Le même cas s'est présenté le o novembre
chez un journaliste parisien, âgé de quaranle-huit ans. Marie jeune, il n'a jamais l'ait d'abus ni excès, en s'en tenant à sa femme, sauf dans trois ou quatre infidélités passagères. Il s'est plutôt ménagé, dit-il. Son mariage est resté absolument stérile. Excessivement nerveux, cet homme fait son odyssée génitale avec une telle volubilité qu'il n'y a qu'à l'écouter.
Sa femme est devenue si puissante et lourde avec l'âge, quoique vaquant encore à son ménage, que c'est une affaire pour elle de se préparer maintenant à... l'acte conjugal, quand il est disposé à l'accomplir. Dès lors, l'érection tombe entre temps, avant qu'elle ne soit prête, et il devient ainsi de plus en plus impuissant... avec elle.
— Encore svelte et dégagé, vous avez dû cependant, monsieur, vous habituer graduellement à cette incommodité et ce n'est pas là une cause de la chute rapide de l'érection. 11 doit y en avoir d'autres.
— Je n'en connais pas, à moins d'admettre une récente intrigue, avec une femme de chambre, commencée il y a six mois, et qui m'a fort énervé par la dilïicullé de nos relations, la crainte qu'elles ne fussent découvertes et l'empire que cette fille exerçait sur moi. Elles sont heureusement rompues par son renvoi.
— Précisément, monsieur, vous en subissez le contrecoup par la dépression consécutive du système nerveux et la comparaison résultant de la lenteur d'une vieille femme et l'empressement d'une fille galante. Faites usage de la poudre de valériane en cachets avec une cure de douches simultanément et vous retrouverez plus sûrement ainsi votre virilité habituelle dans le lit conjugal qu'au dehors.
Ces troubles nerveux de dépression et de surexcitation sur les fonctions génitales ne sont pas rares chez les deux sexes. Sans se manifester par des phénomènes d'hystérie accentués, surtout chez l'homme, la neurasthénie sexuelle produit des névroses géni taies qui ne peuvent être rapporlées qu'à celte cause
et traitées en conséquence. D'où l'erreur et le danger de combattre uniformément les anomalies fonctionnelles par des aphrodisiaques.
Entre la neurasthénie et l'irritation de la moelle épinière pouvant la provoquer, de grandes différences existent. Celle-ci se manifeste par des douleurs locales des nerfs et leur inflammation troublant ou empêchant le fonctionnement des organes. Au contraire, il n'y a pas douleur dans la première produisant le même effet : l'anesthésie ou l'hyperésthésie, l'impuissance ou le priapisme. De là les moyens diiîérents à employer. Mais l'action directe sur les organes atteints est toujours préférable aux remèdes internes. Elle est plus sûre et immédiate, en les inlroduisant par l'anus vers les organes cachés des voies séminales que tout autrement. Des révulsifs sur la colonne vertébrale réussissent également.
Ceux qui placent le siège des manifestations génésiques dans la moelle allongée, unissant le cerveau à la moelle épinière, appliquent ainsi leurs remèdes à la nuque, c'est-à-dire en arrière et en bas du crâne. Admettant que la névrosthénie spinale et les pertes séminales sont produites par la congestion de celte partie, Harkin a employé localement des ventouses scarifiées suivies de douches et a ainsi guéri trois malades. D'autres ont aussi appliqué avec succès, dans cet endroit, le pôle positif de l'appareil électrique contre le défaut d'érection. Un juu<' aussi bien plus sûrement de l'action des remèdes qu'en les administrant par l'estomac.
DE LA COPULATION. 239 Anomalies de la Copulation. Dans cette fonction à deux, rendue si voluptueuse dans la généralité des cas en vue du but élevé et divin de la procréation, il se rencontre des exceptions plus nombreuses que dans toutes les autres. La sensation si délectable de l'amour peut être altérée, diminuée, nulle, et même remplacée par la douleur, sans maladie de part ni d'autre. Les anomalies physiques des organes qui y concourent, précédemment signalées, en sont les facteurs ordinaires. Il faut toujours y regarder de très près ; quand l'obstacle n'est pas apparent, il est souvent caché et c'est au médecin de le découvrir. C'est pourquoi tant de mariages restent des semaines et des mois sans se consommer, au grand mécontentement des intéressés. En voici un exemple rare.
