‹ Anomalies sexuelles apparentes et cachées [electronic resource]Chapitre 23 sur 114 · A N 0 M A I. [ES S E X L E I. L E S · texte numérisé non relu

A N 0 M A I. [ES S E X L E I. L E S

Impuissance du soir. Des hommes adultes, encore jeunes et en parfaite santé, se plaignent de ne pouvoir exercer le coït, dans les rapports journaliers du mariage, à un moment donné, lixe, invariable, périodique, tandis qu'il est absolument normal en dehors de cette heure. Toutes les conditions restant identiques, on ne s'explique pas cette dilïérence.

Il ne s'agit, en effet, ni de cette impuissance momentanée, causée chez certains hommes par l'usage, sinon l'abus du thé, du calé, de l'alcool, bitter, absinthe, de la bière ou de certains aliments, parfois même une soirée au théâtre ou au concert ; ni de la froideur de quelques femmes à l'approche ou à la fin des règles, au moment de la conception ou les premiers temps de la grossesse. Sans se manifester ouvertement, cette frigidité est remarquée par les maris attentifs qui la respectent. Ils prévoient ce qui va arriver, ne serait-ce qu'à l'odeur de l'haleine, et s'abstiennent; mais une cause si naturelle ne suffirait pas à justifier la périodicité de leur impuissance intermittente.

Cette iucapacité momentanée — en se manifestant à quelques heures d'intervalle et par intermittences régulières avec la même femme — n'est évidemment ni de l'anaphrodisie ni de l'impuissance : mais l'homme jouissanlde l'heureux privilège de faire l'amour en tout temps, elle constitue une véritable anomalie. Si, d'après l'avis du médecin de Jeanne : plus plaisant est le soir et le malin plus duisanl!... pour la santé (Génération universelle, 3e édition, page 287), il y a doue anomalie périodique, dès que

de précepte ne peut être suivi à l'un de ces moments.

102. Plusieurs, il est vrai, s'y livrent encore le jour, à l'occasion. Un dentiste de quarante-six ans, remarié à une jeune femme, faisait ainsi régulièrement depuis deux ans « un voyage supplémentaire à Cythère, au milieu du jour. » Gardez-vous bien de continuer, répondis-je à sa demande s'il y avait du danger; ce jeu-là convient aux jeunes gens seuls.

L'homme se trouvant régulièrement impuissant, d'une manière absolue, au moment le plus propice, est donc frappé d'anomalie intermittente, périodique. Dès qu'il n'est pas atteint autrement dans sa virilité, il y fait peu d'attention et regarde cette bizarrerie comme un effet de l'habitude. On ne s'en est ainsi jamais occupé. Voici des preuves qu'elle est plus grave et mérite de fixer l'attention.

Elle se rencontre surtout chez les hommes nerveux et très impressionnables, les érotomanes ayant abusé de la masturbation, des fraudes et des tricheries sexuelles. C'est une névrose plus morale que physique et dépendant surtout de l'imagination. Parfois, elle coïncide avec d'autres anomalies apparentes dont elle paraît la conséquence. Telle est la sensibilité pervertie du pénis, du gland surtout, par tous les abus de la succion, les érections avortées, la masturbation prolongée, le coït debout, des testicules mous, petits, le varicocèle. Les efféminés, alcooliques, fumeurs et les déprimés y sont aussi prédisposés. En voici les exemples les plus saillants.

103. Une jeune ouvrière mariée, ayant un enfant unique de trois ans, était atteinte d'un engorgement dur

du col de la matrice vers 18oo. Jouissant d'ailleurs d'une sanle parfaite, je m'informai prés de son mari, rentrant souvent gris, si des excès vénériens commis dans cet état n'en étaient pas la cause.

— Jamais, dit-il; je caresse plutôt la bouteille que ma femme le soir, et n'ai de rapports avec elle que le matin, par la raison que j'en ai toujours été incapable en me couchant.

Tout en notant cette curieuse anomalie, elle ne fixa pas mon attention. Je m'assurai de sa persistance, à plusieurs reprises, comme médecin de la famille. Cet homme, grand, fort et robuste, est mort en 1879 d'une affection interne dont le diagnostic n'a pu être établi, malgré une consultation de Gubler. Il laissait un fils unique dont le mariage est resté stérile depuis dix à douze ans !

104. Cette anomalie ne se trouve signalée nulle part et paraît d'autant plus rare qu'elle passe ordinairement inaperçue. Elle m'a été confirmée, il y a deux ans, par un consultant, grand et bel homme brun, d'une trentaine d'années, marié depuis deux ans, et qui venait prudemment seul s'informer des causes possibles de la stérilité de son union, malgré le parfait amour qui y présidait. L'épouse s'en inquiétait, et avant de la soumettre à un examen, il tenait à montrer qu'il était d'une santé parfaite, sans aucune tare syphilitique. Deux écoulements blennorrhagiques, compliqués d'orchite, avaient seulement terni sa jeunesse, et en en constatant les traces par une induration épididymaire au-dessus d« chaque lesLicule, je lui dénonçai cette cause évidente de stérilité.

Ces deux petits durillons? reprit-il dédaigneusement, ils ne m'empêchent nullement de remplir mes fonctions, et, sans être un Hercule, je m'en acquitte très bien chaque matin.

— Dites alors soir et matin?

— Non, ce n'est pas mon habitude : je me couche et

m'endors sans y penser; les désirs se manifestent seulement en m éveillant.

— C'est contre la règle générale, monsieur, et celle du soir me parait plus physiologique et favorable à la fécondation.

En lui donnant les raisons pour et contre cette règle du soir, signalées dans la Génération universelle, il me confirma très expressément qu'il avait toujours été un homme du matin et n'y avait contrevenu forcément que dans sa prime jeunesse, en ne pouvant faire autrement. « Depuis quelques semaines seulement, je m'en sens fatigué, incommodé en me levant, ajouta-t-ii, par des maux de reins, des douleurs de tête qui m'obligent parfois à rester au lit. »

Sans être absolument démonstratives de la névrose génitale intermittente, ces deux observations sont remarquables. La troisième, en leur donnant une importance décisive, justifie leur relation.

105. En janvier 1888, un monsieur se présente à ma consultation, et, dès qu'il m'aperçoit, se trouble et dit d'un air effaré s'être trompé ; il se retire aussitôt sans parler de ce qui l'amenait. Huit à dix jours après, une carte-télégramme m'appelait à huit heures du soir rue Bellel'ond. C'était une dame seule, de trente-six ans, me rappelant aussitôt les circonstances étranges de la visite précédente et l'expliquant ainsi : « C'est mon amant; homme de quarante-six ans, architecte métreur, veuf avec trois enfants et sa mère. 11 allait vous consulter sur un état singulier d'impuissance qui nous préoccupe et nous afflige. En vous voyant, il fut pris d'un trac subit qui lui ôta sa présence d'esprit et la parole ; il refuse absolument de s'exposer de nouveau à pareil accident et m'a chargée d'avoir votre avis à ce sujet.

Ses occupations, très actives et exigeantes, l'obligent

à être dehors de très grand matin jusqu'au soir tard. Il rentre ainsi dans sa famille pour dîner et vient ordinairement passer sa soirée ici, au lieu du cale, de neuf à dix heures jusqu'à onze ou minuit. De quelque manière que nous nous y prenions, et malgré tout notre désir réciproque, il est incapable d'accomplir le coït ni au lit ni sur le canapé, dans quelque position que ce soit. Obligé de rentrer dans sa l'amille, il s'en va ainsi constamment... bredouille, depuis dix-huit mois que durent nos relations.

Découche- t-il par hasard ou par nécessité? ce qui lui arrive rarement, il est très viril en s'éveillant et accomplit parfaitement le matin ce qu'il n'a pu faire le soir. Sa famille étant à la campagne l'été dernier, nous couchions ensemble, ici ou chez lui tous les jours, samedi et dimanche exceptés, et chaque matin, il se montrait aussi viril qu'il était impuissant le soir. Cette anomalie existait pendant son mariage et il l'attribue à ce qu'il a exercé le coït debout étant jeune avec une femme mariée qu'il ne pouvait voir autrement dans le jour. »

L'impuissance intermittente existe donc bien réellement; elle ne peut être mise en doute dans ce cas par une perturbation périodique du système nerveux. C'est une névrose intermittente, comme dans le cas de ces hommes restant absolument impuissants, à diverses reprises, avec la femme qu'ils convoitent le plus; tandis qu'ils se retrouvent virils, un moment après, avec celle qu'ils recherchent le moins, souvent parce qu'elle leur est acquise. D autres, au contraire, impuissants ou paresseux avec leurs femmes, ne le sont nullement avec leurs femmes... de chambre. (Observation 97.)

106. Le sujet de YObscrvaUon HO, encore jeune, rencontre une blanchisseuse lui plaisant beaucoup. Il lui demande un rendez-vous qui est accordé pour le len-

demain, son mari étant absent. Quoique placé dans les conditions les plus favorables, il resle impuissant et le mémo insuccès arrive deux jours après dans une seconde entrevue. Il vient dès lors me demander un aphrodisiaque en me racontant son aventure.

— Ètes-vous donc également impuissant avec votre femme?

— Au contraire, j'ai parfaitement rempli mon devoir chaque soir de ces entrevues frustres dont j'étais très excité.

— Ne vous tourmentez pas de ces faillites. Gardez votre sang-froid à la prochaine entrevue; prenez un bain frais auparavant pour vous calmer. Ce sera le meilleur aphrodisiaque.

Il est très probable que d'autres faits analogues existent et restent inconnus par l'état névropaltiique des sujets. N'est-il pas rendu évident ici par l'acte insensé de cet homme perdant son sang-froid au moment de raconter son histoire et chargeant sa maîtresse de le faire à sa place? Je me suis tristement convaincu que cette névrose s'accroîtra fatalement dans la compagnie d'une hystérique aussi moralement pervertie.

Cette impuissance passagère du soir peut résulter artificiellement chez les hommes adonnés aux travaux de l'esprit qui, pour lutter contre le sommeil et prolonger leurs veillées laborieuses, absorbent des quantités considérables de café. Suivant l'illustre Trousseau, aucun anaphrodisiaque ne réduit à une impuissance plus absolue. Linné appelait ainsi le café, la liqueur des chapons. Sur des hommes énervés, comme les gens de lettres, cet effet est possible, lorsque cette infusion est prise à haute dose et très forte, surtout si les préoccupations de l'es-

prit, de la pensée, de l'âme, secondent l'anaphrodisie. Il faut donc tenir compte de celte cause, pour ceux qu'elle impressionne vivement, comme de l'abus du tabac et de l'alcool chez d'autres individus.

107. Les névropathes enclins à l'hypocondrie sont disposés à des anomalies analogues. Un grand, fort et beau gaillard de vingt-cinq ans, pharmacien militaire, très intelligent, me demandait récemment la raison de cette paresse de ses érections du soir, malgré tous les excitants névrosthéniques et aphrodisiaques employés pour y remédier. En contact avec une femme lui plaisant beaucoup, il est obligé de recourir à ses complaisances manuelles pour ne pas rester en affront. L'éjaculation se fait même attendre parfois, excepté si sa compagne arrive à lui caresser et embrasser l'oreille, suprême aphrodisiaque pour lui. S'il passe la nuit avec elle, il a, au contraire, des érections matinales spontanées, fortes et persistantes, même après avoir uriné.

La mobilité d'esprit de cet homme, la singularité de son centre érogène, sa tristesse, son inquiétude, après avoir été le boute-en-train de ses camarades, montraient son état d'hypocondrie dont il se défendait très fort. L'érotomanie et le libertinage les produisent de même.

108. Un très gentil petit garçon de vingt-quatre ans, employé, à la mine fine et blonde, ouverte et sympathique, au regard vif et pénétrant, à l'allure décidée et hardie, très bien musclé, présente une anomalie singulière. Depuis sa première conquête à dix-sept ans — alors qu'il avait abusé de la masturbation et s'était adressé aux prostituées — il est constamment resté en échec complet, absolu, la première fois qu'il se trouve couché, le jour ou la nuit, avec une nouvelle femme, qu'elle soit fille, mariée ou veuve, lui accordant ses faveurs. Il réussit parfaitement, au contraire,

DE LA COPULATION. 259 dès la seconde entrevue et les suivantes, sans faillile, même après un long intervalle. Ses faibles ressources ne lui permettant pas de les payer, il les amène chez lui et leur fait un doigt de cour préalable afin de les connaître. Ses rapports avec la police sont sa garantie. Il n'a jamais eu plus de succès après une résistance de plusieurs semaines que par un abandon immédiat. Deux sœurs lui ont fait éprouver le même échec à quelques semaines d'intervalle.

Dans ces conditions de racolage, il les délaisse aussi facilement qu'il les prend et ses besoins vénériens étant très exigeants, il s'adresse à toutes celles qui lui conviennent, afin d'en avoir une d'assurée au moins tous les deux jours. Autrement, l'acuité du prurit vénérien et les érections l'entraînent à s'exonérer manuellement, ayant contracté l'habitude de la masturbation dès l'âge de cinq à six ans jusqu'à la puberté. Il y cède ainsi sous l'influence de rêves lubriques, son imagination surexcitée lui créant des scènes ordurières, des pratiques immondes qu'il connaît seulement par ouï-dire.

Cette érotomanie avec priapisme se décèle à l'examen par la rougeur vive des parties en relevant le prépuce. Très nerveux, ce jeune homme est en tretenu dans la perversion de ses idées lubriques, comme dans son habitude de la masturbation. Son infirmité lui a valu de cruels reproches et des défaites honteuses, l'obligeant à ne plus répondre légèrement aux plus attrayantes provocations. Mais l'érotomane est toujours victime de sa folie. Il ne peut voir une femme susceptible d'être attaquée sans être tenté, tout en connaissant son impuissance transitoire. Il s'y attend et elle se produit invariablement, parce qu'il la redoute et y pense sans cesse. Trouble et simple effet nerveux. Pour le combattre efficacement, ai-je répondu, attachez-vous à line maîtresse et cette

anomalie disparaîtra sûrement. Elle augmentera, au contraire, en continuant votre libertinage et vous expose à de plus graves accidents nerveux. Prenez des bains locaux et généraux pour diminuer le prurit vénérien, prévenir l'onanisme et les rêves lubriques. J'attends les résultats.

109. Moins d'un an après, un cas identique s'est présenté à l'appui, chez un garçon du même âge et d'une apparence aussi remarquable et frappante. Tout jeune, il se frottait sur ses draps; à l'école, il se masturbait. Sa première aventure eut lieu de seize à dixsept ans avec une petite bonne, sans avoir cessé depuis à en rechercher dans des conditions analogues, ayant une répulsion instinctive pour les prostituées.

Malgré ses pérégrinations en Russie, en Allemagne et en France, où il est employé dans les produits chimiques, depuis deux ans environ, il s'est toujours trouvé incapable de satisfaire ses désirs et ceux de ses conquêtes dans leur première rencontre, n'importe comment elle a lieu. Et cependant il a conservé une maîtresse pendant neuf mois, sans autre échec que le premier. Très occupé activement, il n'a jamais fait abus ni excès des plaisirs vénériens et l'anomalie signalée ne peut leur être attribuée. Les organes génitaux sont parfaitement normaux: mais il est très nerveux, surexcité, souvent en proie à des érections embarrassantes et à des désirs qu'il n'est pas toujours possible de satisfaire.

Une jeune femme distinguée et mariée de ses connaissances, épri.se sans doute de son apparence séduisante, lui a fait des avances, jusqu'à venir seule chez lui. Il a eu peur d'y répondre, à cause de son anomalie ordinaire. Mais flatte, surexcité, enivré par cette marque d'amour, il demande un moyen de ne pas rester en affront à la première enlrcvue... si elle se représente.

— Prenez hypothèque par toutes les caresses et les privautés possibles, sans rien craindre, et annoncez au besoin, pour vous disculper, que l'excès d'amour et voire extrême impressionnabilité sont les seuls cou-

pables; qu'une seconde entrevue comblera tous vos vœux. Mais, en attendant, allez, dès ce soir, vous placer la tête sous une douche froide en pluie; prenez un grand bain frais demain et une cuillerée d'une solution bromurée en vous couchant.

D'autres faits analogues pourraient encore être cités. Une syncope identique est signalée chez un Florentin, chaque fois qu'il couchait avec une nouvelle femme; ce qu'il redoutait à l'occasion de son prochain mariage avec une veuve dont il était éperdument épris. (Observation 180.) Un homme d'une soixantaine d'années, veuf et névropathique, vivant à la campagne, se plaignait aussi de rester impuissant au lit, près d'une jeune femme charmante qui venait l'y trouver en cachette, tandis qu'il copulait parfaitement avec elle le jour, quand ils pouvaient se rencontrer secrètement. Effet de l'âge, de la vieillesse sans doute ou delà chaleur du lit. Ces cas ne fortifieraient guère la démonstration de cette anomalie. Elle sera mieux corroborée par les observations faites chez la femme.

