quantité suffisante d'air atmosphérique. Je ne connais qu'un seul cas où le chloroforme ail été employé pour commettre un meurtre. Le meurtrier,'denliste à Berlin, en proie audésespoir causé par la misère, tua dans une auberge de l'otsdam sa femme et ses deux enfants, l'un âgé de huit ans et l'autre de dix, par des inhalations de chloroforme, et se suicida ensuiLe par le même moyen. Dans un certain nombre de cas, le chloroforme a servi au suicide de médecins ou d'étudiants en médecine ; plusieurs fois le sujet fut trouvé dans son lit, ayant sur sa figure un mouchoir imbibé de chloroforme et recouvert d'un bonnet ou d'une casquette. Il eslimpossible de ne pas admettre que dans le cas de meurtre que je viens de citer, le chloroforme a agi comme agent toxique, aidé sans doute dans son action par l'obstacle apporté à l'arrivée de l'air atmosphérique ; le doute existe peu également sur la cause de la mort dans les cas de suicide, et l'on peut être autorisé à admettre la même explication pour la mort des docteurs Adams (Glasgow), Coates Lynn (Newcastle), et de plusieurs étudiants ayant succombé à Londonderry, à Sheffield, à Londres, à £herness, pendant qu'ils s'administraient eux-mêmes le chloroforme, soit à titre d'expérimentation, soit comme traitement de diverses névralgies. Le même accident moi tel est survenu dans les mêmes circonstances à d'autres personnes étrangères au corps médical. Je crois qu'on i deut admettre comme possible que des malades aient

succombé par excès de cliloroformisation on par mauvaise administration de l'agent anesthésiqne dans les premières années de la découverte de réthérisation ; mais il faut reconnaître qu'aujourd'hui cette cause de mort est peu à redouter, pourvu que l'on prenne la précaution de laisser arriver une quantité suffisante d'air atmosphérique mêlé aux vapeurs anesthésiques.

2° Asphyxie par spasme de la glotte. — Pendant la période d'excitation, au moment où le malade se débat entre les mains des assistants, ou a vu plusieurs fois le patient s'asseoir brusquement sur son séant, les yeux fixes, hagards, largement ouverts, la face bleuâtre, comme cyanosée, puis retomber brusquement en arrière dans cet état de résolution qui caractérise la mort. Dans ces cas, on trouve toujours noté dans les observations (où les phénomènes morbides sont indiqués) que la respiration s'arrête, mais que le cœur continue à battre un temps plus ou moins long. A l'autopsie on retrouve les poumons gorgés de sang spumeux, noirâtre, et les phénomènes cadavériques de l'asphyxie. La cause de la mort survenue toujours alors dans la période d'excitation paraît être un spasme convulsif des muscles du larynx s'opposant au passage de l'air. Dans le cas où cet accident se produirait, il faudrait, non pas recoucher de force le malade, mais le laisser sur son séant et amener brusquement et immédiatement cette révulsion que cause sur tout l'organisme le jet sur la face d'un verre d'eau froide, et même, comme il n'y a pas de temps a perdre, un soufflet vigoureusement appliqué, moyen thérapeutique non

ANNUAIRE DE THÉRAPEUTIQUE, inscrit au Codex, mais qui a l'avantage d'ôtre toujours sous la main du chirurgie;), [lest Inutile d'ajouter que, sauf le cas d'extrême urgence, il est préférable d'employer la fustigation faciale ou thoracique avec une compresse mouillée.

3° Asphyxie par rétrocession de la langue. — Pendant la période de résolution, la respiration, devenue bruyante, se traduit par des ronflements plus ou moins sonores mais parfois ces ronflements changent de caractère, deviennent du sterlor et le bruit respiratoire cesse tout à coup en môme temps que la face pâli I; ou au contraire, ce qui est plus fréquent, prend une teinte cyano. sée. Cet accident est dû à la rétrocession de la langue dont la base vient appuyer sur l'ouverture supérieure du larynx en renversant sur elle l'épiglotle. Le meilleur moyen, le seul môme complètement efficace, consiste à saisir la pointe de la langue avec une pince, cl à la tirer hors de la bouche.

h° Syncope. — La mort est rarement survenue par les causes que nous venons d'examiner, elle est au contraire assez fréquente par syncope, et lorsqu'on prend la peine de lire et d'étudier les nombreuses observations publiées, on voit que la syncope est survenue dans des conditions diverses qu'on peut ramener à cinq principales.

A. Avant l'invention des aneslhésiques, la mort par syncope est assez souvent survenue pendant les opérations et même tout à fait au début de la chloroformisalion, de telle sorte qu'on ne peut guère l'attribuer qu'à la frayeur, à une émotion morale vive, et non à

ANESTI1ÉSIQUES. — ANTISPASMODIQUES. 65

Ja douleur el encore moins à l'hémorrhagie. La syncope peul aussi survenir tout à fait au début de la chloroformisation, sans qu'on puisse attribuer la mon à l'administration de l'agent anesthésique, puisque le malade n'eu avait pas encore respiré les vapeurs.

B. Ce qui est plus fréquent, c'est de voir la chloroformisation déterminer une syncope cliez un malade déjà extrêmement faible, assez même pour qu'on redoute pour lui l'ébranlement causé par la douleur de l'opération. J'ai moi-même perdu un malade dans ces conditions. A peine le chloroforme eut-il été placé devant la bouche du malade, que sa pâleur déjà excessive devint presque cadavérique en même temps que ses yeux perdaient toute expression. Je crois donc que dans un étal d'extrême faiblesse ou d'anémie trèsprononcée il vaut mieux s'abstenir des anesthésiques.

C. La syncope peut survenir par le fait de la douleur causée par l'opération, alors même que l'anesthésie est à peu près complète. Je suis obligé d'entrer ici, très-exceptionnellement, dans des considérations théoriques que j'abrégerai le plus possible. Un homme ivre peut, pendant son ivresse, commettre des actes délictueux dont il a perdu tout souvenir lorsqu'il se réveille du sommeil qui suit toujours l'excès des alcooliques. L'anesthésié ne sait pas au réveil ce qui lu a été fait, car il n'a pas eu la perception de ses souffrances et de leurs causes; mais l'économie a ressenti l'ébranlement causé par la douleur, surtout orsque le sommeil n'est pas absolu. Ainsi, le malade est immobile, endormi, ou bien il s'agite un peu, parle ou

tx.

chante, pendant que le bistouri sectionne les muscles, le tissu cellulaire; mais que l'instrument atteigne un nerf le chirurgien entend alors un cri, une plainte, qui cessent aussitôt ; et cependant le malade réveillé ne sait même pas qu'il est opéré. Cette douleur dont le malade comme être pensant et réfléchissant n'a pas eu conscience, n'a-t-elle pas pu ébranler le système nerveux assez pour amener une syncope ? Je le crois, et quelques faits tendent à le prouver, mais il est tout à fait certain que lorsque le sommeil est incomplet, la douleur peut amener une syncope mortelle. Nous en avons plusieurs exemples. C'est le moment où le bistouri a porté sur un nerf, c'est au moment où l'opération a débuté, où la peau a été incisée, que le malade a pali, que le pouls s'est arrêté et que la mort est survenue. Je crois donc qu'il ne faut point commencer l'opération avant que l'anesthésie soit complète et qu'il y a beaucoup moins de danger à provoquer un sommeil profond qu'une sorte de demi-sommeil. Quelles que puissent être les explications théoriques, un fait subsiste : la plus grande fréquence de la mort par syncope dans la chloroformisation incomplètes que dan les conditions opposées.

D. — 11 est à peine utile de parler du danger de la chloroformisation dans la station assise. Elle facilite singulièrement la syncope, et les nombreux cas de mort survenus entre les mains de dentistes jugent définitivement la question. Il faut de même s'opposer à ce que le malade, à peu près endormi, se relève sur son séant, comme beaucoup cherchent à le faire ; c'est

ANESTUÉSIQUES — ANTISPASMODIQUES. 67

dans un pareil mouvement qu'un chirurgien d'Exeler a vu survenir une syncope brusque et mortelle.

On ne peut pasdans toutes les observations classer nettement les causes de la mort et les faire rentrer dans les catégories que je viens de tracer ; quelquefois la respiration, irrégulière d'abord , s'embarrasse peu à peu, et la mort survient malgré la chloroformisation ; d'autres fois, les accidents sont dus à une maladie de cœur préexistante dont le chirurgien ne s'est pas préoccupé ; dans ce cas, les troubles surviennent à la fois du côté de la respiration et du côté de la circulation, tandis que dans les faits malheureusement si nombreux dans lesquels la mort est survenue par syncope, on trouve presque toujours que les battements du pouls et du cœur ont cessé brusquement, mais que la respiration a continué plus ou moins régulière quelques secondes ou quelques minutes encore, tandis que les phénomènes inverses ont été observés dans les cas d'asphyxie par spasme de la glotte ou par rétrocession de la langue.

Nous avons à nous demander quelle part prend le chloroforme dans la syncope et dans la mort? La réponse est assez facile. Le chloroforme n'empêche pas la syncope, surtout s'il est donné incomplètement chez un individu robuste et vigoureux ; il peut même la provoquer chez un individu très-affaibli ; mais chez l'un et chez l'autre il a causé une dépression telle qu'une syncope spontanée qui chez un malade non chloroformisé eût cédé aux moyens ordinaires, devient mortelle chez l'anesthésié, par défaut de réaction.

68 ANNUAIRE DIÏ THÉRAPEUTIQUE.

Phénomènes de l'aneslhésie, mode d'administration du chloroforme. — Le malade qui doit être soumis aux inhalations doit Cire débarrassé de tous les liens capables de gêner la respiration ou de comprimer le cou-: tels que cravate, brides de bonnet, col de chemise, cordons de jupons, elc; il doit être dans le décubitus dorsal, la tôle peu élevée, mais pas tout à fait horizontale. Qu'on se serve d'un mouchoir, d'une compresse ou d'un des cornets dont il a été question dans les annuaires précédents, il faut ne verser tout d'abord que quelques gouttes de chloroforme et tenir la compresse assez éloignéedela bouche du patient, la plupart d'entre eux éprouvant pour le chloroforme une certaine répugnance. Soit avant de commencer l'administration du chloroforme, soit après l'avoir présenté devant la bouche du malade et observé la manière dont il le respire, il est utile de lui recommander de respirer franchement, naturellement, sans efforts, et d'éviter surtout ces mouvements de déglutition qui, trop souvent, sont la cause de vomissements par suite de l'ingestion dans l'estomac d'une certaine quantité d'air mélangé de vapeurs. Si le malade respire mal, on interrompt un instant pour lui faire dejiouvelles recommandations ; s'il fait des mouvements de déglutition, on l'engagea tenir la bouche ouverte.

Les premiers phénomènes qui se manifestent d'abord consistent en des bourdonnements d'oreilles et de la loquacité, puis survient la période d'agitation. Le malade se débat plusou moins énergiquement, et cette période qui peut cependant manquer ou être peu mai -

Wi-STHÉSIQUES. — ANTISPASMODIQUES. 69

qtiée est presque constante. Il ne faut donc, pas prendre pour une véritable résolution cbloroformique l'apparente insensibilité dans laquelle tombent assez rapidement quelques malades avant l'apparition d'aucune agitation ; la flaccidité des membres n'est pas alors suffisamment caractéristique, et, pour ne pas s'exposer à voir le malade en apparence endormi s'agiter au premier coup de bistouri et forcer l'opérateur à s'interrompre pour faire redonner du chloroforme, il est bon de piquer avec la pointe du bistouri l'endroit sur lequel doit porter l'opération.

Une dernière période, qui manque rarement, surtout chez les hommes, est celle de sputation ; le patient crache fort au hasard et presque toujours avec une certaine force. Cette deuxième période en précède une troisième avec laquelle elle se confond quelquefois, c'est celle qu'on pourrait appeler confusion des langues. A partir de ce moment, l'anesthésie survient en général rapidement.

J'ai déjà dit qu'il fallait toujours laisser arriver aux poumons une certaine quantité d'air atmosphérique, j'ajoute que la quantité de chloroforme varie beaucoup avec les individus, et surtout avec leurs habitudes de sobriété ou d'intempérance ; on peut dire d'une manière générale qu'une fois qu'on est arrivé à la période d'agitation, il vaut mieux versera la fois dans l'appareil une certaine quantité de cbloroforme que de diviser cette même quantité en doses plus petites et successives.

Pendant la durée de l'opératiou, l'aide chargé du

70 ANNUAIRE DE THKKAPEUTIQUE.

chloroforme ne doit pas laisser le malade se réveiller, et il doit faire la plus grande attention aux changements qui peuvent survenir dans la physionomie de l'opéré, dans la force et la régularité des battements du cœur, des pulsations radiales et des mouvements respiratoires. Celte surveillance doit être continuée, même après l'opération et jusqu'à ce que le malade soit complètement réveillé; on a vu plusieurs l'ois la mort survenir, même à ce moment et à l'insu du chirurgien.

Des accidents de la chloroformisation. Les accidents ou mieux les incidents sont assez fréquents pendant la chloroformisation ; tantôt la respiration semble s'arrêter comme si le malade se refusait à respirer, tantôt des nausées ou des vomissements se déclarent, tantôt le pouls faiblit ou devient irrégulier; ces phénomènes peu graves cèdent facilement ou causent plus d'ennui que d'inquiétude ; mais il n'en est plus de même des véritables accidents, presque toujours rapidement mortels. J'ai dit ce qu'il y avait à faire dans le cas de spasmes de la glotte, de rétrocession de la langue ; que peut-on faire dans les cas de syncope ?

La respiration artificielle par les mouvements imprimés au thorax a ramené à la vie un malade de Cock opéré à Saint-Thomas Ilospital en 1862; mais la respiration artificielle bouche à bouche est certainement préférable. Confervon, en 1849, Roser, en 1856, Rîcord, en 1850 et 1853, lui ont dû la résurrection de leurs malades.

Le renversement, la tête en bas, a réussi alNélaton.

ANESTI1ÉSIQUES. — ANTISPASMODIQUES. 71

à Holmes (de Chicago) dans une syncope chloroforinique ; chez le malade de Holmes, les accidents reparurent quand on remit le malade dans la position horizontale ; il faut revenir de nouveau au renversement qui fut suivi d'un succès complet.

Vélectrisation énergique a procuré plusieurs succès. Après avoir pratiqué la respiration artificielle pendant vingt minutes, T. H. Thomas (de Philadelphie) appliqua les deux pôles d'une batterie galvanique au cou et dans les régions intercostale et diaphragmatique. Les muscles se contractèrent , les paupières s'ouvrirent, et en dix minutes tout danger disparut. Thomas paraît avoir employé les courants galvaniques. Le plus souvent on eut recours à la faradisation. Friedberg extirpait une tumeur de la paupière, chez un enfant de quatre ans ; une syncope chloroformique étant survenue, on essaya, mais sans résultat, la respiration artificielle, on employa alors la faradisation avec l'appareil de du Bois-Ueymond, en appliquant un des pôles au niveau du nerf phrénique au cou, l'autre au niveau du 7e espace intercostal. Dix foison établit et l'on interrompit le courant; à la 3° interruption , il y eut une inspiration profonde, spontanée, suivie de plusieurs autres, on continua également la respiration artificielle, et vin^t minutes après l'apparition des accidents la connaissance était complète. Dantzel (de Hambourg) en 1866 réussit de même par les mêmes moyens. J'y ai eu recours dans le cas dont je fus témoin, et si le succès ne couronna pas mes efforts, je pus voir que la faradisation éner-

giquecsl le moyen qui peui le mieux faire espérer le succès. La respiration artificielle n'amena aucune inspiration spontanée, tandis (pie la faradisalion en provoqua à chaque application des rliéophorcs ; mais après une quin/ainc d'inspirations de plus en plus faibles, l'électricité elle-même resta sans effet.

En présence d'accidents ehloroformiques, il faut donc coucher le malade horizontalement, la tête beaucoup plus abaissée que le bassin, tirer la langue au dehors, pratiquer la respiration arlficielle, de préférence bouche à bouche, recourir à la faradisation. Mais comme il ne faut pas perdre une seule minute, il est prudent d'avoir toujours avec soi, tout prêt à fonctionner, un appareil à faradisalion. MM. Onimus et Legros ont préconisé les couranls constants ; on conçoit qu'alors qu'il s'agit de syncope, nous n'accordions que pende valeur à des expériences faites sur des lapins ou des chiens chez lesquels on n'amène des accidenls qu'en forçant la dose ou la durée de la cldoroformisation.