98. En juin 1880, peu de temps après la publication du Mariage, un grand et beau garçon de vingt-cinq ans, bien découplé, ayant les allures dégagées d'un commis-voyageur et l'aisance de son emploi, se présentait seul pour savoir comment il n'avait pu consommer son mariage, contracté depuis quatre jours en Belgique avec une belle fille de vingt ans, bien réglée. Malgré des tentatives réciproques et persévérantes, jusqu'à déterminer de la rougeur et de la cuisson de part et d'autre, la verge en pleine érection' n'avait pu pénétrer dans aucune ouverture.
— 11 y en a une pourtant, puisque votre femme est réglée.
— Oui, je m'en suis assuré avec le doigt, selon votre conseil.
— Pourquoi n'avez-vous pas suivi cette voie? Votre femme n'est-ellc pas conformée comme les autres?
— Je ne sais, jamais je n'en ai vu ni touché ! C'était le mot de l'énigme. Retenus par une pudeur
exagérée, ees deux innocents, également novices, avaient omis de s'éclairer mutuellement et s'y étaient mal pris, comme l'indiquait la rougeur du frein. Le pénis s'était dirigé en haut, dans la position horizontale, tandis que l'ouverture cherchée était en bas, à l'endroit indiqué sur lui-même. Cette démonstration topographique lui valut un succès complet le soir même.
Le défaut d'érection, cause ordinaire de cet insuccès chez les nouveaux mariés, n'avait donc pas produit cet échec. Je m'en assurai en constatant que le prépuce manquait chez cet homme. Le gland, plus tôt plat et arrondi que conoïde, était toujours resté découvert et le frein était si court qu'en tirant sur le méat urinaire, celui-ci était invisible. Je le lis uriner devant moi pour m'assurer de la perméabilité du canal. De là les rares érections de ce beau gaillard et son état de virginité.
Le frottemenl du gland par les vêtements, en obnubilant sa sensibililé érogène, avait bien pu contribuer à cet échec persistant. La conformation de cet organe ne pouvait que nuire à l'intromission, surtout chez une lille vierge, n'en sachant pas plus que son conjoint. Leur noviciat en était donc la principale cause, comme, le démontre péremptoirement le cas suivant :
99. Un jeune homme de vingt-trois ans, élevé dans la maison de la rue des Postes, n'a jamais connu aucune femme, en vertu des principes religieux qu'il y a reçus; il est resté vierge, en se bornant à l'onanisme seul et avec les camarades en s'amusant, mais sans en avoir contracté l'habitude. Pour y échapper sûrement, il s'est marié il y a trois mois et, depuis lors — c'était le 27 lévrier 1888 — il n'a pu consommer son
Dlî LA COPULATION. 241
uniûu. L'examen ne décèle rien d'anormal et sa jeune femme, grande et forte, est bien réglée. Elle ne souffre nullement de ses attouchements ni de ses tentatives et, malgré ses érections, il n'a pu trouver une ouverture pour j pénétrer: il butte partout. Une sorte d'onanisme vulvairc a lieu entre eux sans éjaculation, amenant des pertes séminales consécutives. Impossible d'obtenir aucun renseignement sur l'existence de l'hymen ni du vagin.
L'examen de la femme était donc indispensable. Il le comprit et l'amena dès le lendemain matin. Grande et âgée de vingt-sept ans, elle n'offrit aucune difficulté au toucher debout; le vagin était perméable, sans aucune résistance. Avait-elle été déflorée par le mari ou par un autre? Ce n'était pas la question et je me bornai à faire comprendre à ce novice que sa maladresse et son ignorance étaient les seules causes de son insuccès.
De là le danger pour l'homme de ne pas s'essayer au coït avant de se marier. Son rôle actif et entreprenant dans cet acte lui impose presque le devoir d'en faire l'épreuve, sinon l'apprentissage. Contrairement à la jeune iille, il n'a aucun mérite à rester vierge; loin de là, c'est un danger, un péril où il est menacé d'échouer, d'après les deux faits précités.
Ce conseil paraîtra immoral aux prudes, inutile aux vicieux, et superflu au plus grand nombre. Il est absolument nécessaire ici, d'après ces exemples. Partageant l'erreur générale « que le propre de l'amour est de savoir sans avoir appris » , comme l'a dit Michelet, j'ai passé rapidement sur la copulation dans les premières éditions du Mariage et de la Génération. « Le mécanisme en est si simple et naturel, ai-je dit, qu'il est superflu de le décrire. H y a des deux parts tant de volupté dans cette réunion intime, secrète, et chacun trouve un attrait,
un plaisir si irrésistibles dans cette délicieuse étreinte, surtout pour ceux qui se sont choisis, aimés librement et qu'un mutuel amour réunit, que personne ne se trompe pour l'accomplir. » C'était une méprise dont l'expérience m'a montré la gravité. De là les additions faites dans les éditions suivantes à ce sujet.