La comparaison est difficile, sans doute, par la différence de ces manifestations chez les deux sexes. Toutes physiques chez l'homme, elles sont surtout morales chez la femme. L'impuissance physique du premier se change ainsi en indifférence, froideur ou insensibilité, chez la seconde. L'opposition de leurs organes copulateurs en est l'obstacle principal. Leur inertie, chez l'homme, n'est jamais semblable chez sa compagne par son rôle passif; elle peut

toujours le recevoir, sans être ni impuissante, ni stérile, à moins d'un obstacle physique ou mécanique.

Les bulbes caverneux du vagin, spongieux et érectiles comme ceux du pénis — destinés à l'enserrer avec l'adjonction du muscle constricteur qui les recouvre — peuvent manquer sans doute par absence ou atrophie, mais le sphincter existe toujours avant l'accouchement pour y suppléer en partie. Si les bulbes font défaut, la variété des autres centres érogènes: le clitoris, les glandes vulvo-vaginales, le col utérin sont toujours là pour en tenir lieu; les seins même suffisent, par l'excitation vénérienne qu'ils impriment à tout l'organisme, dès que la femme est pénétrée par son conjoint. Admettre qu'ils soient tous insensibles à la fois est impossible. Elle est donc moins exposée que lui à ressentir l'action de cette névrose cérébrale sur le physique. La prédominance de son. rôle moral, de ses désirs immatériels du cœur et l'âme sur ceux des sens, semble même lui créer une immunité complète à cet égard.

Des femmes mariées se plaignent cependant de ne rien sentir dans l'acte vénérien. Tous les moyens pour les exciter peuvent être employés tour à tour ou simultanément sans les émouvoir ni éveiller la sensibilité erotique. 11 n'y a donc pas lieu de confondre cette insensibilité avec l'indifférence ou la frigidité constitutionnelle de certaines femmes ordinairement lymphatiques, strumeuses, scrofuleuses, anémiques, ni avec la froideur des sens résultant de la pudeur native et la réserve innée de la femme. Des hommes

grossiers, simples ou ignorants, passionnés, en comparant l'ardeur et l'élan qu'ils éprouvent dans leurs premiers rapports, prennent pour de l'indifférence ce qui est l'effet de leur assaut brutal. La femme y reste étrangère par l'épouvante, le saisissement, la stupéfaction , si ce n'est la douleur qu'elle en éprouve. Ces novices prennent pour de la frigidité le plus sûr caractère de la virginité et de la vertu. Une simple anomalie du clitoris suffit à les alarmer sur l'insensibilité érotique de leurs femmes qu'ils accusent de frigidité ou soupçonnent d'anaphrodisie, comme les Observations 18 et 19 en témoignent.

Autant sont palpables et évidentes les anomalies physiques par l'absence, l'altération ou la lésion des organes, entraînant l'indifférence ou la froideur de la femme, autant les anomalies morales sont difficiles à découvrir. Après l'influence constitutionnelle torpide, les maladies générales du sang, des humeurs, des nerfs, il y a les mauvaises habitudes secrètes du manuélisme, le clitoridisme et le saphisme y prédisposant; de plus, les réticences et les fraudes pour ne pas avoir d'enfants. L'état mental qui s'y joint souvent, comme la mélancolie, l'hypocondrie, des idées préconçues, des préoccupations tristes, la jalousie, paraissent y contribuer plus que les anomalies physiques, en altérant et pervertissant les sensations érotiques et même en les empêchant de se manifester.

Deux formes de cette insensibilité érotique féminine sont ainsi à distinguer, d'après les faits observés: essentielle, lorsqu'elle est sans coïncidence

avec aucune altération apparente ni anomalie appréciable autre que la constitution et une anesthésie de toute l'aire génitale ; symptomalique, quand la frigidité, moins prononcée,' est accusée surlout par l'homme et se rattache à quelque anomalie saillante. Autrement, l'une et l'autre se confondent en nuisant également à la copulation dans son fonctionnement et sa volupté. Celle-ci est toujours atténuée, diminuée pour le mari et nulle pour la femme, sans altérer néanmoins sa fécondité.

La stérilité féminine est à tort attribuée à cette insensibilité. Le mari d'une femme scrofuleuse et torpide, sans enfant ni fausse couche depuis dix ans de mariage, médisait à ce propos: «Elle est si froide! rien ne l'impressionne, ni ne peut l'émouvoir.» Effet de sa constitution strumeuse et lymphatique, répondis- je; elle est bien réglée, quoique parcimonieusement, et bien conformée, d'après mon examen; la stérilité doit dépendre de vous. Voici les faits à l'appui.

110. Une. dame de vingt-huit ans, ayant deux enfants, écrit n'avoir jamais éprouvé aucune sensation dans ses rapports avec son mari. Elle demande s'il y a un remède à cet état de choses pour la rendre comme les autres femmes n'ayant pas cet inconvénient. Sa mère avait la même infirmité. Celte hérédité ne démontret-elle pas une insensibilité nerveuse essentielle, sorte d'aneslhésie locale privant la femme de toute sensation erotique, voluptueuse de l'aire génitale? En voici la confirmation par la lettre d'une dame étrangère.

111. «Je suis mariée depuis deux ans et je continue toujours à ê Ire atteinte d'un mal que, d'après quelques pages lues dans un de vos ouvrages sur ce sujet, vous

appelez frigidité ou incapacité de sensation dans les rapports conjugaux. J'ai eu un premier enfant et, depuis le commencement de juillet, je suis de nouveau enceinte. Malgré le désagréable de mon mal, je crois que je ne consulterais personne, si cet état ne rne causait des perturbations nerveuses, morales et physiques, très douloureuses pour moi et... pas seulement pour moi.l e n'ai pas la moindre idée de la cause de mon mal, ne sachant si c'est un défaut d'organisme ou une maladie guérissable. J'ai cependant une certaine humidité qui y contribue peut-être: fleurs ou flueurs blanches. Pour cette maladie, j'ai consulté une seule fois un médecin, il y a quelques mois, dont je vous envoie l'ordonnance. J'ai fait usage de deux boites et demie de ces pastilles (aphrodisiaques), six chaque mois. Je ne suis pas guérie, peut-être pour n'avoir pas continué. Je n'ai jamais essayé d'autre traitement.

Comme je suis enceinte et déjà dans mon septième mois, je pense que ce n'est pas le moment de commencer un traitement, si toutefois il peut y avoir espoir de guérison, ce que je ne vous cache pas, je désire ardemment. Je suis prête, monsieur, à "répondre à toutes vos questions et vous prie encore une fois de me dire si vous croyez mon mal guérissable. »

Des renseignements aussi incomplets ne permettent pas évidemment de porter un diagnostic ferme dans ces différents cas. Un examen serait indispensable pour juger positivement de cette auesthésie vaginale, et si elle coïncide avec celle des autres foyers érogènes : clitoris, col utérin, seins. Les consultantes évitent à tort de s'y soumettre et de s'étendre sur ces points essentiels dont elles doivent cependant avoir l'expérience. On ne dit môme pas si ces tlueurs blanches dépendent d'une vaginite chronique — ce qui pourrait expliquer l'anesthésie locale et conduire à y remédier — ou d'une leucor-

rhée utérine et constitutionnelle. Si le médecin est souvent embarrassé pour se prononcer, en ayant les malades sous les yeux après un examen scrupuleux il ne peut s'en référer qu'à un supplément d'information du mari, s'il en a connaissance, et d'investigation personnelle pour instituer un traitement. Voici la réponse de cette dame, après son second accouchement :

« J'avais l'espoir que cette insensibilité dans les rapports conjugaux disparaîtrait en panie après l'accouchement, malheureusement elle est encore, je crois, plus complète. Il me semble en avoir découvert la cause dans un défaut physique: c'est un élargissement très sensible du vagin, se joignant à une certaine humidité. Toujours est-il que cet état me rend très nerveuse et me jette souvent dans un abattement physique et moral très douloureux. Le mariage m'a entièrement changée et, quoique très heureuse en ménage, avec un mari et des enfants que j'aime à l'adoration, je ne suis jamais tout à fait gaie ni à mon aise; tout me semble extrêmement difficile, je suis inquiète et je ne jouis pas de la vie.

Je suis assez robuste et j'allaite maintenant et sans fatigue mon deuxième enfant, très fort pour son âge. J'irai prochainement à Paris me soumettre à votre examen . »

La fin de cette lettre, en suggérant l'idée d'une anesthésie hystérique, dirigea mes questions dans ce sens à l'arrivée de cette dame. Agée de trente ans, elle est grande, bien développée, très belle, d'une bonne santé apparente, calme et d'une parfaite distinction. Des accidents nerveux avec attaques, accès, refus de manger, idées bizarres, tristes, ont eu lieu lors de la puberté. Trois sœurs aînées sont entrées en religion, l'une à la veille d'un mariage conclu en

famille; elle est morte depuis. Mariée à vingt-six ans dans les meilleures conditions avec un homme de trente-six ans qu'elle connaissait depuis longtemps comme ami de ses frères, elle n'a éprouvé de légères sensations érotiques qu'au début, pensant qu'elles augmenteraient ensuite. « Devenue bientôt enceinte, dit-elle, mon corps n'a cessé d'être insensible comme du bois. » Elle est très bien réglée et répond affirmativement à toutes les questions posées dans ma dernière lettre. Ni les baisers, ni les caresses, les attouchements même, ici et là, ne l'impressionnent. Tous les foyers érogènes sont également insensibles, et elle aime passionnément son mari. C'est un homme de lettres paraissant très réservé. Une frigidité constitutionnelle et l'anaphrodisie étant inadmissibles, une anesthésie hystérique semble donc probable.

Le toucher ne révèle aucune malformation sensible. Le sphincter vaginal reste appréciable, mah. le vagin est d'une ampleur anormale, sans trace de bulbes latéraux. L'extrémité de l'index flotte dans cet infundibulum et choque à peine le col petit et placé en bas. Cette amplitude s'est également révélée au mari sans qu'il s'en soit plaint. Sa femme seule est frappée tristement de n'éprouver aucune sensation, quoique la durée de la copulation paraisse normale; la fécondation répondant de son issue favorable.

Cette amplitude vaginale — analogue à celle qui se rencontre chez les vieilles femmes maigres ayant eu beaucoup d'enfants, par la disparition du tissu cellulo-graisseux et l'atrophie des bulbes — est-elle

la cause de l'insensibilité? Comment, chez une jeune femme, les autres centres érogènes n'y suppléentils pas? Si la principale excitation est là, les autres centres n'y sont pas absolument subordonnés, en étant excités directement. Si l'absence ou le défaut du clitoris a suffi (Observations 18 et 4 9) à produire une froideur appréciable aux maris, c'est qu'il s'agissait de jeunes novices inaptes eux-mêmes, d'après mon exploration, à surexciter directement les autres centres. Les cas sont donc différeras. Une anesthésie hystérique de toute l'aire génitale rendrait bien mieux compte de ce fait.

Quatre applications successives d'électrisation directe du vagin ne furent nullement ressenties, tandis que le pôle négatif, promené sur le périnée, le coccyx, les mains, les doigts, le cou était perçu parfaitement au point de crier. Les douches vaginales sont plus impressionnantes, mais sans augmenter la sensibilité des rapports sexuels.

Plusieurs entretiens avec cette dame, qu'un bonheur parfait semble environner, et si malheureuse cependant, m'ont démontré qu'un état psychique héréditaire en est toute la cause. Son idée lixe est de ne pouvoir sentir comme les autres femmes. Elle en est triste et démoralisée, surtout par accès. C'est là sa préoccupation constante. La présence et les soins de ses enfants ne peuvent l'en distraire, pas plus que la tendresse, les attentions, ni les caresses de son mari. En lui prescrivant de ne pas s'en préoccuper, de l'oublier, comme son devoir de chrétienne catholique fervente envers Dieu, son mari et ses enfants,

elle répond : « Je ne le puis et crains d'en perdre la raison! » N'est-ce pas là une psychopathie?

112. Un nouvel exemple m'est communiqué en traçant ces lignes: 6 mars 1889. « Il y a presque deux ans que je suis marié, écrit de Meurthe-et-Moselle un homme de vingt-cinq ans, bien constitué et conformé normalement. Jamais ma femme n'a joui au contact de mon membre pendant le coït. Pour amener chez elle le plaisir vénérien, je suis obligé de la provoquer avec le doigt sur le clitoris à peine saillant; les grandes lèvres étant assez développées. Le vagin est complètement insensible, et cependant les premières approches ont été très difficiles, l'intromission complète a exigé plusieurs jours par l'étroitesse extrême de l'entrée (ce qui dépendait probablement de l'hymen induré et résistant, la mariée ayant vingt-six ans.) Il s'est bien produit quelques moments d'érotisme dans les premiers temps, par suite d'attouchements aux parties génitales; mais la copulation immédiate ne procurait aucune volupté. J'ai remarqué et me rappelle très bien (|ue, malgré l'étroitesse de l'entrée, la verge, ayant 14 à 15 centimètres de long et la couronne du gland plus de 11 de diamètre, flottait dans le vagin par son extrême dilatation. Il y a probablement trop de jeu et de vide. Le défaut de frottement de la verge en rend ainsi l'impression presque nulle.

Ce défaut de volupté dans la copulation est d'autant plus surprenant chez ces jeunes époux qu'ils se sont mariés par inclination et s'adorent comme les précédents. L'amplitude vaginale seule n'en saurait rendre compte ; sinon toutes les femmes ayant eu de nombreux enfants se plaindraient de cette insensibilité. Il doit exister une sorte d'anesthésie des parois et des injections stimulantes m'ont paru indiquées, dans ce cas, après l'accouchement.

L'absence de l'impressionnabilité erotique, chez la

femme, et la frigidité de sa part dans les rapports sexuels, seraient une impuissance relative, en ce sens qu'elle est moins apte à la copulation. En disant qu'elle n'y trouve et n'éprouve aucun plaisir, elle semble la limiter au vagin. C'est évidemment par la comparaison de la volupté que son conjoint en manifeste, qu'elle avoue n'en ressentir aucune. L'anaphrodisie étant exclue, cette insensibilité serait donc locale : une simple trophonévrose, une vaginite intense et prolongée, comme celle des petites filles, l'état parcheminé de la muqueuse et bien d'autres lésions analogues, décrites dans Y Impuissance féminine. Le fait suivant, encore plus compliqué, ne donne pas mieux le mot de l'énigme de cette insensibilité.

113. Une femme de vingt ans, mariée à seize ans et demi, écrit : « Je n'ai jamais éprouvé de plaisir depuis mon mariage, et je ne sais à quoi cela tient, car je suis tout à fait constituée comme les autres femmes, sauf que j'ai de très pelits seins. Ils augmentent toujours à l'approche de mes règles pour diminuer ensuite. Je pense que c'est à toutes ces causes réunies que je dois do ne pas avoir eu d'enfant ni fausse-couche, car ma grand'mère maternelle en a eu 14 et ma mère 7 dont je suis l'aînée. Ils étaient 7 chez mon père et autant chez mon mari.

L'explication de cette anomalie de la sensibilité se trouve évidemment dans les antécédents de cette femme, comme sa stérilité. Réglée à douze ans, elle n'a cessé de souffrir à l'approche de ses règles. Jeune fille, elle souffrait autant, mais moins longtemps que depuis son mariage. Il lui suffisait de se coucher une à deux heures à chaque époque, dès que le sang paraissait, pour être soulagée. Aussitôt mariée, les douleurs augmentent. Depuis lors, elles sont sans nom et

l'obligent à rester couchée deux jours entiers, étant énervée au dernier point. La matrice semble serrée dans un étau, sans que les règles aient jamais retardé; au contraire, elles avancent toujours de deux à quatre jours. Dès que le sang coule, la moindre infusion prise augmente les souffrances et provoque souvent des vomissements.

Une dysménorrhée pseudo-membraneuse ou une étroitesse extrême du col utérin sont les causes probables de l'insensibilité de cette femme et de sa stérilité. C'est une névrose du foyer érogène ayant pour témoins l'anomalie des seins et son nervosisme, sans que l'on puisse dire si ces affections sont indépendantes ou liées à une cause unique. La dilatation du col ou son incision aurait donc chance de remédier à l'insensibilité érotique, car en facilitant la fécondation et la grossesse, l'accouchement ramènerait peutêtre la sensibilité, c'est-à-dire la guérison défîniLive. Tel fut notre avis.

Plus de femmes que l'on ne pense généralement semblent, d'après ces faits, être privées des plaisirs de l'amour. La cause en est dans le secret gardé à cet égard. Si des habitudes d'onanisme par frottement ou saphisme avant le mariage peuvent y prédisposer, il est évident qu'une extrême exiguïté du pénis, une éjaculation trop rapide, comme dans les cas précités, sinon le défaut d'excitation préliminaire chez les femmes froides, préoccupées, difficiles à émouvoir érotiquement, contribueraient de même à cette frigidité. Quand la stérilité coïncide avec l'insensibilité vaginale, l'examen médical est toujours nécessaire pour se prononcer.

L'insensibilité sexuelle est ainsi localisée chez certaines femmes : les seins chez les unes, le clitoris chez d'autres. Le toucher, la titillation de ces organes leur est indifférent ou désagréable; ils ne sont pas excitables. Rarement, ils sont à l'unisson, l'un ou l'autre conserve son excitabilité, exagérée parfois ici ou là, par le choix ou la préférence, l'habitude môme accordée à ces centres. Telle est l'anesthésie organique, locale, partielle ou incomplète.

