M A S T U R BAT ION
voulut faire un essai décisif en s'adressant à une jolie fille publique; il échoua de môme, malgré toutes ses complaisances et ses habiles caresses. Il en resta comme paralysé : plus de désirs ni d'érections. Des pertes séminales s'ensuivirent, de plus en plus fréquentes et rapprochées. Essayant de se masturber pour y mettre fin, le sperme s'écoulait avant l'érection complète, sans grande sensation ni volupté.
Cette impuissance était toute morale. L'impression, l'émotion avaient été si vives dans son premier essai qu'il ne se possédait pas, dit-il, et si froid, si dégoûté dans le second que rien ne pouvait l'émouvoir. Il était en outre en proie à une autre perversion morale depuis deux ans : c'était un penchant très prononcé pour les petites filles, survenu tout à coup à la suite de certaines lectures et de taquineries d'une vicieuse gamine de onze ans dont il était devenu amoureux fou. Cette passion s'est reportée ensuite sur d'autres fillettes dont la pensée occupait exclusivement son imagination dans sa vie sédentaire, ennuyée et un peu oisive; elle devait seulement changer l'année suivante en devenant soldai. Une vie active, occupée, est généralement pure comme l'eau courante; oisive, elle engendre la corruption comme l'eau stagnante.
Ma prescription fut un régime tonique, de l'exercice jusqu'à la fatigue, des douches froides sur les lombes tous les deux jours, une verrée d'eau froide en lavement à conserver en se couchant, remplacée par un suppositoire d'ergotine et strychnine tous les deux jours.
En voici le résultat, le 24 novembre 1886 :
Je m'(.mprcsse de vous apprendre que je suis guéri ; je m'en suis rendu compte avant-hier, par un essai qui aurait pu être tenté avec non moins de succès huit ou dix jours plus tôt. Et pourtant les prescriptions relatives à la conduite morale ont été largement négligées, souvent malgré moi ; le traitement physique
loi-mômè n'a pas été suivi avec toute l'exactitude voulue, en ce qui concerne l'hydrothérapie, la durée du sommeil, l'exercice, etc.
L3 février 1887.
Vous m'avez guéri l'année dernière d'une impuissance génitale, ce dont je vous suis infiniment reconnaissant ; mais la régénération n'est pas complète : il me reste cette anesthésie que je vous ai expliquée dans mes différentes lettres.
Comme je vous ai décrit de mon mieux, dans la seconde, mon état moral et physique, ainsi que les dix années d'hahitudes vicieuses qui avaient amené cette impuissance, je n'y reviendrai pas dans cette nouvelle consultation pour faciliter votre diagnostic.
Il s'agissait ici, non d'une anomalie de l'érection, mais de l'éjaculation dont la sensation voluptueuse était très atténuée, amoindrie, nulle. Elle avait été si souvent arrêtée, suspendue à volonté, en cessant subitement ses frottements des cuisses — quand il était interloqué en s'y livrant ou qu'il voulait prolonger cette sensation — que les muscles et les parois des conduits éjaculateurs en étaient pervertis et troubles. La continuation du traitement topique dans l'anus pouvait seule rétablir leur tonicité et leur sensibilité normales.
La gymnastique, comme mode d'onanisme, nous a été signalée dans un autre cas seulement. (Ol>« rvation 229.)
Un autre mode d'onanisme par frottement ou pression est particulier à certains adultes en proie à îles désirs ou des besoins d'exonération qu'ils ne peuvent satisfaire naturellement. Ils se renversent à plat ventre par terre, sur le plancher ou dans leur lit cl, les
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parties génitales à nu, ils se les frottent comme les animaux masturbateurs, le chien en particulier. Ils obtiennent ainsi l'émission spermatique qui les tourmentait, sans qu'il s'ensuive plus tard aucune anomalie de l'érection. C'est un des procédés les moins malfaisants pour ceux qui y sont réduits , comme les religieux et les prisonniers. (Observations 192, 193.) Il cesse ordinairement dès qu'il peut être remplacé normalement et ne laisse pas de trace comme celui des frôleurs, le plus redoutable de tous. Il serait donc superflu d'y insister ici; les exemples en seront mieux placés aux Anomalies de l'éjaculation.
De l'onanisme à deux, le plus actif est le plus préjudiciable à l'érection. La langue et les lèvres ont de tout temps pris une large part aux plaisirs de l'amour contre nature, dit Mauriac. L'onanisme buccal, ou la succion du pénis chez les enfants et les adultes, enlève peu à peu toute l'excitabilité du gland et détermine souvent l'impuissance, selon Bouchut. Les jeunes gens épuisés qui se font tailler des plumes — comme ils disent pour désigner plus facilement ce vice dégoûtant et honteux de la succion — s'exposent donc aux. anomalies ou faiblesse précoce de l'érection .