Hcster vierge !... Le jeune garçon le voudrai l-il qu'il ne le peut guère : le prurit le tourmente et la révolte de ses organes lui indique assez l'usage qu'il en doit faire. Obligés, forcés même de s'en servir d'une manière quelconque pour les calmer momentanément, les plus simples, timorés, anaphrodites ou apathiques, qui auraient particulièrement besoin de cet apprentissage, sont les plus prédisposés à ne pas le faire et se livrent ainsi de préférence à la masturbation. La timidité, l'isolementdans la campagne y condamnent souvent, faute de mieux ; les plus vifs et intelligents dans les villes font de même, par dégoût et horreur de la prostituée, la crainte des maladies vénériennes ou Ir préjugé des principes religieux qu'ils onl reçus.
Que faire dès lors? C'est la question qui m'était récemment posée par un Anglo-l'arisien. Elle est assez originale et outrecuidante pour mériter sa publication presque intégrale et servir d'instruction à ceux qui partagent son erreur.
100. « Ne vous étonnez pas, monsieur, de la singularité de ma demande. J'ai dix-neuf ans. je suis grand, fort, très bien portant, prenant tic l'exercice, respirant un air pur et vivant bien. J'ai le désir de rester vierge le plus longtemps possible, jusqu'à mon mariage, peut-
êlre de vingt-quatre à vingt-cinq ans. J'ai la volonté suffisante pour y parvenir, car je suis raisonnable comme peu de jeunes gens. Seulement, je ne suis pas de bois et, .ivre ma santé exubérante, mes organes génitaux me tourmentent; du matin au soir, je suis en érection et une ou deux fois par semaine l'excitation est si grande que je ne puis résister au désir de me masturber; chose que je voudrais bien n'avoir jamais laite.
Puis-je continuer à le faire régulièrement une fois par semaine, pour calmer ce trop-plein d'ardeur et de santé qui me tourmente? J'ai essayé en vain de prendre beaucoup d'exercice, faisant dix lieues à pied par jour, de me coucher tard et mes organes sont aussi excités qu'en restant paresseusement étendu. Ne me parlez pas de moyens artificiels, bromures ou autres, pour calmer mes organes génitaux, comme l'ont l'ait vos confrères; je trouve que c'est un crime de détruire, les forces que la nature nous donne.
Ce qui me réussit le mieux est la fréquentation de jeunes filles, en bonne camaraderie et une sincère amitié. Malheureusement, les mœurs ne le permettent pas à Paris. Seconde question : Est-il bon ou mauvais pour ma santé exubérante de rester vierge jusqu'à mon mariage? Ce serait mon rêve de me dépuceler en dépucelant la femme à qui j'aurai fait l'immense honneur de garder pour elle ma dignité avec ma virginité, malgré les tentations innombrables qui sèment le cours de la vie du jeune homme riche à Paris.
De vains scrupules ont arrêté plusieurs de vos confrères pour me répondre franchement à ce sujet; je l'espère de l'auteur de l'Onanisme, afin de me permettre d'atteindre le but que je me propose. X. . .
l'oste restante, boulevard... N°... »
En renvoyant mon correspondant anonyme au Célibat pour avoir mon opinion, je reçus l'appendice suivant, accompagné comme sa lettre d'uu modeste mandat de dix francs. Manière habile, mais peu généreuse, d'obliger à une réponse quand même; les
gentlemen vous mettant quarante francs, au lieu de viogt qu'on leur demande, pour montrer leur satisfaction.