Elle est toujours moins grave que l'insensibilité générale aux plaisirs de l'amour. Hystérique ou constitutionnel, ce défaut de l'influx nerveux provoque, par la frigidité érotique, Une impuissance relative de la femme aux rapports sexuels, analogue à celle des anaphrodites. Deux des observations précédentes pourraient ainsi figurer à Ânaphrodisie, si des vices positifs de conformation n'étaient signalés.

En effet, rien ne peut exciter ni émouvoir certaines femmes froides, torpides, insouciantes, paresseuses même par tempérament, sinon leur idée ou leur passion favorite. Elles sont incapables de provoquer ni ressentir l'amour de personne et y restent absolument insensibles, dès qu'on veut leur faire partager par des baisers ou des caresses lascives, comme une femme malade, souffrante. Dominées par leur idée fixe, elle s'y laissent aller par devoir, sans en t éprouver ni jouissance ni volupté. Les propos galants les ennuient et elles n'y répondent jamais, même dans la copulation, ce qui en constitue la plus grave anomalie. N'est-ce pas là l'inappétence au coït qui caractérise l'anaphrodisie générale native , consti-

tutionnelle de certains hommes, signalée à ce mot?

Elle est moins grave sans doute en n'entraînant pas la stérilité, comme on l'a vu par ces exemples. Mais rien ne prouve que l'homme anaphrodite le soit davantage. Il l'est seulement par son impuissance morale rendant le coït impossible. Son sperme est souvent fécondant.

L'âge doit être la condition naturelle la plus fréquente de cette insensibilité féminine, surtout dans la vieillesse avancée. Le contraire est plutôt l'anomalie, comme le défaut d'expériences concluantes semble le démontrer. Si, d'après la chronique, une vieille douairière racolait ainsi dans son équipage des jeunes gens qu'elle trouvait à son gré sur son passage, c'est là une exception rarissime. Encore estil à présumer qu'elle s'en amusait anormalement, par un manège quelconque, contre nature, comme la veuve Crémieux, de Neuilly, assassinée par ses deux amants, dont le procès retentissant a révélé les goûts immondes. Le fait moins rare du mariage de vieilles femmes de soixante-dix ans avec des jeunes gens est pourtant de nature à laisser la question indécise. Voici un exemple à l'appui.

114. « Paris, ce 10 septembre 1886. Est-il possible, docteur, qu'une femme de quatre-vingts ans — jouissant d'une excellente santé — ne ressente aucune espèce de sensation dans un rapprochement sexuel complet? Est-il possible que si l'homme jouiL — jusqu'au bout — dans elle, la femme ne le sente pas et reste aussi insensible qu'une morte? surtout cette femme désirant ardemment avoir aussi sa part de volupté. N'est-ce pas, plutôt, que le rapprochement n'est pas complet? »

Telles étaient les questions qui m'étaient adressées,

en demandant de les résoudre, aux initiales A. de M.' poste reslanLe, bureau 4:2. J ai demandé une entrevue pour répondre et personne n'est venu.

La copulation empêchée ou nulle n'est pas la seule anomalie de cette fonction, elle est encore parfois intervertie, entravée dans ses deux actes principaux ; ce qui l'annule ordinairement dans son but et sa fin. Si, forte ou faible, l'érection est absolument indispensable à son exécution, elle est parfois rendue frustre tout en persistant, comme dans le priapisme ou sa chute soudaine par une éjaculation anticipée, immédiate. Elle est ainsi rendue imparfaite ou nulle, tout en ayant lieu en réalité. Telles sont les deux anomalies à examiner comme inséparables du coït.

Copulation sans éjaculation. Comme elle a lieu physiologïquement chez l'enfant, avant la puberté, cette anomalie se présente dans le coït chez l'adulte. La chose s'explique quand les testicules manquent ou ne fonctionnent pas, comme dans Y Aspermatisme dont les exemples sont cités aux Anomalies de l'éjaculalion. Cet accident n'est pas rare chez les hommes nerveux. Si prolongée que soit la copulation, il est impossible d'arriver à sa conclusion et l'érection tombe ainsi sans résultat. Dans le priapisme. au contraire, elle se prolonge indéfiniment. Les amants les plus passionnés ont éprouvé de ces aventures, obligés de se retirer saus obtenir le prix de leurs efforts pour témoigner de leur amour. Une contracture spasmo-

diquë des vésicules séminales ou des canaux éjaculateurs empêche l'écoulement du sperme. La plénitude de la vessie ou une irrilation du col peut y contribuer. En tout cas, il est dangereux de lutter dans celui-ci, et le mieux est d'aller se plonger dans un grand bain tiède où l'émission s'opère passivement d'ordinaire par le relâchement, la délente des tissus.

115. Un exemple type m'en a été révélé en 1885 par un garçon de vingt ans, livré à la masturbation dès l'âge de treize ans et d'une manière décroissante en s'essayant vainement depuis quelques mois dans les mai sons publiques. Bien développé et conformé, mais très nerveux et intelligent, il s'était adonné passionnément à l'étude des langues étrangères, en dehors de ses occupations de télégraphiste, la traduction pouvant lui en être très utile. Il rencontra alors sa première maîtresse et, en un clin d'œil, s'aimèrent réciproquement tant et si bien qu'ils allèrent immédiatement en plein jour, dans sa chambre, se témoigner librement tout l'amour qu'ils éprouvaient. Ce l'ut une véritable débauche, car il disposait seulement de quelques heures pour son repos. « Après avoir exercé le coït une vingtaine de l'ois normalement en cinq à six jours consécutifs, écrit-il, je me trouvai tout à coup impuissant le septième, c'est-à-dire que je ne pus obtenir l'éjaculation, quoique j'éprouvasse une sensation voluptueuse affaiblie. La source était tarie, car en répétant le coït jusqu'à huit reprises successives et plus ou moins prolongées dans la même séance, je ne pus éjaculer, même avec l'aide de la main de la femme; mais j'obtins seul une éjaculation si abondante qu'elle n'a cessé depuis et dure encore. » C'était une spermatorrhée à l'examen avec impuissance réelle.

Le même phénomène se produit chez certains hommes dont la copulation est lente, interminable. Au lieu de la durée normale de quelques minutes, elle se prolonge indéfiniment sans entr'actes. Effet

de l'âge par l'alanguissement des organes, des désirs et souvent des mouvements chez les vieillards lubriques, salaces, elle est une anomalie très désagréable, allant parfois jusqu'à l'infirmité, chez les jeunes gens. Leurs efforts et leurs caresses paraissant devoir rester sans conclusion, les femmes galantes s'en lassent et les rebutent.

116. Ayant subi plusieurs affronts de ce genre, un étudiant toulousain, âgé de vingt-quatre ans, me demandait la cause de cette anomalie singulière, le 3 avril 1883. Brun, fort, vif et bien développé, quoique petit, il ne pouvait jamais arriver à la conclusion de l'acte, sans une copulation active ctsansentr'acte de 30 à 40 minutes au moins. L'érection restait ferme, uniforme, sans chute ni faiblesse, ni souffrance, excepté si sa compagne lui faisait l'observation peu encourageante qu'il n'en finissait pas, se fâchait et le renvoyait, ce qui lui était arrivé dans diverses occasions avec des filles publiques.

Organes normaux. Rien d'appréciable au toucher, saui une constipation habituelle. La preuve qu'un rétrécissement, un obstacle local n'existait pas, c'est qu'en répétant le coït à bref délai, le second était plus court que le premier.

— C'est alors une contracture des voies séminifères, monsieur. Vous êtes troublé, impressionné, par votre longue attente ; une sorte de priapisme en résulte et vous ne pouvez éjaculer. Ce spasme disparaîtra en vous en tenant à la même fille connaissant votre anomalie et n'ayant rien à en redouter.

— Je viens de faire cette épreuve en vain. Depuis six semaines, j'étais lié avec une élève du Conservatoire que je voyais sans gène, et d'un jour à l'autre, avec le même inconvénient à la fin qu'au commencement. Ayant contracté une urétrile — accident fréquent de cette longueur du coït — et trouvant que l'écoulement plus aigu se prolongeait davantage qu'à l'ordinaire, je crus à une blennorrhagie communiquée et j'abandonnai son auteur présumé.

Ce retard de l'éjaculation était donc une véritable anomalie, confirmée par l'urétrite en résultant, comme ceux qui s'échauffent en prolongeant le coït par sa répétition à satiété et coup sur coup. L'usage des calmarjts et des antispasmodiques, en bains de siège le jour et en petits lavements à garder pendant la nuit, m'a paru la médication rationnelle à essayer.

Éjaculation sans copulation. Diamétralement opposée à la précédente, cette anomalie est beaucoup plus commune et fréquente. Combien d'hommes et de femmes surtout s'en plaignent ! Loin d'être tardive, l'émission est si prompte et rapide, à la moindre turgescence du pénis, qu'elle se produit avant que l'érection et l'intromission soient complètes. Le spasme cynique et la convulsion sont ainsi imparfaits et la femme n'a ni le temps ni le pouvoir d'en être impressionnée. D'où la stérilité ordinaire de ces copulations avortées. C'est une émission simple, passive, plutôt qu'une éjaculation.

Elle résulte évidemment d'un défaut de contractilité des canaux, éjaculateurs, de leur atonie produite souvent par leur excès d'action, leur inflammation. Elle se rapproche ainsi des pollutions involontaires, par la faiblesse de la volupté. (Observation 495.) Les causes en sont ordinairement les mêmes, notamment la masturbation prématurée et les excès vénériens, surtout chez les sujets lymphatiques, anémiques, les hémorroïdaires en particulier. Tous les abus de la vie de garçon, noces et privations, contribuent également, en réagissant sur la vessie et le gros iutestin, à déterminer cette faiblesse

des organes dont tant d'hommes, encore jeunes, se plaignent si amèrement avant l'âge de la retraite.

Deux causes principales président d'ordinaire à ce fonctionnement irrégulier : une grande fluidité du sperme et l'atonie, le relâchement des vésicules séminales et des canaux éjaculateurs, sinon leur irritabilité ; état analogue à celui des pollutions involontaires passives. Cette anomalie assez fréquente, signalée dans l'Observation 487 , est typique dans la suivante.

117. Un pharmacien de vingt-sept ans, marié depuis deux ans, se présente, le 28 avril 1883, avec sa jeune compagne pour s'éclairer sur la stérilité de leur union. Il est grand, d'une pâleur anémique très accentuée. Des hémorroïdes fluenles, avec pertes abondantes de sang, en sont données comme la cause. Le toucher anal ne révèle rien de sensible. Autrement l'appétit est bon, il se nourrit bien, sans en être plus fort ni robuste.

La cause en est évidemment dans l'anomalie de leurs rapports, dit la jeune femme en pleurant. L'émission a lieu sans copulation. Dès qu'il s'approche de sa femme avec une érection commençante, l'éjaculation se produit avec spasme, a\ant même que l'intromission soit complète et sans grande volupté de sa part. La femme ne ressent pas la moindre impression de cette émission sans coït. L'érection tombant aussitôt, la faiblesse consécutive ne lui a jamais permis de recommencer immédiatement, sans se retirer. Jamais la copulation normale ne s'est exercée entre eux, malgré un voyage à la mer, un traitement local antihémorroïdaire et un régime très tonique. Le sperme, très fluide, participe probablement aussi de cet état général qui fait le désespoir de ces jeunes époux. Un traitement topique astringent, des douches froides, le retour à la mer, une continence raisonnable, et un régime Ionique lurent prescrits, sans aucune nouvelle ultérieure.

Les fraudes dans la copulation, par retenue, suspension ou extradas de l'éjaculation, sont les causes les plus fréquentes de cette anomalie. Elle s'observe surtout chez les hommes lymphatico-nerveux. La faiblesse des érections en est le premier signe, et cette impuissance anticipée n'éteignant pas leurs désirs, ces hommes ont d'abondantes décharges spermatiques à la moindre turgescence des organes provoquée par le toucher, un baiser, un regard ou une parole lubrique, avec ou sans copulation Ce sont plutôt des pollutions involontaires que de véritables éjaculations. Le sperme, toujours très fluide, n'est pas lancé, projeté; il s'écoule plutôt par des jets avec spasme voluptueux.

Diurnes ou nocturnes, ces pollutions anticipées, avec ou sans tentative de copulation, ne sont pas de la spermatorrhée, comme on le croit généralement, lors même que l'érection est à peine sensible. Dès que cetie émission n'est pas continue, qu'elle a lieu par jet et avec spasme, sous l'influence d'idées erotiques, c'est une éjaculation imparfaite, toujours susceptible d'amélioration. L'élude en serait prématurée ici, d'autant plus qu'elle a lieu souvent sans copulation; elle sera faite aux Anomalies de l'éjaculation.

L'examen de la stérilité matrimoniale, résultant fréquemment des anomalies précitées de la copulation, serait de même prématuré. L'analyse séparée des anomalies distinctes des deux actes qui la constituent en fera mieux ressortir les causes secrètes et mystérieuses.

Anomalies de l'érection. Elles se confondent communément avec l'impuissance masculine dont elles se distinguent ostensiblement. Dès que l'érection a lieu artificiellement et ne se produit pas sous l'influence des excitants naturels de l'amour sexuel, c'est de l'anomalie. De même quand elle se manifeste spontanément et tombe au moment psychologique de s'en servir. Celle qui est provoquée par la présence de l'homme et non de la femme est encore de l'anomalie. Pour être la plus redoutable, cette inversion sexuelle n'est pas autre chose ordinairement.

Les caractères différentiels de ces anomalies avec l'impuissance peuvent en être la menace, l'annonce, le danger. L'impuissance exclut absolument l'érection, en tout temps et en tout lieu, naturelle et artificielle. Permanente et durable, elle se rapporte à des vices de conformation, des lésions ou des altérations nerveuses, des maladies locales ou constitutionnelles ordinairement incurables, décrites en détail dans {'Impuissance physique et morale, dont il n'y a pas à parler ici.

L'impossibilité accidentelle ou temporaire de se livrer au coït, par l'insuffisance ou la chute de l'érection, est donc la conséquence et la confirmation de ces anomalies. C'en est la pierre de touche et le critérium. Momentanée, elle est ordinairement un simple effet nerveux, un trouble du cerveau, de l'imagination ou de la pensée, les distrayant des désirs erotiques qui, en excitant la circulation, font affluer le sang dans les vacuoles des corps caverneux du pénis. Passagère, complète ou partielle, elle

résulte aussi parfois de perturbations cérébrales plus ou moins profondes et durables, sinon de troubles ou de lésions locales du système nerveux, génital, le plus souvent produites par des habitudes vicieuses, des abus et des excès naturels ou artificiels. De simples anomalies de conformation l'entretiennent parfois. Il s'agit donc d'en préciser la cause pour la combattre efticacement. Celle-ci disparaissant ou cessant spontanément, la guérison survient de même. Avec la ferme volonté de s'en débarrasser, ceux qui en souffrent peuvent en général y parvenir. D'où l'importance de distinguer ces anomalies de l'impuissance absolue.

S'agit-il, par exemple, d'embarras, de difficultés, de douleur ou de gêne, d'impossibilité même à une union complète^ parfaite, entre les deux sexes? c'est aux intéressés à se présenter ensemble au médecin pour être éclairés à cet égard. Il suffit de l'un d'eux, quand l'obstacle siège manifestement de son côté. L'homme marié, vierge de tout coït préalable — il y en a — en rencontre souvent, par sa maladresse, lorsqu'il n'en existe aucun. (Observation 99.) L'érection tombe facilement, en pareil cas, si le pénis est mal dirigé et que la femme ne sait ou ne veut pas ]e conduire mieux. Il en est d'assez simples et novices pour être restés ainsi des jours, des semaines,, des mois, des années même, sans pouvoir consommer leur mariage, alors qu'aucun obstacle insurmontable n'existait de part ni d'autre. L'homme se détra que alors facilement et, en continuant de se fourvoyer, les érections deviennent de plus en ni us

courtes, molles, paresseuses. D'où le danger pour les garçons de se marier vierges, surtout après la masturbation, et l'utilité de l'addition faite au procédé de la copulation dans la seconde édition de la Génération universelle, page 280 .

Des anomalies imperceptibles : un filet ou frein trop court de la verge, un hymen épaissi, induré et résistant, peuvent gêner et même empêcher l'intromission, malgré l'écoulement normal des règles. Aux exemples précités, nous rappellerons celui de cette fille de cinquante-neuf ans, mariée à son beaufrère de soixante-cinq ans, très vif et surtout fort lubrique, qui, malgré ses tentatives répétées, amenant une irritation locale, ne put la déflorer, comme le médecin le constata. (Impuissance, page 293.)

Le raccourcissement du frein est aussi imperceptible en simulant le phimosis par la difficulté douloureuse de relever entièrement le prépuce. Il engendre ainsi tous les inconvénients de cette difformité, d'après l'exemple suivant :

118. Un employé belge, de vingt-quatre ans, écrit, le 17 juin 1888, s'être masturbé seul, assis ou couché, depuis l'âge de douze, autant qu'il peut se le rappeler, sans éjaculation jusqu'à dix-sept, à cause de son faible développement corporel. Très rarement, il a dépassé cette manœuvre deux fois par jour, en l'interrompant parfois des .semaines entières. Des pollutions nocturnes survenant dans ces intervalles, il a cru préférable de les obtenir manuellement. (Erreur profonde, augmentant plutôt le mal.)