D'après quelques chirurgiens, l'éther n'offrirait pas les dangers du chloioforme. Cette assertion estime imagination pure. On a d'assez nombreux cas de mort par l'éther, et si les décès par chloroforme sont beaucoup plus fréquents, c'est que le chloroforme a été pendant longues années et est encore à peu près le seul anesthésiqiie employé. Ce que j'ai dit plus haut sur la syncope doit faire comprendre que l'agent chimique employé n'a que peu d'effet, si toutefois il en n, hùr la fréquence et la gravité des accidents.

ANESTÎIÉSIQUGS. — ANTISPASMODIQUES. 73

Sur un dérivé du chlorure do carbone. (HARDY Ct DuilIONTPALLIER.)

Le chlorure de carbone s'unit en proportions définies avec l'alcool. Il fournit un liquide qui bout à une température (i\e et jouit de propriétés anesthésiques très-prononcées. Pour le préparer, on mêle 30,8 de chlorure de carbone avec &,6 d'alcool, on soumet à la distillation et l'on recueille la partie qui passe à 66 degrés.

Le liquide obtenu est incolore, transparent, mobile, d'une odeur agréable, d'une densité de à 13 degrés et sous la pression de 0,755 ; il bout régulièrement à 66 degrés, température d'ébullilion inférieure à celle des deux corps qui ont servi à le former (le chlorure de carbone bout à 77 degrés, l'alcool à 78°,5). Il brûle difficilement, avec une^flamine bordée de vert; il ne s'allère pas à l'air et se volatilise lentement.

L'eau le décompose en alcool qui se dissout, et en chlorure de caibone qui se dépose. Les acides sulfurique et chlorhydrique le décomposent également avec dépôt de chlorure de carbone. L'acide azotique, sous l'influence d'une légère chaleur, l'attaque vivement avec dégagement de vapeurs nitreuses et séparation de chlorure de carbone; en concentrant le liquide qui surnage, on obtient un dépôt d'acide oxalique.

L'ana yse de ce liquide conduit à la formule 2 (CGI4), C2UG0. La densité de vapeur, dans une expérience, a été de 4,2 ; dans une autre, Ces chiffres BOUCUARDAT. 1872. 5

ne correspondent pas à la densité théorique exigée par la formule précédente. On peut donc se demander s'il y a là une combinaison, dans le sens propre de ce mot, ou une simple union de deux substances restées distinctes, quoique présentant un point d'ébullition fixe et toutes les apparences physiques d'un corps nettement défini. On a déjà signalé quelques faits analogues; leur interprétation est encore à trouver.

Les expériences comparatives instituées pour étudier les propriétés anesthésiques du nouveau produit faites sur un chien, à plusieurs jours d'intervalle, avec le chlorure de carbone et le chloroforme (aux mômes doses de 15 grammes) autorisent à conclure que le chlorure de carbone et surtout le chloroforme agissent avec plus d'iniensité que la substance nouvelle. JNous disons avec plus d'intensité parce que la période d'agitation, avec le chlorure de carbone et avec le chloroforme, est beaucoup plus violente qu'avec le nouveau produit; si bien que, dans ces expériences, l'action anesthésique des diverses substances nous a paru en rapport direct avec la violence de la période d'agitation.

Toutefois, si la nouvelle substance paraît déterminer de moins grandes secousses au début de l'expérience, nous devons faire remarquer que dans la période d'agitation nous avons constaté l'existence de petites convulsions épilepliformes. Ce nouvel anesthésique ne pourrait donc être expérimenté sur l'homme qu'avec, la plus grande prudence. (Bulletin thérapeutique, juillet 1872.)

Acides valérianique». (ERLENMEYER et HELL.)

L'acide valérianique naturel est inactif sur la lumière polarisée et identique avec celui que Ton obtient par l'oxydation de l'alcool amylique inactif et avec celui dérivé du cyanure isobulylique. Ces acides donnent un sel de baryum facilement cristallisable.

L'acide valérianique, dérivé de l'alcool amylique actif, et celui qui résulte de l'oxydation de la leucine naturelle sont actifs; la densité est un peu plus forte et le point d'ébullition moins élevé que ceux de l'acide inaclif. Le sel de baryum est amorphe.

L'acide actif, chauffé à 200 degrés avec quelques gouttes d'acide suifurique, se charbonne en partie et se transforme en acide inaclif dont les propriétés sont restées les mêmes que celles de l'acide actif : son sel barytiqueest également amorphe. Les auteurs en tirent la conséquence que, d'une différence de propriétés optiques, on ne peut pas conclure à une différence de constitution chimique.

Emploi du camphre en poudre, applique en abondance pour la gucrison de la pourriture d'hôpital. (Netter.)

Je fus appelé en consultation, dit M. Netter, auprès d'un blessé atteint de cette grave complication et dont le médecin traitant redoutait les conséquences, nonobstant l'emploi des moyens ordinaires, perchlorure

de fer, alcool phénique, elc. L'aspect de la plaie rappelait le phagédénisme des chancres. Or, dans cette forme morbide, un remède réussit très-rapidement : c'est la poudre de camphre appliquée en ubundance, que jusqu'ici l'auteur employait empiriquement et conlre cet accident seulement, lin quarante-huit heures la pourriture d'hôpital cessa chez le blessé.

Un deuxième succès a été constaté par un naturaliste connu, M. L. Vaillant, qui a soigné des blessés à l'hôpital de Saint-Malo.

Dans un troisième essai, également heureux, M. Xetter a pu noter une particularité qui peut-être explique en tout ou en partie le mécanisme de la guérison. La matière sèche de la pourriture d'hôpital se léquélie au contact du camphre, en vertu sans doute de l'effet connudu camphre sur les graisses. C'est ainsi que, dans les pharmacies, en été, la pommade camphrée doit être tenue dans les caves, tandis que l'axonge pure peut se conserver dans les locaux ordinaires. Est-ce que, dans la pourriture d'hôpital, la liquéfaction de la matière sèche constitue le seul mécanisme de la guérison? ou bien, dans cette affection contagieuse, le camphre détruit -il aussi un ferment? ou bien encore est-ce parce que, élantappliqué en poudre, l'agent s'oppose ainsi à l'accès de l'air ? Ces questions doivent être posées, afin que les praticiens, lorsqu'ils voudront vérifier le fait, ne compliquent pas la médication par l'emploi d'autres remèdes peut-être contraires , et s'abstiennent de détacher les parties mortes avec le bistouri. Pour nettoyer la plaie sur laquelle se trou-

vera le camphre d'un précédent pansement, il suffira 1 de la seringuer avec de l'eau légèrement alcoolisée.

(Comptes rendus, t. LXXII, p. 216.)

Du Tin; ses usages thérapeutiques. (BOUCHAUDAT.)

Aulant l'abus des alcooliques produit de maux, autant le vin de bonne qualité pris en quantité modérée peut rendre de services dans les maladies, dans les convalescences et dans la santé. Depuis quelques années, l'emploi de l'alcool dans plusieurs affections a de nombreux partisans; à tous les litres, les bons vieux vins sont préférables à l'eau-de-vie. Voici depuis longtemps en quels termes j'ai légitimé celte préférence : « Quand on cherche à se rendre compte du rôle du vin dans la nutrition, on reconnaît d'abord l'importance de l'association de l'alcool avec un liquide d'une acidité prononcée; non-seulement les deux saveurs, celle des acides et celle de l'alcool, s'associent heureusement, mais aussi, absorbées simultanément, l'acide modère l'énergie de la destruction de l'alcool dans l'économie.

» Le tannin et les matières colorantes exercent une action sur l'estomac qui, dans certaines conditions, peut être regardée comme favorable ; le bouquet qui charme le sens du goût et de l'odorat, doit avoir son utilité hygiénique, car on sait par l'observation de beaucoup d'autres faits que de très-petites quantités

de substances sapides exercent' une heureuse influence sur la nutrition.

» Le vin, dont la densité est voisine de celle de l'eau, est absorbé moins rapidement que l'eau-de-vie ; c'est encore une condition favorable qui a pour effet, en répartissant dans un temps plus long l'absorption et l'utilisation de l'alcool, d'atténuer les dangers de l'excès. A dose égale d'alcool, le vin rouge enivre moins, ébranle moins le système nerveux que l'eau-de-vie.

» Le vin s'absorbe sans subir d'autre modification que celle d'être étendu d'eau par son mélange avec le suc gastrique ; les ferments digestifs n'ont donc pas besoin d'intervenir pour son absorption et son rôle ultérieur dans la nutrition : ce qui explique très-bien son utilité dans les maladies dans lesquelles la sécrétion des ferments digestifs est suspendue.

» La complexité des matériaux organiques qui entrent dans la composition du vin et qui, à certains égards, se rapprochent de ceux de l'organisme humain, rend bien compte de l'action restaurante du vin chez les individus épuisés par la vieillesse, par la maladie, ou par suite d'une alimentation insuffisante. »

Nature du vin : quantité; mode d'administration ; indications thérapeutiques. Le vin vieux qui n'a perdu aucune de ses bonnes qualités doit être préféré; si la quantité est un peu élevée et si le vin est pris à un repas dans les conditions de santé ou de convalescence, les grands vins de la Bourgogne et du Bordelais viennent au premier rang, à la condition d'en modérer la

dose pour ne point déterminer d'excitation encéphalique. Si le vin est ordonné comme remède avant ou hors des repas, c'est aux vins sucrés et alcooliques que l'on doit donner la préférence. Rien de mieux alors que celui de Bagnols. C'est lui qui, depuis près de trente ans, a remplacé avec grand avantage les vins étrangers que l'on prescrivait dans les hôpitaux de Paris. C'est à l'initiative de mon très-cher ami Soubeiran que l'on doit cette heureuse substitution. La dose de ce cordial par excellence est habituellement dans les hôpitaux de 120 grammes dans les vingt-quatre heures, administrées par cuillerées toutes les heures ; cette dose correspond à 20 grammes environ d'alcool pur. On comprend qu'elle peut être sans inconvénient doublée, en insistant toujours sur le fractionnement dans l'administration.

Tous les médecins des hôpitaux, parmi lesquels je citerai mes maîtres et mes amis Chomel, Kostan, Requin, Grisolles, Trousseau, etc., prescrivaient journellement le vin de Bagnols, et en obtenaient les meilleurs résultats.

Les vins blancs de Bourgogne et du Jura fournis par les deux admirables cépages le Chardenet et le Savagnin jaune, étendus de deux ou trois fois leur volume d'eau, constituent une tisane alimentaire des plus précieuses dans un grand nombre de maladies aiguës. Le vin blanc acide fourni par le cépage le Melon, cultivé sur plusieurs de nos côteaux de la Basse-Bourgogne, étendu encore de trois fois son volume d'eau, ou mieux d'eau de Vais, source Saint-Jean, est, après la tempérance et l'exercice, le préservatif et le remède le.

80 ANNUAIIŒ DE THÉHAPEUTJQUE.

plus efficace de la goutte et de la gravelle urique.

Nous allons rapidement passer en revue les principales maladies dans lesquelles le vin a rendu de grands services.

Dans la fièvre typhoïde, et surlout dans la forme adynamiquc et dans la convalescence, le vin a conservé la vie à des malades dont l'état semblait désespéré (lluxliam, Chomel, Trousseau, Monneret, Grisolles). Dans les fièvres érupiives, variole, rougeole, scarlatine, il faut employer le vin avec grande réserve, à faibles doses et quand les forces sont déprimées. Dans le typhus fever, le vin, donné à doses espacées et avec prudence, est un agent d'une puissante efficacité. Dans le choléra, le vin et surtout le Champagne, étendu d'eau et frappé, a sauvé des malades (Vlagendie, Monneret). Le vin rouge a été utile dans la grippe et dans la suette miliaire, quand ces maladies étaient accompagnées de prostration (Grisolles, Nonat). Dans les fièvres intermittentes, rebelles au quinquina, le bon vin rouge est un grand remède. Dans la dysenterie contagieuse, quand la peau devient froide, la face grippée, la prostration considérable, le pouls filiforme, le vin est indiqué (Zimmermann).

Tood, Béhier ont fait un heureux emploi de l'alcool dans les pneumonies. Arétée, Stoli, Huxham, Laennec, Grisolles , Fonssagrives, préféraient le vin dans ces pnnumonies où les phénomènes de prostration, de débilité, d'adynamie, se montrent sous des formes menaçantes, mais c'est là surtout que l'emploi du vin doit être surveillé et conseillé à doses fractionnées.

L'usage d'un vin généreux pris à doses progressives, mais toujours modérées, rend de grands services dans ces cas d'anémie, d'appauvrissement général de l'économie avec allanguissement des fonctions digestives, état qui, précisément à cause de cet allanguissement, était décoré du nom do gastrite chronique et qu'une diète prolongée ne manquait pas d'aggraver. Dans les cachexies scrofuleuse, syphilitique, tuberculeuse, cancéreuse, un vin généreux, à petites doses fractionnées, pout remplir d'utiles indications.

Contre le scorbut le vin est un moyen précieux de phophylaxie et de thérapeutique ; dans certaines hydropisies, c'est un adjuvant utile de modificateurs plus énergiques (scille, digitale). Dans la chlorose, certaines formes de l'hystérie, de petites quantités d'un vin généreux sont bien indiquées. Le vieux bourgogne des grands crus est recommandé dans l'anaphrodisie. N. Guillot a employé avec succès le vin de Bagnols uni aux ferrugineux dans la polydipsie. Mais c'est particulièrement dans la glycosurie que l'usage des vins généreux de Bourgogne et de Bordeaux est recommandable pour animer les forces et combler en partie le déficit déterminé par la suppression des féculents. 11 faut s'en tenir à des doses modérées, un litre au plus par vingt quatre heures pour un adulte.

Dans les empoisonnements chroniques qui s'établissent consécutivement à une action toxique légère mais prolongée, après avoir éloigné la présence du poison, le vin est très-utile pour combattre l'adynamie dont est frappé le sysième nerveux. Telle doit être la

règle à suivre pour combattre les suites des intoxications saturnine, arsenicale, antimoniale, et par le sulfure de carbone (Faivre, Thèse de Paris, 1862).

Tous les médecins depuis Uippocrate ont préconisé le vin dans le traitement de la convalescence ; pour les malades qui sont baitués a son usage, le bourgogne des bons crus de cinq à dix ans est préférable à tout. « Le bourgogne, dit M. Fonssagrives, est un vin rautement stimulant et chaud que le bordeaux. C'est chez lui qu'on rencontre cette heureuse pondération de l'alcool et des acides, et les convalescents à digestions paresseuses s'en accommodent bien mieux que des meilleurs crus du Bordelais. » Pour les convalescents de noshôpitaux c'est le Bagnols à la dose de 120 grammes, qui constitue le meilleur cordial. Il est à cause du tannin qu'il renfennebien supérieur aux vins d'Espagne ou de Portugal généralement prescrits. Nous terminerons cette courte notice sur les propriétés thérapeutiques du vin par celle citation d'Hippocrate, Traité des affections : « Le vin est cbose merveilleusement appropriée à l'homme, si en santé comme en maladie on l'administre avec à-propos et juste mesure suivant la constitution individuelle. »

Absinthe liqueur. (AMORY.)

M. Amory a entrepris des expériences pour démontrer que l'absinthe avait une action toxique différente de celle des autres liqueurs alcooliques. Il est arrivé à des résultats semblables à ceux qui ont été obtenus par Marcé et par M. Magnan.

STIMULANTS GÉNÉRAUX. 83 A la dose d'un demi-gros (2 grammes), la teinture d'absinthe amène la mort des cochons d'Inde à la suite de convulsions ; les symptômes ne se produisent qu'au bout d'un quart d'heure, les convulsions frappent les muscles du train antérieur ; à l'autopsie, on ne trouve qu'une légère congestion cérébrale, tandis que, dans les mêmes circonstances, l'alcool produit au bout de quelques instants, des symptômes d'ivresse, de la torpeur, puis de la paralysie, débutant par les extrémités inférieures; à l'autopsie, on trouve une hypérémie intense du cerveau, de la moelle, de l'estomac et de l'intestin. L'auteur en conclut que les convulsions épileptiformes, observées chez les individus adonnés à l'absinthe, sont à rapporter à l'action spéciale de l'essence d'absinthe, et non à celle de l'alcool.

