‹ Anomalies sexuelles apparentes et cachées [electronic resource]Chapitre 33 sur 114 · ANOMALIES DE L'INSTINCT SEXUEL · texte numérisé non relu

ANOMALIES DE L'INSTINCT SEXUEL

Depuis que les médecins aliénistes contemporains se sont occupés des manifestations anomales de la vie génitale, en les considérant à leur point de vue psychologique comme des actes de folie, le nombre en est singulièrement augmenté, il y a un quart de siècle , les dégénérés de l'aliéniste Morel étaient seuls tributaires des anomalies physiques, et ses émotifs présentaient les anomalies fonctionnelles ou psychiques par trouble du cerveau. Aujourd'hui, toutes les déformations congénitales ou de naissance, c'est-à-dire les anomalies physiques, sont assimilées au bec de-lièvre, à l'adhérence des doigts entre eux ou polydactylie, au pied bot ou tout autre vice analogue de conformation apparente.

Quant aux anomalies fonctionnelles dont il s'agit ici, on en fait exclusivement des stigmates psychiques qui se rencontreraient non plus seulement chez las émotifs de Morel, mais chez tous les héréditaires de maladies ou d'affections nerveuses. Toutes les grandes névroses : l'épi lepsie et l'hystérie en particulier, la manie, la mélancolie, l'aliénation mentale, la folie, en un mot, sous ses différentes formes, aiguë ou chronique, en seraient des causes. Ces anomalies constitueraient ainsi, suivant les aliénistes, autant de psychopathies sexuelles se traduisant par des appréhensions et des craintes injustifiées des affections vénériennes, des scrupules religieux pour

ne pas voir de femmes, des impulsions irrésistibles à la masturbation ou des perversions singulières des tendances et des appétits physiologiques.

Ces stigmates psychiques ou troubles cérébraux analysés en détail, classés et catégorisés en groupes et variétés, sont au nombre de quatorze, d'après le docteur Magnan. Sans être des maladies mentales ni des névroses distinctes, ces anomalies fonctionnelles seraient, non des signes constants, mais des syndromes spéciaux , êpisôdiques, de ces tares nerveuses chez les descendants d'aliénés et de dégénérés, d'émotifs, de névropathes, et qui le sont souvent euxmêmes.

Ce fait s'observe assurément parfois ; il a été constaté et reconnu explicitement dans plusieurs cas. Mais faire de toutes les impulsions irrésistibles à la masturbation et les autres perversions génitales un syndrome d'hérédité nerveuse ou mentale, est certainement une grande exagération. L'exemple, l'habitude, le vice y suffisent avec quelques anomalies physiques locales et diverses autres conditions.

Les observations précitées aux Anomalies fonctionnelles son t la réfutation de cette doctrine trop absolue. Les aliénisles l'ont généralisée à l'excès — en observant ces perversions de l'instinct génésique surtout dans les asiles d'aliénés chez des victimes des maladies nerveuses — par la facilité même de constater communément aujourd'hui quelque tare nerveuse, cpileptique ou hystérique, alcoolique et tabagique, dans la plupart des familles. Et c'est ainsi qu'en revenant dans le passé, jusqu'à l'antiquité la plus reculée, on

est allé chercher des preuves confirmatives de cette doctrine pour l'établir plus solidement.

Au temps du paganisme grec et romain, où toutes les aberrations génésiques étaient permises, publiques et sans répression, comme parmi le peuple hébreu — ainsi que nous l'avons montré historiquement dans Y Onanisme sous toutes ses formes — la cause de ces perversions a pu être négligée et inaperçue. Les doctrines régnantes, la dépravation des mœurs, le vice et Ja débauche en étaient évidemment les plus puissantes. Leurs manifestations ont ainsi persisté depuis avec plus ou moins de fréquence et de scandale aux diverses époques et dans les différents pays, malgré le christianisme, suivant la licence ou la rigidité des mœurs. Elles ont môme été presque à la mode, quand les souverains et les grands en donnaient l'exemple. Leurs noms sont ainsi stigmatisés de ce vice infâme dans l'histoire. L'étude médicolégale de Tardieu sur les AI tentais aux mœurs montre que le dernier Empire français n'en a pas été exempt; l'intensité et la fréquence delà répression à cet égard le prouvent.