« En blâmant le célibat, monsieur, vous dites que la masturbation est désastreuse pour l'homme et vous lui conseillez le commerce des femmes. D'accord avec vous, aucun rapport n'est possible avec une prostituée ni permis avec une femme mariée. 11 ne reste donc que les jeunes filles et la société française ne permet pas aux jeunes gens de les avoir pour amies, comme cela a lieu partout, en Angleterre et aux États-Unis, où ils vont se promener ensemble à pied, en canot, en voiture, sans que rien d'inconvenant se passe entre eux. On a si peur des garçons ici que l'on craint qu'ils ne se jettent sur elles comme des bêtes fauves, dès qu'ils sont seuls ensemble. On les tient ainsi à l'écart. Je ne puis parler à des cousines que d'un bout de la pièce à l'autre, sans jamais pouvoir le faire en têle à tète. Comment donc concilier la morale avec les exigences du corps ? Je ne veux pas de femmes galantes qui ne songent qu'à votre bourse! Que faire donc, pendant les cinq à six années de mon célibat?
Réponse :
1° Travailler activement de corps et d'esprit; s'appliquer assidûment aux lettres, sciences ou arts, dans un laboratoire, un atelier ou un magasin. Et le reste du temps, marchez, sautez, dansez et, avec un régime sobre, vos organes seront plus tranquilles et vous dormirez mieux. S'ils vous tourmentent, ne cédez qu'à la dernière ' extrémité, en vous rapprochant de celle qui peut seule les satisfaire, en la cherchant et La choisissant scion vos goûts et vos idées ; mais il faut recourir à elle seule absolument.
2° A cet effet, si les mœurs françaises des réunions publiques et privées, pour les plaisirs de la jeunesse, les promenades et les entretiens en société où les deux, sexes se rencontrent, se connaissent et apprennent mutuellement à s'aimer, ne vous conviennent pas, il faut retourner dans votre pays. Le tempérament français ne permet pas cette camaraderie intime entre les deux sexes. A votre âge. vos organes, si exigeants ici, en seront-ils paralysés au delà de la Manche? Cet isolement sans danger n'est possible qu'entre jeunes gens froids, asexués, eunuques. Et encore...
Fausse pruderie, monsieur, bien dangereuse à votre âge. Vous repoussez les anaphrodisiaques, les calmants, même par un travail assidu, dur, fatigant, et voire dignité vous fait mépriser la prostituée, la femme galante ou facile, une maîtresse, pour garder votre virginité. Quelle virginité ! Salie, viciée par la masturbation ; votre prétendue raison est plus que de l'originalité, c'est de l'insanité. Vous préférez cette manière dégoûtante de vous exonérer, parce que vous y êtes adonné; l'habitude viendra bientôt par l'excitation croissante de vos organes, et il est si simple et facile d'en abuser que votre esprit, votre imagination en deviendront esclaves. Le mariage n'aura plus raison d'être, ni attrait, ni besoin, et le célibat se prolongera ainsi sans limite. La femme, en ne la connaissant pas lorsqu'on est jeune, devient indifférente en vieillissant et si vous êtes forcé de l'épouser par formalisme, vous serez impuissant ou anaplirodite près d'elle, Telles sont les
Vu
suites inévitables de la masturbation choisie, adoptée après la puberté et la nubilité, de préférence à la femme.
Beaucoup de jeunes gens font sans doute le même raisonnement in petto, mais sans avoir l'outrecuidance de l'avouer. Un Parisien de vingt-deux ans, adonna avec excès à la masturbation depuis l'âge de quinze ans, n'avait jamais eu de rapports sexuels, malgré son volontariat. « La crainte des maladies vénériennes, m'écrit-il, m'a toujours éloigné des femmes et je dois dire que je considérais la masturbation comme moins dangereuse que le coït. Vos ouvrages attestant le contraire, je me permets de vous demander des conseils. » L'Observation 36 a montré combien ils étaient nécessaires.
Le danger de cette exonération personnelle, manuelle ou artificielle, est précisément de rendre le célibat plus supportable et de le prolonger à volonté, quand une autre cause, commerce, industrie, n'oblige pas à y mettre fin. Il persiste souvent ainsi de longues années, sans aucune préméditation ni rapport sexuel. La copulation est souvent impossible, par défaut d'érecLion, cbez les masturbateurs habituels, quand ils veulent s'y livrer. Une sorte d'onanisme in ter-sexuel s'établit ainsi, d'après les Observations 20, 42, 444 et 149. Son iniluence nocive à la longue sur les fonctions génératrices est donc manifeste. L'érection, toujours provoquée artiliciellcniiMil, s'altère et l'anaphrodisie des deux sexes peut même en résulter, comme les preuves en sont données aux Anomalies de l'érection. Des perversions de l'instinct
sexuel se cachent ainsi souvent dans un célibat indéfini.