(Bost. med. and. sur g. Journ.)

Alcool absolu. (E. ERLENMEYER.)

M, Mendelejeff a montré quede tous les déshydratants, c'est la chaux qui doit être préférée pour la préparation de l'alcool absolu. Seulement, la déshydratation de l'alcool ordinaire exige un temps très-long.

L'auteur abrège l'opération en chauffant au bainmarie, avec un réfrigérant à reflux, l'alcool avec la chaux en quantité suffisante pour qu'elle dépasse lé niveau du liquide. Après une demi-heure ou une heure, on distille, et l'on ne recueille ainsi que de l'alcool absolu. Si l'alcool dont on se sert renferme plus de 5 pour 100 d'eau, deux ou plusieurs opérations sont nécessaires.

Si l'alcool est très-aqueux, il ne faut pas, dans la première Opération, employer une quantité de cliaux trop considérable; car, en se dilatant, elle pourrait faire céder les parois du ballon.

Aicool contre l'otorrhée chronique. (Wedeh.)

Après avoir soigneusement nettoyé le conduit auditif par des injections, des douches d'air, ou au moyen d'un pinceau, on incline convenablement la tête, on remplit le canal auditif d'alcool rectifié légèrement chauffé et l'on s'efforce de faire pénétrer le liquide dans tomes les an t ract uosi lés de l'oreille interne en secouant la tête, en frictionnant doucement le tragus, en faisant exercer les mouvements de déglutition. Au houtde cinq minutes, on incline la tête du côté opposé afin de faire écouler le liquide, puis on essuie et l'on bouche hermétiquement le conduit, au moyen d'un tampon de coton. L'application se fait d'abord trois fois par jour, puis matin et soir. Lors même que tout écoulement a cessé, il est bon de continuer la médication pendant quelque temps une fois tous les soirs. Dans quelques cas rares, de simples perforations phlogistiques, inutilement traitées par d'autres moyens, il parut utile d'alterner l'emploi de l'alcool avec l'usage du nitrate d'argent, du sulfate de zinc, etc.

Thé en briques.

La fabrication du thé en briques paraît être en usage

chez les Chinois depuis une dizaine d'années, mais elle a pris une grande extension dans les mains des agents russes à Kiatchta. Il se présente sous trois formes : en grandes feuilles, en petites feuilles et en briques noires, qui sont composées de feuilles brisées ou de petits rameaux, auxquels on mêle les fragments et la poussière qui résultent de la fabrication ordinaire du thé. La masse est rendue humide au mojen de la vapeur, comprimée dans des moules de bois, et chaque brique porte la marque de la fabrique sur une de ses faces. On les met en piles pour les faire sécher à l'abri du soleil et de la pluie, mais exposées à un courant d'air de toutes parts. Quand elles sont parfaitement sèches, on les enveloppe de papier et l'on en forme des paquets de 36 briques enfermées dans un panier, qui sert d'emballage pour les expédier. Les marchands mogols s'assurent qu'elles sont bien préparées, eu les mettant sur la tête et sur le genou, et en cherchant à les briser avec les mains. Celles qui résistent à cette épreuve sont les meilleures.

En Mongolie et en Tarlarie, voici de quelle manière on en fait usage : Les feuilles sont réduites en poudre en les broyant ; on les fait bouillir dans de l'eau légèrement alcaline, avec un peu de sel et de graisse, et l'on décanie avec soin la décoction. Les races nomades en boivent de vingt à quarante tasses par jour, en y ajoutant du lait, du beurre ou de la farine, et ils assurent que ce breuvage les mainlienl en parfaite santé.

Teinture Aromatique Ionique et vulnéraire. (De-

UOUX DE SAVIGNAC.)

Baies de laurier 15 grammes.

Fleurs d'arnica 25

— de lavande 10

— de camomille 10 —

Feuilles et sommités de thym 10 —

— de menthe poivrée. . 10 —

— de mélisse 10 —

— desauge 10 —

Eau-de-vie 1 litre.

Employée comme tonique et vulnéraire à l'extérieur et contre les douleurs névralgiques et rhumatismales.

Faites macérer pendant quinze jours. Passez avec forte expression et filtrez.

(Bulletin de thérapeut., 30 août 1872.)

Eau distillée de lavande dans les collyres. (De- LIODX DE SAVIGNAC.)

Je considère, dit M. Delioux, la lavande comme une plante bienfaisante pour l'œil. C'est contre diverses lésions de l'organe de la vue un agent calmant, résolutif, tonique, forlifiant. Elle se recommande particulièrement contre les affaiblissements de la vue de cause variée. J'ai souvent recours, par exemple,

STIMULANTS GÉlNÉRAUX. 87

en pareil cas, à un moyen recommandé par Desmarres : ammoniaque liquide, 1 gramme; eau-de-vie de lavande, kO grammes ; en frictions sur les régions péri-orbitaires.

En résumé, au lieu des eaux de rose et de plantain, plus usitées jusqu'ici, je préfère et je conseille l'eau distillée de fleurs de lavande comme véhicule des collyres. Cétle eau à elle seule peut même suffire pour des ophlhalmies légères, et est alors très-supérieure à l'eau de rose.

Je recommande les deux formules suivantes, répondant à des indications fréquentes de la thérapeutique oculaire :

Collyre astringent.

Alun cristallisé 30 grammes.

Eau distillée de lavande 100 —

La solution blanchit d'abord; filtrée avec soin, elle reste limpide.

Collyre détersif.

Biborate de soude 1 à 2 grammes.

Eau distillée de lavande .. . 100 —

Ce sel (borax) est mieux supporté et ordinairement plus efficace dans les ophthalmies douloureuses que les sels astringents. En cas de sensibilité extrême de l'œil

malade, j'ajoute i à 2 grammes de laudanum, ou 10 à

12 centigrammes d'extrait d'opium.

(Hall, ihérap.)

Sur le galanga, (llANBUnv.)

1° Le çalanga a été indiqué par le géographe arabe Ibn Khurdâdbah, dans le ixe siècle, comme produit par une région d'où l'on exportail du musc, du camphre et du bois d'aloès. 2° 11 était employé par les Arabes et les médecins de la Grèce au moyen âge, et fut connu en Europe septentrionale au xii<: siècle. 3° Il fut importé pendant le xui1' siècle avec d'autres épices de l'Orient par la voie d'Aden en Syrie., d'où il était porté dans d'autres ports de la Méditerranée. k° Deux espèces de galanga ont été signalées par Garcia d'Orta en 1563; on les trouve encore dans le commerce: elles sont fournies respectivement par YAlpinia Galanga Willd. et par VA. officinarum Hancc. 5° Le galanga est encore employé en Europe, mais plus considérablement en Russie qu'ailleurs. Il est employé aussi dans l'Inde ; "on l'embarque pour des ports du golfe Persique et de la mer Rouge. [Pharmaceutical Journal.)

Camomille romaine. (PATTONE.)

La camomille romaine contient un acide spécial, acide autbémique; elle ne renferme pas d'alcaloïde comme M. Pattone l'avait annoncé.

Acide tanaisiquc succédané de la santonîne

(Feosini, Mersetta.)

Cet acide se prépare en distillant les sommités de la tanaisie (Tanacetum vulgare) et évaporant le résidu filtré jusqu'à consistance de miel. Repris par la chaux et le charbon animal et séché, il est délayé dans l'eau aiguisée d'acide chlorhydrique d'ahord et par l'acide acétique ensuite. L'acide tanaisique se dépose en cristaux colorés qu'on purifie par plusieurs lavages à l'eau distillée.

Cet acide joiiit d'une saveur acre et amère. Il est insoluble clans l'eau, mais soluble dans l'alcool et Pélher. Ses sels sont presque tous cristallisables.

Comme vermifuge, il agit à la même dose que la san ton i ne.

L'essence de semen-contra est également vermifuge comme la santonine.

Sinaluine. (WlLL.)

M. Will a extrait, à l'aide de l'alcool, de la graine de moutarde blanche un nouveau principe, la sinalbine, C^H^Az^s-O'0, qui se décompose à la manière du myronate de potasse en sulfocyanate d'acrinyle et d'autres produits. Il se forme en même temps une matière albuminoïde. Le sulfocyanate d'acrinyle C8H7AzSO est un principe très-actif, huileux, insoluble dans l'eau, non volatil. 11 peut être obtenu en faisant

lJ0 ANNUAIIIE DE THÉRAPEUTIQUE,

agir l'éther sur le produit de la décomposition de la sinalbine traité par un alcali; puis neutralisé par un acide , il colore en rouge le perchlorure de fer.

La sinalbine donne avec l'azotate d'argent un précipité blanc qui, après l'avoir traité par l'acide sutfhydrique, fournit le cyanocrinile, C8II7AzO, soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, fusible à 69 degrés. (Journ. pharm. chim.)

Suppositoire au copahu. (WKRCHÊR.)

Capahu , 200 grammes.

Poudre d'opium 25 centigrammes.

Beurre de cacao 50 grammes.

Blanc de baleine 50 —

Cire blanche 3 —

F. s. a. 12 suppositoires dans la gonorrhée chronique.

Essence de térébenthine a l'extérieur duns la péritonite. (VlDAL.)

J'ai l'habitude, dit M. Vidal, de couvrir tout l'abdomen, jusqu'à la poitrine, d'un morceau de flanelle imprégné d'essence, et je recouvre le tout de tafletas gommé. Il se produit une douleur très-vive et une rubéfaction intense. Quand la douleur est trop forte, j'enlève le taffetas gommé. Sous l'influence de ce traitement, le pouls se relève, les forces se réveillent, les lèvres prennent une coloration spéciale [couleur hortensia), et quelquefois on obtient un véritable succès.

Dans le psoriasis, M. Vidal remplace l'huile décade par l'essence de térébenthine; on en fait des applications jusqu'à ce que les plaques deviennent trèsrouges ; puis, on emploie des calmants, tels que des bains d'amidon. C'est, en quelque sorte, une méthode perturbatrice.

M. Bourdon demande si M. Vidal emploie la térébenthine dès le début de la péritonite. S'il n'en est pas ainsi, les applications de révulsifs et de vésicatoires seraient les analogues de cette méthode.

M. Bourdon rappelle que, dans le traitement de la péritonite, on a obtenu quelques succès par l'emploi du collodion riciné, qui paraît agir en s'opposant au contact de l'air.

M. Vidal : l'action de la térébenthine est irès-différente de celle du collodion ; car il est impossible de supporter plus d'un quart d'heure le contact de l'essence de térébenthine recouverte de taffetas gommé. Autrefois, je commençais le traitement de la péritonite par des applications de sangsues ; mais, aujourd'hui, j'emploie mon procédé dès le début, et j'ai obtenu des succès même dans la péritonite puerpérale.

M. Moutard-Martin : Il me semble que ces applications de térébenthine sur le ventre agissent surtout à la manière des révulsifs. Il est difficile d'en démontrer l'action interne. En effet, il se développe une douleur exquise, une rougeur intense, et bientôt une desquamation très-prononcée; par conséquent, celte application de térébenthine sur une surface trèsétendue doit amener une révulsion très-considérable.

Je crois qu'un véslcatoire de dimensions égales produirait le mfime effet.

M. Vidal : Bien entendu, je n'ai jamais employé des vésicatoires aussi étendus que mes applications de térébenthine; mais, quant 5 l'absorption, elle est démontrée par l'odeur des urines, par l'élévation du pouls, et par la couleur hortensia des lèvres.

M. Dumontpallier : Quels sont les signes qui permettent d'affirmer que l'absorption cutanée a eu lieu?

M. Vidal : Il est probable que l'absorption a eu lieu par les voies respiratoires ; mais il se peut fort bien que la surface cutanée participe à l'absorption dans une certaine mesure. Ainsi, dans le traitement du psoriasis, si Ton fait uriner immédiatement le malade après l'application de térébentbine, l'urine répand une forte odeur de violettes.

M. Bourdon : J'ai employé, dans le traitement de a péritonite, de larges vésicatoires sur l'abdomen après avoir fait usage des principaux moyens antiph logistiques ; mais je dois avouer que je n'ai pas obtenu de résultats comparables à ceux que signale M. Vidal. Je me propose donc de recourir à l'emploi de la térébenthine quand l'occasion se présentera.

(Soc. médic. des hôpitaux.)

Essence île térébenthine et érysipèle spontané.

(Leonadi.)

Des applications répétées deux fois chaque jour d'essence de térébenthine sur la partie affectée firent disparaître unérysipèle spontané. [Gaz. méd., 12 oct.)

Acide plu-nique dans la variole. (CERSOY.)

M. le professeur Chauffard est le premier, je crois, qui ait fait connaître au public médical des observations de varioles traitées par l'acide phénique; ces observations, qu'il a présentées à l'Académie de médecine, ont fait concevoir de grandes espérances sur l'acide phénique, au milieu d'une épidémie qui a désolé les populations dans bien des parties de la France.

Ces espérances se sont-elles traduites par des réalités ? Ont-elles laissé après elles des déceptions ?

La vérité, selon moi, d'après mes nombreuses observations, d'après celles que j'ai lues, est entre ces deux conclusions.

L'acide phénique paraît agir assez constamment en diminuant l'abondance de la suppuration dans les boulons et, comme conséquence, en atténuant la fièvre de suppuration ; la période de suppuration se trouve ainsi plus courte et, par conséquent, la maladie plus vite jugée.

Le traitement par l'acide phénique combat donc assez efficacement une des causes de mort dans la variole : l'extrême abondance de la suppuration.

Ne cherchons pas ailleurs les effets de l'acide phénique. Chaque fois que la variole a dévié de sa droite voie, ce médicament ne m'a donné aucun résultat appréciable. Ainsi, le Purpura hemorrhagica, cette terrible et trop fréquente complication de la

variole, n'a jamais, dans ma pratique, été conjuré par l'acide pliéniquc qui m'a paru de nul effet en dehors du phénomène de suppuration. J'ai employé la dose de 1 gramme, en moyenne, par jour.

{Bull, thérap., 15 juin 1872.)

lMicnatc «le potuHHc pur. (llAMEL. )

Si des solutions alcooliques de 9'i d'acide phénique et 56 de potasse caustique sont mêlées et évaporées, par le refroidissement, on a une masse cristalline composée de- petites plaques micacées transparentes et très-fines. Ce sel séché au-dessus de l'acide sulfurique constitue le phénate de potasse pur.

Pour préparer le même sel par voie sèche, on prend 37,4 parties d'hydrate de potasse ajoutées peu à peu à 62,6 parties d'acide phénique, jusqu'à ce que la masse cesse d'être parfaitement homogène.

Ce sel, quel que soit le procédé à l'aide duquel on l'ait préparé, attire l'humidité de l'air et le colore en jaune, puis en brun. Très-sol uble dans l'eau et l'alcool, moins dans l'éther. 11 ne renferme point d'eau de cristallisation, mais il relient l'eau de composition de ses constituants respectifs, et cette eau ne peut lui être enlevée sans décomposition du sel. Quatre analyses ont formulé la décomposition ainsi qu'il suit : acide phénique, 56,60 ; hydrate de potasse, 31,30; eau, 12,00. Ce qui amène l'expression C5H50,KHO.

Ce sel entre de plus en plus dans l'usage médical. Comme désinfectant, il remplace avantageusement l'acide phénique lui-même. ( Bull. Soc. chim.)

Mémoire sur les doses du phénol pour l'usage Interne, et sur son emploi contre la rage.

(A. Lailler.) (Extrait.)