Devant la gravité de ces aberrations sexuelles et des crimes abominables en résultant, les médecins aliénistes contemporains — appuyés sur les doctrines régnantes de l'influence directe des névroses héréditaires sur la production de la folie — en ont fait une variété spéciale : la folie génésique. Tous les actes d'impudicité des anciens Césars et leur entourage sont qualifiés de ce nom. Aux récits qu'en font les lustoriens-poètes de l'ancienne Rome, on oppose a

ces mœurs dissolues et dépravées les doctrines actuelles pour les ériger en troubles de l'esprit et de la raison. Ils étaient alcooliques, épileptiques, choréïques, hystériques, maniaques, dit-on, et d'après le critérium moderne, c'étaient des dégénérés ou détraqués ; on se sert même de leur exemple pour confirmer la justesse de la folie génésique. (Aberrations du sens génésique, par le docteur P. Moreau, de Tours, Paris 1880.)

Ce diagnostic rétrospectif, fait après plus de deux mille ans d'intervalle et basé sur des rapports absolument contradictoires, n'est-il pas bien hasarda ? Les historiens, témoins de ces faits, ne les considéraient pas en effet comme entachés de folie. L'éréthisme génésique qui régna à Rome, durant deux siècles environ, suffit à les expliquer par l'influence d'idées, de moeurs et de lois différentes des nôtres. Le polythéisme du paganisme régnant et la philosophie du temps en rendent particulièrement compte chez les successeurs de ceux qui avaient adoré tour à tour Phallus, Priape, Vénus, Adonis etAstarté et suivaient le même dogme religieux : l'amour donné à l'homme en vue du simple plaisir.

Socrale en fournit même la preuve très claire, en enseignant à son ami Glaucon ce qu'étail l'amour grec en son temps : « Un homme expert en amour, dit-il, ne devrait pas ignoi'er que celui qui aime, ou qui est disposé à aimer, est touché et remué de quelque manière par la présence de tous ceux qui sont à la fleur de l'âge, parce que tous Lui semblant dignes de ses soins et de sa tendresse. N'est-ce

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pas ainsi que vous faites, vous autres, à l'égard des beaux garçons? Ne dites-vous pas du nez camus qu'il est joli; de l'aquilin, que c'est le nez royal; de celui qui tient le milieu entre l'un et l'autre qu'il est parfaitement bien proportionné? Que les bruns ont un air martial; que les blancs sont les enfants des dieux?... En un mot, il n'est point de prétexte que vous ne saisissiez, point d'expression dont vous ne vous serviez pour ne repousser aucun de ceux qui sont dans la fleur de la jeunesse. » (Philosophie de Platon ; librairie Garnier frères, Paris.)

Autre temps, autres mœurs. Philosophes grecs avec l'amour grec, aussi bien que les mœurs des femmes dans l'antique Lesbos. Depuis les Impératrices romaines, est-ce que d'autres ne les ont pas égalées dans leurs désordres amoureux, comme Marguerite dj Bourgogne et la grande Catherine de Russie, sans que l'on pensât à les accuser de folie? La nymphomanie atteint aussi bien sur le trône que dans le ruisseau, la boue et la fange.

Tous les papes convaincus de sodomie étaient-ils donc fous? Et les souverains qui en ont été accusés, comme le grand Frédéric appelant à sa cour le philosophe Lamettrie, qui professait en particulier : « que le germe du bonheur est celui de la volupté, que tout est femme dans ce qu'on aime », n'en sontils pas la contradiction positive? Toutes les périodes de l'histoire sont marquées de phases analogues, relatées dans ['Onanisme, et provoquées par des causes diverses.

Il y a donc exagération manifeste à ranger toutes

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ces perversions sous l'étiquette de folie génésique. Si elles en étaient passibles, il faudrait y placer également tous les excès et les abus des rapports entre les deux sexes, souvent provoqués par un simple priapisme passager. Tous ceux qui s'y livrent le confessent hautement, en recouvrant leur sang-froid, par ce cri de la raison : J'étais fou! Us ne l'étaient cependant que par rapport à leur passion. Beaucoup s'y laissent aller malgré eux dans l'un et l'autre cas. Leur confession volontaire, en en sollicitant la guérison, esl la meilleure preuve de leur raison.

Il suffit d'observer ces mal sexués hors de ces asiles, en liberté, pour se convaincre du contraire dans la plupart des cas. Us viennent le plus souvent coasulter en se plaignant d'anomalies de la copulation, par lenteur ou chute de l'érection, de pollutions nocturnes,, de spermalorrhée. D'après eux, c'est la cause de leur impuissance, de leur stérilité; ils n'en accusent pas d'autres. Interrogez-les habilement, au contraire, et examinez soigneusement les organes génitaux?. Vous rencontrerez communément des défauts de conformation, des stigmates de masturbation ancienne par l'allongement du prépuce, sa rougeur érylhémateuse ou le développement du gland, et vous obtenez l'aveu qu'ils y sont livrés depuis l'enfance, seuls ou avec des camarades. D'autres fois, ce sont des anomalies physiques ou fonctionnelles apparentes, et l'on est conduit ainsi ù en rechercher et découvrir de cachées qui n'étaient pas même soupçonnées : une constipation opiniâtre par exemple.

