‹ Anomalies sexuelles apparentes et cachées [electronic resource]Chapitre 21 sur 114 · ANOMALIES FONCTIONNELLES · texte numérisé non relu

ANOMALIES FONCTIONNELLES

En dehors des règles ordinaires de l'acte de la génération, que d'exceptions auxquelles certaines personnes sont soumises ! Elles sont beaucoup plus nombreuses et fréquentes que l'on ne pense, en général, chacun gardant à cet égard « de Conrart le silence prudent ». Il faut même être obligé de s'entretenir avec le médecin, à ce sujet, pour les lui révéler; autrement, il ne les connaît que par lui-même.

Ce sont d'abord diverses particularités individuelles dans le jour, l'heure et le moment choisis à cet effet comme les plus propices. Ces conditions varient ensuite suivant le sexe, l'âge et le tempérament, les habitudes même. Le lieu, l'endroit, la position couchée ou assise ne sont pas indifférents, sans que l'obésité ni la maladie y contribuent. Il y a aussi les procédés et les manœuvres, les centres érogènes spéciaux à d'aucuns et d'aucunes. Autant d'irrégularités et bien d'autres, inutiles à énumérer, sans lesquelles il y a impossibilité, paresse, langueur,

fatigue et môme impuissance à accomplir cet acte, contrairement à la règle universelle pour l'homme adulte de pouvoir faire l'amour en tout temps et en tous lieux.

Dès que la l'onction normale de la génération, naturelle ou artificielle, s'opère par accès intermittents, au lieu d'être régulière et continue, c'est une anomalie. Elle est un besoin comme toutes les autres fonctions de l'économie — n'ayant que la maladie physique ou morale pour en interrompre ou suspendre le cours — et d'autant plus impérieuse qu'elle est plus excitable. Ses exigences sont ainsi en rapport avec l'abus et l'excès qu'on en fait. Il suffit d'interroger les jeunes gens pour être fixé à cet égard. J'ai vu un homme entrer successivement dans trois maisons publiques voisines dans l'espace d'une heure environ. Les masturbateurs sont aussi entraînés à répéter cet acte plusieurs fois de suite et ils l'avouent ingénuement.

Trop souvent, hélas ! ces anomalies ne sont que des aberrations produites par la luxure, l'impudicilé, la satiété ou le vice, il n'y a donc à s'en occuper que dans leurs résultats sur la fonction génératrice, au point de vue hygiénique et médical. Mais les climats, les saisons, l'habitation même peuvent en produire à l'égal de certaines dispositions d'esprit: le chagrin, la tristesse, l'inquiétude, la jalousie, el toutes les autres passions. L'alimentation, le régime, l'alcoolisme, le tabac, certaines maladies graves et même leur traitement , peuvent y contribuer, la syphilis entre autres déterminant une frigidité ou l'ai-

blesse génitale passagère qui est confondue avec l'impuissance.

Si les vices de conformation et les anomalies physiques apparentes des organes génitaux, précédemment décrits, en troublent fatalement les fonctions, ces anomalies fonctionnelles se présentent aussi sans lésion ni altération appréciable. Il en existe une sans doute, puisqu'il n'y a pas d'effet sans cause, mais elle est ordinairement invisible, occulte, cacliiV. Il faut se rappeler les données sur les rapports du sens génésique et du centre génital pour comprendre le mécanisme de celle-ci, comme les foyers érogènes et le tempérament génital aident à expliquer les anomalies externes.

Le médecin découvre parfois cette cause dans des difformités ou des maladies imperceptibles qui n'étaient pas même soupçonnées des malades, mais c'est là une rare exception. Ces anomalies, dans l'une des trois phases de l'acte de la génération : érection, copulation, éjaculation, ensemble ou séparément, restent sans démonstration possible dans la plupart des cas. Les antécédents des victimes, leur tempérament, leurs habitudes, leurs occupations, leurs maladies permettent seuls de hasarder des conjectures sur la cause probable pour asseoir et formuler les moyens de guérison.