Le service militaire a une influence efficace, chez beaucoup de jeunes gens, pour leur faire abandonner la masturbation. L'exemple de leurs camarades mieux doués les incite à faire de même. Au récit de leurs prouesses, ils sont excités, encouragés, et plusieurs se sont ainsi corrigés spontanément. ( Observations 56 et 136.) C'est une épreuve, un
réactif salutaire et, sans être infaillible, il va toujours
lieu de compter sur ses bons effets. Si le volonlarin!
ne suffit pas, il faut même prolonger le service par
un engagement pour mettre fin à celte détestable
babitude.
L'influence curative de la femme est encore plus certa ine ; c'est le véritable spécifique pour les timides ou isolés. Dès qu'elle paraît et plaît, la guérison est infaillible, comme les Observations 145, 146, 154 en offrent le type. Il en résulte même parfois des excès contraires, opposés. Le mieux est d'être porté naturellement vers elle et de lui faire la cour pour la conquérir; on est d'autant moins enclin à en abuser. Un ouvrier menuisier de dix-huit ans. boiteux, avant pu établir la comparaison, manifestait ainsi le dégoût et le mépris que lui inspirait la masturbation :
a Je conseillerais la femme à tous les garçons qui y sont adonnés comme moi, si je le pouvais. Mes forces s'en allaient, lorsque j'étais sous l'empire de cette funeste habitude; actuellement, je les sens augmenter, en n'abusant pas du coït, et mon cœur est satisfait et content. »
Il en est pourtant qui résistent à ces moyens de guérison. Le premier peut toujours être essayé, malgré les échecs constatés dans les Observations 56, 144) 442; il est toujours utile par l'occupation, la discipline et même la réserve qu'il entrelient. Il améliore la santé générale et diminue le vice, s'il ne le guérit pas. Tous les masturbalcurs incorrigibles devraient s'engager à cet effet. Les pédérastes seuls résistent à cette épreuve, en étant impressionnés par la vue de
MASTTJB DATION. 335 l'homme et en trouvant parfois des acolytes, d'après les faits signalés à Inversion sexuelle.
Le second est trop souvent conseillé comme une panacée, même aux plus malades. Tous les jeunes gens savent bien que c'est le remède par excellence aux mauvaises habitudes contre nature. C'est en en faisant froidement l'essai qu'ils y restent insensibles et quelques-uns en sont même excités avec plus de fureur et de rage à se masturber, par suite du priapisme qu'ils en éprouvent. (Observations 168, 169, 170.) Ce n'est pas l'absence de volupté qui y fait renoncer les pédérastes, c'est le dégoût et le malaise qu'ils ressentent de ces rapports naturels. « Vous allez me conseiller les femmes, écrivent ceux qui n'en ont pas l'expérience; mais ne craignez-vous pas que je reste en affront? » C'estla préoccupation constante des anaphrodites n'ayant aucun sentiment de l'amour naturel. Il faut donc distinguer ces diverses catégories de malades du simple masturbateur par besoin ou timidité.
Quant à ceux qui, malgré leurs désirs et leurs tentatives répétées, ne peuvent obtenir une érection complète et se livrent ainsi à une sorte d'onanisme particulier enlre les deux sexes — dont les Observations 29, 12, 144, absolument connexes, offrent le spécimen — leur examen médical est indispensable pour découvrir la cause apparente ou cachée de leur faiblesse génitale. L'abus de la masturbation l'explique quelquefois et ils sont comme les hommes sur le retour qui, de cinquante à soixante ans. ne peuvent plus remplir leurs devoirs conjugaux, malgré les dé-
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sirs provoqués par une spcnnatose active. Ceux-ci réclament surtout un aide ou adjuvant. . . mécanique. Le congesteur Mondât ou la pompe aspirante, le cylindre en caoutchouc de Roubaud m'ont ainsi été demandés, sans avoir pu satisfaire aucun de mes correspondants; ces instruments ne se trouvant pas chez les fabricants et no se faisant que sur commande et mesure. Voici pourtant quelques détails curieux à ce sujet.
