‹ Anomalies sexuelles apparentes et cachées [electronic resource]Chapitre 27 sur 114 · Une histoire triste, navrante, mol celte influence · texte numérisé non relu

Une histoire triste, navrante, mol celte influence

ANAPHR0DIS1E.

du célibat hors de doute, quand il est entretenu surtout par une activité et des préoccupations incessantes de l'esprit, endormant et paralysant, comme toute autre passion, le sens génésique. Le lils unique d'une bonne famille ruinée est élevé par un ministre protestant orthodoxe dans des idées religieuses exagérées. A dixneuf ans, il devient l'unique soutien de sa famille et, pour subvenir à ses besoins, fait des efforts surhumains de travail dans une maison de banque. A vingt-quatre ans, un service lui est confié, et, à vingt-huit, il établit, avec le concours de ceux qui l'ont vu à l'œuvre, une maison rivale. 11 lutte dès lors connue un fou pour réussir et sa jeunesse sè passe ainsi dans des soucis continus au-dessus de son âge, en dehors du inonde sans amis ni connaissances antres que ceux de sa profession et ses affaires.

« D'un caractère fier, craintif et timoré, imbu de principes religieux rigoristes eL sévères, ce jeune homme est arrivé à trente-huit ans sans avoir jamais eu de relations avec les fouîmes. Il était cependant très beau garçon, grand, bien tourné, ni gras, ni inaigre, châtain, barbe épaisse, brune, belles et bonnes dents blanches, sans aucune maladie, malgré un travail assidu de douze heures chaque jour. Il a bien été tourmenté par les sens dans sa jeunesse, mais pas énormément. L'absence de relations et de tentations, l'ignorance, de la femme, l'ont aidé à traverser facilement cette période où les jeunes gens se lancent généralement. Plus tard, la fausse honte de son inexpérience l'a retenu, sans oser jamais se présenter à une femme pour lui avouer sa bêtise. »

Parfois, mais très rarement,, tourmenté la nuit, il s'est laissé aller à la masturbation, jamais par habitude. Des pertes nocturnes, à la suite de rêves lubriques, survenaient tous les huit jours environ sans suites fâcheuses. Il n'y lit pas attention.

Cette continence prolongée a retenti sur le moral. Arrivé à une position satisfaisante qui lui permet de se procurer des distractions honnêtes : théâtres, concerts, excursions, en habitant une grande ville du Midi, il n'en profite pas. « Je suis triste, tout m'ennuie, la vie n'a aucun charme pour moi ; c'est bien plutôt une

corvée journalière que je reprends le matin en soupirant. Après la lecture de vos ouvrages, je crains que ma puissance sexuelle ne soit altérée, les pertes me fatiguent, deux à trois jours sont nécessaires pour m'en remettre; mes désirs sont presque nuls et les érections plus rares; j'ai donc peur d'arriver à l'impuissance. »

Ce point essentiel de la consultation était d'autant plus à redouter que l'anaphrodisie semblait faire des progrès menaçants. Ce malade connaissait depuis plusieurs années une demoiselle honnête et respectable « qu'il n'hésiterait pas à épouser, s'il était suide lui-m^me, dit-il. » Très liés et familiers ensemble, elle ne se gêne pas pour l'embrasser et même s'asseoir sur ses genoux; une perte s'ensuit inévitablement si cela dure et elle se produit maintenant sans érection !

Je condamnai absolument cet onanisme moral cl conseillai de ne plus s'y prêter, mais de le remplacer, après un traitement topique astringent, par un coït régulier pour juger de sa virilité, au point de vue du mariage très expressément entendu. L'occasion me semblait trop favorable à la guérison pour la manquer et en considération de la grandeur du but à atteindre: le mariage et la génération, celle proposition paraissait irréprochable et des plus orthodoxes.

Elle l'ut acceptée, paraît-il, de part et d'autre, car le 25 août 1888, il écrivait : « Je crois aussi que le moral, chez moi, est plus malade que le phvsiquc et malgré toute ma bonne volonté et vos encouragements, no pas pouvoir sorlir de ma torpeur sans quelque stimulant. C'est toujours au moment où je voudrais être en érection que toute virilité disparait. Je vous serais donc

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reconnaissant si vous vouliez bien m'adresser la formule de la potion cantharidée qui pourrait m'aider à réaliser un premier coït. Dès que j'aurai, de nouveau, tenté quelque épreuve ou obtenu un résultat, je m'empresserai de vous en informer. »

J'attends encore la répoose, sans espérer un succès, tant l'état moral de ce malheureux, quant à .sa virilité, était hésitant, perverti et troublé. Je l'avais même soupçonné de pédérastie un moment; mais il s'en indigna si fort, avec tant de franchise, que je dus abandonner cette idée.