Neurasthénie. On résume actuellement sous ce titre tous les troubles généraux du système nerveux oe pouvant être localisés à l'égal des névroses et des névralgies. Ils sont assurément les plus fré-

queutes causes des anomalies fonctionnelles de l'acte génital ne se rapportant à aucune lésion. Toute excitation appréciable est suivie de dépression et d'épuisement dont l'intensité est proportionnelle à l'irritabilité du sujet frappe, comme de sa faiblesse. Mais de ces deux phénomènes adéquats, l'un ou l'autre peut passer inaperçu, d'après la légèreté de celui-ci ou la gravité de celui-là. Leur relation est ainsi méconnue. C'est pourquoi celte cause n'est pas toujours observée, saisie. Mais on peut rendre le fait objectif par l'étude de la force musculaire, la sensibilité, la circulation, la respiration et la tension électrique.

En appliquant cette loi à la- fonction génitale, il est permis d'apprécier comment les abus et les excès vénériens, sous quelque forme qu'ils aient lieu, sont suivis d'une dépression ou faiblesse plus ou moins prompte et immédiate équivalente. La masturbation en particulier est aussi plus malfaisante chez les sujets très nerveux, prédisposés par là même à en abuser. Voici l'exemple cité à l'appui :

86. Un garçon de quinze ans, ayant une hérédité névropathique, prend des habitudes de masturbation au collège. Il a bientôt des maux de téte violents avec serrement et épistaxis abondantes qui l'obligent de cesser ses études. Un an de service militaire le guérit complètement, line simple chute sur la tête ramena ses migraines dont une cure hydrothérapique le débarrassa. Son émotivité resta telle qu'à l'annonce inattendue d'une bonne nouvelle améliorant sa situation, il en devint instantanément fou de joie, durant un jour entier, pour tomber ensuite dans une crise de sommeil prolongé. Il reprit connaissance à son réveil, mais il était paralysé des quatre membres et n'en recouvra que

graduellement le mouvement. Telle est l'ivresse émo-' tionnellc. (Féré, Revue de médecine, décembre 1888.)

Un effet analogue se produit parfois sur les organes génitaux dont les anomalies fonctionnelles multiples résultent ainsi fréquemment d'autres anomalies comme l'onanisme s'y rapportant directement. Tous les abus ou excès, les perturbations et les privations, le défaut d'exercice de ces organes, comme leur incontinence, exposent les sujets nerveux à des anomalies sexuelles. Les Observations 29, 42 et A3 surtout en offrent le type chez les nerveux par toutes les bizarreries de l'érection et l'onanisme intersexuel en résultant.

87. Un étudiant anglais à l'Université d'Oxford, né de parents allemands, très nerveux et impressionnable par hérédité, s'est adonné à la masturbation de quatorze à dix-huit ans par accès et d'une manière intermittente, la plus malfaisante de toutes. L'exercice du coït la lui fit abandonner pendant ses études, mais en y recourant jusqu'à sa vingtième année, quand il ne pouvait faire autrement.

Sa vie libre et en voyage dans le nouveau monde et l'ancien, jusqu'à vingt-quatre ans, lui permet de donner un libre cours à ses appétits vénériens, qu'il satisfait toujours par accès excessifs. Il aime toutes les femmes, dit-il, et s'y livre passionnément. L'érotisme succède facilement à la masturbation chez les jeunes névropathes dès qu'ils ont pratiqué le coït. Le priapisme s'y joint même chez quelques-uns.

Enfermé ensuite dans l'Université, il est forcé de réfréner ses désirs par la discipline sévère qui y règne. Les pollutions nocturnes et involontaires surviennent, le sommeil est troublé par des rêves lubriques, les fonctions digestives s'allèrent, il perd l'appétit, maigrit, tombe dans le spleen, devient mélancolique et hypocondriaque, Urines incolores abondantes et parfois nua-

yeuses; l'incontinence dont il est atteint rendant les mictions plus exigeantes. D'intelligent, il devient stupide, perd la mémoire, la faculté d'étudier par des maux de tête et ne peut passer ses examens.