1° L'usage interne du phénol réclame, comme celui de tous les médicaments actifs, de la prudence et une élude de l'état idiosyncrasique du malade ;

2° La dose maxima ne doit pas dépasser 1 gramme pour 2k heures, soit en pilules, soit en solution ;

3° L'action du phénol n'est point susceptible d'être atténuée par l'accoutumance ; elle croît, au contraire, en raison directe de la durée du traitement;

Zi° Les phénomènes d'intoxication produits par le phénol, combattus au début, ne résistent pas aux moyens rationnels et ne laissent pas de traces de leur passage;

5° Le lait d'amandes est une potion huileuse laxalive paraissant remplir les meilleures indications pour combattre l'intoxication phénique ;

6° L'emploi interne du phénol se recommande dans les affections virulentes ;quant à son application dans1 le traitement prophylactique de la rage, il m'es impossible de rien affirmer présentement ; l'essai qui en a été fait à l'asile des aliénés de Quatre-Mares, par M. E. Dumesnil, médecin-directeur, semble le justifier, mais le temps n'a pas encore apporté une

sanction suffisante, môme pour le cas isolé dont il est question dans cette étude. Je me réserve de communiquer plus tard à l'Académie le dénouement de l'observation que je viens de relater, dénouement qui, tout le porte à le croire, sera favorable.

Nutu. — Celle observation se rapporte à l'un de nos infirmiers mordu à la main droite par un chien atteint d'hydrophobie, constatée à l'autopsie, le 26 mai dernier, à 5 heures et demie du malin, dans une localité voisine de Rouen. Ce ne fut que le lendemain, à 2 heures après-midi, au retour de l'iufirmier à l'asile, que les morsures au nombre de six, furent cautérisées au fer rouge. M. Dumesnil les fit suppurer pendant plusieurs jours à l'aide de pansements avec la pommade épispastique ; il soumii, de plus, le sujet à un traitement prophylactique dans i lequel entrait l'usage quotidien d'une potion ordinaire de 200 grammes contenant 1 gramme de phénol à prendre en trois fois. On continua cette potion jusqu'au 20 juin sans interruption; des phénomènes indubitables d'intoxication phénique s'étant alors déclarés, on fut obligé d'en suspendre l'usage. Promptement combattus, ces phénomènes disparurent i bientôt, et, présentement, la santé de notre infirmier est en tous points satisfaisante. » Ces résultats sont: intéressants au point de vue de l'histoire physiologique el thérapeutique du phénol ; pour ce qui est de la rage, l'emploi du phénol, comme le dit M. Lallier, ne doit pas faire oublier une prompte el énergique caulérisaîion.

Acûle phonique. (EMPOISONNEMENT.)

Les journaux de médecine ont rapporté plusieurs observations d'empoisonnement par l'acide pliénique ou le pliénate de soude; en voici une que je crois devoir rapporter :

« Joseph M , âgé de trente-deux ans, employé à

la voirie, absorbe, le 27 juillet dernier, à dix heures du matin, le contenu d'une bouteille qu'il prend pour du vin, et qui renferme une solution d'acide pliénique, destinée à la désinfection des urinoirs publics. Il est pris presque immédiatement de nausées, sueurs froides, stupeur et perte de connaissance. Un pharmacien, chez qui on le conduit, lui administre de la magnésie sans aucun succès. A onze heures et demie, on l'apporte à l'hôpital Saint-Antoine.

» 11 est alors plongé dans le coma, insensible à tous les excitants, la respiration haletante et trachéale. La mort paraît imminente. On le réchauffe immédiatement, au moyen de sinapismes promenés par tout le corps.

» A cinq heures du soir, on le retrouve dans l'état suivant : la chaleur est notablement revenue, quoiqu'elle reste au-dessous de la normale; le coma, la résolution des membres persistent. Anesthêsie de la peau et des muqueuses pharyngienne, buccale, nasale, vésicule : paralysie des mouvements réflexes. La cornée et la conjonctive sont insensibles, les pupilles très-contractées. Respiration fréquente et sterto-

BOUCHARDAT. 1872. 6

reuse (48 inspirations à la minute), râle trachéal, écume bronchique. Le pouls est très-rapide (120), petit : le cœur bat convulsivement avec assez de force.

» Depuis le malin, le malade n'a point uriné. En le sondant, on relire un verre d'urine limpide, non floconneuse, d'une teinte jaune à reflets violacés, à la surface de laquelle surnagent des goutelettes huileuses; l'urine est douée d'une odeur forte d'acide phénique.

» On pratique au malade une petile saignée. Le sang est noir, épais, privé de rutilance, d'une singulière couleur brune, exhalant fortement l'acide phénique. Le caillot est mou, privé d'air, diffluent : le lendemain malin, il n'était pas encore rétracté.

» La mort survint deux heures après, par suite des progrès de l'asphyxie.

» De l'eau albumineuse avait été prescrite, mais on ne put la faire prendre au malade, à cause de l'anesthésie du pharynx. »

Essence d'amandes ainères et de nïtrobcnzinc • séparation. (E. BOUUGOIN.)

Dans un flacon à Pémeri de 100 grammes environ €t à large ouverture, on introduit de 5 à 10 grammes d'essence, suivant le cas, et l'on y ajoute de 20 à Zi0a d'une dissolution concentrée de bisulfite de soude; on agite vivement à plusieurs reprises pour faciliter la combinaison du sel avec l'essence d'amandes

STIMULANTS GÉNÉRAUX. 9»' amères ; on ajoute ensuite de l'élher lavé qui s'empare de la nitrobenzine. On décante l'éther avec une pipette et l'on fait tomber le liquide sur un petit filtre de papier. On répète une seconde fois ce traitement pour enlever les dernières traces du composé nitré. On évapore au bain-marie les liqueurs éthérées réunies et l'on pèse le résidu.

Voici, comme exemple, les résultats des deux analyses :

1° Essence d'amandes amères et nitrobenzine pures à poids égaux :

Matière traitée 8 grammes, résidu. 3,84 gr.

2° Mélange fait au 1/5 Mat. 5 grammes, résidu. 6,89 gr.

On obtient donc environ les de l'essence de mirbane contenue dans le mélange. Toute la nitrobenzine est mise en liberté, mais on perd toujours une petite quantité dans les manipulations. Au surplus, ces approximations sont suffisantes pour un essai de cette nature.

Afin de s'assurer que le résidu est bien de la nitrobenzine, on verse quatre à cinq gouttes du produit dans une petite cornue tubulée contenant une pincée de limaille de fer et un peu d'acide acétique à 8 degrés. On chauffe avec précaution, de manière à recueillir environ 1 gramme de produit distillé. On neutralise ce dernier avec une parcelle de chaux éteinte, suivant la méthode de M. Berthelot, et l'on ajoute au liquide une solution étendue d'hypo-

chloritc de chaux ; il se développe une belle couleur bleu violet qui ne peut laisser aucun doute sur la présence de l'aniline, et par suite sur celle de la nitrouenzine dans l'essence primitive.

(Bull. Soc. chimique.)

Phosphore, empoisonnement. (IîOmmelare.)

Dans les cas d'empoisonnement par le phosphore, immédiatement après l'administration d'un vomitif, l'emploi de ['essence de térébenthine est impérieusement indiquée.

MM. Eulemberg recommandent le charbon, mais les preuves de. l'essence de térébenthine sont faites.

(Acad. méd., Belgique.)

Phosphore ; son action sur l'essence de tlicrcbcnlhine. (KOEHLER et SCHIMPF.)

MM. Kœhler et Schimpf ont répété les expériences de M. Personne publiées dans l'Annuaire précédent et en confirment- les résultats.

On sait que M. Personne a montré que l'essence de térébenthine contenant de l'oxygène et de l'eau, est un contre-poison du phosphore. Les auteurs considèrent cette action comme le résultat de la formation d'une combinaison phosphorée inoffensive et éliminable par les urines. Ce composé, déjà décrit par M. Jonas, s'obtient en ajoutant peu à peu à 1 kilogramme d'essence ordinaire portée à 40 degrés

25 grammes de phosphore, en ayant le soin d'enlever le matras du feu dès que le phosphore est fondu. On agite, et, par le refroidissement, il se sépare d'abord un peu de phosphore en excès, qui devient rapidement rouge, puis une matière cristalline qui augmente par l'évaporation du dissolvant et qui est V acide térébentho-phosphoreux. Le composé cristallin purifié par expression et dissolution dans l'alcool est blanc, à réaction acide, altérable à l'air, soluble dans l'alcool, l'éther, l'essence de pétrole, la benzine et les alcalis. Le sol de baryte de cet acide correspond à la formule C3°H13Ph04,Ba. Vers 50 degrés, cet acide fond et se décompose. 30 centigrammes de ce composé administrés à des lapins n'ont produit aucun accident.

PronyBaminc c. les rhumatismes. (CiASTON.)

Propylamine, 100 gouttes, eau dislillée, 300 gram.; mêlez ; une cuillerée abouche toutes les deux heures, contre le rhumatisme aigu et chronique.

Du sulfhydrate de sulfure de sodium \'aS,HS,6HO. Base des granules et bains sulfureux. ( THOM-

MERET GÉLIS.)

La rapidité avec laquelle les eaux sulfureuses naturelles s'altèrent, loin de la source, a de tous temps inspiré aux pharmaciens le désir de les préparer artificiellement. .On a employé successivement, dans ce but, les foies de soufre, le sulfure de calcium, le mo-

nosulfure de sodium ; car la nature du principe sulfure" a varié, dans ces imitations, avec les progrès de la science, et à mesure que les connaissances relatives à la composition des eaux sulfureuses naturelles devenaient plus précises. Les rédacteurs du nouveau Codex ont adopté le monosulfure de sodium, suivant les théories d'Anglada, qui considérait ce sel comme l'élément minéralisateur des eaux sulfureuses des Pyrénées, opinion presque généralement admise jusqu'en ces derniers temps.

Toutefois cette opinion ne fut pas adoptée sans contradiction. Déjà, en 1838, le docteur Fonlan la considérait comme erronée. Un grand nombre de propriétés des eaux sulfureuses naturelles ne pouvaient s'expliquer avec cette hypothèse : presque toutes les eaux sulfureuses contiennent de l'acide carbonique à l'état de liberté, et il lui paraissait impossible d'admettre l'existence d'un monosulfure alcalin en présence de l'acide carbonique libre, puisque cet acide le transforme instantanément en sulfbydrale de sulfure et même en acide suif hydrique avec production de bicarbonate de soude. Pour lui, le principe sulfuré de ces eaux était le sulfhydrate de sodium.

Malgré ce fait et d'autres encore (1) qui justifiaient l'opinion du docteur Fontan, sa manière de voir ne

(1) Travaux d'Henry Rose, en 1842. — Journal de pharmacie et de chimie, t. II, p. 181. — Travaux de Fordos et Gélis, 18/lG. — Annotes de chirriic et de physique, t. XVII, p. 68.

fut pas acceptée; on préféra celle d'Anglada, et elle restait en quelque sorte oubliée, lorsque de nombreux travaux, publiés dans ces derniers temps, et notamment ceux de M. Béchamp (1), l'ont remise en lumière. On a découvert de nouveaux faits qui détruisent la théorie ayant cours, en démontrant l'exactitude de celle de M. Fontan.

Ces considérations ontdonné l'idée à M. Thommeret- Gélis, pharmacien, de préparer, avec le sulfhydrate de sulfure de sodium, des produits pour boisson et pour bains, qui paraissent se rapprocher, autant que possible, des eaux sulfureuses naturelles qu'ils sont destinés à remplacer.

Le sulfhydrate de sulfure de sodium présente, au point de vue de ces préparations, de grands avantages sur le monosulfure de sodium. Il est moins caustique. Sa composition est tout aussi bien définie, et se représente par la formule NaS,HS,6HO. Il cristallise en longs prismes déliquescents, il est incolore et se conserve longtemps dans des flacons bouchés. On voit par sa formule que c'est un sel avec excès d'acide. Pour la saturation, il est comparable au bicarbonate de soude, et contient, comme lui, deux équivalents d'acide pour un équivalent de base.

M. Quesneville avait depuis longtemps pris ce sel' pour base de ses bains sulfureux.

(1) Comptes rendus de P Académie des sciences, t. LV1I,. p. 1088, année 1866.

ANNUAIRE DE THE ItAPEUTJQUli .

Acide sulfureux pour panser plaies.

Vacide sulfureux liquide a été Tort employé par les chirurgiens de l'ambulance anglaise à Metz, et, disent-ils, avec grand avantage. La préparation dont ils se sont servis est une forte solution aqueuse d'acide sulfureux étendu d'eau dans la proportion d'une demionce pour une pinte d'eau ; avec ce mélange, des lotions étaient faites sur les plaies au moyen d'un irrigateur.

Les pansements à l'acide sulfureux donnent d'excellents résultats, surtout dans les plaies gangréneuses : ils produisent aussi d'heureux effets dans les plaies récentes, telles que celles qui résultent d'amputations; mais les services qu'ils rendent sont plus grands dans le traitement des larges clapiers, tels que ceux qui résultent de blessures ou ceux qui proviennent d'érysipèles phlegmoneux. Dans ces cas, on sait que la cicatrisation est longue à obtenir; elle met des mois à se produire, et pendant ce temps le malade est épuisé par la suppuration : c'est alors que l'acide sulfureux est appelé à donner les meilleurs résultats, comme le font voir les faits rapportés dans le journal que nous mettons ici à contribution.

Il est vraisemblable que l'acide sulfureux aurait les mêmes résultats avantageux dans le pansement de ces larges surfaces granuleuses si longues à guérir qui succèdent aux brûlures, ainsi que dans d'autres plaies ulcéreuses. (Med, Times and Gaz.)

Il y a longtemps que j'ai indiqué pour panser les plaies, ou combattre les vives démangeaisons, une solution de gaz acide sulfureux dans l'alcool. Cette application mériterait d'être reprise maintenant que les pansements à l'alcool sont si forts en crédit.

Ciintlui-niigo. (TRIANA.)

Depuis un certain temps, on parle, sous le nom de de cundurango, d'un nouvel agent thérapeutique qui ne serait rien moins qu'un antidote du cancer, et viendrait enfin répondre à l'un des grands desiderata de l'art médical.

Ce n'est point à ce titre, d'ailleurs, que le cundurango a d'abord figuré dans la médecine populaire de l'Amérique du Sud, et longtemps on n'y a vu, ainsi que dans d'autres plantes du même pays, le guaco, le matos, etc., qu'un remède contre la morsure des serpents.

Quelques Gonolohées sont considérées par les indigènes comme des poisons violents, et c'esL par suite de celle croyance qu'on serait arrivé à découvrir leur action contre le cancer. On rapporte qu'une Indienne de Loxa, qui connaissait les effets meurtriers du cundurango, et voulait se défaire de son mari, lui administra avec persévérance une infusion de cette plante; mais loin de causer sa mort, elle le guérit d'un cancer dont il souffrait depuis longtemps. C'est cette histoire, devenue légendaire, qui paraît avoir suggéré au docteur Eguiguren, médecin et frère du

gouverneur de la province de Loxa, l'idée d'essayer le cundurango dans les affections cancéreuses et syphilitiques. On assure que ces essais eurent un plein succès. Plus tard, le gouverneur lui-même, appelé à Quito par des fonctions politiques, y obtint un égal succès sur plusieurs autres personnes. Le président de l'Equateur, don Gabriel-Garcia Moreno, informé de ces guérisons, notamment de celles qui s'étaient produites dans les hôpitaux de la ville, crut de son devoir de donner à ces faits la plus grande publicité, afin d'attirer l'attention des gouvernemenls de l'Europe et de l'Amérique sur une découverle qui, si elle se confirmait, comme il en avait l'espoir, donnerait à la primitive patrie du quinquina un nouveau titre à la reconnaissance du monde. En conséquence, on distribua avec la plus grande libéralité des tiges du cundurango, et l'on en fit parvenir par voie diplomatique aux gouvernements amis, avec prière de les soumettre à l'étude des médecins, des botanistes et des chimistes.

J'étais encore en Angleterre quand le gouvernement anglais reçut et transmit à l'établissement botanique de Kew les échantillons du cundurango pour y être déterminés. On me permit de les examiner ; mais il me fut impossible alors de reconnaître, d'après de simples morceaux de tiges, une plante que je n'avais pas vue auparavant. Quant à ce qui se disait des propriétés anticancéreuses qu'on lui attribuait, je ne pus me défendre de témoigner quelque incrédulité, me souvenant qu'en Amérique on donne quelquefois

le nom de cancer à des ulcères aloniques de mauvaise nature, syphilitiques, gangréneuses, etc., qui peuvent être guéris ou améliorés au moyen de plantes empruntées à la médecine populaire du pays. Plus tard, cependant, mes doutes s'affaiblirent lorsque j'eus lu attentivement les documents authentiques émanés des médecins de l'État de l'Équateur et d'autres parties de l'Amérique qui ont fait la description circonstanciée des maladies traitées et guéries par le cundurango.