Cet exposé de l'auteur montre bien les conditions du développement de l'anaphrodisie. Une anomalie existe sans doute dans le sens génésique ou le centre génital, sinon le loyer érogène, pour que le prurit vénérien, l'érotisme, ne se soit jamais manifesté plus impérieusement; mais les circonstances particulières de la vie n'y sont évidemment pas moins étrangères. Chargé d'un travail absorbant, pénible et d'une très grande responsabilité, il suffit à tout quoique jeune; il en est si exclusivement absorbé « qu'eu affaires, il est plein de sang-froid et de fermeté, mais il est timide et rougit lorsqu'il s'agit de choses décolletées entre hommes et surtout s'il faut s'avancer avec les femmes. » 11 reste ainsi seul, isolé, et ne partage ni les jeux, ni les plaisirs de son âge. « Si vers dix-huit ans, au lieu d'un travail acharné, manger et dormir, pour recommencer le lendemain, j'eusse pu faire comme les autres, les désirs seraient venus plus pressants. Un peu de faiblesse existait peut-être dans les organes et leurs manifestations étaient sans doute moins impérieuses ; mais les

pertes séminales, en s'établissanl, les ont amoindries graduellement. »

Une anomalie de l'appareil génital est même inadmissible. Le sujet de l'observation s'étaut assuré peu de temps avant pour une forte somme, avait subi un examen médical rigoureux et le rapport signalait un corps parfaitement sain, constitué pour vivre cent ans et une santé magnifique. Ce n'est pourtant pas assez; une visite spéciale est nécessaire pour affirmer la parfaite intégrité de l'appareil génital. Les apparences étant irréprochables, un examen microscopique du sperme est même indispensable pour constater la présence des spermatozoaires ; leur absence ayant été la seule lésion appréciable dans le cas suivant, analogue au précédent.

163. Un homme de trente-huit ans. grand, brun, bien développé, quoique maigre, se présente, le 13 janvier 1888, pour savoir s'il peut se marier avec espoir d'avoir des enfants. Afin de me permettre de répondre, Voici l'histoire qu'il me fait: Né en Lombardie. d'un naturel très vif, absolu et entreprenant, il se livra spécialement au commerce et à L'industrie et quitta son pays à dix-neuf ans, après avoir été atteint de chancres volants et d'un bubon non suppuré. Les médecins lui ont déclaré à l'examen qu'il s'agissait de chancres mous sans infection possible; pas trace de Syphilis depuis. 11 alla tenter fortune en Grèce, en Russie, où il s'occupa si activement et exclusivement de ses affaires, qu'il en revint avec une fortune assurée, après vingt ans d'un travail ininterrompu.

Quoique très nerveux et d'un esprit absolu, il n'est pas fou. mais très posilif et actif en affaires; il traite tout le reste de même. Il n'a jamais eu grande inclinalion sexuelle, ni amourette, ni maîtresse, recourant

aux prostituées « comme un dérivatif ou plutôt une médecine » quand il en sentait le besoin, c'est-à-dire rarement et irrégulièrement. Atteint de pertes séminales nocturnes tous les quinze jours, il pratiquait le coït seulement tous les deux mois environ, sans en avoir jamais éprouvé grand plaisir ni volupté, mais seulement du soulagement. Il n'a pas souvenir d'avoir aime aucune femme et s'en est attaché une seule pendant six mois : c'était une servante, couchant sous son toit et qu'il allait rejoindre tous les huit jours environ. C'est la seule époque où il ait pratiqué si fréquemment le coït et la plus grande mesure de son appétit vénérien à trente ans, et encore était-ce un peu par calcul et pour ne pas se déranger. L'anaphrodisie était clone manifeste.

Revenu dans sa famille, il a aussitôt pensé à se marier pour avoir des enfants à qui laisser sa fortune. 11 s'est adressé au médecin qui a fait analyser son sperme. A deux reprises, l'examen microscopique et les réactifs ont décelé des cellules, des leucocytes, des granulations, sans traces de spermatozoaires. Deux rapports successifs, très bien faits et détaillés, en italien, le constatent. Dès lors, le médecin a conclu qu'il n'aurait pas d'enfants.