Tout cela, dit-il, par le défaut de femme, car il e^t mieux quand il file à Londres, où il peut encore renouveler le coït trois fois par nuit, mais il y va trop rarement. Il est mieux aussi et plus gai après une chasse à courre ou le steeple-chase « les jours de congé ; les pollutions, en devenant plus rares, le soulagent plutôt.

Tels sont les points essentiels d'une très longue odyssée du 17 lévrier 1885. Tous les accidents signalés tenaient évidemment à. son internat et je prescrivis plus de distraction et d'exercice, avec visite hebdomadaire à Londres , sinon deux à trois au moins mensuellement, comme le meilleur calmant de tous les troubles nerveux qu'il éprouvait en raison même de sa réclusion. J'étais aussi d'accord avec sir A. Clarck et plusieurs autres médecins lui prescrivant force toniques, anlibilieux et calmants pour le guérir.

Un mois après, il se présentait à ma consultation un jeune homme blond, distingué, d'une taille moyenne, mince, presque imberbe et très timide. C'était le malade en question. Je le rassurai en lui montrant qu'uue vie libre en plein air lui conviendrait bien mieux. 11 m'objecta qu'il devait suivre ses études. Une lettre toute récente me confirme qu'il les poursuit avec plus de succès, en suivant mes conseils de satisfaire amplement ses appétits vénériens. Une gonorrhée accidentelle l'ayant obligé à la continence durant plusieurs mois, il est redevenu nerveux par de nouvelles pertes séminales et demande

comment et pourquoi celles-ci lui font tant de mal, lorsque les émissions naturelles lui font tant de bien. De la même manière, ai-je répondu, que les aliments, pris par une voie artificielle, ne font jamais autant de bien ni de plaisir qu'introduits par l'estomac.

88. Dans une situation opposée, un jeune cultivateur de la Marne présente des phénomènes d'érotisme analogue. De dix-huit à vingt ans, il conçoit une vive afièction pour une fille de son voisinage plus âgée que lui. Ne pouvant l'épouser, sa timidité l'empêche de lui déclarer son amour. Il part pour son service militaire et apprend bientôt que celle qu'il aime est sur le point de se marier. Son impression est grande et profonde et, bien que distrait par ses camarades, il n'éprouve aucun désir vénérien ; entraîné par eux, il reste même en échec dans ses tentatives de coït. Son père meurt et la douleur qu'il en ressent déprime d'autant l'appareil génital. Il ne peut avoir ainsi que de rares rapports sexuels normaux pendant son service militaire.

Libéré, il se met à la téte de son exploitation et n'éprouve que rarement le besoin d'aller s'exr.r.érer à la ville voisine. Il est cependant fort et vigoureux. Sa mère meurt el simultanément celle qu'il aimait quitte son mari pour voies de fait et mauvaise conduite ; elle revient chez ses parents avec son enfant et intente une action en divorce. 11 la voit tous les jours « et son cœur palpite de nouveau pour elle. Il n'en peut aimer d'autre. » Maître de ses actions, il conçoit le nouvel espoir de l'épouser, si le divorce est prononcé, et attend dans la continence et la contemplation. Enfin elle est libre! Mais ses désirs sont si grands, ses organes si paresseux, qu'il éprouve des inquiétudes sur sa virilité. Il veut s*en assurer avant de l'aire sa demande. Ses érections sont rares et il a des pollutions involontaires. Effet de son amour concentré. Je le rassure après examen, le 2 février 1887, et deux mois après il était marié et heureux.

Timides, craintifs et peureux à l'excès pour faire une conquête, tous ces névropathes, dos qu'ils en

ANOMALIES SEXIJELLES

ont une, sont hardis, décidés, prompts et empressés à commettre tous les abus et les excès vénériens auxquels ils sont si enclins. Us en éprouvent ainsi rapidement le contre-coup par des faillites inopinées, des migraines, des névralgies ou autres accidents nerveux. Au moindre échec, ou même au simple défaut d'érection dans une circonstance quelconque, ils se croient impuissants, sans tenir compte des conditions anormales, physiques ou morales, dans lesquelles ils se sont placés. Ils semblent même cacher à plaisir les faits propres à les démentir pour en imposer à cet égard.

