‹ Annuaire de thérapeutiqueChapitre 5 sur 18 · BOUSSINGAULT · texte numérisé non relu

BOUSSINGAULT

Pelouze a dosé ce métal dans le sang de divers animaux. De 100 grammes, il a retiré : Fer exprimé à l'état métallique :

Sang de GrelHiomnie. Bœuf. Porc. Oie. Dinde. Poulet. Canard, nouille.

Le sang était brûlé à une température peu élevée dans un vase en platine. On dosait le fer dans les cendres par l'excellente méthode volumétrique due à M. Marguerite. J'ai suivi le même procédé. Les quantités de métal que j'ai rencontrées dans le sang du bœuf et du porc ne diffèrent pas notablement de celles trouvées par Pelouze.

Le sang avait été pris à la sortie de la veine, pesé, desséché^ incinéré sous la moufle. Dans 100 grammes, dosé :

Sang de bœuf: Sang de porc.

Fer exprimé en métal 0sr,0375 0sr,0634

La cendre du sang de porc présentait la couleur et l'aspect du sesquioxyde ferrique.

Une fois établi que le fer est une des parties constituantes du sang, il devient évident que les aliments doivent en renfermer, y compris, bien entendu, les aliments végétaux, puisque ce métal entre dans la

ïôU ANNUAIRE DE THÉRAPEUTIQUE.

composition du sang des herbivores et des granivores.

De ces faits, il ressort deux conséquences : la première, c'est que s'il Ctait possible de former un régime privé de fer, l'animal que l'on y soumettrait succomberait infailliblement, par la raison que le sang ne pourrait pas être constitué ; la seconde conséquence, c'est que le fer paraît êlre tout aussi indispensable à Ja vie végétale qu'à la vie animale.

On sait d'ailleurs que le prince de Salm-IIorstmar, dans des expériences remarquables sur le rôle des substances minérales dans la végétation, a communiqué la chlorose à l'avoine, au colza, en les faisant naître dans un sol exempt de fer ; chlorose qu'il fit disparaître par l'intervention de l'élément ferrugineux. Toutefois, c'est Eusèbe Gris qui, le premier, en 18Z|9, rattacha la chlorose des feuilles à l'absence ou à l'insuffisance des sels de fer. N'oublions pas néanmoins que l'analogie, selon moi assez éloignée, que l'on cherche à établir aujourd'hui entre la matière verte des plantes et la matière colorante du sang, est née de celte assertion de M. Verdeil, que le fer existe en forte proportion dans la chlorophylle à l'état où il est dans l'hématosine; par suite, ou a introduit, en physiologie végétale, le mot chlorose, emprunté à la pathologie pour exprimer l'éliolement des feuilles.

Le fer existant dans les aliments, probablement même dans tous les aliments, il restait, en se plaçant à un point de vue pratique, à en fixer la quantité, non-seulement dans les substances servant à la nourri-

ture de l'homme, mais encore dans les fourrages, afin d'être à même d'en apprécier la proportion dans les rations alimentaires. Les données analytiques que déjà j'ai pu rassembler intéresseront, je l'espère, les physiologistes, et aussi les éleveurs, s'il est vrai que la bonne constitution du sang exerce une influence favorable sur la santé, la vigueur, en un mot sur la qualité des animaux et sur celle de leurs produits.

En ce qui concerne les aliments, les dosages ont été exécutés à l'état où ils sont consommés, c'est-à-dire avec leur eau constitutionnelle. J'ai cru devoir doser le fer dans le vin, dans la bière et dans quelques-unes des eaux distribuées à Paris.

On peut évaluer, d'après ces documents, la quantité de fer contenue dans les divers régimes ; elle oscille pour l'homme entre 6 et 10 centigrammes, pour la ration des 1k heures (1) ; pour le cheval, elle est trèsvoisine de 1 gramme; et pour la vache, de l&r,Zi.

Fer exprimé à l'état métallique :

Dans 100 grammes de matière :

Sang de bœuf

Sang de porc

Chair musculaire de bœuf Chair musculaire de veau .

(1) 10 centigrammes de fer Quevenne au repas principal, voilà la dose que je fais ajouter au régime des anémiques en commençant leur principal repas. B.