DE L'INSTINCT GÉNÉSIQUE. 485 Houleux, tristes et timorés à l'excès, ces individus faibles et énervés, démoralisés par leurs pratiques onanistiques prolongées, deviennent parfois anaphrodites; ils s'éloignent des femmes par l'incoordination des idées, l'incertitude des désirs et des sens, ne se dessinant ni d'un côté ni de l'autre. De là leur hésitation et leur indolence habituelles. Sans volonté ferme, ils cèdent indifféremment à tous les penchants. S'ils ont des rapports sexuels, c'est toujours anormalement, dans des entrevues dérobées, instantanées, debout, assis sur des bancs, des escaliers ou étendus sur le sol, dans des coins écartés. La crainte d'être surpris, découverts, les paralyse et leurs érections insuftîsantes rendent leurs coïts frustes, incomplets, entretenant et augmentant par ces pratiques onanistiques leur impuissance et leurs pollutions nocturnes.

Aces antécédents, ces habitudes secrètes, s'ajoute une manie spéciale, chez ces soi-disant fous : c'est d'être sans cesse préoccupés de leurs fonctions génitales et des moindres phénomènes s'y rapportant, dont ils exagèrent toujours la signification et la gravité à leur détriment. Us sont ainsi sombres, moroses, mélancoliques. Mais la plupart travaillent et exercent différentes professions avec succès, témoignant par là qu'ils ne sont pas aliénés, excepté en ce qui concerne l'exercice gêuésique, parce qu'il est irrégulier. La plupart restent ainsi dans le célibat par la crainte d'eux-mêmes, le doute de leur virilité, alors qu'un mariage convenable serait leur unique planche de salut. Ils persistent dans leurs pratiques

onanistiques ou se laissent presque inconsciemment aller à tontes les aberrations rie leurs sens pervertis on de leurs organes altérés.

S'il y a folie, elle est donc partielle et étroitement limitée au sens génésique, sinon au vice habituel de l'individu : la masturbation ou la sodomie notamment. Sur tout le reste, il raisonne et agit juste, au point de réussir souvent à la laisser ignorer toute sa vie par sa conduite prudente. N'est-ce pas un abus de langage d'appeler folie une simple anomalie fonclionnelle, provoquée parfois par des lésions locales indépendantes de l'individu?

Toutes les fois que la fonction génésique ne s'exécute pas normalement d'ailleurs, qu'elle soit malmenée ou surmenée, ses abus ou ses excès, dès qu'ils persistent, retentissent inévitablement sur le. cerveau, l'esprit et l'imagination, qu'ils troublent et pervertissent. Un tableau analogue ne s'offre-t-il pas chez les liberlins et débauchés demandant secours pour leur faiblesse génitale précoce ou leur impuissance? Au ton dégagé dont ils racontent complaisamment leurs fredaines dès l'âge de seize à dixhuit ans avec les prostituées, où ils ont cueilli des chaudes-pisscs récidivées ; leurs prouesses avec trois à quatre maîtresses à la fois; leurs exploits avec des femmes mariées leur ayant donné chancres etbubons, voire même la vérole; mettant impudemment les points sur les i pour signaler en détail tous les abus et les excès auxquels ils se sont livrés, les fraudes et tous les procédés, les manœuvres ignobies employés pour aiguiser leurs sens et mellrc la généra-

tion en échec, n'est-il pas à croire aussi qu'ils ont perdu la raison dans ces contacts impurs, avec ces compagnes de débauche, d'immoralité et de vice? Ne sont- ils pas aliénés surtout, ces amants se livrant ensemble au lèchement et la succion, la bouche remplaçant le vagin et la langue servant de pénis, afin de se stériliser plus sûrement? Et ceux qui, pis encore, sodomisent leurs femmes! Eh bien, non; ceux-là ne sont traités vulgairement de fous... au liguré, que s'ils ont perdu leur jeunesse et leur fortune, ruiné leur santé. On leur donnera quittance et raison s'ils peuvent encore, après cette jeunesse souillée, joindre le déshonneur d'obtenir une jeune fille pure et riche en mariage, pour la corrompre et la ruiner.

Les blasés libidineux et corrompus des deux sexes avouent ainsi ces rapports immondes et véritablement contre nature entre eux. Ils s'en vantent même bien haut, en les tenant pour le superlatif du genre. Ce' sont les premiers à condamner et flétrir avec le plus de véhémence ces ignobles rapports entre individus du même sexe, afin de mieux justifier et légitimer leurs dépravations personnelles.