Son corps s'est développé très rapidement en continuant à s'exonérer avec la main, par la pression du gland sur la cuisse avec frottement ; ses idées erotiques étant toujours inspirées pardes images féminines. Ayant essayé plusieurs fois le coït, il s'est constamment trouvé

impuissant, excepté une fois, il y a un an. La femme l'a assuré qu'il avait éjaculé, sans qu'il en ait ressenti la moindre impression ni spasme. 11 l'attribue au phimosis, le gland étant entièrement recouvert du prépuce, retenu m arrière par un filet très fort et très court. Chaque fois qu'il a voulu le découvrir, longtemps même après s'être pollué, il a éprouvé une gêne douloureuse ou plutôt nerveuse, et le frottement du pantalon déterminant des soubresauts, l'a obligé de rabattre le prépuce.

De là des idées tristes, mélancoliques, faisant place à une gaieté nerveuse et de l'hypocondrie. En se masturbant après quelques libations de bière alcoolique, il éprouve, depuis six mois, de l'incontinence d'urine avec douleurs du bas-ventre pendant la nuit. Fatigue dorsale et des membres inférieurs; plus d'érections spontanées. Elles se produisent par un bain froid et sont nulles ensuite. Pesanteurs de tête, troubles digestifs, affaiblissement de la vue et de l'ouïe, tandis que l'odorat est très développé.

L'influence de l'anomalie du filet sur la masturbation infantile est aussi évidente que celle-ci sur les défaillances de l'érection. De là les accidents nerveux consécutifs chez un sujet prédisposé peut-être, mais dont l'état de dépression grave remonte incontestablement à un filet trop court. La section est donc la première indication à remplir avant tout autre traitement.

La rétraction spontanée du pénis, assez rare et peu connue, détermine aussi cedéfaut d'érection. Un célibataire de vingt-sept ans, ayant la verge assez développée, fut très étonné, étant au lit, d'y éprouver une sensation de froid et de ne plus la trouver en y portant la main. Se levant aussitôt et alarmé de cette disparition, il appela immédiatement le chirurgien anglais Raven. Le gland seul était perceptible sous

l'arc pubien, enseveli sous la peau comme dans une hydrocèle ou après la mort par submersion. Des lolions d'ammoniaque rétablirent l'état naturel, le lendemain, sans que l'homme ait pu donner une explication rationnelle de ce fait.

Le docteur Ivanoff a observé un cas plus grave, chez un paysan russe de vingt-trois ans, marié, avec enfants. Tout le corps du pénis était subitement disparu et des manipulations prolongées lurent nécessaires pour Je faire reparaître. La tendance à la rétraction persista six jours consécutifs, malgré la suspension d'un poids derrière le gland. Ce mécanisme fut couronné de succès par l'usage interne de cinq grammes de bromure de potassium. (Lancet, août 1886.)

Effet naturel de l'évacuation du sang des corps caverneux et de leur anémie, cette rétraction considérable constitue une véritable anomalie , déjà signalée dans Y Observation H par l'auteur lui-même, montrant par là l'impression fâcheuse qu'elle avait faite sur son esprit. À ce degré extrême, elle simule l'exiguïté naturelle, décrite page 83. Un grand garçon de vingt-sept ans, masturbateur habituel, la présentait également à l'examen de ses organes, à un point qui me frappa jusqu'à en exprimer ma surprise. (Observation 154.)

Contrairement à l'exiguïté pénienne native, objective, réelle et durable, incompatible avec le mariage, celle-ci est seulement subjective, fictive et disparaît par l'érection. Elle n'est donc pas un obstacle au mariage ; cependant, elle le retarde, le suspend et l'em-

• pêche même parfois, par l'inquiétude et la perplexité qu'elle jette dans l'esprit de ceux qui en sont atteints. Des garçons âgés ayant expérimenté la copulation, en voyant leur pénis revenir à des dimensions aussi lilliputiennes dans la tlaccidité et le relâchement, s'imaginent être incapables de communiquer toute la volupté et la jouissance espérées, attendues de la femme légitime dans les rapports conjugaux. Cette préoccupation étrange, singulière, leur vient probablement de ce qu'ils n'ont pas provoqué ni obtenu de grandes démonstrations érotiques dans leurs relations avec la Vénus errante, ou qu'ils en ont reçu des observations blessantes. Ils conçoivent dès lors des craintes puériles sur leur capacité virile et voient dans leur conformation microscopique jusqu'à une cause de séparation ou de divorce ! Pour eux, c'est le déshonneur public. S'ils ne sont pas favorisés physiquement ou qu'ils aient une difformité apparente, c'en est assez pour qu'ils n'osent plus s'adresser aux partis qui leur conviennent; ils s'alarment et s'attristent de ne pouvoir se marier, après avoir négligé ou refusé des occasions favorables, et restent finalement dans un morne célibat.

Cette rétraction du pénis dans le repos est en effet considérable chez certains hommes normalement conformés, au point de s'effacer et disparaître en grande partie, comme dans l'exemple précité. Si le gland est effilé, peu développé, il reste à peine une saillie très difforme, tandis que l'organe reprend un volume absolument normal dans l'érection. On

peut donc en juger sainement et le mesurer dans cetétat seul pour avoir une idée exacte de ses proportions. Or, dès qu'il existe une bonne moyenne de dix à douze centimètres en longueur, avec un volume proportionné, surtout du gland, on peut être rassuré. Et pourtant le célibat est prolongé sans autre cause.

119. Un ancien sous-officier d'infanterie, occupant depuis un emploi équivalent en Bourgogne, est resté jusqu'à trente-six ans dans le célibat, par cette cause futile qu'il n'a jamais eu le courage de confier à son médecin, tant est grande la crainte du ridicule. Il aurait pu en sortir à trente ans et depuis, mais cette pensée, véritable épée de Damoclès, a suffi pour lui faire négliger et même éviter des occasions certaines de mariage. Vos arguments si judicieux en faveur de cet état m'ont déterminé à vous faire cette confidence pour rentrer au plus vite dans la loi commune, s'il est possible. Constitution d'une virilité peu accentuée, organes génitaux bien conformés et d'un volume ordinaire ; mais voici le cas : la verge présente un défaut de longueur très marqué, puisqu'elle n'atteint en parfaite érection que douze à treize centimètres de longueur totale.

Admettant que cette dimension, trop au-dessous de la moyenne, est une cause, sinon d'impuissance, d'insuffisance au moins et surtout de déception pour la femme, il craignait qu'elle n'amenât infailliblement la froideur, l'indifférence de la femme légitime et la rupture morale, faute, d'éprouver toute la volupté rêvée.

En rassurant mon correspondant, il m'était légitimement permis de m'étonner de ses naïfs scrupules et de le croire anaphrodite aussi simple que novice, surtout pour un sous-off... Pure illusion et erreur profonde, d'après sa réponse:

« Le doute qui m'obsédait est entièrement dissipé! L'exagération y tenait certainement une large place; c'est une fausse manière de voir inhérente à ma com-

plexion. Peu favorisé physiquement, sans rien d'Adonis ni d'Hercule, mais d une grande impressionnabilité, l'idée seule de mou infériorité relative m'a suscité pi us d'une de ces humiliations intérieures dont le caractère finit par s'imprégner et s'exagérer tellement la portée que l'avenir du sujet peut en être très sérieusement compromis. Il m'a manqué, par suite, cette confiance en soi, palladium de l'individu qui le soutient en toute circonstance et lui fait surmonter tous les obstacles qu'il peut rencontrer sur le chemin de la vie.

C'est sous l'empire de cet état psychologique — source d'hésitation contre laquelle il m'est difficile de réagir lorsqu'il s'agit de prendre une aussi grave détermination et sur laquelle vous avez bien voulu m'édifler — que j'ai écrit d'abord; ensuite parce que la société des femmes légères ou vénales, les seules accessibles aux célibataires, malgré les succès apparents qu'elle procure, n'est point à mes yeux le critérium infaillible d'une aptitude parfaite au mariage legiiime; en dernier lieu, pour répondre à un désir constant et invincible d'arriver en certains cas à la certitude absolue s'il est possible, par application de la devise : connais-toi toi-même!

Après mûr examen, je dois peut-être m'en féliciter. Dans ces conditions, je n'ai pu êire un Don Juan et le doute sur mon aptitude en toutes choï>e:> a été un frein puissant qui m'a éloigné, malgré mon imagination ardente, du tourbillon où viennent se perdre tant de belles natures que les liens de la famille ou les conseils de la prudence ne peuvent retenir dans la sphère des douces jouissances de l'esprit et du cœur. Et cela surtout pendant mon service militaire, où l'adolescent apporte dans les villes tant de désirs violents et contenus, réservant bien des écueils à sbn inexpérience.

En somme, je n'ai cherché à connaître du plaisir que ce qui est strictement nécessaire; me tenant à égale disiance du libertin en titre et du novice pour qui tout est mystère; catégorie dont vous aviez supposé que je faisais partie. In média virlus. »

Sans éclairer médicalement sur les détails indispensables et les particularités de cette vie célibataire,

cette réponse énigmatique par ses subtilités caractérise bien l'anaphrodite dans ses hésitations, ses réticences et ses coniradictions. La raison est évidente par la sagesse du raisonnement; mais une imagination ardente est incompatible avec une conduite si mesurée et réservée, entraînant même à une foule de dangers et d'accidents. L'usage exclusif de la prostituée jusqu'à trente-six ans est une aberration et fermer son cœur si longtemps par doute de ses organes, après les avoir essayés, n'est ni sage ni philosophique; c'est une hésitation stupide que l'anaphrodisie seule peut déterminer et expliquer physïologiquement.

120. Un exemple tout récent (20 décembre 1888) vient contredire cette appréciation. C'est un monsieur de trentequatre ans, mince, élancé, très brun et méridional, d'après son a. . .cent. Il vient demander carrément si l'exiguïté de la verge lui permet de se marier, sans encourir de graves inconvénients.

— N'avez-vous donc, monsieur, aucune expérience à cet égard?

— Pardon, autant qu'un garçon de mon âge peut en avoir en maiLresses atlitrées, femmes et filles de rencontre, et, aujourd'hui encore, je ne puis rester plus de huit jours sans en voir.

— Vous pouvez dès lors résoudre la question mieux que personne, d'après vos antécédents. Avez-vous donc subi des échecs ou des affronts?

— Excepté quelques remarques désagréables sur l'exiguïté qui m'amène, tout s'est bien passé et j'ai pu souvent renouveler l'acte à plusieurs reprises. Mais ce que l'homme demande en pareil cas et la femme aussi n'a rien de comparable aux rapports conjugaux. Voyez si j'ai raison de m'en préoccuper.

Et il exbibait un pénis si court et rélracté qu'il s'apercevait à peine. 11 était dur et mesurait moins de quatre

centimètres, avec un gland découvert, étalé, dépassant le corps même de l'organe. Scrotum contracté, comprimant deux petits testicules durs, remontés contre l'anneau.

— Cette apparence n'est pas très favorable, mais elle n'est pas l'état normal. Il faudrait voir ces parties dans l'érection pour en juger.

— C'est facile, dit-il, et, en un tour de main, il offrit une transformation complète. Le pénis turgescent avait treize centimètres de long et une grosseur proportionnelle, sans que l'érection lut complète.

— Comment, avec une moyenne aussi respectable, avez-vous pu avoir des craintes?

— D'aprèsl'état de laxité, j'ai toujours cruàmon infériorité. C'était une idée fixe et n'ayant pu m'assurer de visu du contraire, je tenais à savoir la vérité.

— Je puis vous affirmer, d'après ce que j'ai vu, que vous êtes au-dessus de la majorité et, en pareil cas, l'excès en trop est souvent plus nuisible et même dangereux que l'excès en moins.

Cette observation servira de correctif utile à la précédente. L'anaphrodisie n'a évidemment rien à faire ici avec cette crainte bizarre, puérile, entretenant le célibat. Une rétraction paraissant l'avoir déterminée sans conteste, il est rationnel de sacrifier le moral au physique en les plaçant toutes deux sous ce titre.

U induration ou sclérose des corps caverneux détermine les mêmes anomalies. Ce sont des nodosités ou duretés, des plaques plus ou moins étendues, fibreuses, sans saillie ni adhérence à la peau. Elle est rarement spontanée et coïncide d'ordinaire avec des maladies : l'arthritisme, la goutte, le diabète, la syphilis ou des abus vénériens. Le coït en est même gêné par la déformation du pénis et l'érection est ainsi plus exposée à des anomalies.

121. Un chanteur de café-concert, âgé de vingt ans, s'étant livré très jeune à tous les abus sexuels, offrait un^ lésion semblable. L'érection lombait rapidement, à peu près à la moitié de l'urètre antérieur, au niveau d'un demi-cercle fibreux. C'était un pédéraste adonné de ce fait à la sodomie passive.

Cette rare lésion, en survenant tardivement de cinquante à soixante ans et s'accompagnant de diathèse. n'est guère curable; mais sa marche lente permet encore des rapports sexuels avec des précautions.

Les varices du pénis, résultant de la masturbation chez les hommes lymphatiques, aux tissus mous et peu résistants, exposent également aux faiblesses de l'érection. La veine dorsale de la verge était ainsi très dilatée chez un Anglais de quarante-trois ans, adonné jusque-là exclusivement à la masturbation depuis l'âge de quatorze à quinze ans. (Observation 453.) Assez fréquentes dans ce cas, ces dilatations variqueuses contribuent à empêcher l'érection. Des bains locaux d'eau blanche, ou une décoction d'espèces aromatiques avec feuilles de chêne, sont parfois employés avec avantage pour en arrêter et en diminuer le développemenl .

L'alonie de la verge produit Je même résultat, d'après l'observation suivante.

122. Instituteur de trente-deux ans, lymphatique, pâle et d'apparence strumeuse. Livré à ses études, il s'y adonna entièrement, n'ayant jamais été tourmenté par les désirs vénériens ni les érections. La masturbalion lui est presque inconnue. Essayant le coït de di\neul'à vingt ans, il n'a pu le compléter par la chute rapide de l'érection, et il en a été de même dans les rares essais renouvelés depuis. Tout s'est bonn1 à dee

rêves et des pollutions involontaires pendant son célibat, sans «aucune amourette. Il n'a même guère le sentiment de l'amour, à en juger par la chute instantanée de l'érection.

Marié à trente ans, par sa sœur, avec une jeune fille chlorotique, dans l'espoir d'obtenir plus de succès dans la couche conjugale, il reste également en échec par des intromissions incomplètes. Elles sont à peine tentées que l'érection tombe et î'éjaculation se fait ainsi en bavant sans spasme ni volupté. Désolé, après quinze mois de mariage, il vient se soumettre à un examen. Rien d'anormal, sauf un gland petit et froid, caché par un long prépuce. Il ne croit pas sa femme déflorée, l'intromission restant toujours incomplète.

Je conseille l'introduction du doigt pour déchirer l'hymen, s'il existe, et des douches sur le bas de la colonne vertébrale avec un bon régime. Voici ce qu'il écrivait neuf mois après :

« J'ai essayé plusieurs fois d'introduire la verge, qui dans l'état d'érection pouvait avoir 12 centimètres de long, mais je n'ai jamais pu l'entrer de plus d'un tiers de sa longueur; car, devenue brusquement très forte, elle mollissait presque tout de suite et n'avait plus la force de pénétrer plus avant. »

L'examen de la femme devenait indispensable. Elle parut aussi froide et indifférente que son mari par son état anémique très marqué. Vagin parfaitement perméable et col sensible. Elle a le sentiment d'une pénétration imparfaite, mais plus sensible qu'au début, menstruation régulière. Cetle chute de l'érection dans le coït n'est donc pas de l'impuissance, puisqu'elle a heu autrement. Elle doit être attribuée à une faiblesse nerveuse ou névrosthénie constitutionnelle avec atonie pénienne, niais il y a certainement aussi

défaut du sentiment érotique ou anaphrodisie sexuelle réciproque. Ces deux jeunes époux s'aiment tendrement, comme deux innocents, sans paraître ressentir ni éprouver d'autre besoin que celui de se le dire au lieu de se le manifester.

Une saison à la mer avec bains, l'usage interne de la strychnine et en suppositoires, des immersions de la verge dans de l'eau sinapisée, ont été prescrits, sans qu'aucune nouvelle me soit parvenue ultérieurement sur le résultat.

Les affections des voies génilo-ur maires nuisent à l'érection de même que les maladies générales. Le 19 août 1886, un homme de trente-quatre ans, fort et vigoureux, se plaignait de ne pouvoir plus remplir à volonté ses devoirs conjugaux par défaut d'érection. Aucune autre cause n'était alléguée pour expliquer cette faiblesse génitale qu'un varicocèle congénital double. Je proposai l'opération qu'il refusa.

Quand, sans cause appréciable, l'homme ayant passé la cinquantaine se plaint de faiblesse génitale ou de priapisme, il faut toujours interroger la glande prostate, les excès vénériens, la masturbation et les affections génito-urinaires dont ils proviennent fréquemment.