Il s'ensuit qu'en se mariant plus ou moins tardivement, ces soi-disant hommes-vierges sont parfois impuissants à déflorer leurs femmes, pour peu que celles-ci soient froides et indifférentes comme eux. Les résultats les plus désastreux peuvent s'ensuivre. Exemple :
101. Deux époux de la campagne, mariés à vingtneuf ans, et en ayant quarante-quatre, sans progéniture, conçoivent le projet hardi de venir à Paris pour obtenir un héritier par la fécondation artificielle. Le mari grisonnant, malin et riche cultivateur de village, arrive seul de grand matin pour consulter à ce sujet. Voici son récit :
Sa femme était si étroite en l'épousant qu'il ne put la déflorer, même avec le doigt. Toutes les positions furent vainement essayées pour franchir l'ouverture, le jour aussi bien que la nuit. Il acheta alors un petit spéculum Cusco pour l'élargir, en l'appliquant lui-même, sans pouvoir l'introduire par la douleur produite, la crainte de déchirer les parties et de faire du mal. Il allait doucement, avec précaution. Arrivé graduellement plus profondément, à l'aide de la cocaïne, il put enfin faire pénétrer la verge.
Ses tentatives infructueuses ne durèrent ici ni trois jours, ni trois mois, ni trois ans, elles se prolongèrent quatorze années consécutives ! Depuis un an seulement, l'intromission était complète, le spéculum lui ayant frayé la voie. Jusque-là, il n'y avait qu'un coït purement vulvaire et lé plus souvent sans éjaculation, les pertes séminales ayant lieu ensuite passivement.
Depuis un an que le coït s'accomplit régulièrement et que la femme en éprouve des sensations voluptueuses jusqu'à mordre, dit-il, les règles ont cessé une fois. On crut dès lors à .une grossesse, quoique la femme n'en ait offert aucun signe. A l'époque suivante, hémorragie avec caillots. La sage-femme requise constate une dé-
viation du. col en arrière et à droite. La fécondation étant impossible dans ces conditions, notre malin jugea prudent et sage de soumettre sa femme à l'opération artificielle pendant qu'elle était encore réglée. Il l'avait amenée, à cel effet, aussitôt après sa dernière époque, en vue d'obtenir plus sûrement le succès.
Cette longue et trop savante disquisition, dont les points principaux seuls sont précisés, suffisait bien à éclairer sur l'état cérébral de cet homme, sans rien apprendre de son état génital. La cause réelle de son attente incroyablement prolongée restait inconnue.
— Quel était l'obstacle qui vous arrêta si longtemps ?
— Une étroitesse infranchissable résistant au petit doigt même.
— Avez-vous constaté la présence de l'hymen et i'avez-vous rompu, déchiré?
— Je l'ignore, tout en y ayant regardé souvent et avec attention.
— Votre femme accusait-elle de vives douleurs, analogues à celles du vaginisme, par vos attouchements et vos tentatives?
— Non.
— En vous mariant si tard, votre expérience des femmes a dû vous permettre d'en juger par comparaison ?
— Il tourna la tête. Nullement, j'étais resté vierge.
— Comment vous exonériez-vous, alors?
— Par la masturbation sans excès et les pollutions nocturnes.
— Et pendant vos quatorze années de stage, n'avezvous pas fait d'infidélités à madame ?
— Jamais, l'onanisme extérieur suffisait à me satisfaire.
A l'examen, le gland en massue, aplati et plus volumineux que le corps du pénis, décelait l'abus de la masturbation ; testicules pendant très bas dans un scrotum mou, flasque et très dilaté. C'en était assez pour admettre que l'obstacle à l'intromission venait autant du mari que de la femme, malgré toutes ses protestations.
IVfadarne se présente Je lendemain d'une manière
simple et distinguée, l'air attristé, répondant avec précision aux questions. C'est une femme grande, maigre, sèche, déjà ridée et portant bien son âge. De quatorze à quinze ans, elle a été prise des pâles couleurs en pension et obligée de rentrer dans sa famille à la campagne. Les règles ont apparu tardivement et se sont régularisées seulement à dix-neuf ans. Elles n'ont jamais cessé depuis, en petite quantité et sans douleurs, durant trois jours, sans fïueurs blanches. L'hémorragie récente est le seul incident. Pas de maladie, quoique souffrant un peu de l'estomac.