Les journaux officiels de la république de l'Equateur et des républiques voisines s'étant occupés à plusieurs reprises de cette importante question, et le gouvernement de la Colombie, en particulier, ayant témoigné le désir de la voir complètement éclaircie, j'ai, en ma qualité de Colombien, pensé qu'il était de mon devoir de faire l'étude botanique de cette plante intéressante. Quant à ses propriétés médicales, si je ne suis pas en mesure de les vérifier, je ne dois pas cependant dissimuler mes convictions à cet égard. D'après les documents et pièces à conviction qui ont passé sous mes yeux, je crois ne pas trop m'avancer en disant : 1° que parmi les descriptions des maladies traitées en Amérique par le cundurango, il y en a plusieurs qui paraissent bien ne pouvoir s'appliquer qu'à des affections cancéreuses; :2°que, même dans le cas d'une erreur de diagnostic de la part des praticiens qui ont essayé le médicament en question, il resterait toujours suffisamment établi qu'il a guéri des maladies tout aussi graves, et autant qu'on peut

108 ANNUAIRE DE THÉRAPEUTIQUE, le croire, aussi incurables que le cancer; 3° que d'après la famille à laquelle le cunduranyo appartient, et jugeant par analogie, il y a tout lieu de croire que celte plante possède des propriétés aniisyphilitiques et dépuratives, comme plusieurs autres Asclépiadées, par exemple les Calutropis, les Scammonêes, les Tylophora.

Les membres du gouvernement de l'Equateur, dans le zèle qu'ils ont mis à propager celle découverte, n'ont élé évidemment inspirés que par un mouvement généreux el désintéressé; mais, comme plusieurs d'enlreeux étaient complètement étrangers à l'art médical, il est bien permis de croire qu'ils ont pu se tromper quant au diagnostic difficile el délicat du cancer, tandis que, même pour les plus compétents, il faut faire la pari à l'enthousiasme qu'excite naturellement l'annonce d'une grande et utile découverte.

Ce qui viendrait à l'appui de cette supposition, c'est que le cundurango, en Europe, n'a donné, jusqu'à présent, que des résultais négatifs dans les cas de cancers bien caractérisés. Mais, pour que ces résultats pussent êlre considérés comme ôtanl toute valeur à ceux qu'on a obtenus en Amérique dans des expériences dirigées par des médecins éclairés, il faudrait être certain que dans les deux pays les expériences ont été faites dans les mêmes conditions. EM-on en mesure d'affirmer que la piaule, en se desséchant, ne perd pas beaucoup de son activité? Le mode d'administration a-t il été exactement le même en Europe qu'en Amérique? Enfin, ne serait-il pas

possible que, dans les envois de Cundurango, on eût confondu diverses espèces de Gonolobées.

Par des circonstances particulières, je crois être arrivé cà déterminer botaniqnement le cundurango. Il y a quelque temps, on soumit à mon examen, sous le nom de cundurango, les échantillons en tiges, feuilles et fruits, d'une plante de la Nouvelle-Grenade, que je reconnus facilement pour une de celles que j'avais récoltées moi-même dans la région chaude de Magdelana. C'est une espèce du genre Macroscepis, des Asclépiadécs que M. Decaisne, savant monographe de celte famille, a reconnue comme nouvelle, et à laquelle il a bien voulu donner mon nom Macroscepis Iriance (Decaisne).

En môme temps, j'ai consulté la description botanique assez détaillée du cundurango de l'Equateur, faite sur les lieux ei d'après nature par M. Fuenles, pharmacien, qui en a fait l'étude botanique et chimique. D'après les caractères qu'il lui attribue, la plante appartient, comme le Macroscepis, au groupe des Gonolobées des Asclépadiées. Le cundurango a évidemment des affinités intimes avec ce Macroscepis, mais ne peut pas être rapporté à ce genre à cause de sa corolle, que M. Fuentes décrit comme étant rotacéc. Ce môme caractère éloigne le cundurango des Fischeria, un des genres alliés au groupe des Gonolobées. A l'Equateur, on a cru que le cundurango pouvait être un Oxijpetalum ; mais les Oxypétales ont des fruits lisses, des styles bifides, des pétales linéaires, caractères tout à fait distincts de ceux du

ROL'CIIARDAT 1872. 7

cundurango. Il ne reste donc, de lous les genres alliés au groupe de Gonolobées, que le genre Gonolobus lui-même, auquel puisse ôire rapporté le cundurango. Quant a moi, toute hésitation à ce sujet a disparu, ayant pu examiner dans les bureaux du Consulat de l'Equateur les fruits et feuilles du cundurango ; les premiers sont des follicules à côtes longitudinales, et les dernières sont cordées et profondément échancrées à la base, comme dans la généralité des espèces du Gonolobus. Le cundurango est donc une espèce de Gonolobus qui, d'après ces caractères botaniques, doit être nouvelle, et que nous appellerons Gonolobus cundurango. Plusieurs autres espèces de Gonolobus ou de Gonolobées de la zone tropicale américaine doivent posséder des propriétés analogues; mais, avant que leur valeur thérapeutique respective soit constatée, on devra éviter de les confondre.»

J'ai le premier parlé dans le Répertoire du condurango, aussi me suis-je empressé de reproduire les documents nouveaux concernant ce produit; quelquesuns de ces documents légitiment le sentiment de réserve qui était exprimé dans la dernière phrase de cet article.

M. Planchon a décrit à la Société de pharmacie un échantillon de bois de condurango envoyé par le gouvernement dé TÉquateur ; celle plante est une Asclépiade appartenant probablement au genre Gonolobus. M. Vuaflard ajoute qu'il a préparé une teinture avec ce bois et que l'efficacité de ce médicament dans leaffections cancéreuses est fort douteuse.

STIMULANTS GÉNÉRAUX. Ht L'analyse de l'écorce de condurango n'a donné ni alcaloïde, ni huile essentielle, ni acide volatil. On y trouve: une huile grasse, 0,7 pour 100, soluble dans ï'éther, et en partie dans l'alcool concentré ; une résine jaune, soluble dans l'alcool, 2,7 pour 100 ; de la gomme, de la glycose, 0,5 pour 100 ; du tannin et de la matière colorante, 12,6 pour 100 ; de la cellulose, etc., 63 pour 100.

En présence de ce résultat chimique, nous ne saurions trop engager les pharmaciens à ne pas s'encombrer d'une drogue que les Américains vendent au poids de l'or, sous prétexte qu'elle guérit le cancer. Des essais faits à Washington, par ordre du gouvernement, ont démontré la complète inefficacité de cette substance. (Annuaire pharmaceutique de C. Méhu.)

Soil indifférence, soit mépris, lé condurango n'a guère obtenu, que nous sachions, l'attention des chirurgiens de nos hôpitaux; car dans aucun journal médical il n'a été fait de mention à cet égard. Nous avons toutefois ouï dire que dans un grand hôpital de Paris, le condurango a été essayé sur des cancéreux, et que Tes résultats n'ont eu rien à envier à ceux des hôpitaux de Londres sous le rapport de la nullité.

(Bulletin thérap., 29 janvier 1872.)

Castancœ vesca; extraction. (MAISCH.)

D'après Maisch, on emploie dans diverses contrées de l'Amérique du Nord les feuilles de (Jastanea vesca comme un spécifique contre la coqueluche, tandis que

112 ANNUAIIŒ DE THÉRAPEUTIQUE, à New-Jersey et dans d'autres contrées méridionales, on emploie les feuilles de pécher. Le premier médicament a été souvent employé par Gerhardt dans une épidémie à Philadelphie, et quoiqu'il ne Tait pas trouvé Être un spécifique, il le conseille cependant dans beaucoup de cas.

D'après Maisch, les feuilles récoltées en septembre jusqu'au commencement d'août paraissent être les plus actives. Les feuilles de Castanea vesca contiennent beaucoup d'acide tannique, le goût en est légèrement astringent, n'est pas amer ni désagréable.

Maisch en a préparé un extrait fluide aqueux avec addition de sucre et de glycérine. Pour préparer cet extrait, on fait infuser pendant 12 heures les feuilles séchées, finement découpées et contusées dans suffisante quantité d'eau chaude ; on les exprime, ensuite et l'on répète encore deux fois cette opération avec de nouvelle eau.

Chaque infusion est évaporée séparément avec une partie de la glycérine et du sucre, jusqu'à un petit volume on réduit alors le tout ensemble en consistance d'extrait épais dont le poids doit représenter celui des feuilles employées.

Maisch prend 15 parties de feuilles de Castanea vesca séchées, 15 parties de glycérine et 8 parties de sucre.

I5h gclSClUium. (B.lRTHOLOYV.)

Celle plante, de la famille des Apocyuées, jouit d'une

grande réputation, surtout parmi les médecins américains, comme antirhumatismale, antifébrile, antinévralgique. King (American dispensatory, pages 381 et 275) la recommande contre les douleurs qui accompagnent la dysménorrhée et affirme qu'elle réveille les contractions de l'utérus.

M. Woodson (American practitioner, mars 1870) recommande le suc extrait du gelsemium, uni au bromure de potassium, contre le mal de tête et spécialement contre les névralgies chez les femmes.

Le docteur Hurd (Boston médical and surgical Journal, décembre 1870) regarde ce médicamqpt comme le meilleur sédatif du cœur que nous ayons ; il le place avant la digitale pour son innocuité et avant le Veratrum viride et l'acide cyan hydrique pour son efficacité. Il donne la teinture saturée, à la dose de trois gouttes toutes les deux, trois ou quatre heures suivant l'intensité des symptômes. Dans un cas grave d'insuffisance aortique, il obtient un grand soulagement en répétant cette dose toutes les deux heures. Quelquefois le remède produit des vertiges et des nausées. Comme fébrifuge, le gelsemium, pour M. Hurd, n'est pas meilleur que le Veratrum viride.

Le docteur Bartholow regarde l'action du gelsemium comme plus voisine de celle de la ciguë que de celle d'aucune autre substance ; c'est un bon médicament contre le tétanos, d'après King, cependant il ne peut être considéré comme un antagoniste de la strychnine, ni de l'atropine.

Le gelsemiate de gelsemine, le principe actif du

113 ANNUAIKE OE TflÉB APEUTIQUE.

médicament; est une substance crisialloïde qui est rapidement absorbée, et qui, suivant le docteur JJarlliolow, a une action élective sur le système nerveux. Elle agit principalement sur l'élément moteur de la moelle épinière ; la paralysie du mouvement qu'elle détermine n'est donc pas une paralysie périphérique, c'est une paralysie centrale. Son action sur l'élément sensilif de la moelle n'a lieu qu'après la paralysie du mouvement, encore cette anesthésie n'est-elle cbez l'homme, comme chez les animaux à sang chaud, qu'un effet toxique du médicament.

Lee animaux empoisonnés par le gelsemiurn présentent les phénomènes suivants : 1° perle du mouvement et du sentiment; chez les animaux à-sang chaud, c'est la paralysie du mouvement qui commence; chez les animaux à sang froid, c'est au contraire celle du sentiment ; 2° respiration laborieuse due à l'état parélique des muscles respiratoires, principalement du diaphragme; 3° diminution de l'aciion du cœur, par suite de la gêne de la circulation dans l'artère pulmonaire ; les battements cardiaques cependant persistent quelque temps après la cessation de la respiration; U° pupilles dilatées, diplopie, plosis précoce, suite de la paralysie de la troisième paire ; 5° l'intelligence persiste jusque vers la mort, c'est-à-dire jusqu'à ce que se produise l'intoxication par l'acide carbonique.

Dans un cas d'empoisonnement par le gelsemiurn survenu par accident sur un homme, et que le docteur Pinkham rapporte dans le Boston médical and surgical Journal, les symptômes furent tout à fait

semblables à ceux que le docteur Bartholow a observés sur les animaux que nous venons d'esquisser. • (New-York médical Journal, 1871.)

Seigle ergoté . Avantages et dangers.

Extrait d'un rapport de M. Tarnier à l'Académie de médecine, le 26 novembre 1872. j

Le seigle ergoté, pour être efficace, doit être fraîchement pulvérisé ; il s'administre habituellement en poudre, à des doses qui varient depuis quelques centigrammes jusqu'à 3 ou h grammes; il ne produit d'effet que dix à quinze minutes après son ingestion. — Administré pendant l'accouchement, pendant ou après la délivrance, il produit des contractions utérines plus énergiques, plus fréquentes, souvent continues et même tétaniques.

On conçoit que de pareilles propriétés aient été mises à profit; mais à côté de l'emploi judicieux est venu l'abus, et l'on ne saurait trop répéter que rien n'indique l'usage du seigle ergoté dans un accouchement qui marche régulièrement, quoique lentement. Mais que faire dans un accouchement dans lequel on aura constaté l'insuffisance des contractions utérines, dans lequel une expectation trop prolongée épuiserait les forces de la femme, et mettrait en danger sa vie et celle de son enfant?

En pareil cas, on est assurément autorisé à donner de l'ergot de seigle ; on doit néanmoins ne le prescrire

qu'à de certaines conditions qu'il est bon de rappeler sommairement : 11 faut que l'orifice utérin soit largement dilaté ou très-facilement dilatable, parce qui? l'ergot de seigle administré avant celle dilatation, agit aussi bien sur les libres musculaires du col que sur celles du corps de l'utérus; si ces dernières font effort pour l'expulsion de l'enfant, les premières résistent avec plus d'énergie, et la plupart des accoucbcurs pensent qne cet antagonisme est loin d'être favorable à l'accouchement; de plus, les fibres utérines, sollicitées par l'action du médicament, se rétractent sur l'enfant, se moulent en quelque sorte sur son corps, et toutes les opérations d'extraction qu'on tenterait ultérieurement deviendraient beaucoup plus dilliciles.

Quand l'enfant se présente par l'épaule, l'ergot de seigle a une action désastreuse, parce qu'il rend la version beaucoup plus laborieuse, parfois impossible. On comprend tout aussi bien que ce médicament soit absolument inefficace toutes les fois qu'on vice de conformation du bassin oppose un obstaele mécanique à l'expulsion de l'enfant.

En résumé : col largement dilaté ou très- facilement dilatable, bonne présentation de l'enfant, coniormation régulière du bassin, telles sont les conditions indispensables qui permettent l'emploi du seigle ergoté dans un accouchement rendu laborieux par l'insuffisance des contractions utérines.

Cet emploi n'est d'ailleurs pas sans danger, parce que l'ergot de seigle, en provoquant des contractions continues, a pour inconvénient grave de rendre la

circulation utérine plus difficile, de ralentir la circulation fœlale et d'exposer l'enfant à périr par l'asphyxie. Danyau a justement insisté sur ce danger dans plusieurs rapports où il a analysé les mémoires de MM. Ghrestien, Devillc et Géry père (1). Que d'enfants mort-nés après l'administration inconsidérée du seigle ergoté! On ne saurait donc trop répéter qu'on ne doit employer ce médicament qu'en cas d'absolue nécessité, et en surveiller l'effet sur la circulation fœtale par une auscultation souvent répétée; si les battements du cœur se ralentissent, on pourra du moins conjurer le danger en appliquant le forceps.

Malgré les restrictions qui précèdent, votre Commission pense que l'ergot de seigle peut rendre de réels services pour obvier à l'insuffisance des contractions utérines; mais je m'empresse de compléter ma pensée en ajoutant qu'en pareil cas on peut choisir entre ce médicament et une application du forceps, et c'est à ce dernier que votre rapporteur, si vous voulez bien lui permettre d'exprimer son opinion personnelle, donne presque toujours la préférence, parce que l'action de l'instrument est plus sûre, plus rapide et moins dangereuse pour l'enfant. Mais, ne l'oublions pas, il est interdit à une sage- femme d'employer les instruments. Que fera-t-elle si les contractions utérines se ralentissent ou se suspendent, alors que la tète d" fœtus est près de l'orifice vulvaire et qu'il suffirait de

(1) Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXIV p. 893 et 904; t. XXX, p. 1109.