123. Tel était le cas d'un père de famille de cinquante-deux ans, venant accuser, le 20 janvier 1888, une grande diminution croissante de sa virilité depuis quelques mois. Aucune raison ne l'expliquait, sinon la décroissance de ses forces. Son urine ne contient ni sucre ni albumine, d'après un examen récent. Ne trouvant pas le moindre engorgement de la prostate, je supposai qu'il était polyurique, car «il remplissait son pot chaque

nuit. » Un traitemenl fut prescrit en conséquence dont le résultat ne m'a pas été communiqué.

Les écoulements chroniques du canal de l'urètre coïncidant avec des troubles de l'érection, par excès ou par défaut, dépendent fréquemment d'une prostatite chronique se traduisant par la rétention d'urine ou l'incontinence. Exemples: l'écoulement verdâtre intermittent signalé page 91, chez le pédéraste de Y Observation 229, et la rétention d'urine de l'Observation 17. En voici un troisième.

124. Un citoyen américain du Massachusetts, âgé de soixante-quatre ans, écrivait, le 22 septembre 1885, qu'il était atteint, depuis vingt et un ans, d'un écoulement muco-purulent, réduit actuellement à une goutte militaire (gleet.) J'ai parfois des érections courtes, tombant pendant le coït, avec éjaculation consécutive en bavant. Vainement, j'ai parcouru l'Europe et consulté les plus célèbres praticiens pour connaître le siège et la nature du mal. Une exulcération de la muqueuse de la prostate hypertrophiée, ayant quatre à cinq pouces d'étendue, a été diagnostiquée. Des calculs rénaux et de la dysurie ont obligé de cesser le calhétérisme et le toucher rectal. L'urine est difficilement retenue; urémie, sans sucre ni albumine.

A sa visite, c'est un homme grand et fort, vigoureux et salace, voulant encore jouir. Une station à Carlsbad, avec l'usage de l'eau de la source Felsen, amena, en huit jours, un effet surprenant. Les érections devinrent vigoureuses et permanentes durant une demi-heure avec éjaculation spontanée ensuite ; la blennorrhée n'en fut pas modifiée. Une seconde saison, l'année suivante, n'a pas lari davantage l'écoulement.

Les écoulements simulés par la sécrétion des glandes de Cowper, en amenant la crainte et l'inquiétude d'une goutte militaire dans l'esprit d'hommes simples et novices, perturbent aussi l'érection.

125. Un beau garçon de vingt-huit ans. employé, à l'aspect craintif et soupçonneux par son regard fixe, s'en croit ainsi atteint à la suite d'un écoulement contracté, il y a deux ans, pendant son service militaire à Versailles. Depuis, il y a de l'humidité et même de la cuisson dans le canal, malgré un régime sévère et la continence pour les faire cesser. En y regardant le matin attentivement, le méat est agglutiné par une gouttelette dé liquide blanchâtre, épais, tachant et empesant la chemise. Il en est très tourmenté, à cause d'un mariage en vue.

— Quel traitement avez-vous fait ?

— Aucun, l'écoulement n'ayant jamais été plus fort. A l'examen, le méat est très rouge, sans douleur sur

le trajet du canal. La pression n'amène aucun liquide et la chemise n'en porte pas trace.

— N'êtes-vous pas tourmenté par des érections et des pertes séminales? — Très rarement.

— Vous avez cependant des érections matinales?

— Oui.

— Le liquide muqueux, exhalé sous cette influence par les glandes du canal de l'urètre, constitue tout voire écoulement. C'est une cowpi-rite. N'y pensez plus. Quelques bains de siège et un coït hygiénique vous en débarrasseront, mais surtout le mariage. Une seconde visite, deux à trois mois après, a confirmé ces prévisions.

Cette méprise paraît assez fréquente après un écoulement réel, d'autant que le médecin n'y regarde pas toujours de près et s'en tient à l'assertion . des consultants.

126. Un valet de chambre alsacien, de vingt-neuf ans, ayant contracté un simple échauffement, il y a

trois mois, et auquel on a recommandé la continence, se plaignait récemment d'une goutte militaire. Il a des pollutions nocturnes et des érections en s'éveillant. Il se trouve mouillé ensuite d'un liquide blanchâtre et filant. La pression du canal n'amène rien, ni douleur, ni liquide. La continence était tout son mal.

Une verrée d'eau froide en lavement à prendre en se couchant et un coït hygiénique avaient détruit ses craintes puériles quinze jours après.

L'Observation 484 en offre un troisième exemple.

La syphilis, par la perturbation produite sur l'esprit de ses victimes, empêche ou plutôt suspend souvent aussi l'érection, non spontanée, mais voulue par la dépression qu'elle exerce sur le moral et le système nerveux. On sait en effet que la syphilis secondaire provoque ou augmente les grandes névroses. Six cas s'en sont présentés plus ou moins accentués dont le dernier est le plus saillant.

127. Un jeune homme de vingt-deux ans, brun et de la plus belle apparence, se déclare impuissant après être resté plusieurs fois en affront en entrant dans les maisons publiques, dont il a l'habitude depuis l'âge de seize ans. Il l'attribue à la syphilis, qu'il a contractée, il y a deux ans, au moment de son service militaire, et pour laquelle il a été ajourné. 11 n'en a pas moins passé par l'hôpital, ensuite, pour des accidents secondaires. Il est très préoccupé de son impuissance, quoique étant en très bonne santé, et craint de ne pouvoir se marier.

— La vérole ne produit pas l'impuissance ni la stérilité, lui dis-je ; les nombreux enfants naissant syphilisés en sont la preuve. Ne vous eu préoccupez pas; faites un nouveau traitement curatif de trois mois et avec une cure d'épreuve de frictions mercurielles ensuite, aux eaux sulfureuses des Pyrénées, vous assurerez votre, guérison. Avant son départ, il vint m'annoncer, en effet, que sa virilité était reparue avec une jeune maitresse.

♦ 128. Plus les accidents sont graves, persistants, récidivants, et plus cette faiblesse anaphrodilique se manifeste par la crainte de raviver le virus et de le communiquer. Un bel homme, brun, de trente-six ans, voyageur de commerce, a contracté, il y a quatorze à quinze ans, une vérole ayant nécessité de longs mois de séjour à l'hôpital Saint-Louis, dans les services de Hillairet et de M. Guibout. Ce dernier l'a assuré de sa parfaite guérison et cependant il n'ose se marier avec une femme qu'il aime, parce qu'il conserve une goutte militaire qu'aucun traitement n'a pu tarir. Il s*est ainsi éloigné des femmes depuis longtemps, sans en éprouver le besoin par défaut d'érection .

Offrant la plus belle apparence de santé et n'ayant éprouvé aucune récidive depuis trois à quatre ans, je lui conseille l'emploi du santal Midy et des injections au copahivate. Sa continence pouvant être la cause de cette goutte, en raison des érections matinales, je prescris un coït hygiénique, en faisant préalablement une injection antiseptique au sublimé, et le mariage ensuite, s'il réussit.

129. Un maire de campagne, des Basses-Pyrénées, âgé de quarante ans, marié, sans enfant, fort, robuste et frais, écrit, au commencement de 1883, qu'il a une faiblesse génitale croissante. Malgré des érections spontanées, elle provoque des défaillances subites — non n\ <v sa femme — le mettant dans l'impossibilité deffectuer le coït. Il a eu plusieurs accidents vénériens dans sa jeunesse: chancres indurés et bubons, mal dans l'œil suivi de douleurs articulaires nocturnes, sur la poitrine et le crâne, ayant persisté durant quatre années consécutives.

De petits maux, qui suppuraient et dont l'odeur était très mauvaise, se manifestèrent aux jambes. (Pustules d'ecthyma probable.) Un érysipèle mil ensuite ses jours en danger et il a conservé une disposition apoplectique rendue manifeste par des coups de sang.

Au milieu de ces détails confus et embarrassés, une syphilis constitutionnelle en puissance n'était-elle pas probable? Celle-ci n'ayant été combattue que par les cataplasmes, l'iodure de potassium, les cautérisations et la salsepareille, mes soupçons furent soumis au malade, en lui recommandant de communiquer ma lettre à un confrère distingué du lieu pour les éclaircir. Celui-ci les confirma complètement et prescrivit un traitement spécifique. Bien que sans nouvelles du résultat sur les érections, il est rationnel d'admettre que leurs anomalies chez un homme de quarante ans, névropathe, étaient produites par l'action dépressive de la vérole latente sur le système nerveux, démontrée parle professeur Fournier dans une de ses cliniques à l'hôpital Saint-Louis. (Journ. de méd., mai 1888.) La confirmation en serait dans le retour normal de la virilité après le traitement spécifique; mais les malades sont si insouciants, même dans leur intérêt!

130. Un consultant de Porto -Rico, célibataire de tronte-six à quarante ans, était à peu près dans le même cas. Après une jeunesse troublée par la masturbation et les chaudes-pisses, il avait enfin contradé la vérole. Depuis plusieurs années, il se trouvait impuissant, non avec lui-même, mais avec les femmes. Le traitement mercuriel lui était resté étranger comme au précédent, et c'est en lui en démontrant la nécessité que ce malade disparut sans retour.

De même du garçon de trente ans, agriculteur dans les Landes, signalé au Célibat. Sa longue odyssée, en vue d'un futur mariage, contenait ce point noir :

« A vingt-quatre ans, je remarquai un grand relâchement progressif dans ma virilité. J'avais eu auparavant

au bras droit et sur les cuisses, près des bourses, des plaies darlreuses. A leur vue, le médecin me demanda si je n'avais pas eu la syphilis. Sur ma réponse négative, il me soumit à des tisanes dépuratives. Ce mal était probablement plus sérieux, car j'ai eu depuis des maux sur les mains, offrant des plaques argentées, et mon urine s'en allait en plusieurs filets, comme s'il y eût eu plusieurs conduits dans le canal de l'urètre. C'est à cette époque (1878) que mon impuissance fut incontestable.

Je fus réduit à un coït par quinzaine , puis je me remis graduellement. Aujourd'hui, 14 juillet 1885, le coït n'est possible qu'une fois par semaine au plus avec une maîtresse ; les autres femmes me laissent assez indifférent. Il y a quaranle-six jours que je n'ai eu de relation sexuelle et je n'en sens pas le besoin, malgré deux pollutions nocturnes involontaires. Pas d'érections dans le jour, même auprès des femmes, et si elles ont lieu la nuit, elles disparaissent en me levant. »

Cette anomalie de la virilité chez un garçon de cet âge, très fort et vigoureux, chassant à pied et pouvant faire une marche continue de six heures sans repos ni fatigue le lendemain, ne peut-elle pas être attribuée à une diathèse latente, manifestement dartreuse, mais pouvant aussi avoir una origine syphilitique? En tout cas, j'ai prescrit un examen du sperme avant le mariage en ne faisant de promesse définitive qu'avec de meilleures aptitudes. (Observation 135.)

131. Cette origine était manifeste chez un négociant havrais, de quarante-deux ans, ayant contracté une syphilis grave à vingt-rpiatre ans, reconnue par Ricord, et dont les accidents secondaires, traités à Saint-Louis, laissèrent des stigmates persistants pondant plus de dix ans de séjour dans les pays chauds. Marié à trente-trois ans, il a eu cinq enfants dont quatre soûl morts acci-

M<; L'ÉRECTION

dentellement, sans qu'il soit question de syphilis ni sur eux ni sur la mère. Le cinquième, âgé de deux ans, était encore bien portant.

Néanmoins, des douleurs intermittentes surviennent dans les jambes en 1877. Diagnostiquées et traitées comme rhumatismales, elles augmentent et deviennent plus fréquentes en 1883. Séparé de sa femme, il avait alors des érections violentes et fréquentes, lorsqu'à une mauvaise nouvelle de sa famille, il est subitement frappé d'impuissance, sans désirs ni érections, au point qu'au retour de sa femme, les rapports sont impossibles. Un médecin voit en tout cela les suites de la syphilis, et prescrit un traitement spécifique. Aucune amélioration. Deux mois plus tard, M. Charcot, consulté, constate des douleurs fulgurantes, avec absence du réflexe rotulien, troubles viscéraux et anaphrodisie.

Un traitement ad hoc est prescrit et suivi sous la direction du médecin ordinaire, sans aucun résultat pendant plusieurs mois; au contraire, les fourmillements dans les mollets allaient toujours croissant jusqu'à des crises nécessitant des piqûres de morphine. Le traitement Charcot: hydrothérapie, pointes de feu, bromure potassique, cessa ainsi. De nouvelles crises tirent essayer le nitrate d'argent et l'hyosciamine en pilules, sans succès sur les douleurs, ni sur l'impuissance. Celle-ci n'est pas absolue, car il y a des érections la nuit; mais elles tombent à la moindre caresse et l'éjaculation a lieu passivement. Appétit et sommeil excellents, le malade se tenant debout seize heures par jour.

Après ces épreuves négatives contre l'ataxie, je n'ai pas hésité, chez un sujet très nerveux, de rapporter ces douleurs anciennes, n'empêchant pas la marche après plusieurs années d'aggravation croissante, à la syphilis, ainsi que la faiblesse des érections. Une cure aux eaux chaudes sulfureuses des Pyrénées avec frictions mcrcurielles' coïncidentes a amélioré légèrement l'état du malade, sans l'aggraver sûrement. La syphilis prédispose sans doute à l'a-

taxie et la provoque peut-être ; mais il est improbable que celle-ci la remplace, non plus que la paralysie générale. Ces entités morbides sont assez graves et distinctes pour ne pas se substituer l'une à l'autre.

132. Un vétérinaire de l'armée, âgé de vingt-neuf ans, et en paraissant quarante d'après sa maigreur, son teint blafard et la perte de ses cheveux, venait s'assurer, le 27 février 1888, s'il pouvait se marier. Depuis trois à quatre ans, il a subi un traitement mercuriel contre la syphilis et n'a plus que de faibles désirs et de rares érections, alors qu'il était très viril auparavant. Il n'y a dans ses antécédents aucun signe manifeste de vérole, mais il a subi un violent traumatisme du crâne. La crainte de communiquer du mal l'a éloigné des femmes et la paresse des désirs et des érections aidant, il se croit impuissant et en a conçu une sorte d'hypocondrie qui l'affecte beaucoup. Ses érections spontanées et ses pollutions voluptueuses étant la preuve de son aptitude, je lui conseille une épreuve décisive dans les meilleures conditions et le mariage ensuite, dès qu'il sera convaincu de sa virilité.

Tous les syphilitiques ne présentent pas sans doute ces anomalies de l'érection. Plusieurs autres, en demandant avis sur les dangers de leur mariage, se prévalaient de n'avoir rien communiqué depuis à leur maîtresse habituelle, ce qui est un excellent réactif contre ces craintes.

133. 11 a été prescrit ainsi à un ancien militaire, âgé de trente-deux ans, employé en Algérie, ayant eu en 1874 un chancre induré sur le prépuce, à la racine du gland, traité à l'hôpital Saint-Mandrier, et des chancres volants avec bubon dix ans après. Au moment de se marier, en 1886, des excroissances survinrent avec taches suspectes, picotements en haut des cuisses et une grosseur très dure comme un grain de blé autour

du gland. Avant de « consacrer son union », il fut soumis à un traitement spécifique avec régime très sévère et l'usage d'une femme attitrée. Un an après, tous les accidents étaient disparus et il n'avait rien communiqué, malgré des rapports journaliers. Il pouvait donc se marier avec sécurité.

134. Cette impuissance apparente a d'autant moins lieu que parfois des malades sont taxés de syphilis sans l'avoir jamais contractée. Un négociant péruvien, ayanL un eczéma périnéal suintant depuis plusieurs années, avec des accès intermittents de prurit et de cuisson, que les eaux sulfureuses des Pyrénées modifiaient efficacement, vint ainsi, le 8 septembre 1887, demander avis à ce sujet. Le docteur de l'établissement avait diagnostiqué une manifestation syphilitique et voulut lui imposer l'usage des pilules d'iodure mercuriel. Le malade s'y refusa énergiquement, en affirmant n'avoir jamais eu d'accident primitif; marié depuis vingt ans, il donnait comme preuve la santé parfaite de sa femme et de son fils de seize ans. Il est des spécialistes qui voient ainsi la syphilis partout. Les pilules ont été remplacées par des poudres sulfureuses.

D'autres états physiques anormaux comme la syphilis, se rapportant également aux organes génitaux, exercent les mêmes troubles sur l'érection par l'intermédiaire direct du grand sympathique. Ce sont la masturbation, l'anaphrodisie et le célibat prolongé s'engendrant et se fortifiant réciproquement. On n'y fait pas une attention suffisante en les attribuant exclusivement au moral. L'action de celui-ci n'est sans doute pas toujours étrangère à ces manifestations anormales, d'autant plus qu'il s'agit parfois d'excentriques, maniaques ou mélancoliques, hypocondriaques et déséquilibrés héréditaires.