89. Tel un instituteur libre de Saône-et-Loire, âgé de vingt-huit ans. Entré à l'Institut des frères de la doctrine chrétienne pour finir son instruction et faire partie de l'Ordre, il cesse bientôt l'onanisme manuel contracté à l'école. Ses études terminées, il rentre dans sa famille et après son volontariat, pendant lequel il s'amuse comme les camarades, il se livre à l'enseignement libre. Eloigné de tout centre de population, et obligé de surveiller ses élèves jours, fêtes et dimanches, il reprend sa fatale habitude et se trouve sans désirs sexuels après trois à quatre ans de cette vie célibataire. Il devient irritable, sombre, emporté contre ses élèves, se croit impuissant et demande avis sur ce qu"il a à faire. — Mariez-vous, répondis-je, et, à cet effet, un traitement lui est prescrit.

Peu de temps après, il se présente en août 1887, en allant faire ses vingt huit jours, pour s'assurer s'il nest pas impuissant. Il l'est si peu, que la turgescence habituelle du pénis le fait entrer en semi-érection à l'examen. Il y a deux à trois ans qu'il n'a pas vu de femmes.

— Allez alors vous promener sur le boulevard et vous m'en donnerez des nouvelles!

Je n'en reçus que le 21 avril suivant, en réclamant une nouvelle consultation sur sa faiblesse génitale contre laquelle il demandait un traitement.

— C'est une iemme qu'il vous faut essentiellement, répondis-je, et non des drogues pour vous convaincre que vous n'êtes pas impuissant.

— J'en suis bien convaincu, écrivait-il le 3 mai, car le soir même de votre examen, j'ai rencontré une fille de mœurs légères qui m'a permis d'accomplir le coït à peu près normalement et sans trop d'efforts, quoique n'approchant pas des sensations et de la manière rapide d'entrer en érection des coïts ultérieurs, étant revenu à la charge deux fois avec succès pendant mes vingt-huit jours.

La chute subite de l'érection, chez l'instituteur public, l'empêchant de déflorer sa femme (Observation!'2%), coïncidait aussi avec une impressionnabilité nerveuse morbide; mais l'atonie pénienne, bien plus saillante, devait la faire rattacher à cette cause locale. C'était bien la névrosthénie, au contraire, qui déterminait les pertes séminales chez l'employé des postes (Observation 202) et le voyageur qui lui succède. Tous ces névropathes, entraînés de bonne heure à l'onanisme manuel, à des excès et des abus sexuels, se plaignent prématurément aussi de faiblesse génitale, d'impuissance, de pertes séminales ou de spermatorrhéc. Souvent ce n'est ni l'une ni l'autre sous ces différentes formes; mais le célibat prolongé, dans lequel ils sont entraînés à rester par leurs craintes chimériques, contribue activement à accentuer ces anomalies et à les rendre parfois incurables.

« L'exaltation du sens génésique, dont l'entraînement est presque irrésistible chez certains individus, «lit Moreau (de Tours), est due le plus souvent à des dispositions psycho-organiques ou physico-morales exceptionnelles dont personne ne peut nier la puis-

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sauce. » Ces hommes, arrivés à la cinquantaine, un peu en deçà ou au delà, accusent une faiblesse génitale, sans se rappeler les imprudences ni les folies de la jeunesse. Ceux qui ont eu des faillites répétées dans leurs conquêtes amoureuses sont les plus exposés à cette atonie précoce.