L'examen montre l'arcade pubienne manifestement rétrécic. Un spéculum plein, de volume moyen, pénètre sans difficulté ni douleur, quoique le pubis soit très bas et saillant. C'était le seul obstacle appréciable à l'entrée du gland obtu et mou de ce mari novice , ignorant et timide. Plus hardi et habile avec un organe normal, dur et insinuant, il aurait pénétré du premier coup en portant sur la fourchette ; tandis qu'il lui fallut quatorze ans d'essais avec le doigt et le spéculum pour le franchir. Un col virginal très effacé se présenta parfaitement placé, avec un peu de mucus blanc au centre. Lèvres à peine marquées, ne ressemblant nullement au museau de tanche; une sonde moyenne, introduite dans l'ouverture externe, ne put franchir l'orifice interne, malgré ses tentatives répétées.
L'introduction artificielle du sperme étant impossible, il n'y avait pas lieu d'en examiner la valeur au microscope ni autrement. La fécondation artificielle était d'ailleurs bien chanceuse en de telles conditions et ne paraissait nullement indiquée, le col étant parfaitement placé. Je conseillai donc aux époux de chercher à la réaliser plus sûrement eux mêmes, la perméabilité du col étant démontrée par l'écoulement des règles et du mucus. Pour neutraliser l'acidité de celui-ci je prescrivis seulement des injections alcalines avec l'eau de Vichy et un peu plus
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d'ardeur dans leurs rapports pendant un séjour à la mer.
A juger par cet exemple de beaucoup de mariages slériles; il est bien permis d'admettre que cette cause n'est pas absolument unique. L'incontinence d'urine, traitée par le docteur Latour (d'Orléans) chez une femme stérile, par suite des tentatives réitérées du mari pour la rendre féconde par le canal de l'urètre, montre à quelles erreurs de lieu l'ignorance conduit. (La Génération universelle, page 282.) Dans un cas de stérilité après quatre ans de mariage, j'ai constaté récemment une vaste fausse route faite par le mari au-dessus de l'utérus, la fourchette de la femme étant très élevée. Il avait mis huit jours à la déflorer. Le col était placé au-dessous et très abaissé. (Observa/ion 20.)
Que ces maris simples, apathiques, rencontrent une femme comme eux, vierge et pudique, qui ne les guide pas, et ils ne savent comment s'y prendre, ne connaissant ni le siège ni la direction du vagin. Ils labourent ainsi la vulve dans tous les sens, sans en trouver l'ouverture, en dirigeant de préférence le pénis en haut. D'aucuns ont même la pruderie de ne pas s'aider du toucher. Un véritable onanisme vulvaire s'établit ainsi pendant des mois et des années; des pertes séminales s'ensuivent chez l'homme, souvent l'anémie, l'hystérie chez la femme, surtouL lorsque les érections sont imparfaites et courtes. Tout cela pour avoir voulu conserver sa virginité et s'être livré à la masturbation, comme le sujet de l'Observation 100.
II n'y a donc ni avantage ni mérite pour les garçons à rester vierges; contrairement aux filles, ils n'ont à en retirer que des inconvénients et des dangers. La conformation différente des organes et leur rôle oppose l'indiquent suffisamment. Aucun caractère positif ne peut convaincre l'homme d'avoir perdu cette virginité, tandis que la rupture de l'hymen, l'existence des caroncules myrtil'ormes en sout des signes irrécusables chez les filles. Le poids et la peine qu'ils éprouvent à la supporter sont les plus sûrs commandements et le meilleur signe qu'ils n'ont pas à s'y astreindre. En les obligeant à se servir de leurs organes d'une manière quelconque, le mieux est de suivre l'instinct naturel, à l'exemple des animaux placés sous leurs yeux. La virginité est ainsi un vain mot, à moins de se marier légalement dès sa majorité comme l'orphelin. {Observation fS.) Encore plusieurs ne peuvent l'attendre passivement. Les dangers relatés chez ceux qui font autrement doivent mettre en garde pour ne pas les encourir.
Les excès, les abus ou les fraudes de ces mêmes organes, dans leur fonctionnement régulier et réciproque, n'altèrent pas moins cette fonction. C'est là qu'il faut en chercher les principales anomalies. Iles causes morales , nerveuses, occultes, invisibles s'y joignent sans doute parfois. Elles seront signalées comme adjuvantes, chaque fois qu'elles s'imposent uu diagnostic ; la lésion physique, quand elle existe, méritant toujours de figurer en première ligne.