Chair de poisson (merlan) 0,0015

Merlan, poisson entier 0,0082

Morue dessalée (chair) 0,0042

Lait de vache 0,0018

Œufs de poule, sans coque 0,0057

Colimaçon, sans coquille 0,0030

Coquilles de calimarons 0,0208

Os de hœuf (frais) 0,0120

Os de pieds de mouton 0,0209

Corne de bœuf (sèche) 0,0083

Cheveux noirs (homme de quarante ans).. . 0,0755

Crins de cheval 0,0507

Plumes de pigeon 0,0179

Laine de mouton 0,0402

Peau de lapin fraîche, épilée 0,0039

Souris (entière) 0,0110

Urine d'homme (moyenne) 0,0004

Excréments de cheval (humides) 0,0138

Pain blanc de froment 0,0048

Maïs 0,0036

Riz 0,0015

Haricots blancs 0,0074

Lentilles 0,0083

Avoine 0,0131

Pommes de terre 0,0016

Carottes (racines) 0,0009

Feuilles de carottes 0,0066

Pommes 0,0020

Feuilles d'épinards 0,0045

Chou, intérieur, étiolé 0,0009

Chou, feuilles vertes 0,0039

Champignons de couches 0,0012

Foin 0,0078

Paille de froment 0,0066

Warech, séché à l'air, 0,0548

Boissons dans un litre.

Vin rouge du Beaujolais 0,0109

Vin blanc d'Alsace 0,0076

Bière 0,0040

Eau de Seine, Bercy (14 mai), filtrée 0,00040

Eau de la Marne (10 avril) 0,00105

Eau delà Dhuys (10 avril) 0,00104

Eau du puits de Grenelle 0,00160

Eau du puits de Passy 0,00280

Eau de la mer, Nice 0,00000

Oxalaie ferreux.

Rapport de M. E. Caventou sur un Mémoire de M. le docteur Girard. (Extrait.)

Les combinaisons que forme le fer avec l'acide oxalique sont connues depuis longtemps en chimie, et l'oxalate ferreux, qui fait l'objet de ce rapport, est un sel bien défini, stable, très-peu soluble dans l'eau, et qui peut cristalliser; on le rencontre même dans la nature, et les minéralogistes le désignent sous le nom de Humboldtine ou fer oxalaté. Aussi le docteur

Girard u'a-t-il pas étudié l'oxalate de fer à ce point de vue; il n'indique aucun fait nouveau, soit parmi les propriétés chimiques de ce sel, soit dans son mode de préparation; il l'obtient en mélangeant par parties égales des solutions saturées de sulfate ferreux et d'acide oxalique. Le précipité formé est lavé par décantation jusqu'à ce que les eaux de lavage ne soient plus acides; puis le sel est étendu sur des feuilles •de papier ou des plaques de porcelaine jusqu'à dessiccation complète.

On le voit, cette manière de préparer l'oxalate de de fer est un des moyens usités dans les laboratoires, et n'offre, par ce fait, aucun caractère de nouveauté. S'il ne s'était agi simplement que d'ajouter un nouveau sel à la liste déjà si longue des préparations ferrugineuses, l'oxalate de fer n'aurait présenté qu'un faible intérêt ; mais il n'en est pas ainsi, si l'on observe l'action spéciale que ce sel exerce sur l'économie. D'après l'auteur, tout en jouissant des propriétés toniques bien connues des sels de fer, l'oxalate .ferreux ne produit pas de constipation, et ce qui le prouve, c'est que, dans certaines conditions, il peut même provoquer des effets purgatifs.

Ce fait méritait d'être confirmé. Un sel de fer, en effet, exempt du grave inconvénient de provoquer la constipation généralement si rebelle dans le traitement par les ferrugineux, pouvait offrir d'utiles avantages dans la pratique médicale.

Dans ce but, la Commission pria successivement deux de nos savants confrères, le docteur Vigla,

enlevé si prématurément, et le docteur Hérité, de vouloir bien étudier l'action thérapeutique de l'oxalate de fer. Pendant près de deux ans, ce sel a été expérimenté par nos deux collègues dans la plupart des cas où les préparations ferrugineuses sont indiquées, tels que la chlorose et les diverses espèces d'anémie.