Ayant lu, dans la Stérilité humaine, que l'homme privé de cet agent essentiel de la fécondation : le spermalozoaire, pouvait à son âge, avec un régime spécial, en sécréter encore, il me mettait en demeure de lui déclarer, le livre en main, le doigt sur la page, s'il était permis de l'espérer. Jouissant d'une bonne santé, n'ayant jamais été malade, exempt d'abus vénériens, ne buvant ni ne fumant avec excès, ayant un frère avec enfants, il était donc clans les meilleures conditions à pouvoir tenter l'épreuve.

— Oui, monsieur, répond is-jc, à la condition expresse, indispensable, absolue, de changer entièrement votre vie. A votre passion des aU'aires et au bruit, au mouvement, à l'activité fébrile, aux inquiétudes qu'elles entraînent, il faut substituer le farnmite, la tranquillité bourgeoise du rentier dans la compagnie des femmes et tout ce qui peut en donner le goût, l'appétit, en gardant une grande continence. En sui-

vaut le régime indiqué, oui, il y a toule cliance d'avoir des enfants avec une femme jeune, choisie pour l'amour, et l'amour sijul qu'elle vous inspirera.

11 se trouvait précisément dans ce cas : de là sa visite. L'un de ses correspondants de Paris lui avait fait connaître chez lui une belle fille de vingt-trois ans, pauvre, douce, d'un bon caractère, qui lui plaisait et consentait à l'épouser. 11 s'agissait dès lors de se marier et de partir ensemble en Russie pour régler, terminer ses affaires en cours et y mettre fin ; puis de revenir vivre en famille dans son pays.

— Ètes-vous donc épris, amoureux pour la première l'ois de cette demoiselle ?

— Non, elle me plaît et je crois pouvoir l'aimer ensuite.

— L'attendriez-vous bien six mois, un an, que doit durer votre voyage, pour l'épouser à votre retour?

— Je ne puis en répondre.

— Eh bien, monsieur, je ne puis davantage vous engager au mariage, fait expressément en vue d'enfants. Comme les hommes dont le cerveau est mal équilibré n'ont souvent qu'un sperme aqueux, diffluent et stérile, la passion exclusive 'du négoce et la préoccupation constante, absolue des affaires a pu altérer chez vous, de la même manière, la sécrétion du sperme et empêcher la formation des spermatozoaires. En vous absorbant ainsi, vous avez perturbé le sens génésique et éteint la divine flamme de l'amour. De là l'anaphrodisie dont vous êtes frappé, l'absence de désirs et de toute volupté, le sperme n'ayant pas sa composition normale, de même que chez les individus atteints de pollutions passives, de spermatorrhée. Tant que \<>us persévérerez dans cet état moral, la réfection du sperme est impossible et vous ne pourrez avoir d'enfants.

Aussi préféra- 1- il aller se rejeter daus le tourbillon des affaires, en abandonnant son projet aussi facilement qu'il l'avait conçu... comme une affaire.

C'est Ycizoospcrnue du docteur Duncan, cause aussi radicale de stérilité chez l'homme que l'absence du sperme ou aspermalistme mèm\ L,:s individus

portant un durillon clans chaque testicule, à la suite d'une double orchite, restent ainsi stériles par l'absence de spermatozoaires. Cette anomalie est plus fréquente que l'on ne pense. Sur 192 examens du sperme dans des ménages stériles, collectés par ce gynécologiste anglais, elle a été constatée dans 31 cas; l'aspermatisme existait dans deux. C'est donc une erreur de croire que l'homme capable d'éjaculer est toujours fécond ; seize sur cent sont stériles par absence des spermatozoaires.

La timidité excessive des anaphrodites, jointe à leur extrême émotivilé près des femmes, sont leurs pires ennemies. Ils n'en sont impressionnés que de cette manière, et ne se possèdent plus dès qu'ils sont en leur présence, quoique les aimant exclusivement. C'est un caractère distinctif avec les pédérastes et les onanistes qui, tout en les haïssant, l'ont souvent meilleure contenance dan? leur compagnie pour mieux cacher leurs sentiments secrets et donner le change. Libres et maîtres d'eux-mêmes, ceux-ci sont stimulés par l'éréthisme et la turgescence habituelle de leurs organes réagissant sur le cerveau et paraissent plus empressés, galants et entreprenants. Absorbés, au contraire, dans leur admiration contemplative et platonique, les anaphrodites restent comme en extase par l'assoupissement ordinaire, l'atonie de leurs organes. Les baisers, les caresses restent sans influence sur eux, à moins que dans une intimité parfaite et favorable, un amour sincère et réciproque ne lasse disparaître spontanément toute crainte et toute timidité. De là leur succès, surtout

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