En se prolongeant de trente à quarante ans, le

célibat détermine fatalement, quelle que soit l'habitude prise pour le rendre supportable, l'impuissance précoce de l'homme et la frigidité chez la femme, de manière à être souvent inaptes à ia génération, c'est-à-dire au mariage ensuite. Ce résultat est évidemment proportionnel à là virilité primitive el aux excès commis ; mais il n'est que trop bien établi par tous les viveurs, libertins et débauchés se livrant tour à tour aux divers excès et abus de la vie de garçon. Les plus nerveux, lubriques et salaces, y sont surtout exposés par les artifices monstrueux auxquels ils s'abandonnent dans leurs dépravations. La suite de l'exemple précité, page 297, en offre notamment un type frappant.

135. Après s'être livré à la masturbation au lycée, un garçon de dix-huit ans, devenu libre et étudiant, s'adonne à la prostitution, ainsi que pendant son volontariat, c'est-à-dire durant trois années consécutives. Rentré chez lui, il choisit et prend des maîtresses à son gré, de ci, de là, et jusqu'à trois et quatre à la fois. 11 les visite alternativement en vrai pacha, jusqu'au moment où des défaillances se manifestent. U vivait cependant à la campagne, comme propriétaire d'une grande exploitation. 11 n'avait pas trente ans et son impuissance le réduisait à une seule.

Pendant cet espace de huit à neuf ans, il avait constamment fraudé, en s'exonérant toujours « extra-vas » afin de ne pas se compromettre ni s'embarrasser. « Quatre fois seulement, durant ce long exercice, le coït avait été naturel. »

Arrivé à trente ans, il était réduit à ne pouvoir plus faire que deux voyages à Cythère par semaine à son unique maîtresse et, cependant, il s'agissait de se marier avec un reliquat de divers accidents

MASTURBATION. 303

qui frisaient la vérole, comme on l'a vu ci-devant. Beau cadeau pour une jeune fille!

Mais il est plus commun de rencontrer ces accidents chez des névropathes dont les abus ou les excès directs de leurs organes ont déterminé des névroses viscérales. D'où les sensations, les douleurs, accusées ici et là, spécialement du côté des organes génilourinaires et leur voisinage, ainsi que le trouble, le * dérangement de leurs fonctions. Les défaillances accidentelles de l'érection n'ont souvent pas d'autre cause directe, immédiate (Observation 418.) De là l'utilité de tenir compte de ces états physiques, d'origine souvent névrosique, leur cessation rétablissant parfois l'ordre spontanément, comme l'opération d'une, difformité suffit à les faire disparaître. D'où la nécessité de passer successivement en revue ces différentes causes avec les faits à l'appui.

Masturbation. Contractée dans l'enfance et persistant plus ou moins longtemps après la puberté, elle est l'agent le plus actif des anomalies de l'érection. Elle paraît même s'opposer à sa manifestation spontanée dans les conditions naturelles, en présence des nombreux cas où elle était lente, incomplète, passagère, capricieuse.

Dès qu'elle est passée en habitude, sa récidive est toujours à craindre dans les diverses conditions de l'existence et à tout âge. En atténuant la virilité du jeune homme, elle le prédispose à toutes les perversions génésiques. Le mieux disposé à y renoncer pour des rapports naturels, normaux, est souvent entraîné plus lard, dans ses liaisons galantes, à revenir

d'une manière ou de l'autre à l'onanisme, pour varier ou prolonger ses plaisirs et augmenter ses sensations érotiques. La manuélisation et la succion sont les procédés les plus usités, dès que sa compagne n'oppose pas une résistance absolue. Les plus nerveux et entreprenants parcourent ainsi la gamme des foyers érogènes jusqu'à satiété. Les anciens masturbateurs sont les plus vicieux dans leurs rapports sexuels.

Prétendre avec certains médecins contemporains que la masturbation est, dans la généralité des cas, un simple enfantillage pour l'avenir de la virilité, paraît une grave erreur. Elle n'est sans doute qu'une simple anomalie quand elle diminue et disparait avec l'âge; mais exécutée souvent dans la station debout, elle doit amener, par l'intermédiaire des plexus sacrés, une série incessante d'actions réflexes qui, comme autant de décharges électriques, vont de l'appareil génital au système nerveux et réciproquement. De là l'afflux insolite du sang et son accumulation mécanique dans le réseau de la pie-mère. La congestion de la moelle en est ainsi la conséquence, démontrée par la paralysie consécutive des membres inférieurs dont plusieurs cas ont été observés après le coït debout. Son action mécanique — eu retentissant bientôt sur divers organes sympathiques : les testicules, les seins, la gorge, le nez — ne tarde guère à atténuer la sensibilité du pénis par les frictions, les pressions, les succions répétées, entretenues et prolongées à volonté sur cet organe. La déformation du gland et la dilatation des corps ca-

MASTURBATION. 305

verneux — produites par la stagnation du sang dans les vacuoles du tissu érectile durant ces érections artificielles et prolongées — rendent celles-ci instables » et molles dans les rapports sexuels. Le coït n'exerce qu'une faible impression locale sur les sens émoussés et la sensibilité pervertie de ces masturbateurs. La timidité et la honte, inspirées par ce vice; l'incertitude, le vague de leurs désirs sexuels, sinon leur absence, tout contribue à troubler l'érection, en dehors de leurs procédés onanistiques, et à les mettre en échec dans les rapports normaux. De là leur préférence et leur ardeur pour tous les moyens violents, immédiats, de la main, la bouche ou des instruments mécaniques .

Froids, torpides, souvent efféminés, sinon anaphrodites et même pédérastes, sans s'en douter, ces malheureux restent ordinairement sans érection suffisante dans leurs essais, à moins de rencontrer une femme qui s'en éprenne, les fascine et les séduise. (Observations 11 S, 146 et 134. ) Autrement, rien ne les guidant, ils restent en affront. Par l'habitude, quelques-uns obtiennent une demi-érection et arrivent à une émission spermatique par une sorte d'onanisme à deux. Ils ne sont pourtant pas impuissants, dès qu'ils se frottent ou se masturbent. L'exploration de leurs organes turgescents suffit même à les mettre en érection. Une femme habile et complaisante en triompherait donc facilement. Comment la leur indiquer? Habitués à s'exciter isolément au diapason voulu de leur lubricité, ils ne savent même pas s'abandonner à leur compagne pour en éprouver

toute l'influence érotique, l'entretenir ni la partager. Ils s'accordent en effet à répondre, comme les femmes insensibles : qu'ils ne sen tent rien. L'érection tombe ou fait défaut. Les aphrodisiaques et lesnervins sont dès ' lors la seule ressource. La masturbation engendre ainsi parfois l'anaphrodisie et le célibat prolongé.

La découverte toute récente de l'altération locale de l'urètre semble devoir assurer cette distinction. Examinant l'intérieur du canal de l'urètre avec l'endoscope, sur 331 masturbateurs exempts de gonorrhée et de lésions du périnée, le docteur S. Gross (de Philadelphie) a constaté son extrême sensibilité au passage de l'instrument. L'existence manifeste de i'hypérémie et de l'irritation locale, en rendant compte de cette sensibilité, expliquait aussi la présence de renflements étendus de la muqueuse, rétrécissant le calibre du canal, dans 88 pour 100 des cas examinés. La division du lissu cicatriciel, faite près du méat, démontrait l'existence d'un rétrécissement organique. Ce nouveau danger, signalé tout récemment aux spécialistes américains, et que la turgescence externe de l'organe, constatée par nous dans beaucoup de cas, semble appuyer, est donc de nature à distinguer ces malheureux et à arrêter leur main homicide.

Ces cas abondent, et il n'y a que l'embarras du choix pour signaler les plus saillants, d'après le récit de leurs auteurs. « La masturbation, dit Deslandes, conduit plus de malades devant le médecin que le coït» ; preuve de l'erreur de ceux qui s'y adonnenf par crainte des maladies vénériennes.

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136. « Garçon de dix-neuf ans, livré depuis l'âge de onze ans à la masturbation solitaire, debout ou assis, presque tous lesjours de quinze à dix-sept ans et moins depuis la lecture de l'Onanisme sous toutes ses formes. D'autant que la jouissance, très vive et violente jusqu'à la puberté, a été toujours en décroissant, au point d'être à peu près nulle maintenant. Il n'y recourt plus qu'au lit et obtient l'éjaculation en une minute, en roulant et pressant le pénis avec la main contre la cuisse gauche. C'est une vieille habitude machinale exécutée sans désir ni aucune volupté. »

Absolument imberbe, il est le dernier né d'une famille de douze enfants, tous vivants et en parfaite santé comme lui ; sa timidité avec les femmes l'a seule empêché de s'y livrer, tout en les aimant beaucoup. Leur vue ne l'excite pas et il n'a jamais eu d'ami pour l'encourager ; il n'en a qu'un pour lui confier son vice et s'en entretenir parfois. Etant à l'étranger à dix-huit ans et complètement libre, il tenta de s'essayer avec une femme peu excitante ; malgré sa volonté, il resta froid comme un marbre et dégoûté, sans pouvoir entrer en érection. Ce qui l'effraie, c'est de ne l'avoir jamais obtenue spontanément ; elle a toujours été provoquée par la main et ne dure que quelques secondes.

L'état physique et moral de cet adolescent, faisant son volontariat, durant lequel tant d'autres trouvent leur guérison, est commun à un grand nombre. Le sujet belge de l'Observation H8 pourrait lui être assimilé, sauf le raccourcissement du frein, et encore mieux celui de l'Observation 56, moins son atrophie testiculaire. C'est là un signe de cette fatale habitude, comme l'absence de barbe et la présence de boutons ou pustules d'acné sur la face indiqués par celui-ci. Ils coïncident fréquemment avec ce vice et semble le déceler, d'après le vulgaire. Mais le saignement de nez est moins connu

et plus certain de la manuélisation, d'après les exemples rapportés chez les deux sexes par Je docteur Joal. Il les appelle Epis taxis génitales. On sait combien cet accident est commun à l'époque de la puberté. Un garçon de dix-huit à vingt ans, se masturbant dans un urinoir public, fut interrompu subitement par un saignement de nez abondant; ce qui lui arrivait souvent, dit-il. Avertissement utile pour les familles de surveiller leurs enfants à cet égard. (Revue de rhinologie, 1887. )

Les céphalées ou maux de tête persistants, localisés au front, attribuées à la croissance chez les adolescents, n'ont souvent pas d'autre cause. En coïncidant avec la paresse cérébrale, l'inaptitude au travail intellectuel, une irritabilité nerveuse entraînant à la tristesse ou à la colère, des vertiges, des cauchemars, des faiblesses ou syncopes, un sommeil agité, il est permis de soupçonner ce vice. Si des causes étrangères : l'anémie, le surmenage, des troubles de la vue ou de l'enchifrènement peuvent s'y mêler, il y a toujours lieu de craindre que de mauvaises habitudes ne s'y joignent. L'irritation des organes génitaux, à l'époque de la puberté, suffit à les produire et il est alors facile de les faire cesser, en appelant sur ce sujet l'attention des jeunes adultes des deux sexes. Mais il en est autrement quand elle remonte à l'enfance.

137. Paris, 1er février 1886. Depuis l'âge de onze ans (j'en ai dix-huit) je me livre seul à l'onanisme manuel, en moyenne deux fois par jour. 11 faut l'attribuer à une précocité physique et morale très grande et sur-

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tout à la vie un peu solitaire que je mène depuis mon en lance. En voici les effets : paresse insurmontable du corps et de l'esprit, idées noires, dégoût et pessimisme général, affaiblissement graduel de la mémoire et surtout décadence profonde, irrémédiable, je le crains, des facultés intellectuelles.

Comme Malfilâlrc, c'est en rêvant aux femmes que je succombe. J'ai vainement tenté à plusieurs reprises de renoncer à ce vice; mais si je ne réussis pas dans ce dernier effort, je saurai ce qu'il me reste à faire.

Les rapports normaux sont le remède, me direz-vous. Ne pensez-vous pas que, d'un caractère timide, sombre et très émotif, je sois réduit à l'impuissance en les essayant et quïl me reste le ridicule et la honte?...

Ce tableau réaliste des alternatives poignantes de l'esprit de ces malheureux, créé par l'onanisme même et leur solitude, leur isolement, peut s'éclaircir facilement par les jeux, les distractions, les exercices, les danses, les liaisons de la jeunesse. J'ai prescrit ainsi le volontariat au plus tôt, comme dérivatif. Il n'est pas infaillible, sans doute, mais c'est encore le meilleur quand le sens moral n'est pas altéré .

138. Un lithographe, âgé de dix- neuf ans, maigre, élancé, élevé au séminaire, a voulu en sortir à seize ans « par ce qu'il y voyait. » Il se présente pour connaître le moyen de se débarrasser de l'onanisme contracté dans cet établissement avec un condisciple, en s'y livrant ensemble debout, à plusieurs reprises chaque jour. A sa sortie, il a cherché à s'en guérir en entrant dans les maisons publiques; n'y trouvant pas d'attrait, il y a bientôt renoncé. 11 a également le bal en horreur et ne va guère au théâtre par défaut d'argent. Son temps libre se passe ainsi avec un compagnon de travail qui lui sert d'acolyte, comme au séminaire, pour se masturber ensemble. Heureusement, ils font partie d'une société de gymnastique qui occupe leurs dimanches en exercices hygiéniques.

— A voire Age, jeune homme, l'onanisme à deux n'est plus de l'enfantillage comme à dix ans, c'est de la pédérastie. Vous avez pu le lire dans l'Onanisme chec l'adolescent (page 263.) Il faut aimer l'homme pour s'y livrer ainsi et votre éloignement du bal, où se font les amourettes, montre votre préférence morbide. Soyez amené par hasard ou préméditation de l'un ou l'autre à partager votre lit et celte inversion sexuelle se déclarera fatalement. C'est le plus grave danger qui vous menace, surtout avec votre aspect efféminé. Tenez-vous en garde contre ce penchant et les propositions qui peuvent vous être faites par des hommes. Rompez avec votre ami, substituez-y une connaissance de l'autre sexe et attachez-vous à l'aimer davantage. Votre volontariat prochain sera une occasion favorable à cet effet. Profitez-en.

Tout en se défendant de cette accusation inattendue, ce garçon ne la prit pas en mauvaise part. Elle était d'autant plus juste qu'à l'examen, le pénis, très développé en longueur, se trouva en érection complète, bientôt suivie d'émission. A cette épreuve, provoquée par les détails circonstanciés et précis de l'interrogatoire, plusieurs masturbateurs incorrigibles ont été convaincus de goûts pédérastiques, comme l'Observation 16 en fournit la preuve, corroborée par l'Exemple 442 ci-dessous et d'autres à Inversion sexuelle.

Elle est également une contradiction flagrante de la prétendue impuissance dont ces masturbateurs effrénés viennent se plaindre. Les faillites, auxquelles ils sont en général plus exposés que d'autres, dépendent de la perversion de leurs organes et leur timidité. Ils ont souvent besoin d'être excités, provoqués directement, et dès que la femme garde une

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certaine réserve, leurs organes restent dans l'assoupissement et ils oublient leur rôle.

139. Un beau garçon de vingt-deux ans, très bien découplé et distingué, s'est livré à la masturbation de quinze à dix-buit ans. 11 entre ensuite dans les maisons publiques et en sort triomphant. Son volontariat, accompli sons les yeux d'un mentor, l'oblige à rester continent, il ne revient que par besoin à s'exonérer par simple frottement sur son lit. Une conquête s'offre bientôt après et, malgré une complète liberté d'action, il reste penaud à quatre ou cinq reprises successives. 11 s'en lasse et la délaisse, après un écoulement qui l'oblige à une continence de six mois environ. Depuis six semaines, il est épris pour la première l'ois d'une jeune fille qui lui offre toutes ses faveurs, dans un rendez-vous en voiture. Il reste de même paralysé auprès d'elle, malgré toutes les caresses, les baisers auxquels il se livre pour lui prouver son amour. L'érection est nulle, alors qu'elle est spontanée, durable et persistante, lorsqu'il est seul. L'exaltation cérébrale, jointe à la timidité et l'abus de l'onanisme, détermine cette anomalie.

140. Le 2°2 novembre 1888, un garçon pâtissier de vingt-huit ans, très grand et maigre, à l'aspect tabétique, s'accusait d'être impuissant par excès de masturbation et de femmes. Il présentait à l'appui plusieurs ordonnances des plus célèbres médecins de Lyon et de quelques soi-disant spécialistes parisiens l'ayant traité par l'ergotine. Les douches froides le faisaient tousser et lui donnaient des douleurs de reins; il les prenait chaudes, etc., etc.

L'interrogatoire décela de simples faillites accidentelles dans de mauvaises conditions. Il avait ainsi échoué la veille dans une rencontre sur les boulevards. De là son inquiétude et son effroi. Il se trouva tout sut, en le faisant découvrir, par la turgescence d'un énorme pénis qui se développa par l'inspection jus-

qu'à éjaculation. Une grave hérédité tuberculeuse pesait sur ce malheureux hypocondriaque.