M. Héraid a constaté que « cette préparation, presque insipide, est facilement acceptée par les malades €t très-bien supportée par l'estomac, et qu'aux doses de 10 à 20 centigrammes par jour, elle relève les forces et guérit la chloro-anémie, comme le font les bonnes préparations ferrugineuses ; ce qui distingue particulièrement ce nouveau sel de fer et lui donne des droits à entrer dans la thérapeutique, c'est qu'il ne constipe pas. On peut même, en portant la dose à 30, h0 ou 50 centigrammes, combattre efficacement la constipation et obtenir des gardes-robes plus ou moins nombreuses. » (Bull. Acad., 12 nov. 1872.)

Ferrugineux instables. (TlSY.)

M. Mentcl a eu la pensée de préparer l'iodure ferreux en séparant dans un granule de l'iodure de calcium sec et du sulfate de fer par une couche de sucre. Quand le granule se dissout dans l'estomac, l'iodure ferreux se produit. M. Tisy, poursuivant la même pensée, enferme dans une capsule les poudres réagissantes bien sèches.

Dans une petite capsule, semblable pour la forme et pour la composition à celle des perles d'élher, nous

160 ANNUAIRE DE THÉRAPEUTIQUE, introduisons, dit-il, un mélange pulvérulent, pouvant, au contact d'un liquide aqueux quelconque, donner naissance au sel de fer désiré. Tant que la poudre est sèche, ce n'est qu'un simple mélange ; mais dès que l'eau intervient, la réaction se produit.

Oxyde de rer dissous. (GUICHART.)

M. Guichart a constaté que si l'on précipite du perchlorure de fer par la soude caustique, en présence du sucre, on obtient un précipité insoluble, formant une masse gélatineuse, si l'on n'ajoute que la quantité de soude nécessaire à la saturation du chlorure ferrique. Ce précipité se dissout entièrement si l'on ajoute encore de la soude dans la proportion d'un équivalent pour deux des sesquioxydes de fer existant dans le mélange. Le composé dans lequel l'oxyde de fer se trouve dissous n'est pas un saccharale de fer, mais une combinaison de soude, d'oxyde de fer et de sucre.

M. Guichart a trouvé que d'autres substances, telles que la glycérine et la mannite, peuvent donner lieu à des combinaisons semblables, dans lesquelles elles jouent le rôle de sucre, et que d'autres métaux peuvent former, avec ces substances et avec le sucre, des composés semblables à ceux que l'on obtient avec le fer.

Pcrclilorui'c de fer ; son emploi. (fllRTZ.)

L'emploi du perchlorure de fer est devenu extrêmement fréquent. Il n'y a pas longtemps que ce pré-

TONIQUIiS. — ASTRINGENTS. 161 deux médicament a pris place dans la thérapeutique ; c'est à Pravaz, à Pétrequin. à Desgranges, à Deleau, qu'il doit la notoriété qu'il s'est rapidement acquise.

Le perchlorure de fer est avant tout un hémostatique puissant ; il possède à un haut degré la propriété de coaguler le sang. Il agit en outre sur les tissus comme escharotique ; à dose faible, il est astringent. Nous reviendrons sur ces deux derniers points.

Les caillots formés par suite du mélange du perchlorure de fer avec le sang sont de deux sortes. 11 y a un caillot dit chimique constitué par la combinaison du perchlorure avec l'albumine du sang; c'est un véritable chloro-ferrale d'albumine. Autour de ce caillot principal qui représente comme un centre de coagulation, il se forme d'autres caillots dans la constitution desquels le perchlorure n'enire pour rien. Ils peuvent s'étendre très-loin du point où a agi celui-ci.

Il faut environ ilx gouttes d'une solution à 30 degrés {ilx gouttes de la seringue Pravaz) pour convertir en un caillot chimique 1 centilitre de sang; il faudrait 20 gouttes d'une solution de 15 à 20 degrés.

Dans les hémorrliagies qui se font à la surface des téguments externes ou internes, il n'y a pas à se préoccuper beaucoup de ces proportions. Il suffit de parer à l'accident en employant une solulion plus ou moins forte, suivant l'importance de l'écoulement sanguin. C'est ce qu'on fait journellement en cas d'hémorrhagie par une plaie quelconque ou à la surface d'une muqueuse (épistaxis, hémorrhagie dentaire, hématémèse, anlérorrhagie, etc.). Mais quand il s'agit du traitement des

162 ANNUAIRE DE THÉRAPEUTIQUE, anévrysmes, il y a lieu de s'occuper grandement du titre de la solution employée et de la quantité de liquide injectée, non-seulement dans le but d'obtenir une coagulation suffisante, mais pour être sûr de ne pas mettre en jeu à l'égard des parois du sac la propriété esebarolique du perchlorurc.