MB ANNUAIRE DE THÉRAPEUTIQUE, quelques efforts pour l'expulser ? Comment sauver un enfant dont la vie est menacée par cela seul que le travail se prolonge outre mesure ? AUendra-t-elle l'arrivée d'un médecin qui aura quelquefois un long trajet à parcourir et qui n'arrivera qu'après la mort de l'enfant? Vous penserez sans aucun doute, avec votre Commission, que dans de semblables circonstances une sage-femme a non-seulement le droit mais le devoir d'administrer du seigle ergoté.

L'ergot de seigle peut encore rendre de réels services dans les présentations du siège. Si l'accouchement est abandonné à lui-même, la tête pourra être arrêtée par la résistance des tissus maternels, et l'enfant succombera. Pour obvier à ce danger, souvent les meilleurs praticiens administrent une dose de seigle ergoté quelques minutes avant le dégagement de l'enfant; on provoque ainsi des contractions utérines plus énergiques, la tête de l'enfant séjourne moins longtemps dans les parties maternelles, et le danger couru est moins grand.

Pendant la délivrance, l'utilité du seigle ergoté est encore moins contestable que pendant l'accouchement proprement dit, mais il ne faudrait pas croire qu'on pût l'employer impunément. C'est là malheureusement une opinion très -accréditée et par cela même très-dangereuse. Que de médecins et de sages-femmes administrent alors le seigle ergoté sans précautions, malgré la rétraction normale de l'utérus et l'absence de toute hémorrhagie, par ce seul motif que le placenta larde à être expulsé ! — C'est là une faute dont

STIMULANTS GÉNÉRAUX. 119 les accoucheurs voient souvent les tristes résultats. ÏÀUérus se rétracte alors violemment et emprisonne quelquefois le placenta qui se putréfie sur place en produisant les plus graves accidents. Votre rapporteur ne saurait s'élever avec trop de force contre l'abus du seigle ergoté dans de pareilles circonstances.

C'est surtout dans les hémorrhagies utérines que l'emploi du seigle ergoté est formellement indiqué, soit comme agent prophylactique, soit comme agent curatif. 11 semble ici que l'action du médicament soit double : à l'amoindrissement de la circulation utérine par le fait même de la contraction des fibres de la matrice, vient se joindre l'amoindrissement de la circulation générale dans le cœur et dans les artères; aussi on peut dire que l'ergot de seigle est excellent dans les hémorrhagies graves qui se produisent aux différentes époques de la grossesse, pendant l'accouchement, avant et après la délivrance. Je sais bien qu'à côté des succès, on pourra enregistrer quelques revers et quelques inconvénients : Pendant la grossesse, le seigle ergoté ne favorisera-t-il pas une fausse couche ou l'accouchement prématuré ; pendant l'accouchement, ne metlra-t-il pas, ainsi que nous l'avons dit, la vie de l'enfant en danger ; ne seici-t-il pas inefficace dans les hémorrhagies par insertion vicieuse du placenta sur le col ; avant la délivrance, n'expose-t-il pas à la rétention de l'arrière-faix, comme nous avons déjà eu occasion de le faire remar- '

ÇWer? Malgré ces objections, il n'en est

pas moins vrai qu'on peut affirmer, sans crainte d'être

contredit par personne, que, dans la plupart de ces circonstances, le seigle ergoté est non-seulement utile, mais indispensable, et qu'an grand nombre de femmes Lui doivent leur salut. Son efficacité est plus évidente encore, et à l'abri de toute attaque, dans les hémori bagies si redoutables qui apparaissent après la délivrance et qui sont produites par l'inertie utérine. Ici le sang coule à Ilots el la vie des malades est rapidement compromise. En pareil cas, le seigle ergoté est héroïque ; non-seulement il faut le prescrire, mais il faut pouvoir l'administrer sans perdre une minute ; aussi la plupart des accouebeurs ont la bonne babilude d'avoir toujours sous la main plusieurs doses de seigle ergoté prèles à être administrées en cas de besoin ; souvent même ils poussent la précaution beaucoup plus loin, et sans attendre l'apparition de l'hémorrhagie, ils donnent une dose de seigle ergoté pour peu que la rétraction de l'utérus leur paraisse insuffisante. Comment dès lors songer à priver les sages-femmes d'un médicament que tous les médecins regardent comme si précieux? Leur faudra-t-il assister désarmées aux progrès incessants du mal et" attendre l'arrivée d'un médecin ? « Dans de telles circonstances, a dit » Uanyau, en présence d'un pareil danger, quand le » remède el un remède si puissant est là, tout près, » sous la main, n'est-ce pas le devoir le plus impé- » rieux et le plus pressant d'une sage-femme, de » l'administrer sans retard?»

Dans d'autres circonstances, une sage-femme expérimentée trouvera dans le seigle ergoté un moyen

propre à prévenir une hémorrhagie qu'on doit craindre chez certaines femmes qui semblent y être singulièrement exposées chaque fois qu'elles accouchent ; elle saura administrer ce médicament avant l'accouchement, mais à petites doses, de manière à obtenir de lui une action prophylactique suffisante, sans avoir à redouter les inconvénients qui seraient produits par une dose plus massive; elle suivra encore la même règle de conduite dans les cas où la distension extrême de l'utérus par une hydropisie de l'amnios ou par une grossesse gémellaire fait craindre une hémorrhagie par inertie utérine au moment de la délivrance

Cantlinridïsme préservatif. (G CELER. )

En présence de la rarelé relative du cantliaridisme à la suite des vésicatoires, il est permis de se demander jusqu'à quel point sont justifiées les prétentions de ceux qui se disent en possession d'un moyen de conjurer de tels accidents.

M. Gubler montre combien sont douteux les effets des alcalins et du camphre.

Les partisans du camphre sont tenus de démontrer par des chiffres qu'à égalité de surface et d'intensité d'action locale les vésicaloires camphrés sont plus rarement que les autres suivis d'accidents du côté des organes géniio-urinaiies. Tant que ce travail ne sera pas effectué, on sera autorisé à considérer comme illusoires les prétendus succès du camphre pulvérisé. [Bulletin de thérap., décembre 1871.)

122 ' ANMUA1HE DE THfù KAPEU TIQUE.

diurétiques: - CQNTRO-STIMULANTS

Digitaline. (NÀTIVELLE.)

L'année 1872 aura apporté un large contingent à Phisloire de la digitale. Malgré les nombreuses recherches faites dans celle voie, il s'en faut cependant que le dernier mot soit dit sur la question. A l'heure qu'il est, les éludes se poursuivent encore, apportant les résultais les plus contradictoires et les plus variés.

En attendant que la commission, nommée dans le sein de l'Académie de médecine, fasse la lumière, en i nous fixant d'une manière définitive sur le mode d'extraction de la digitaline cristallisée, sur ses propriétés, sa composition, sa fonction chimique, ainsi que sur son activité physiologique et thérapeutique, . nous nous bornerons à donner un aperçu des trois mémoires les plus remarquables qui aient élé publiés sur ce sujet.

Citons en première ligne le travail de M. Nalivelle, auquel l'Académie de médecine a décerné le prix Orfila pour la découverte de la digitaline cristallisée. La parlie la plus importante à signaler est sans contredit celle qui a trait au mode de préparation du; principe actif cristallisé de la digitale. Eu raison de la vive discussion dont ce procédé a été et est encore l'objet de la part d'un certain nombre de chimistesqui, bien qu'en s'atlachant à suivre exactement la marche indiquée par M. Nativelle, n'ont pu arriven

DIURÉTIQUES. — CONTRO-STIMULANTS. 123 au but qu'il a atjehil, nous croyons devoir reproduire en entier, malgré son grand développement, le mode de préparation de l'auteur, tel que nous le trouvons relaté dans son mémoire.

Extraction de la digitaline cristallisée.

(Nativelle.)

« 1000 grammes de poudre grossière de digitale des bois (la plus riche en digitaline cristallisée, récoltée en mai) sont humectés avec 1000 parties d'eau tenant en dissolution 250 parties d'acétate plombique cristallisé.

» 12 heures après, on ajoute 80 grammes de bicarbonate de soude en poudre fine (1).

» On prolonge le contact douze autres heures en ayant soin de mêler de nouveau de temps à autre.

» On met ce mélange dans un cylindre à déplacement, en le tassant suffisamment et on l'épuisé jusqu'à cessation d'amertume avec de l'alcool à 50°.

» On obtient environ 5000 grammes de liqueur (2) qu'on distille pour en retirer tout l'alcool (3).

(1) Pour saturer l'acide acétique libre par la réaction de l'exlraetif et du tannin de la plante. La liqueur est ainsi décolorée et mieux que par le sel de plomb basique qui, d'ailleurs, par son alcalinité, altère les produits.

(2) Cette liqueur représente toute la digitale, moins la partie ligneuse, le tannin, l'extractif et la chlorophylle.

(3) Le bain-murie doit avoir, dans sa partie supérieure, un diaphragme en toile métallique, ou autre, pour empêcher la mousse qui se produit à la fin de passer dans le serpentin.

\2Ll ANNUAIRE DE THERAPEUTIQUE.

» La liqueur restante est évaporée au bain-marie, jusqu'à réduction de 1000 parties.

» Refroidie, on l'introduit dans un flacon et on l'étend de trois fois son poids d'eau. Il s'en sépare une matière poisseuse, jaunâtre, très-amère, composée de toute la digitaline cristallisée, de la digitaline amorphe et de la digiline. Cette dernière apparaît au milieu de la masse en petits cristaux brillants.

» Vingt-quatre heures après, on décante la liqueur (1) surnageante, devenue claire, on met le dépôt sur un filtre, on entraîne par un peu d'eau la liqueur qui l'imprègne et on l'étend sur des doubles de papier poreux, bien épuré. On obtient en moyenne cinquante parties de celte matière.

» On la dissout dans 100 grammes d'alcool à 60° bouillant, on laisse refroidir : une partie de la digitine cristallise aux parois du ballon.

» On verse dans cette liqueur un soluté de 5 parties d'acétate de plomb cristallisé dans 10 parties d'eau chaude, qu'on étend de son volumcd'alcool.

» On sépare par le filtre le précipité (2) et l'on ajoute à la liqueur limpide et bien décolorée un autre soluté fait avec 3 parties de pbospbate sodique et 9 parties d'eau chaude.

(1) Celte liqueur, qui ne contient plus que de la digitaléine, sera traitée à part.

(2) Ce précipité sera repris plus tard pour en retirer la digitine, qu'il contient en assez forle proportion, deux parties au moins, outre celle qui sera séparée bientôt de la digitaline cristallisée.

DIURÉTIQUES. — CONTRO-STIMULANTS. 1 25 ' » On filtre de nouveau et Ton distille pour en retirer tout l'alcool.

» On évapore au bain-marie le résidu de cette distillation jusqu'à réduction de 100 parties.

» On laisse refroidir. La matière jaune poisseuse se sépare comme d'abord, mais plus pure (1), de la liqueur devenue aqueuse. On met le tout sur un filtre, on lave avec un peu d'eau er l'on étend sur des doubles de papier poreux, bien épuré, on obtient de 20 à 25 parties de cette matière.

» On la dissout à chaud dans un ballon avec le double de son poids d'alcool à 60°, et l'on abandonne dans un lieu froid.

» La digitine cristallise aussitôt le refroidissement; puis, quelques jours après, apparaissent au milieu d'elle, les cristaux rayonnes, jaunâtres, un peu opaques de la digitaline (2).

» Lorsqu'ils ne paraissent plus augmenter, on met le tout dans un cylindre à déplacement, garni d'un tampon de coton. La liqueur mère écoulée (3), on sépare celle adhérente aux cristaux, en versant dessus de l'alcool à 60°.

» Le magma jaunâtre résultant est dissout à chaud dans 100 parties d'alcool à 90°. On ajoute 5 parties de

(1) Cette purification est indispensable, autrement la digitaline ne cristalliserait pas.

(2) Cette teinte et celte opacité disparaissent par la purification .

(3) Cette liqueur mère tient en dissolution la digitaline amorphe. J'indiquerai bientôt le moyen de l'en séparer.

çharbon animal lavé ; on fait bouillir quelques minutes, on filtre et l'on distille jusqu'à ce qu'il ne passe plus rien. On sècbe les cristaux résultants dans une capsule au bain-marie; on les réduit en poudre fine qu'on introduit dans un flacon à l'émeri et sur laquelle on verse 20 parties de son poids de chloroforme pur (1).

» La proportion de ces cristaux est de 2 à 3 parties. On agite fol lement : la digitaline cristallisée seule se dissout. La substance inerte (digitine), restée intacte, vient occuper la partie supérieure du chloroforme à mesure qu'il s'éclaircit.

» On filtre 2Z| heures après dans un entonnoir couvert ; la solution passe vite et limpide; on sépare avec un peu de chloroforme pur ce qui imprègne le résidu (2). On distille à siccilé.

» Le produit cristallin du ballon est la digitaline colorée par une matière assez tenace (3).

» On la dissout dans 10 parties d'alcool à 85° ; on fait bouillir pendant quelques minutes avec un peu de noir animal lavé, on filtre et l'on agite jusqu'à refroidissement. Le tout ne larde pas à se prendre en masse.

(1) Le chloroforme doit être bien exempt d'alcool. On l'en sépare facilement en l'agitant avec son volume d'eau et distillant après décantation.

(2) Ce résidu retient peu de digitaline. Il est bon cependant de le reprendre par le chloroforme après l'avoir séché et pulvérisé.

(3) Cette matière colorante rougit par les alcalis comme celle du curcuma.

DIURÉTIQUES. — CONTRO-STIMULANTS. 127 » Quelques jours après, on sépare par déplacement les cristaux, déjà bien décolorés, de la liqueur mère (1). Celle restée adhérente est entraînée par un peu d'alcool à 35° ; on recommence celle opération jusqu'à ce qu'ils soient blancs.

» Enfin on les dissout une dernière fois à saturation dans l'alcool distillé à 90° bouillant. Le soluté incolore est versé dans une capsule de verre, couverte d'un disque. La digitaline pure apparaît bientôt sous forme d'aiguilles fines, blanches et brillantes, groupées autour du même axe.

» L'alcool presque évaporé, on la sèche sur des

doubles de papier de soie.

» 1000 parties de feuilles de digitale donnent 1 partie de digitaline cristallisée. »

Un second mémoire, également présenté à l'Académie de médecine pour le concours Orfila et qui a été aussi l'objet d'une récompense, a pour auteurs MM. E. et J. Homolle. Déjà, l'année dernière, nous reproduisions à la même place une Note de M. le docteur Homolle, concernant la préparation et les propriétés de la digitaline cristallisée.

Dans le nouveau travail qui nous occupe, non-seuement la partie chimique a été traitée à fond, mais encore tous les points relatifs au côté loxicologique

(1) Cette liqueur mère d'une teinte jaune prononcée retient beaucoup de digitaline cristallisée et un peu de digitaline amorphe. On sépare l'une de l'autre et on l'amène à la blancheur par des cristallisations successives.

ont été étudiés avec un soin particulier; et à notre sens, le médecin légiste, qui se trouve en présence d'un empoisonnement par la digitale ou la digitaline, ne pourra se dispenser de le consulter.

L'auteur a môme, dans une Note additionclle, complété son étude en envisageant la question au point de vue thérapeutique et clinique, et il termine par les considérations suivantes :

« Nous croyons avoir démontré dans notre Mémoire la presque identité de la digitaline amorphe (chloroformiqiic du Codex) et de la digitaline cristallisée, sous le triple rapport chimique, physiologique, et toxicologique. Il était important de s'assurer si l'observation clinique viendrait confirmer cette identité au point de vue thérapeutique et posologique.

» M. le docteur J. Guyot, dont mon fils est l'interne cette année, a bien voulu administrer dans son service, à l'hôpital Lariboisière, la digitaline cristallisée en solution titrée au millième dans un certain nombre de cas d'affections cardiaques variées.