141. 11 en était de même d'un pauvre toqué, âgé de trente ans, grand, fort, issu d'une souche névropathique, vivant avec sa mère et une tante encore plus nerveuses que lui, disait-il. Jouissant d'une grande aisance, il n'avait jamais rien fait, sinon un congé comme engagé volontaire dans la cavalerie. Livré absolument à la masturbation, et atteint comme conséquence d'un coryza chronique avec écoulement continu et des palpitations nerveuses— diagnostiquées organiques par un spécialiste, faute d'en connaître la cause — il n'avait jamais essayé le coït par crainte d'échouer. Une bonne Duvallui ayant fait les yeux doux en lui servant ses repas, il en était devenu amoureux et demandait s'il pouvait en poursuivre la conquête. Je l'encourageai beaucoup dans cette voife comme moyen de guérison. Son pénis, turgescent et en demi-érection, portait tous les caractères du masturbateur par son développement exagéré, le gland surtout. 11 reparut six semaines plus tard, disant qu'il n'avait pas osé et sollicitant d'autres moyens de guérison.

142. Un exemple identique m'a été communiqué en 1885 par un Belge de vingt-trois ans environ, ayant également fait son service militaire comme sous-officier. Livré absolumentà la masturbation solitaire, par crainte des maladies vénériennes, dont il entendait ses camarades se plaindre, il fut bientôt atteint de pertes séminales nocturnes presque journalières, avec diarrhée et coryza, accompagné d'écoulement abondant des narines. Après avoir ralenti, suspendu le cours de ces pertes involontaires par le traitement topique des bains froids et des suppositoires, je lui parlai d'une maîtresse pour les arrêter définitivement. Il répondit: « Je n'ai pas plus de goût des femmes qu'un eunuque. Les belles femmes, qui devraient faire mes délices, ne m'inspirent qu'un profond dédain. Si ce n'était mon affection, j'y prendrais du plaisir, car, à mon âge, je devrais mettre le feu dans l'eau. Au régiment, un bon repas à la table des sous-1

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officiers suffisait à me rendre fougueux... à l'onanisme. C'est tout le contraire actuellement.

Extraites d'une très longue correspondance, qui a duré jusqu'en 1887, pour détailler les maux sans fin d'un pauvre hypocondriaque, ces quelques lignes suffisent à montrer que le défaut d'érection avec femmes — alors qu'elle est violente spontanément et sous leur main — est produit parfois par l'anaphrodisie, résultant directement de la pratique chronique de la masturbation. Plusieurs observations le confirmeront plus loin,

143. Par opposition, elle développe un érotisme platonique chez d'autres. Tel un garçon de vingt ans, adonné, depuis l'âge de huit à neuf, à la masturbation, seul, assis ou couché, et sans pollution jusqu'à treize. Dès lors, il s'y livra jusqu'à extinction. Plus tard, ce fut par intermittences de un à trois mois de durée, pendant lesquels il s'y livrait de deux à cinq fois par jour, après quoi il restait tranquille, sous l'influence du remords et de ses principes religieux, pour retomber ensuite. Le plus souvent, c'était eu se plongeant dans des rêves lubriques qu'il prolongeait, en modérant les mouvements de sa main, afin de retarder l'instant du spasme.

Ces formes de l'onanisme manuel étant les plus pernicieuses, il n'est pas étonnant que, dès l'âge de seize uns, des accidents se soient développés. Placé au collège, il cessa pendant sept mois pour recommencer avec une sorte de fureur, jusqu'à huit fois par jour pendant les vacances ! Une dyspepsie grave l'obligea de quitter le collège et c'est sous l'influence du raitement antispasmodique de quatre médecins qu'il s'abstint, d'octobre 1885 au mois d'août suivant. Mais il y avait alors affaiblissement de toutes les facultés, plus de mémoire, démence, inquiétude, perte des forces, tristesse, et surtout manie erotique pour une Louise de seize ans, sa voisine, devant laquelle il restait muet et impuissant.

Les distractions et les voyages, avec un régime approprié, la continence et un guide moral, sout les seuls moyens propres à calmer l'esprit et ramener la santé.

L'extrême impressionnabilité de ces masturbateurs effrénés inllue surtout sur les anomalies de l'érection, quand il s'y joint des lésions pbysiques. Tout contribue à leur faire perdre le sang-froid, dès que l'excitation érotique leur monte à la tête. Us ne se possèdent plus, le désir disparait et l'érection tombe. La neurasthénie coïncidente est ainsi toujours à invoquer dans ces cas compliqués.

144. Tel était le bijoutier breton de vingt-six ans. atteint de varicocèle gauche avec allongement du -prépuce (Observation 42. ) Cette excroissance serrait le gland en la relevant au-dessus, par le volume en massue de celui-ci, lequel formait un obstacle réel à l'intromission chez des filles à peine déflorées. C'était là toute sa prétendue impuissance, comme il résulte de sa narration :

« Depuis plusieurs années, j'ai de fréquents rapports avec une femme et jamais je n'ai pu accomplir normalement le coït. Il est vrai que ce n'était pas dans d'excellentes conditions; ne pouvant coucher ensemble, je ne l'essayais, dans le courant de la journée, que furtivement, en cachette ou à la dérobée, assis sur une chaise ou un escalier, sinon debout ou par terre. .Malgré mon désir, je ne puis ainsi obtenir d'érection, et c'est en forçant avec mon doigt la verge molle à s'introduire un peu dans le vagin que Lj sperme s'écoule, sans projection sensible. Il est opaque, très épais et peu abondant : ce qui est peut-être l'effet du défaut d'érection.

Je n'obtiens d'érection que le soir, dans mon Ut, OÙ je lis appuyé, et encore n'est-elle jamais bien complète] le pénis, quoique très raide, fléchissant encore à la base. Elle cesse, dès que j'enlève la main de cet endroit, et

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elle ne se produit également, en lisant certains livres, qu'avec les attouchements.

En me livrant à l'onanisme manuel avec des camarades, dans ma jeunesse, l'érection n'était jamais aussi complète ni durable chez moi que chez eux, mais le sperme était projeté aussi loin. Actuellement, je l'obtiens aussi difficilement seul qu'avec une femme, » écrivait-il le 5 mars suivant, en m'annonçant sa visite. Son aspect était simple, timide et embarrassé. L'examen, un an après, révélait un état de turgescence avec absence d'irritation du prépuce allongé et du gland en massue caché dessous, tandis que les corps caverneux, au lieu d'être mous et spongieux comme d'ordinaire chez les masturbateurs, étaient durs, sclérosés. D'où le défaut probable d'affluence du sang et l'érection incomplète et passagère en résultant.

En présence de cet onanisme persistant, seul, à deux et même intersexuel, sans une seule tentative de coït normal, il est difficile d'admettre autre chose qu'une anomalie de l'érection. Que ce garçon se place dans des conditions normales, comme je le lui ai prescrit, taisant usage d'excitants locaux, d'aphrodisiaques même, douches froides, suppositoires à l'ergotine, à la strychnine, un régime tonique et stimulant, et, dès qu'il sera rassuré par un coït complet, il pourra se marier ensuite, puisqu'il aime les femmes.

145. Adonné dès l'âge le plus tendre à la masturbation solitaire, le fils d'un officier de cavalerie d'Afrique rnntinua de s'y livrer au collège, où il entre comme boursier, et ensuite pendant son stage dans une administration de l'État, c'est-à-dire jusqu'à vingt-trois ans environ. De là, divers accidents nerveux, douleurs et faiblesse des reins jusqu'à ne pouvoir marcher pour remplir les devoirs de sa profession. A vingt-quatre ans, il lente d'y renoncer et, pour s'assurer de sa virilité,

fréquente la prostitution. Il y insiste de plus en plus, jusqu'à deux visites hebdomadaires, malgré des érections incomplètes etde nombreuses faillites, de fréquentes pertes séminales involontaires, survenant d'ailleurs dès qu'il s'en abstient. C'est donc la continuation de l'onanisme manuel intersexuel, comme dans le cas précédent, amenant une telle dépression morale et physique qu'après avoir consulté, à ce sujet, divers médecins dans ses pérégrinations professionnelles, il vient du Nord, en août 1887, demander s'il lui est permis de se marier.

C'est un garçon de vingt-sept ans, petit, maigre, délicat et très impressionnable. Triste, dégoûté et découragé, quoique vivant avec sa mère, il est évidemment peu apte au mariage qu'il désire. Néanmoins, c'est l'unique voie de salut pour son état moral et sa virilité ; un célibat persistant les aggraverait fatalement. Un stage de six mois d'attente est exigé avec régularité de relations sexuelles plus normales et le traitement des pertes séminales passives.

C'est une erreur trop fréquente de ceux qui ont résisté jusque-là, ai-je dit dans Y Onanisme, page 283, de s'arrêter brusquement devant l'abîme entrouvert et de se marier aussitôt, comme le moyen assuré de ne pas retomber dans leurs habitudes. La menace de l'impuissance doit toujours les faire réfléchir et les retenir. Un apprentissage de l'amour, ou plutôt l'épreuve des rapports normaux, dans des conditions physiologiques, est absolument indispensable pour être sûr de son aptitude au mariage. Il suffit aux maslurbateurs de devenir amoureux pour être impuissants. La preuve en est dans les pollutions qui se produisent sans attouchements, à un coup d'oeil, un serrement de main, un baiser. C'est l'onanisme moral.

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La femme est ici le curatit* par excellence, sans être absolument infaillible. Une amourette pour les jeunes gens, en se rencontrant dans des conditions faciles, est le véritable spécifique. L'Observation 115 en est la démonstration, confirmée par l'idylle suivante, rendue publique dans les journaux il y a cinq à six ans.

146. Au coucher de soleil d'une belle soirée printanière, une jeune ouvrière parisienne retournait, sa journée faite, chez ses parents à Billancourt, lorsqu'elle est rejointe par un beau gars blond de dix-sept ans faisant le même trajet pour aller retrouver sa mère au Point-du-Jour. Il lui plaît au premier coup d'oeil; elle l'interpelle et la conversation s'engage. En quelques minutes, la connaissance est faite et elle donne rendezvous au jouvenceau, le soir même après souper, dans sa chambrette où l'on monte par une échelle de meunier, placée dans la cour. Après deux ou trois heures passées dans de tendres embrassem.ents,on se sépare pour se retrouver le lendemain et ce doux commerce se poursuit ainsi pendant six semaines, lorsque le père fut averti de ce qui se passait sous ?on toit. Il les surprit, fit arrêter le jeune garçon pour le forcer d'épouser sa fille. Les coupables ne demandaient pas mieux, mais il était mineur et la mère refusa son consentement. De là Fésclandre.

Deux ans après, un jeune homme me demandait s'il était apte à faire son volontariat, à cause de ses pertes séminales involontaires. C'était le beau gars blond, me racontant son idylle amoureuse comme ayant amené ces pollutions. La séparation avait été si cruelle et profonde qu'il n'avait plus d'érections depuis, malgré ses occupations au milieu des femmes galantes du théâtre des Folies-Bergère. Elle le dégoûtaient et il se croyait impuissant. Depuis l'âge de dix ans, il se masturbait seul, lorsqu'il fit la rencontre qui le guérit subitement. Son sommeil était fréquemment troublé par des rêves lubriques qui l'éveillaient en çrection ou en pollution active.

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Il était grand, fort, bien râblé, vrai luron, mais lymphatique, aux tissus blancs et mous.

Rassurez-vous, lui dis-je, c'est l'effet de votre âge et de votre continence, prenez des lavements froids et appliquez des suppositoires alternativement. Pratiquez un coït hygiénique et faites surtout votre volontariat qui vous débarrassera sûrement de toutes ces incommodités en agissant comme les camarades.

A ce défaut, la plupart des jeunes masturbateurs, timides et honteux comme ils sont d'ordinaire, n'ont pas d'autre ressource que la prostitution. Au lieu de la guérison, ils y trouvent plutôt un nouvel aliment à leur dépravation génésique par les abus et les excès où ils sont entraînés. Aussi leur système nerveux surexcité ne résiste guère et ils en sont bientôt les victimes comme dans le cas suivant :

147. Un étudiant de vingt-six ans à la Faculté des lettres de Bordeaux raconte ainsi, en décembre 1886, qu'à la suite d'un rhume, deux ans auparavant, il fut atteint de douleurs erratiques violentes dans les reins et les bras, qui se localisèrent ensuite dans le côté droit du thorax au point de ne pouvoir se coucher dessus. Un an après, elles devinrent plus vives dans la tête et les jambes, avec tremblements et contractions involontaires que les bains sulfureux, ordonnés par un médecin, n'ont pas atténués. Elles subsistaient parfois si violentes, surtout dans les jambes et le long de la moelle épinière, qu'il ne pouvait se coucher sur le dos.

« La cause de cet état est assurément la masturbation, dit-il, pratiquée très fréquemment au collège, de quinze à dix-neuf ans, parfois avec rage. La fréquentation des filles jusqu'à vingt-doux a fait cesser cette fatale habitude, incomplètement pourtant, car je m'y livrais souvent encore et il m'a fallu des efforts inouïs pour extirper ce vice que je considère comme une maladie mentale. La lecture de votre ouvrage, en m'en montrant

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les conséquences épouvantables, m'a guéri. Veuillez agréer, avec mes remerciements, mes humbles félicitations pour votre œuvre si éminemment morale qui m'a rendu personnellement de grands services et qui devrait se trouver entre toutes les mains. »

La prostitution n'est pas également efficace à tous les masturbateurs comme moyen de guérison. Le jeune adolescent, se laissant aller à ce vice de temps à autre par besoin, peut être favorablement impressionné par la Vénus errante et amené ainsi, dès qu'il en a fait l'essai, à s'enhardir dans ses poursuites amoureuses. Il la rencontre souvent au bal où il cherche aventure et le véritable amour naît et se développe ainsi. Tout à son vice, contracté dans l'enfance et persistant après la puberté par une sorte de choix et un priapisme latent, le masturbateur habituel, perverti, honteux et timide, se laisse raccrocher dans la rue ou entre furtivement dans un lupanar obscur pour s'essayer sans besoin ni attrait. A moins d'être surexcité artificiellement, il restera en échec ou bien le plaisir qu'il éprouve ne vaut pas l'argent qu'il donne. L'expérience faite, il renonce à y retourner. Il ne l'adopte qu'en y trouvant un nouvel aiguillon à son sens génital perverti, pour le pervertir encore davantage par tous les encouragements qu'il y rencontre. L'amour seul peut obtenir raison cle ces masturbateurs etfrénéset la prostitution n'en est que le mensonge, dit l'ancien préfet de police Carlier dans ses Deux Prostitutions, page 164. L'amour libre dans la prostitution, prêché par les socialistes modernes comme le

libertinage et l'égoïsme déguisé à leur usage, ne convient pas même à ces malheureux.

Au lieu de les guérir, elle les rend souvent plus malades, en les rivant à leur funeste habitude. Leur priapisme latent en est aiguillonné, avivé, sans être satisfait, rassasié, et ils reviennent à leur passion habituelle avec une nouvelle ardeur et une sorte de rage. (Voy. Priapisme.)

Il y a même des exceptions à cet égard pour les garçons bien élevés, moraux et quelque peu délicats. La prostitution fait sur eux l'effet d'un anaphrodisiaque, elle glace leurs désirs par le dégoût qu'ils eu éprouvent. En leur conseillant, pour les prémunir contre l'onanisme solitaire, on risque de les amener à ce vice par l'insuccès de leurs tentatives. Les jeunes gens faibles, timides, efféminés, aux désirs incertains, en sont surtout menacés.

148. Un célibataire anglais, voyant son blond neveu de dix-neuf ans, pâle et élancé, élevé avec des principes très sévères par ses parents qu'il ne quittait jamais, pensa qu'il se livrait à l'onanisme et lui conseilla de recourir aux filles. Il fut envoyé à cet effet en Angleterre et aux États-Unis où les occasions de s'essayer ne lui manquèrent pas. Il se risqua à plusieurs reprises, sous l'empire d'un besoin rendu manifeste par des rêves érotiques, des érections et des pollutions spontanées. Ce fut toujours en vain, et à cinq ou six reprises pendant deux années passées à Londres, à New- York, à Paris, il ne put jamais compléter le coït par chute de l'érection. 11 n'y avait, ni priapisme, ni impuissance, ni aspermatisme ; la prostituée seule inspirait tant de répulsion et de froideur à ses sentiments délicats que son contact le paralysait. Effet moral qui doit cesser dans des conditions plus normales et naturelles. Cherchez l'amour et vous le trouverez, fut ma seule ordonnance

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que la liberté du volontariat, de ce jeune Français par son père, a dû lui permettre d'exécuter. (Onanisme, p. 190.)

D'où le danger de pousser dans ce bourbier, cet égout infect, ceux qui ne sont pas portés à y entrer spontanément pour essayer leur virilité ou pour se guérir de la masturbation.

Le mariage seul conviendrait aux masturbateurs effrénés pour les arrêter dans leur fatale passion, si une tendre affection sincère pouvait toucher leur cœur. Mais ils en sont souvent indignes et incapables par leur anaphrodisie, leur impuissance ou leurs passions. Beaucoup de jeunes gens s'y laissent entraîner par ignorance; d'autres le recherchent criminellement; les plus vieux seuls le repoussent ou le refusent quand ils y sont incités. En voici les faits justificatifs.