Goubeaux et Giraldés ont en effet démontré qu'à Zi9 degrés il racornit immédiatement toutes les tuniques des artères, et qu'au bout de quelques jours elles se gangrènent; qu'à 30 degrés l'épithélium de la tunique interne est détruit, mais que les deux tuniques internes se colorent simplement en jaune et deviennent le siège d'une exsudation plastique qui en augmente considérablement l'épaisseur. Des adhérences s'établissent entre le caillot chimique et la tunique moyenne. Ces expériences, venues bien après les premiers essais de guérison des anévrysmes par les injections de perchlorure, essais dus à Pravaz, ont complété cette méthode, en faisant connaître d'une façon plus précise les effets du composé ferrique sur le sang, les parois artérielles et, par analogie, les sacs anévrysmaux.

Par extension, le perchlorure de fer a été appliqué au traitement des varices (Desgranges), des hémorrhoïdes, des tumeurs érectiles, du varicocèle, avec des succès variables propres à expliquer la faveur exceptionnelle dont jouit cette méthode auprès de certains chirurgiens et l'aversion qu'elle a inspirée à certains autres.

Comme escharolique, le perchlorure de fer est em-

ployé avec fruit pour combattre les végétations, les fongosités de l'ongle incarné et de certains ulcères végétants, les scrofulides malignes (Bazin), la pourriture d'hôpital (Bouro et Salleron), les fongosités du col utérin, et spécialement celles qui sont liées à un état variqueux. Dans ces divers cas, on l'emploie sous forme de solution ou de pommade.

Robert et Deleau le recommandent comme modificateur des chancres et capable d'en hâter singulièrement la cicatrisation. Rodet va même plus loin et affirme, d'après ses expériences, que le virus syphilitique ne résiste pas au perchlorure de fer ; aussi a-t-il donné la formule d'une solution dont on doit se servir pour faire des lotions sur la verge après le coït. Cette méthode abortive a l'inconvénient de n'être pas trèspratique.

C'est en partant du même principe que le perchlorure a été préconisé contre les piqûres anatomiques, le venin de la vipère et même le virus de la rage et de la morve. Néanmoins, jusqu'à nouvel ordre, les cautérisations profondes resteront la véritable méthode abortive de la rage.

Le perchlorure de fer a aussi trouvé des applications dans les maladies internes. J'ai parlé des hémorrhagies qui, provenant des organes internes, peuvent être néanmoins combattues par l'action directe du composé ferrique (hémorrhagies stomacales et intestinales). De ce qu'il coagule le sang avec lequel il est en contact, on s'est peut-être un peu pressé de conclure qu'il pouvait encore agir sur ce liquide après

16/* ANNUAIRE DE THÉRAPEUTIQUE, avoir traversé la paroi des vaisseaux absorbants; d'où son application à loules les hémorrhagies d'origine quelconque (hémoptysie, métrorrhagle, bémorrhagle vésicule), aux formes hémorrhagiques des fièvres graves (variole, scarlatine, rougeole, fièvre typhoïde); au scorbut, au purpura hémorrhagique. On l'a môme préconisé dans la chloro-anéinie accompagnée d'accidents hémorrbagiques du côté de l'utérus, et contre les écoulements muco-puru lents à forme chronique (leucorrbée, blcnnorrbée). 11 agirait alors par son élimination à la surface des muqueuses. C'est à ce titre qu'il a été considéré par Aubrun comme très-puissant dans le traitement de la diphtbérie pharyngienne et laryngienne. D'après cet observateur, on obtiendrait des résultats bien plus remarquables en s'en rapportant simplement à l'élimination du perchlorure par la muqueuse du larynx qu'en faisant des applications directes sur les fausses membranes. La physiologie ne peut accepter ces applications.

Les idées d'Aubrun ont été reprises, fortement soutenues et considérablement amplifiées par Isnard (de Saint-Amand), qui se montre partisan encore plus ardent de celle médication sur l'efficacité de laquelle les médecins sont bien loin d'être d'accord.

I»erelilorurc de Ter à l'intérieur à haute dose dans le traitement de la dipnthérie, et spécialement de Tangine pseudo-membraneuse.

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