» II nous paraît fort difficile d'apprécier en général des différences dans l'intensité d'action de deux médicaments analogues, lorsqu'on agit sur des malades qui diffèrent toujours malgréTidentité apparente des lésions morbides qu'ils présentent. Nous ne pouvons donc mettre en parallèle et comparer l'énergie thérapeutique de la digitaline amorphe et de la digitaline cristallisée. Toutefois les observations recueillies, au nombre de plus de vingt, établissent l'action physiologi-

DIURÉTIQUES. — CONTRO-STJMULANTS. 129 que de la digitaline cristallisée à la dose de 0 gr. 001 à 0 gr. 00'2 par jour sur le rhylhme et le nombre des battements du cœur, sur la tension artérielle dont l'élévation est rendue évidente parle sphygmographe et sur la chaleur fébrile dout les modifications sont accusées par le thermomètre. Disons cependant, qu'à ce dernier point de vue, les expériences ont été trop peu nombreuses pour démontrer d'une façon définitive l'action antipyrétique de la digitaline.

» L'administration sous forme liquide n'a pas présenté de différence appréciable dans le mode d'action ou la rapidité des effets ; l'intolérance ne s'est pas produite plus rapidement.

» Le milligramme présente toujours l'unité de dose, et ce n'est qu'exceptionnellement qu'on devra donner plus de 2 milligrammes par vingt-quatre heures, pour obtenir l'action sédative régulatrice de la circulalion. Les injections hypodermiques de la solution au millième n'ont pas d'action irritante, elles pourront peut-être offrir quelque avantage chez, des sujets dont l'estomac supporte mal les préparations digitaliques. Elles ont paru, dans un cas, provoquer la diurèse d'une manière évidente; la quantité des urines s'est élevée de ZtOO à 500 grammes à 1000 grammes patjour, pour revenir au chiffre antérieur après la suspension du traitement.

» En résumé, nous nous croyoDs autorisé à affirmer une analogie tiès-gran le, sinon une complète similitude, comme mode et énergie d'action entre les deux digitalines. » Dr Homolle.

loi) ANNUAIRE DE THÉRAPEUTIQUE.

Enfin, nous trouvons, dans une lliese soutenue devant !a Faculté de médecine de Paris par M. le docteur Ch. Blaquarl et intitulée « Étude critique sur la d igitàlinea/u point de vue chimique et physiologique » , une discussion raisonnée des points obscurs de Phistoire de la digitaline, appuyée d'un certain nombre de faits intéressants destinés à jeter un nouveau jour sur la question. Nous reproduisons ici les principales conclusions de l'auteur :

« La digitaline cristallisée existe dans la digitaline ordinaire : nous en avons, le premier, bien constaté la présence en l'isolant à l'état de pureté.

» Nous estimons qu'elle s'y trouve dans la proportion de 10 à 12 pour 100, et il nous a été possible d'extraire environ la moitié de cette quantité.

» Conséquent ment, nous nous inscrivons en faux contre cette insertion : « que le procédé employé jus- » qu'ici pour la préparation de la digitaline ne permet » pas d'obtenir trace de digitaline cristallisée ».

» Le mode opératoire que nous avons suivi, et qui ne ressemble en rien à celui de M. Nalivelle, est trop long et trop difficile pour qu'on puisse songer à l'appliquer aux usages thérapeutiques.

» 11 y a pour nous deux digitalines bien distinctes, dérivant très-probablement l'une de l'autre: Vamorphe, et la cristallisée.

» Le procédé de M. Nalivelle pour l'extraction du principe cristallisé de la digitale — tel qu'il est relaté dans le Rapport de la Commission pour le concours Orfila — nous a offert des difficultés telles, que notre

DIURÉTIQUES. — CONTRO-STIMULANTS. 131

conviction bien arrêtée est que notre mode opératoire 'est pas susceptible d'application pratique. Nouspartageons cette manière de voir avec des chimistes — plus autorisés — qui se sont heurtés aux mêmes obstacles.

» Nous avions entrevu la volatilité de la digitaline cristallisée : M. Moucher l'a nettement démontrée. Celle propriété pourra peut-être être utilisée dans les echerches toxicologiques. Noire unique essai dans celte direction a été infructueux : il sera bon de tenter nouveau l'expérience.

» La digitaline cristallisée se comporte comme un glycoside.

» La digitaline cristallisée, la digitaline amorphe, le liquide rouge sirupeux, ont sur les animaux à sang froid et à sang chaud une activité de même ordre et qui produit les mêmes troubles caractéristiques dans 'action du ventricule.

» De notre expérimentation sur les grenouilles, il ressort :

» 1° Que notre digitaline cristallisée s'est montrée un peu plus active que celle de M. Nativelle;

» 2° Que la digitaline amorphe, égale pour l'action au principe cristallisé, quand les substances sont introduites sous la peau à l'état sec, produit des symptômes d'empoisonnement rapides et plus énergiques, lorsqu'elles sont injectées en solution;

» 3° Que la digitaline du commerce présente avec la cristallisée des divergences à peine sensibles, qui se traduisent peut-être par un petit avantage en faveur de celle dernière.

» Les observa lions fournies par les cobayes nous ont permis de classer nos substances dans l'ordre suivant : Digitaline commerciale, digitaline amorphe, digitaline cristallisée.

» Les lapins nous ont offert des résultats contradictoires : les avantages ont été partages.

» Dans notre seule expérience sur les moineaux, la digitaline du commerce a été très-distancée par la digitaline cristallisée et par la digitaline amorphe qui, toutes deux, ont manifesté leur action dans le même temps.

» De tous ces résultats si dissemblables nous serions embarrassé délirer une conclusion rigoureuse. Après avoir vu les trois substances occuper tour à tour le premier et le dernier rang, dans notre classement par ordre d'énergie relative, nous nous trouvons amené à conclure que, d'une manière générale, leur activité diffère peu.

» l'as plus que la digitaline du Codex, le principe cristallisé n'a d'action que sur le crapaud.

» Pour être complet, notre travail aurait dû s'enrichir d'expériences cliniques, et nous ne nous dissimulons pas que c'est là une vaste lacune. Mais la commission que l'Académie de médecine vient de nommer ne tardera pas à fixer la science à cet égard. 11 nous eût fallu aussi faire l'examen comparatif des digitalines étrangères, de la digitaline anglaise et de la digitaline allemande. Le temps nous a manqué pour suffire à cette tâche étendue.

» S'il nous est permis, en terminant, de traduire

DIURÉTIQUES. — GONTRO-STIMULANTS. 133

l'impression générale qui nous est restée à la suite de nos recherches, nous dirons que i'iniroduciion dans la Ihérapeutiqne du principe cristallisé de la digitale nous paraît prématurée dans l'état actuel de nos connaissances, et nous n'hésitons pas à conclure avec un de nos savants maîtres, M. Bussy (1), que maintenant encore le meilleur moyen pratique, pour concentrer sous un petit volume les propriétés actives et efficaces de la plante, est le procédé qui figure au Codex de 1866. Ce procédé, pour ne pas donner un produit défini et absolument pur au point de vue chimique, n'en fournit pas moins au thé ra peu liste une préparation utile au même titre que nombre de préparations officinales et qui nous paraît offrir au praticien au moins autant de garanties que l'emploi de la teinture ou de l'extrait de la digitale.

» Nous ne pouvons oublier que, dans cet ordre d'idées, nous sommes d'accord avec les expériences dés Soubnïan, des Orfila, des Rayer, des BouchardaL des Bouillaud, expériences consacrées depuis plus de vingt ans par la thérapeutique. »

Sirop antigoutteux.

Extrait de gaïac 10 grammes.

Teinture alcoolique de semences i

de colchiîjue ' âà 5

Teinture de digitale )

^Sirop de sucre 1000

(1) Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 7 mai 1872.

BOUCIIAKDAT.

P. s. a. un sirop composé, donl on donnera trois cuillerées à bourbe dans un verre d'infusion de feuilles de frêne. On augmentera successivement la dose jusqu'à dix et douze cuillerées par jour. N. G. {Union méd.)

Oitratc «le potasse contre le scorbut. (Palmer.)

M. Palmer, par des hypothèses rationnelles, a été conduit à employer le citrate de potasse contre le scorbut, au lieu de l'horrible mélange de rhum et de jus de citron auquel le Parlement condamne les matelots anglais ; un certain nombre d'essais thérapeutiques ont donc été tentés avec ce médicament à Seamen's hospital, grâce à l'obligeance de M. Ilarry Leach, et les résultats obtenus ont été très-encourageants. Les malades soumis au citrate de potasse ont guéri aussi vite que ceux qui prenaient le mélange officiel.

M. Palmer cependant n'ose pas encore se prononcer d'une manière définitive, car le nombre des scorbutiques ainsi traités n'est pas encore assez considérable, et d'un autre côté il faut faire la part des bonnes conditions hygiéniques et du régime excellent auxquels ils étaient soumis. L'expérience serait, plus concluante si elle était entreprise par quelque riche armateur sur ses vaisseaux pendant des voyages au long cours.

A ce propos, M. Palmer se demande si ce n'est pas au bilartrate qu'ils contiennent qu'il conviendrait

DIURÉTIQUES. — CONTRO-STIMULANTS. 135 d'attribuer les heureux effets que les vins légers ont dans la goutte et clans le rhumatisme. (Pharmaceulical Journal et Lyon méd., n° 20.)

Eauv alcalines; leur influence sue* les calculs biliaires. (RlTTER.)

Voici les conclusions du Mémoire de M. Ritter imprimé dans la Revue d'hydrologie :

1° Les alcalis n'ont d'action, lorsque le calcul est déjà formé, que lorsque ce dernier n'est pas revêtu à sa surface de cholestérine.

2° Comme moyen préventif, les alcalis à dose très-faible, mais continue, peuvent exercer une action heureuse, soit en empêchant la précipitation, soit en redissolvant les corps qui pourraient former des noyaux ou centres de cristallisation. Peut-être encore les alcalis à dose faible empêchent-ils la production de quantités exagérées de cholestérine.

Lithine ; son emploi dans la polyurique (goutte et gravelle urique), sa présence flans plusieurs eaux minérales et particulièrement dans celles île Vais, source Magdclcinc. (BOUCHARDAT.)

La lithine paraît avoir une incontestable utilité thérapeutique dans la polyurique; plusieurs eaux minérales renommées en contiennent, et eu égard aux petites quantités de lithine qui sont nécessaires pour produire d'heureux effets, on peut très-bien se rendre

compte par sa présence do l'efficacité de plusieurs sources renommées.

La lilhine a été découverte par Arfwedson qui Ta retirée de la pétalite, minéral trouvé d'abord à Uto, en Suède.

Je vais commencer par reproduire le court article que j'ai consacré à la litliine dans mon Mémoire sur la goutte. (Ann. thérap., 1870, p. 287.)

« La litliine est le troisième alcali fixe, il a été surtout employé en Angleterre et préconisé par Oarrod. L'équivalent du litliine est faible, ses propriétés neutralisantes sont donc plus élevées que celles des deux autres alcalis ; de plus, l'urate de lilhine est le plus soluble des urates connus, il est plus soluble que le carbonate de litliine, comme Ta vu Garrocl. Voici l'opinion de ce médecin si autorisé sur l'emploi de la lilhine dans la goutte.

» Le carbonate de lithine paraît être un puissant diurétique; chez certains malades, il augmente la sécrétion urinaire d'une manière incommode. J'ai observé plusieurs cas dans lesquels une seule bouteille d'eau de litliine, prise au moment où le malade se couchait, obligeait celui-ci à rester debout toute la nuit, tandis que la même dose d'une solution de soude n'avait aucun effet de ce genre.

» Le carbonate de litliine est également un agent alcalisant très-énergique. .J'ai vu chez quelques malades l'urine devenir très -alcaline après l'ingestion de 30 centigrammes de. carbonate dissous dans de l'eau gazeuse; chez plusieurs autres, j'ai vu l'ad ninistra-

DIURÉTIQUES. — CONTRO -STIMULANTS. 137

tion du même sel prévenir la formation des dépôts et des graviers d'acide urique pendant un laps de temps indéfini.

» Des expériences nombreuses m'ont montré que, bien conduite, l'administration de la lithine était capable d'empêcher le retour des accès de goutte; et j'ai appris de divers malades qu'ils pouvaient impunément faire usage du vin, tant qu'ils prenaient de cet alcalin. On m'a assuré également que quelques goutteux avaient vu disparaître leurs concrétions topliacées sous l'influence de l'emploi longtemps prolongé des sels de lithine. »

Le citrate de lithine peut être employé avec plus d'avantage que le carbonate ; quand on ne compte pas sur l'action alcaline clans l'estomac, on peut le prescrire comme le bicarbonate à la dose journalière de 10 à 30 centigrammes. On a pu élever la dose du citrate et du carbonate jusqu'à 2 et 3 grammes, mais à ces doses, suivant M. Charcot, le carbonate peui déterminer de la dyspepsie cardialgique.

Revenons maintenant à la découverte de la lithine dans plusieurs eaux minérales. Berzélius en constata l'existence à l'état de carbonate dans les eaux de Marienbad, puis dans celles de Karlsbad, 1 partie 1/2 pour 10 000; cette base a été trouvée par Wurserdans les eaux d'Ilofgeismer, par Krtiger et Brandes dans celles de Pyrmoni, par Liebig dans celles d'Aix-la- Chapelle. On l'a signalée encore dans les eaux de Plombières., de Contrexéville, mais surtout dans les eaux de Vais, où l'existence en a été démoulrée avec le plus

ldN ANNUAIRE DE THÉRAPEUTIQUE, de précision, comme cela ressort des éludes que je vais citer. Les eaux de Vais sourdent, comme on lésait, de roches feJdespalhiques et l'on a constaté la présence de la lithiiie dans ces roches. .

Note sur une analyse qualitative «les <'««i\ mlnéra^es de ¥ai« pur la gpectroseopie démontrant la présence de la litliine et de la potasse dans la source JVlagdcleine. (Gahiel.)

Les procédés que la physique met à notre disposition pour étudier la nature des métaux qui entrent dans un mélange sont au moins aussi sensibles que. ceux que les chimistes mettent en œuvre dans leur laboratoire ; de nombreux faits ont été fréquemment relatés depuis une dizaine d'années qui montrent l'extrême sensibilité de la méthode de recherche désignée sous le nom de speclroscopie, il nous semble inutile d'insister sur ce point : cependant il n'est pas hors de propos de rappeler que c'est à cette méthode que l'on doit d'avoir pu signaler la présence du sodium dans presque tous les corps, dans la poussière, dans l'air, ainsi que celle du lithium qui est beaucoup plus fréquente qu'on ne le pensait ; disons aussi que, empiétant sur le domaine de la chimie, celte méthode a démontré l'existence de nouveaux métaux, le thallium, le rubidium, le caesium,... que l'on a pu ensuite isoler en quantités assez considérables pour étudier leurs propriétés. Il n'est pas inutile d'indiquer que c'est l'étude des eaux minérales de Durkheim qui conduisit MM, Bunsen et Kirchhoff à la découverte du caesium.

DIURÉTIQUES. — CONTRO-STIMULANTS. 139

L'idée de rechercher par la spectroscopie la nature des métaux que l'on rencontre dans les eaux de Vais nous fut suggérée par M. le professeur Gavarrei, qui nous mit également en possession d'une quantité assez notable de résidu de ces eaux minérales (source Magdeleine). Nous allons rapporter, sans entrer dans de grands détails, l'ensemble des opérations auxquelles nous avons été conduit.

' Le spectroscope que nous avions à notre disposition au cabinet de physique de la Faculté de médecine ne comprend qu'un seul prisme : aussi la dispersion n'estelle pas très-considérable, mais les colorations sont vives. Nous avons employé successivement deux méthodes pour nous assurer de l'identité des raies lumineuses obtenues avec celles produites par des corps de composition connue. La première consiste à noter les divisions auxquelles elles correspondent, sur un micromètre fixé à l'appareil : disons en passant que la raie du sodium (qui occupe la place de la raie D de Fraunhofer), raie que nous n'avons jamais pu faire disparaître complètement, nous servait à nous assurer de la fixité de ce micromètre. La deuxième méthode consiste à obtenir l'un au-dessus de l'autre 2 spectres : l'un donne les raies du corps que l'on analyse, l'autre celles de l'échantillon type connu : les raies données par le même métal doivent se trouver sur le prolongement l'une de l'autre. — Nous avons employé le plus souvent le micromètre comme terme de comparaison.