90. Un agent d'assurances dans le Lot, âgé de quarante-cinq ans environ, ayant fait son service militaire dans la cavalerie, marié depuis quinze ans, sans enfant-, exempt de toute maladie vénérienne, accuse une impuissance presque complète, le 16 janvier 1884, depuis deux mois et demi environ. Le même état s'est produit en ISSI pendant un mois, et sa santé s'améliorant avec ses forces, il était redevenu plus viril que jamais, lorsque cette impuissance s'est de nouveau manifestée avec sa femme. Il a cependant des érections nocturnes qui, provoquant l'urination, tombent aussitôt. Peu de désirs sexuels, malgré l'abondance du sperme et la force de réjaculation.

Cette préoccupation de ses organes génitaux et de leur fonctionnement, chez un homme dans la force de l'âge, n'indique-t-elle pas une manie hypocondriaque sur ce sujet? Une querelle de ménage suffit à amener cette faiblesse génitale chez un déséquilibré. Il n'en parle pas, ni de ses excès antérieurs. La stérilité de son ménage est une autre probabilité de cet état mental. De là les suspensions accidentelles de sa virilité, tenant plus au trouble de son cerveau qu'à l'impuissance de ses organes. Le moral paralyse le physique. Il n'y a pas d'autre raison de ces anomalies fonctionnelles passagères.

Beaucoup d'hommes, jeunes encore, célibataires ou mariés, sont ainsi frappés d'impuissance prématurée, sans aucune lésion apparente pouvant la délcr-

miner. Pères de famille authentiques y sont exposés comme les stériles en étant nerveux et émotifs. Leurs excès antérieurs les y prédisposent, comme leurs frasques et leurs fraudes actuelles. L'anaphrodisie n'est pas à invoquer, lorsqu'ils demandent secours contre leur faiblesse en vue d'un mariage à conclure ou pour témoigner de leur amour conjugal. La neurasthénie s'établit ainsi par élimination dans le cas suivant:

91. Parisien de trente-neuf ans, bilioso-nerveux, marié, avec trois enfants vivants. Adolescent, il s'est masturbé avec excès et a été la proie, de quinze à vingtdeux ans, de pollutions nocturnes incoercibles, ayant produit des effets incomplètement effacés sur sa santé physique et intellectuelle, quoique parfaitement constitué, brun et le système pileux très développé. Exempt de tonte affection vénérienne.

Tout en pouvant accomplir le coït, l'érection est assez lente et Téjaculation trop rapide, l'obligeant à se fatiguer ensuite pour amener le spasme chez sa compagne, par la mollesse de la verge. En l'absence de sa femme, il lui est impossible d'entrer en érection avec d'autres, quoi qu'elles lui plaisent beaucoup; la verge se rétracte et un sentiment de congestion se manifeste au cervelet. L'éjaculation, précédée du fluide prostatique au contact médiat, a lieu sur les parties sexuelles. Seul au lit, au contraire, il a de vigoureuses érections, même sans volonté ni désirs, tandis que la vue et la convoitise d'une femme dans le jour amènent la rétraction et le rapetissement de la verge.

L'action des variations barométriques sur ces effets rend la neurasthénie manifeste, bien que les abus antérieurs et actuels aient la plus grande part sur l'éjaculation hâtive. D'où la prescription d'une continence hygiénique exclusivement conjugale, la privation d'excitants et d'excitations, avec un traitement topique astringent.

De là l'extrême difficulté de distinguer les anoma-

lies fonctionnelles résultant ainsi de causes multiples. Leur caractère uniforme de névrose les relie si intimement entre elles, qu'elles se confondent au premier abord. Leur siège précis ne pouvant être fixé ici ou là dans les lésions ou altérations nerveuses, l'analyse seule de leurs manifestations fonctionnelles, dans les rapports sexuels, permet d'en saisir la cause. Simples ou compliquées, elles ont toujours lieu, de préférence, dans un temps quelconque de l'acte vénérien. On peut ainsi préjuger si les altérations nerveuses sont locales ou générales et remonter par là aux causes qui peuvent les provoquer et les entretenir. C'est la meilleure indication du traitement à instituer pour les faire disparaître.