155. Un pharmacien distingué d'une grande ville du Sud-Est, âgé de cinquante ans, demandait un renseignement sur « une insubordination complète du pénis à sa volonté. Marié et père de famille, il est si nerveux et impressionnable qu'il n'a jamais pu être interne dans un service de chirurgie. A la vue du sang, il tombe en demi-syncope et est obligé de s'étendre horizontalement sur le dos pour revenir. Il peut veiller et panser ses enfants malades, mais l'inquiétude de leur état lui fait perdre l'appétit par la sécheresse de la bouche. Ces impressions, excessivement pénibles et insurmontables, sont absolument réfractaires à la raison et à la volonté. »
Des accidents de famille l'ayant obligé, en 1883, de suspendre ses rapports conjugaux et de les espacer beaucoup ensuite, l'organe est devenu tellement paresseux qu'ils étaient presque impossibles. La spermatosc continuant, il y avait sensation de pesanteur dans les testicules et un suintement prostatique se manifestait le matin avec une demi-érection. 11 demanda ainsi un adjuvant ad hoc à la maison Galante. N'en recevant pas, il en fit construire un qui lui réussit parfaitement.
o C'est un soutien de la verge permettant l'introduction à peu près sans érection, qui reste à demeure pendant toute la durée de l'acte, ne soutenant que la base de l'organe, sans empêcher le contact du surplus avec la muqueuse vaginale. Employé avec modération, cet appareil ne blesse ni l'homme, ni la femme et la
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sienne ne s'est, même pas aperçue du stratagème la première fois qu'il y recourut. » Il le compare à un dentier pour manger la croûte, à condition que l'érection se produise par l'intromission. Elle a lieu chez lui dès qu'il y a sécrétion du sperme et il s'en débarrasse ainsi toutes les semaines, à sa grande satisfaction et celle de sa femme; sans cela, il produisait sans consommer et en souffrait.
La question posée était -de savoir si l'application pratique de cet appareil serait assez étendue pour le spécialiser. A cela, je n'ai pas répondu; mais je puis donner l'adresse exacte de l'auteur. C'est surtout dans les anomalies de l'érection qu'il pourrait être utile, sans devenir une béquille du vice. On a vu combien de maris jeunes et vieux auraient eu besoin de ce soutien pour déflorer leurs femmes. « Un succès unique suffirait à me rendre toute ma virilité! » disent tous ces maris trompés dans leurs espérances. L'un d'eux, marié après la soixantaine avec une fi lie qui l'avait sans doute flirté pour sa fortune, s'exclamait ainsi après trois mois de mariage : « Elle m'a rendu impuissant par ses manières, en me faisant attendre à la porte, sous prétexte de douleur, en me repoussant au moment propice. » C'était un vieux célibataire ayant vécu sur le terrain d'autrui et qui se croyait toujours vaillant sans en avoir l'expérience. (Observation 176.)
Le soutien précédent ne serait sans doute pas applicable en pareil cas. Il faut que la voie soil largement frayée pour qu'il puisse suppléer à une demi-érection. C'est l'état fréquent des masturbatcurs énervés, souvent anaphrodites sans le savoir,
et qui échouent fatalement dans leurs essais par la turgescence molle et sans vigueur de la verge, dont les exemples sont précédemment relatés.
Onanisme féminin. La femme ayant des organes érectiles comme l'homme : le clitoris, les mamelons, les bulbes du vagin, se livre également à leur surexcitation artificielle. Seul ou à deux, cet onanisme — outre les troubles qu'il amène dans la menstruation, les douleurs, les névralgies et les hémorragies— est aussi préjudiciable aux rapports normaux. La manuélisation du premier a une action directe sur la fonte ou atrophie des seins, comme l'Observation 62 en offre la démonstration péremptoire et irréfutable. Son frottement, sa succion ou saphisme ont le même danger : en s'étendant à toute la vulve, ils déterminent des congestions, des déformations, qui sont de graves stigmates évidents de ce vice, le dénonçant à l'examen. La frigidité et l'insensibilité vaginale dans le coït en sont aussi la conséquence plus souvent que l'on ne croit, comme plusieurs exemples le démontrent aux Anomalies de la copulation. La stérilité peut même en résulter, d'après les faits signalés dans l'Onanisme sous toutes ses formes. En voici une nouvelle relation authentique, faite par l'une de ses victimes.
156. Dès l'âge de onze ans, mes compagnes à l'école me faisaient remarquer l'une d'elles à certains moments, se livrant; à des mouvements de va-et-vient, avant les jambes croisées, qui mugissait avec les yeux fixes, sans voir qu'on la regardait. Elle se force, disaient-elles. Sans comprendre, je voyais bien que c'était honteux et, sans interroger, je me dis enfin qu'il devait y avoir quelque