Un fil de platine enroulé en spirale serrée recevait

les corps que Ton étudiait en les plaçant dans la flamme

chaude et obscure d'un brûleur de Bunsen.

La matière à essayer Introduite directement dans la flamme produit les modifications suivantes dans le champ de la lunette du spectro^cope qui auparavant donne une raie jaune line sur un spectre conlinu trèspeu lumineux :

Exagération notable de l'éclat de la raie jaune;

Production de deux raies rouges;

Apparition quelquefois, mais d'une manière passagère, d'une bande orangée et d'une bande verte placée de part et d'autre de la raie du sodium.

La position de ces raies évaluée approximativement, leur coloration, leur apparence, permettaient d'annoncer l'existence dans les résidus étudiés,

Du sodium,

Du potassium,

Du lithium,

Du calcium.

11 s'agissait de vérifier l'identité des raies observées avec celles de ces métaux alcalins, et de donner au phénomène une durée assez longue pour permettre de l'étudier complètement. La première opération a consisté dans l'étude des réactifs que nous devions employer. Nous nous sommes assuré, en les introduisant directement dans la flamme, que les corps que nous recherchions, sauflc sodium, ne se trouvaient pas dans les corps suivants :

Alcool, ac. sulfurique, ac. azotique, eau distillée. De même, nous avons fait passer sur un filtre de l'alcool

DIURÉTIQUES. — CONTRO-STTMULA.NTS. \Ul

qui, après l'opération, ne contenait aucun métal alcalin oualcalino-terreux. Mais, par contre, divers échantillons d'acide chlorhydrique durent être rejetés comme contenant du calcium, et il fallut nous passer de ce réactif.

Sodium. — La raie jaune que présentait d'une manière consiante le champ du speclroscope occupait la division 98,5 du micromètre. C'était absolument la même raie qui augmentait d'éclat lors de l'introduction de la matière en analyse : c'était également la même raie dont l'intensité s'accroissait lorsque nous placions directement dans la flamme un fragment de chlorure de sodium. L'effet était du reste très-persistant, èt il ne pouvait y avoir de doute, le sodium existe en quantité notable dans le résidu que nous avons étudié.

Potassium. — L'étude immédiate des résidus fait voir une raie rouge, assez fine, un peu pâle, persistant assez longtemps et occupant la division 62. — Du chlorate de potasse introduit dans la flamme donne une raie analogue occupant la même position (plus la raie du sodium;; il y a donc du potassium dans les eaux de la source Magdeleine.

Lithium. — L'apparition de la raie du lithium lors de l'introduction directe des résidus dans la flamme est variable, fugace quelquefois ; nous avons traité ces résidus par l'acide sulfurique, puis évaporé à siccité ; nous avons alors employé l'alcool comme dissolvant et filtré; enfin la liqueur qui avait traversé le filtre a été évaporée; nous avons obtenu une matière noirâtre qui, introduite dans la flamme, a augmenté l'éclat de la raie jaune du sodium et a fait apparaître une ruie

1/|2 ANNUAIJIE DE THÉRAPEUTIQUE, rooge, magnifique, persistante et occupant la division 78,50 du micromètre : d'autre part, du chlorure de lithium, essaye" comme terme de comparaison, a donné exactement la même raie au môme point : il ne peut donc y avoir de doute, les eaux de Vais (source Magdeleine) contiennent de la lithine.

Calcium. — La présence du calcium peut se manifester facilement en traitant les corps par l'acide chlorhy'drique : nous avons dit pourquoi nous n'avions pu employer ce réactif. Quelques centigrammes de résidu étant placés sur la spirale de platine, nous y avons fait tomber une goutte d'acide azotique : lorsque l'effervescence fut calmée, la spirale fut introduite dans la flamme et nous pûmes observer alors une bande orangée s'étendant de la division 87 à la division 91 du micromètre, et une bande verte occupant l'intervalle des divisions 109-111 (environ) : le chlorure de calcium avait préalablement donné les mêmes bandes, aux mêmes divisions : les eaux dont nous éludions le résidu contenaient donc du calcium. Les bandes du calcium que nous observions avaient, il est vrai, peu de durée, mais la quantité de matière en expérience était très-faible; aussi avons-nous considéré l'expérience comme probante. En résumé aux éléments minéralisaleurs connus des eaux de Vais, il faut ajouter le lithium et le potassium.

Uthïnc dans Ses eaux minérales. (FRÉDÉRIC WlRTZ.)

Eau de Vais, source de la Magdcleine. — Dans la

DIURÉTIQUES. — CONTRO-STIMULANTS. 1^3 méthode généralement suivie pour rechercher et doser la liihine dans les eaux minérales, il est très-difficile d'arriver à une séparation rigoureuse de la liihine avec la chaux. M. le professeur Jaquclain nous a fait observer dans le temps cette lacune dans l'analyse chimique. ÎNous avons eu récemment l'occasion de la constater à notre tour en faisant l'analyse d'une eau minérale (eau de Vais, source de la Magdeleine).

Ces insuccès nous ont suggéré l'idée de donner à celte recherche toute l'exactitude possible. Nous évaporons environ 15 litres d'eau au dixième de leur volume, et nous filtrons pour enlever des matières terreuses (carbonate, sulfate de chaux, etc.) qui se sont déposées.

A la liqueur filtrée nous ajoutons un léger excès de carbonate de soude chimiquement pur, qui précipite le reste des matières terreuses.

Évaporant alors à siccité pour donner l'insolubilité complète au carbonate calcaire qui existe encore dans l'eau, nous reprenons par l'eau bouillante et nous filtrons bouillant dans une capsule placée au bain-marie. Le carbonate de liihine est solubledans ces conditions.

Au liquide filtré et chaud nous ajoutons du phosphate de soude pur qui précipite la liihine à l'état de' phosphate. Évaporant de nouveau à siccité, pour rendre complètement insoluble le phosphate de liihine, nous reprenons par l'eau froide et nous jetons sur un filtre taré pour connaître le poids du phosphate.

Jusqu'ici la marche que nous avons suivie est à peu près la marche ordinaire, mais pour être certain qu'il

\hh ANNUAIRE DE THÈBAPEDTJQCfi.

n'y a pas de phosphate de chaux mélangé au phosphate de lilhine, nous opérons de la manière suivante :

Nous redissolvons le phosphate de lithine dans Pacide sulfurlque pur et dilué. La quantité d'acide à employer est calculée d'après le poids d(l phosphate.

Il se forme ainsi du sulfate et du phosphate acide de lithine mélangés à du sulfate et du phosphate acide de chaux, si le phosphate tic lithine renfermait du sel de chaux.

Celle dissolution, traitée par de l'acéiate de plomh neutre, donne un précipité de sulfate et de phosphate de plomb, et relient en dissolution de l'acéiate de lilhine, de l'acétate de chaux, en supposant la lithine impure, et l'excès d'acétate de plomh que l'on précipite après avoir fitré la liqueur, par un courant d'hydrogène sulfuré.

Nous séparons le sulfure de plomb, et la liqueur filtrée est évaporée à sec. Traitant alors le résida d'acétate de lilhine par de l'acide sulfurique pur et étendu, nous évaporons de nouveau à siccilé au bain-marie. Le sulfate de lithine sec esl alors repris par l'alcool bouillant, qui ne dissout pas le sulfate de chaux s'il y en avait encore dans le pro luit.

Nous évaporons la solution alcoolique de lithine qui laisse un résidu de sulfate de lilhine dont le poi ls, si le phosphate de lilhine obtenu précédemment était pur, doit être proportionnel au poids du phosphate.

En prenant des proportions variables de sel de. lithine et de chaux de poids connus, et en suivant la

ÉVACUANTS. 145 marche ci-dessus, nous sommes arrivés à des résultats satisfaisants.

Nous nous proposons d'examiner les différents dépôts au spectroscope pour nous convaincre delà pureté absolue du sel de lithine obtenu en dernier lieu, et nous en ferons l'objet d'une noie spéciale (t).

Nous avons appliqué la marche ci dessus à la recherche de la lithine dans l'eau de Vais (source de la Magdeleine), et nous avons obtenu des résultats trèssatisfaisants. (Union pharmaceutique.)

ÉVACUANTS

Cinétique dans le croup. (LARRAZET.)

On avait pour ainsi dire renoncé, à l'hôpital des Enfants, à l'emploi de l'émétique contre le croup; M. Tîouchut, comme on va le voir, a cherché à réhabiliter cette énergique médication. Laissons la parole à son ancien élève, M. le docteur Larrazet. • «Remploi de l'émétique dans le croup soulève de nombreuses oppositions. On l'accuse de provoquer des évacuations qui épuisent les enfants et les jettent dans des conditions fâcheuses, si l'on doit recourir à la trachéotomie. On ajoute même qu'il peut occasionner des j accidents cholériformes ou de choléra stibié, capables I d'entraîner la mort. Tout cela est vrai. Dans le croup, , l'émétique peut affaiblir les enfants auxquels on le donne : mais nous croyons que cette action peut être

(l) Celte élude a été faite par M. Cariel; voyez l'article précédent.

BOUCHARDAT. 1872. 9

entièrement évitée, et qu'elle résulte d'une administration vicieuse du médicament.

Dans le croup, l'émétiquedolt <Hre employé comme contro-stimulant et vomitif. Des qu'il produit des effets purgatifs exagérés, il devient nuisible.

Toute la question est de savoir si l'on peut éviter l'effet purgatif et n'avoir qu'un effet contro-stimulant et vomitif. Nous croyons que cela est possible, et qu'il faut pour cela prescrire aux parents de nourrir leurs enfants et ne pas leur donner trop souvent à boire.

Nourrir les enfants atteints du croup auxquels on donne l'émétique, cl ne pas convertir son effet controstimulant et vomitif en action purgative par des boissons accessoires qui font de l'émétique un lavage, voilà un moyen qui a réussi bien souvent entre les mains de M. Bouchut.

Dans nos observations, de fortes doses d'émétique n'ont produit, chez de très-jeunes enfants, que des vomissements et pas de diarrhée : ces enfants ont pu manger et se retenir sans éprouver aucun effet dépressif ni d'épuisement.

Le tartre stibié peut donc, dans le croup, n'avoir aucun inconvénient : cela dépend en quelque sorte de ceux qui l'emploient.

Voici la formul'e que M. Bouchut a l'habitude d'employer :

Potion gommeuse 125 grammes.

Sirop diacodc 15 —

Emétique 50 centigr. à 1 gr.

Par demi- cuillerée à bouche de demi-heure à demi-heure.

ÉVACUANTS

Gomme-gutte ; son origine (J- DE LANESSAND.)

La gomme-gulte véritable, — qu'elle entre ou non dans le commerce, qu'elle provienne de Ceylan et de l'Inde ou de Siam, — est fournie par une seule espèce végétale qui est le G. Morella, Desr.

Var. sessilis, pour la gomme-gulte de Ceylan, de l'Inde.

Var. pedicellata, pour la gomme-gutte de Siam, qui seule entre dans le commerce européen, et est employée dans les arts et en médecine.

Elixir de Giacomini. — Gomme-gulte en poudre, 15 grammes; faire digérer, à une certaine chaleur, clans 2û0 grammes d'eau-de-vie à 20 degrés; fil lier ; ajouter 120 grammes de sirop de sucre et autant d'eau bouillante, avec la précaution de bien remuer le tout pendant plusieurs minutes. On obtient une liqueur dorée, agréable au goût, qui peut se prendre à la dose de 1 à h cuillerées chaque fois.

Vacide cambogique, ou résine de la gomme-gutte, pourrait également être employé. 11 purge bien à la dose de 25 centigrammes. On pourrait l'employer dans la fabrication de l'élixir de Giacomini, car il agit plus énergiquement que la gomme-gutte, sans coliques et sans aucun malaise.

La résine ou acide cambogique, C40H2808, s'obtient en évaporant à siccité la teinture éthérée de gommegutte. 11 est friable, jaune orangé, insoluble dans l'eau,

l.'l» ANNUAIRE DE THÊRAPEUTIQBE.

soluble dans l'alcool et surtout l'éthcr, forme des sels avec les alcalis. '

Préparation de la gomme-gutte. — Dans les mois de juin et juillet, lorsque la séve circule avec le plus d'activité", on brise les feuilles et les jeunes rameaux, et Ton recueille le suc jaune qui s'écoule des plaies dans des tessons de noix de coco ou dans les feuilles roulées de l'arbre lui-même; on le verse ensuite dans des vases plus grands, en argile, pour le faire sécber au soleil, jusqu'à ce qu'il puisse être commodément enveloppé dans des feuilles. De ce que le suc est ainsi obtenu goutte à goutte, est venu le nom de Gummigutlœ. Quant au mode de préparation employé par les Malais ou les Chinois, pour lui donner les qualités recherchées par le commerce, il est resté jusqu'à ce jour tout à fait inconnu. C'est après l'avoir purifiée qu'ils lui donnent les formes sous lesquelles elle est vendue aux Européens, ou bien on se contente de l'agglomérer en masses irrégulières, et on l'enveloppe dans des feuilles, ou bien on la verse dans des bambous, dont elle conserve la forme. D'après M. Pereira, on a même importé en Angleterre, il y a quelques années, de la gomme-gutte renfermée dans des bambous, fermés à une extrémité par le nœud de la lige, et à l'autre par un morceau de cuir (Camboge in the bamboo).

A Ceylan, la gomme-gutte est obtenue d'une façon différente et certainement plus défectueuse. D'après* Murray (loc. cit.), on fend l'écorce de l'arbre, en plusieurs points, à l'aide d'une pierre tranchante,.

ÉVACUANTS. 1^9

lorsque les fleurs commencent à apparaître; le suc, à mesure qu'il s'écoule, se solidifie au soleil. Le procédé qu'indique Mme Walker (1) est peu différent. On enlève des lambeaux d'écorces de la largeur de la main, en ayant soin de faire cette opération le malin. La gomme-gulte suinte, presque liquide, parles pores de l'écorce, mais s'épaissit bientôt, et est recueillie le lendemain matin, sans que l'arbre souffre de cette blessure qui guérit rapidement.

Jalup de Tampico. Tmiipicînc. (HAIN'BURY.)

Dans l'état actuel delà science, les jalaps du Mexique sont considérés comme produits par trois espèces mexicaines : VIpomea Purga, Wend., IV. orizabenzis, Pelletan, et 1'/. simulans, Hanbury. C'est ce dernier, décrit par M. D. Hanbury, dans le onzième volume des Proceedings de la Société linnéenne de Londres, qui vient de Tampico, et qui fournit le jalap dit de Tampico. Ce jalap se présente en tubercules d'un brun sombre, très-analogues à ceux du vrai jalap, piriformes ou spbériques, lourds, ou en fragments coupés provenant de tubercules plus légers et plus clairs de couleur. Ordinairement, ces tubercules sont moins ondulés que ceux du vrai jalap et plus fortementcolorés à l'intérieur. Ces tubercules sont toujours entremêlés à des stolons longs d'un demi-pied environ, épais de quatre pouces, amincis atix deux extrémités,

(1) Graham, Comp. Iho the bot, mag., II, p. 197.

150 ANNUAIRE DE THÉRAPEUTIQUE, légers, quelquefois fendus dans leur longueur, extérieurement ridés et d'un brun noir, intérieurement d'un blanc de lait.

L'auteur a nommé tampicine la résine qu'il a extraite de ces tubercules. Les propriétés de cette substance la rapprochent beaucoup de la convolvuline; elle s'en distingue cependant parce qu'elle est soluble dans Péther, du moins quand le jalap de Tampico n'est point mêlé à un autre jalap. En absorbant de l'eau en présence des bases énergiques, la tampicine, comme la convolvuline, se transforme en acide lampicique, soluble dans l'eau; tandis que Mayera donné pour la formule de la convolvuline C^H^O10, M. Spirgatis a obtenu pour celle de la tampicine G34H54014. La tampicine appartient, comme la convolvuline, à la classe des glucosides, car elle peut se dédoubler en sucre et en un acide gras.

L'aclivité tbérapeulique de la tampicine est analogue à celle de la résine de jalap ordinaire, mais moins prononcée.

Sur la nature complexe de la catliartine ; note.

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