92. Un magistrat de l'Aisne, d'une quarantaine d'années, aussi distingué de manières que d'aspect, grand, fort et frais, se plaint d'une faiblesse croissante de ses érections. Marié jeune à une femme qu'il aime, il n'a pu avoir d'enfants par suite d'un déplacement de l'utérus l'ayant obligé, sur l'avis d'un éminent gynécologiste parisien, de coïter a rétro. Telle serait, d'après lui, la cause active de son impuissance anticipée.

— Est-ce que la copulation normale est impossible, douloureuse?

— Nullement.

— Vos échecs, vos faillites se produisent ainsi ?

— Oui.

— N'est-ce qu'avec votre femme?

— Non, c'est surtout avec une jeune fille que je ne veux pas exposer au déshonneur, ni pour elle ni pour moi.

— Vous fraudez alors?

— Oui, depuis plusieurs années.

— Avez-vous eu de ces faillites accidentelles avant yolre mariage?

— plusieurs ibis,.

NEURASTH ÉNIE.

— Quels sont, les excès et les maladies vénériennes?

— Absolument nuls.

La flaccidité des organes démontrait un exercice actif et cependant il obtenait encore à volonté, par leur exhibition, une érection imparfaite.

Les fraudes étaient ainsi le.s seules causes appréciables de cette faiblesse génitale. Cesser ces relations ou les rendre complètes fut ma prescription, avec un traitement stimulant externe : douches, frictions, embrocations locales stimulantes et aphrodisiaques.

93. En janvier 1883, un ingénieur de trente-trois ans arrivait du fond de la Russie pour le même sujet. Ses défaillances croissantes avec sa jeune femme qu'il aime par-dessus tout, et dont il a quatre beaux enfants, l'inquiétaient. Après l'avoir interrogé sur tous les antécédents pouvant y donner lieu, il ne trouvait à incriminer qu'une certaine exaltation cérébrale et une pudeur exagérée. Lecture faite de l'ordonnance lui prescrivant, comme au précédent, des stimulants locaux et surtout certaines privautés maritales, il avoua en pâlissant qu'il trichait depuis longtemps pour mettre fin à sa progéniture. Sa femme, très délicate, avait été en si grand danger, dans son dernier accouchement, que le médecin lui avait recommandé de ne pas avoir d'autre enfant.

C'était le mot de l'énigme. Je n'eus qu'à assurer qu'il trouverait la guérison en délaissant absolument ces pratiques énervantes pour un coït régulier avec tous ses apprêts voulus et nécessaires de part et d'autre.

Tels sont les effets déplorables de l'onanisme conjugal, déjà démontrés par d'autres faits, chez l'homme et chez la femme, dans Y Onanisme sous toutes ses (ormes. 11 faut descendre, en ce sujet délicat, dans

les détails les plus intimes pour avoir l'énigme. Toute la vérité n'est pas de trop pour s'orienter dans ce dédale labyrinthique de causes occultes, cachées.

94. Un Hollandais se présentait ainsi simultanément pour la même cause. Grand, fluet et maigre, il était âgé de trente-sept ans et père de sept enfants, dont trois étaient morts. Aucune cause de la flaccidité de ses organes ne pouvait être relevée, sinon l'état mal équilibré de son cerveau l'ayant fait venir exprès ; c'était démontré encore par différents actes analogues de son histoire récente.

Ces troubles mentaux coïncident souvent avec la faiblesse génitale, l'atonie, même l'impuissance, et toutes les autres anomalies sexuelles. Ils étaient appréciables chez plus du quart de mes consultants. Le tempérament génital, erotique, lubrique y prédispose aussi. Aucune passion ne retentit plus sur le cerveau que les débauches génésiaques, quelle qu'en soit la forme. Tous les troubles de l'intelligence peuvent ainsi en résulter, d'après l'exemple de l'enfant, adonné à la masturbation, perdant l aptitude à étudier.