149. Un jeune et bel officier de trente-deux ans, blond et un peu efféminé, portant un grand nom, vient, le 5 février 1883, s'accuser de n'avoir pu déflorer sa jeune femme après dix-huit mois de mariage, par défaut d'érection, malgré leur amour réciproque. Elle se produit bien sous l'étreinte amoureuse et les attouchements de sa femme qu'il a habituée à ces manœuvres pour le mettre en érection; mais elle tombe dès qu'il essaie l'intromission, malgré les stratagèmes employés. Ni le volume du pénis, assez exigu, ni l'étroitesse du vagin n'en sont la cause; l'habitude de la masturbation solitaire jusqu'à vingt-deux ans peut seule être accusée, car il était de même impuissant avant son mariage, dans quelques rares essais avec les prostituées. Ses rapports consistent en une sorte d'onanisme à deux pour amener l'émission spermatique, car, impossible au début, l'intromission est toujours incomplète depuis. Ce fait vient ainsi s'ajouter aux Observations 29 et 1M précitées, avec

cette différence qu'aucune anomalie physique de Ja verge ni des testicules n'existait chez ce monsieur.

Malgré l'insuccès des aphrodisiaques, déjà employés sur le conseil du médecin-major, j'en ai prescrit d'autres dont le résultat ne m'a pas été communiqué.

L'observation analogue des époux Charentais, numéro 101 , est encore plus démonstrative. Si leurs difformités physiques étaient pour eux l'explication de l'impuissance commune, celle-ci n'existait pas réellement de part ni d'autre, puisque les rapports sont devenus normaux, après treize ans de mariage, par l'ajustement de leurs organes réciproques. La masturbation antérieure et le défaut d'érection s'ensuivani en étaient plus sûrement les causes.

150. Un professeur de collège, âgé de vingt-sept ans, écrivait le 9 mars 1882 : << Marié depuis le mois d'août précédent, je n'ai pu encore obtenir de ma femme les faveurs dues à un mari, malgré ma douceur et mille précautions pour éveiller chez elle des désirs qu'elle n'a jamais eus. Devant son ignorance complète, absolue, tous mes efforts ont été impuissants. Elle ne veut consentir à aucun prix à se laisser voir à un médecin. Après examen, une sage-femme lui a déclaré qu'elle n'était pas plus ouverte qu'une enfant de dix ans. Elle me repousse ainsi involontairement, lorsque je tente l'accouplement. Je suis convaincu qu'à l'aide d'une potion ou boisson aphrodisiaque tant soit peu énergique, qui dispose les sens de mon épouse sans troubler l'organisme, nous verrions la fin de nos maux. Veuillez m'en envoyer l'ordonnance par retour du courrier. »

Dès le lendemain, la mère de la jeune femme, âgée de vingt et un ans et très grande, écrivait secrètement que le certificat de la sage-femme constatait qu'elle étai t très bien conformée, très malheureuse et maltraitée

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par son mari. « Il lui avait avoué que depuis l'âge de seize ans, il se masturbait toutes les nuits. 11 se remue constamment et voudrait même lui l'aire l'aire la chose, y éprouvant un grand plaisir. »

Il s'agissait doue d'un onaniste énervé qui, ne pouvant déflorer sa femme, voulait la soumettre à des aphrodisiaques pour exciter ses désirs erotiques et s'en faire masturber plus facilement. Le silence était commandé en pareil cas, et je répondis simplement à la mère que l'examen de sa fille était indispensable pour se prononcer. A elle d'aviser.

151. D'autres cas analogues peuvent être cités, et malgré les tristes résultats des précédents, comment éloigner les consultants du mariage, quand il est projeté ou près de se conclure? Un garçon de vingt-sept ans, sur le point de se marier et doutant de lui-même, demandait ainsi les précautions requises pour ne pas échouer. Elevé dans un château isolé de province jusqu'à vingt ans, il n'avait connu jusque-là que la masturbation. Placé alors dans une école préparatoire à la ville voisine, il fut bientôt initié à l'emploi des jours de sortie par ses condisciples. Désireux de faire comme eux et ne sachant comment s'y prendre, il se fit pourvoir par l'un d'eux. Mais sa prise de possession fut si brutale que sa victime jura bien qu'il ne l'y reprendrait jamais. Ce fut le tour d'une autre qu'il garda six mois, tout se passant pour le mieux. Une blennorrhagie l'en détacha et depuis lors il a repris son ancienne habitude, sauf de très rares exceptions de passage au bordel.

C'est un grand et fort gaillard, un peu guindé et minaudier. Ses parents l'ont fiancé à une châtelaine du voisinage, âgée de vingt-six ans. Après avoir refusé divers partis, elle a déclaré, en le voyant, qu'elle n'en aurait pas d'autre. Le mariage devait se célébrer dans la quinzaine.

— Votre future vous plaît-elle et fait-elle impression sur vos sens dans vos conversations intimes?

— Klle est un peu maigre, et je préfère les femmes

mâ

potelées. Sa présence me laisse absolument froid et je ne me suis pas encore trouvé seul avec elle.

— Son souvenir produit-il des érections la nuit?

— Nullement. J'ai des perles nocturnes et je recours parfois à la masturbation.

— Y pensez-vous? Au moment de votre mariage, c'est courir après un échec; il faut vous en abstenir absolument.

Ce garçon, libidineux et salace à l'excès, voulait savoir surtout comment s'y prendre avec une vierge, pour franchir la barrière hyménéalc qu'il comptait bien rencontrer, et craignait que son érection fût insuffisante à cet effet, d'après les échecs nombreux éprouvés avec des filles de rencontre. Il n'avait jamais fait de conquête. A l'examen, le pénis, très rétracté, n'avait pas plus de quatre à cinq centimètres de saillie, avec un gland volumineux et en massue. A mon étonnement, il répondit qu'il mesurait, au contraire, seize centimètres en érection. Scrotum flasque et pendant. Le meilleur aphrodisiaque pour lui est de se coucher nu, à poil, ainsi que sa compagne; ce contact immédiat et surtout le passage de la main féminine sur ses mamelons, presque imperceptibles, le mettent plus sûrement en érection que toute autre caresse. Sa nature efféminée se démontre ainsi, et il avoue même avoir reçu autrefois des propositions pédérastiques. Je lui renouvelle le conseil de s'abstenir de l'onanisme, l'emploi de douches locales surtout et les précautions d'usage pour faciliter sa prise de possession.

Quinze jours plus tard, il annonçait un échec complet par faiblesse d'érection. Son voyage de noce s Vf-

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i'ectuant par Paris, il y avait passé la première nuit; triste et honteux de son insuccès, il demandait un moyen de s'en dédommager.

— La chose est assez fréquente pour n'y pas faire attention et je lui donnai un stimulant aphrodisiaque pour le rassurer.

Même nouvelle le lendemain. Devant l'impossibilité de l'intromission, l'érection tombant, il s'était livré à des manœuvres digitales pour déchirer l'hymen cl, malgré ses pratiques favorites, les tendres aveux de sa femme el les plus douces caresses, il était resté impuissant toute la nuit par la faiblesse et l'instabilité de l'érection.

— Effet de votre détestable habitude. Allez prendre un bain frais avant votre diuer et enlevez la place d'assaut eu vous niellant au lit.

Il' ne revint pas, comme il l'avait promis, ce qui me permit de croire qu'il avait réussi.

Dans un cas semblable, ce n'est pas trois jours que je restai à la porte par défaut d'érection surïisante, me dit un autre masturbateur qui ne s'était essaye que pour gagner la vérole, niais huit jours entiers ! Et marié depuis quatre ans, il était sans enfant et venait en demander la cause. De là l'embarras de conseiller le mariage dans ces conditions, surtout à des novices. J'ai mis ainsi la restriction expresse d'un stage de six mois dans Y Observation f4S et d'un essai préalable dans le cas suivant.

152. bordeaux, 30 janvier 89. « J'ai vingt neuf ans el désire me marier, en sentant de l'entraînement pour cel état social supérieur et moral. Malheureusement, j'ai contracté l'habitude de l'onanisme solitaire, très fréquent, de dix-sept à \ingt-ieux ans, en diminuant jusqu'à vingt-cinq et rarement depuis. Cessation il y a six mois environ par Je peu de plaisir que j'y trouvais dans les quatre à cinq dernières années, me laissant au

contraire un certain dégoùl. Je n'ai jamais eu de rapports sexuels. Étant entré en ébriété dans des maisons numérotées, à deux reprises différentes, je n'ai pu rien y l'aire, quoique la présence des femmes dans d'autres circonstances m'ait fait entrer spontanément en érection.

Votre livre du Célibat m'ayant inspiré des craintes sur l'impuissance, je ne veux pas m'engager dans les liens du mariage sans votre opinion à cet égard. »

Un supplément d'information m'apprend qu'il a des pertes séminales nocturnes involontaires assezfréquentes, dont trois ou quatre dans le courant de décembre. Des érections spontanées ont lieu dans le jour plus souvent que lorsqu'il se masturbait. Cette babitude est née de l'isolement dans lequel il a été tenu jusqu'à vingt et un ans et de la continence forcée. En habitant ensuite les pays chauds, il était peu attiré par les femmes de. couleur. De là son indifférence, entretenue par l'onanisme et le dégoût de la prostitution.

Si atténuants que soient ces déLails, j'ai prescrit une verrée d'eau froide en lavement à garder, tous les jours en se couchant , deux à trois douches par semaine pendant un mois et l'apprentissage de l'amour selon ses goûts, en ne se mariant pas sans savoir s'il était capable d'en remplir les devoirs.

Voici la réponse reçue en corrigeant ces épreuves:

30 juin 1S89.

.l'ai le plaisir de, vous informer que, après uue troisième tentative avec la même femme, j'ai pu heureusement arriver à mes fins. Dans la première, en mars dernier, l'érection fut insuffisante pour l'intromission. A la seconde, en mai, l'érection et l'éjaculalion eurent lieu prématurément, en mettant trop d'ardeur dans mes enlacements et mes baisers. A la troisième, celte semaine, tout s'opéra normalement. Succès complet, surtout sous l'influence des douches froides et des lotions locales soir el matin.

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153. Un gentleman anglais, âgé de quarante-trois ans, est adonné exclusivement à cette pratique depuis l'âge de quatorze à quinze. Cette passion a suivi ses différentes phases d'augment, d'état et de décroissance, et a produit ses effets ordinaires sur l'ouïe et la circulation : palpitations, bruissements d'oreilles, assourdissement, douleurs à la nuque. L'alcoolisme s'y est mêlé un moment. Très intelligent et nerveux, il n'a jamais laissé paraître sa passion dans sa famille ni au dehors. C'est un homme du monde brillant dans la meilleure société, où il accompagne ses sœurs comme danseur et musicien, très empressé et galant auprès des dames, sans en avoir jamais courtisé ni connu aucune intimement. 11 s'est livré avec succès aux grandes affaires et c'est par suite de la passion inspirée à une belle miss de vingtsept ans, orpheline, qu'il s'est relâché de ses pratiques onanistiques depuis deux à trois ans, sans en ressentir d'autre elïet qu'une perte séminale involontaire mensuelle. Les érections sont à peu près nulles. Relâchement considérable des parties génitales; verge assez développée, très molle, avec veine dorsale variqueuse très prononcée; gros gland en massue.

— Peut-il se marier? telle est sa question, le 5 mars 1888. La jeune personne qu'il aime... par l'amour qu'elle semble lui porter, va lui être enlevée par la famille du tuteur fuyant aux Indes, parce qu'elle refuse tout autre union. Elle le presse de se décider. 11 n'éprouve aucune érection dans leurs rendez-vous.

— Impossible de répondre catégoriquement. Cherchez à récupérer préalablement une certaine virilité , à l'aide d'un traitement ad hoc, par le changement d'habitudes, les distractions, les voyages , une station à Carlsbad à la source Felsen, puis au bord de la mer ensuite, avec bains et douches sur la colonne lombaire. Essayer le coït et se marier s'il réussit.

Un mois après, il n'a pas quitté Londres, ne pouvant ser ses affaires. Par crainte d'impuissance, il est irrésolu pour le mariage qui seul peut le remettre dans la voie physiologique et légale. En tentant la masturbation même, il n'obtient plus que des érections incomplètes et fugitives. Il avoue avoir souvent empêché l'éja-

c ulalion au moment du spasme ; cause funeste d'impuissance précoce qu'il a vue signalée connue troublant et pervertissant le système nerveux. Je prescris le traitement local par les suppositoires à l'ergotine et la strychnine pour rendre les érections plus fortes et durables.

Troisième visite, un mois après, m'apprenanl le bon effet du traitement topique. 11 n'a pas osé essayer la copulation et demande une potion à la cantharidine pour l'y entraîner. J'en délivre la formule, en soupçonnant de l'anapbrodisie latente, d'après son hésitation au coït et son indécision pour le mariage. Depuis, je n'en ai plus entendu parler.

Ces malades protestent énergiquumenl, lorsqu'on les taxe d'anaphrodisie, et se révoltent au moindre soupçon de pédérastie que leur persévérance dans l'onanisme et le célibat tend à développer et accréditer. Ils jurent très haut qu'ils aiment et ont toujours exclusivement aimé les femmes; leur timidité, leur dégoût des filles galantes, leurs principes religieux, la crainte des maladies ou les exigences des affaires qui les absorbent, en sont les seules causes. Erreur : ils prennent pour de l'amour le simple plaisir qu'ils trouvent dans leur société par leurs compliments, leurs avances, leurs cajoleries et jusqu'à leurs baisers ; mais leurs organes, leurs sens, restent froids et insensibles, sous prétexte de respect. Le fait est qu'ils n'en sentent rien et ne réagissent pas. Amenés jusqu'à l'épreuve décisive, ils se dérobent, Fuient ou échouent piteusement, en voulant aller d'emblée jusqu'au bout. Des exemples en sont relatés à Anaphro^ disie, cause fréquente d'onanisme et de célibat. Il né faut donc pas leur conseiller légèrement le mariage, d'après leurs déclarations. Ils sont anaphrodites,

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sans le savoir, par leur ignorance du sentiment do l'amour.

Les divers antres procédés d'onanisme solitaire sont moins dangereux à cet égard. Que d'enfants nerveux et précoces ont mis leur foyer érogène en éveil en grimpant à l'arbre ! Cette découverte suffit pour qu'ils en fassent un jeu. Des trois cas observés, aucun ne présentait d'anomalie de l'érection. Ne pouvant renouveler cette manœuvre à volonté, ils en changent facilement : les uns en se masturbant, les autres en se frottant le pénis, par l'entrecroisement des cuisses. Ce procédé, en se prolongeant, détermine l'allongement du prépuce, signalé page 121. L'origine s'en distingue au caractère particulier de l'effilement plissé, fané de cette enveloppe, sans rétrécissement notable de son ouverture. Les enfants nerveux des deux sexes y sont prédisposés par la facilité de s'y livrer en secret à l'école et en classe, d'après lès Observations 38 et 39. L'exemple en est ainsi des plus funestes et contagieux.

154. Voici la révélation d'un mode particulier, peu connu sans douLe, d'exercer cet onanisme isolé. Depuis l'âge de neuf ans — j'en ai vingt aujourd'hui — j'ai été adonné à un genre d'onanisme découvert tout enfant en faisant de la gymnastique, écrit le coupable, le 1er octobre 1886. Il se pratique à l'aide des cuisses, sans mouvement. A toute époque, autant qu'il m'en souvient, je m'y suis livré en moyenne trois ou quatre fois par semaine. Depuis mon enfance jusqu'à, dix-neuf ans, j'ai été d'une constitution assez faible, nerveuse, un peu

anémique, sans maladie, mais avec une incontinen d'urine conservée jusqu'à quinze ans.

Une explication devenait indispensable pour comprendre le mécanisme de cet onanisme spécial pendant onze années consécutives. ]1 en est résulté que la maudite corde lisse n'avait été que l'initiatrice du chatouillement découvert en la serrant entre ses cuisses, en se laissant glisser un jour du haut en bas. Il rechercha beaucoup d'abord cette douce sensation, mais la rougeur de la face pouvait faire découvrir son manège et il y substitua bientôt l'entrecroisement des cuisses en classe, sous la table, sans que personne s'en soit jamais aperçu, aucun mouvement n'étant nécessaire pour obtenir le spasme. Le souvenir du précédent, une idée lubrique, un bon repas, l'idée d'un bain chaud, suffisaient à le produire. Il se livrait à ce manège tous les jours et parfois deux ou trois fois, en le renouvelant dans le lit, sans que la main y prit jamais part. Deux à trois minutes de cet onanisme plus moral que physique suffisaient à obtenir l'émission spermatique sans pertes involontaires.

Devenu orphelin en 1S8-Ï, ce jeune homme, changeant de lieu et d'habitude, fut remis entre les mains d*un vieillard son parent, devenu son tuteur. C'est dans ces conditions qu'en tentant un essai de rapprochement intime avec une jeune amie assez bien disposée, il s'était trouvé impuissant. Il lut alors l'Impuissance physique et morale et conçut une vive inquiétude sur son état. Son amie était une jeune fille à laquelle il donnait des répétitions pendant les vacances et tout en pouvant l'embrasser à bouche que veux-tu, dit-il, et se livrer à de grandes privautés, il n'y eut pas d'érection. Avant d'écrire, il

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