D'où la distinction essentielle à faire entre les troubles psychiques primitifs et les secondaires à des abus ou des privations vénériennes. L'anaphrodisie les provoque comme l'abstinence forcée. Il ne s'agit donc pas d'en faire la cause de toutes les anomalies sexuelles coïncidentes; souvent, au contraire, ils ne sont qu'un effet concomitant d'autres dépravations antérieures. Mais un fait reste définitivement acquis : l'état nerveux de la plupart des sujets, jeunes et vieux, qui les présentent. Aux exemples précé-

NEURASTH ÉNIE.

dents, en voici d'autres, chez des hommes âgés, à l'appui de cette assertion.

Genève, 13 décembre 1885.

95. Un homme de soixante et un ans, d'un tempérament nervoso-sanguin, ayant dix ans de service en Afrique, avec lièvre typhoïde, dysenterie et insolation légère, marié et père de famille depuis vingt-huit ans, n'a jamais pu avoir, pendant quarante ans, une émission spermalique naturelle et nécessaire sans en souffrir. Jeune, il a commis des excès vénériens naturels, sous l'action du soleil et du sirocco, sans maladie locale ni syphilis. Depuis 1846, il est atteint des crises suivantes sans syncope, trois ou quatre jours après s'être livré au coït: douleurs lancinantes avec constriclion et chaleur dans la profondeur du cerveau, de la nuque au front, accompagnées de légers vertiges. Nulles la nuit, elles durent cinq à dix jours plus ou moins, avec hésitation de la parole, idées bizarres et insomnie. On les a localisées dans la moelle allongée. Les ventouses scarifiées, la glace et les vésicaloires loco dolenll, n'ont pas eu plus de résultat que les diverses préparations de valériane, jusquiame, véralrine et opium, intus et extra, ni les bromures. Hydrothérapie contraire.

Des maux de tète chroniques règneut dans l'intervalle de ces crises, prévenues par la continence. En l'essayant, des pollutions nocturnes involontaires en sont résultées, retentissant sur le cerveau le lendemain matin. Fort, actif et vigoureux, ce malade est encore en proie à des effervescences de sang qui, en provoquant des congestions de la face, y déterminent des picotements et le poussent invinciblement au coït. Un régime sobre lui a permis de le restreindre à deux fois par mois, mais il demande si l'usage de quelques anaphrodisiaques lui permettraient, sans aucun danger une continence absolue.

Janvier 1884.

96. La névrose, indéniable ici comme cause de tous les accidents, était aussi évidente chez un journaliste de

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Maine-et-Loire, âgé dé cinquante-cinq ans. 11 est occupé quinze heures par jour et sujet à de fréquentes migraines, malgré une vie sobre et réglée. Depuis cinq ans, sa virilité est décroissante au point de n'avoir plus d'éreclious, même dans les occasions les plus favorables pour les produire ; vingt coïts à peine ont eu lieu chaque année et , en plusieurs circonstances, il s'est trouvé impuissant avec les femmes les plus attrayantes et désirées. Au moindre attouchemenl, l'érection se produit immédiatement pour tomber aussitôt. Un tremblement nerveux y succède empêchant toute initiative. Des érections matinales entre cinq à six heures ont néanmoins lieu régulièrement.

Le début de cette faiblesse génitale a coïncidé avec la privation de son épouse, placée dans une maison de santé, et le redoublement de travail nécessité par cette séparation. Deux fils, forts et vigoureux, témoignent l'absence de toute hérédité. Cependant il a des vertiges depuis le début et ne peut descendre un escalier ayant les mains embarrassées, ni se pencher au-dessus d"un pont pour voir l'eau couler.

La surexcitation des centres nerveux ainsi démontrée comme la cause de cette faiblesse génitale — des érections spontanées se produisant au repos — l'indication des sédatifs et des révulsifs était manifeste, contrairement aux stimulants et aux aphrodisiaques réclamés. Au lieu de rechercher de nouvelles femmes pour l'exciter plus favorablement, j'ai conseillé de s'en tenir à. une seule pour remplacer la sienne dans un coït hygiénique, quand le besoin s'en ferait sentir. Plus exigeant, ce serait du priapisme morbide, toujours dangereux à satisfaire et à provoquer quand on n'est plus jeune, et pouvant annoncer une grave affection nerveuse.

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