« L'absence ou le défaut d'impression sexuelle dans . les rapports normaux, en déterminant l'impuissance, s'observe souvent à la suite de manœuvres illicites et les différentes formes de débauche solitaire ou en commun chez les deux sexes. Conséquence naturelle et forcée de trop de réserve dans l'accomplissement des fonctions génitales, elles mènent surtout l'homme àf impuissance physique et la femme à la frigidité. » Moreau, p. 113.)

La perversion, morale ici, physique là, n'esl-elJe pas égale des deux côtés? 11 n'y a pas plus de raison de se livrer aux dépravations génitales entre les deux sexes qu'entre un seul, surtout en admettant l'inversion sexuelle. Des deux parts, il y a vice, défaut, habitude et immoralité, sinon maladie, névrose, priapisme ou nymphomanie. Les piliers de la prostitution léminine sous ses différentes formes : publique, clandestine et privée, ne sont-ils pas aussi méprisables que les pédérastes et les sodomisles qui s'y livrent? Ces habitudes abominables se contractent le plus souvent, on le sait, dans ces repaires infâmes de tous les vices et de toutes les aberrations de l'amour. Les diverses formes d'onanisme y sont tour à tour enseignées et pratiquées avec leurs raffinements les plus orduriers. Si les aberrations sexuelles sont un signe de folie pour les aliénistes, ils doivent en chercher l'origine dans la prostitution, car c'est parlois en en sortant, corrompus et dégoûtés, que des jeunes garçons adoptent la pédérastie.

Il n'y a donc pas lieu de limiter la folie génésique aux rapports contre nature ; elle s'étend presque à tous ceux qui abusent passionnellement des rapports sexuels normaux en les outrepassant et les exagérant. Toutes les monstruosités commises entre les hommes et les femmes séparément, saphisrne et sodomie, avec tous leurs raffinements, n'ont-elles pas également lieu entre les deux sexes? L'amant se livrant à la succion clitoridienne ou vaginale sur sa maîtresse, qui l'exerce en échange sur son pénis dans un accès de passion érolique, quand ce n'est pas froidement

pour faire échec à la génération, ne sont-ils pas semblables à deux hommes ou deux femmes se livrant réciproquement à la même abomination? Et les exemples authentiques de coït anal entre maris et femmes, rapportés dans l'Onanisme, sont-ils moins abominables qu'entre hommes?

Tout semblant licite et permis entre les deux sexes, ces acles ne sont pas taxés de folie génésique comme entre un seul; autrement cette folie serait partout et surtout dans la prostitution officielle et clandestine. En l'étendant chaque jour davantage, les aliénistes Unissent par tout confondre. Ils ne s'entendent ni ne s'accordent déjà plus entre eux, en ce qui concerne le délire et ses nombreuses variétés, par la forme différente et individuelle de chaque délirant. De là l'impossibilité de les catégoriser, pour certain chef d'Ecole, sans y comprendre le plus fréquent : le délire génésique.

Selon M. Parant, qui classe empiriquement les fous d'après les caractères prédominants de leur folie, ceux-ci seraient à placer parmi les pervertis et les sexuels. Cette désignation, en ne tenant compte que du symptôme, est peut-être la plus juste, car elle ne préjuge rien sur la cause de la folie spéciale et ne vise que le fait évident et incontestable. (La raison (/ans la folie.)

Constater que la folie génésique existe entre les deux sexes comme cbez un seul, dans les saturnales de l'amour, c'est montrer que ce terme n'est pas synonyme d'aliénés ni de fous; il s'entend seulement de la perversion du sens génital. Sa surexci-

tabilité, son irritabilité ou celle des organes génitaux, par excès ou défaut d'action, semblent donc bien plus concourir à ces anomalies fonctionnelles que la psychopathie sexuelle. Ce diagnostic exclusif est dès lors atténué et l'on est amené à dire de la plupart de tous ces pervertis du sens génésique, avec le docteur G. Ballet, à l'occasion d'un cas analogue : « Non, ce ne sont pas des aliénés; ou pourrait tout au plus, comme ïrélat, les appeler fous lucides. » (Archives di médecine, mars 188S.)

V inversion sexuelle est, de toutes ces' anomalies, la plus caractéristique et hideuse. Objectivement, elle consiste dans l'amour exclusif pour ses semblables, malgré des organes normaux. L'homme reste indifférent, sinon hostile à la femme, et réciproquement la femme à l'homme, aussi bien dans la prime jeunesse qu'à tout autre âge; taudis qu'ils sont entraînés mutuellement vers leurs pareils. En se reconnaissant entre eux à des signes particuliers, ils se recherchent, se recrutent absolument comme les amoureux des deux sexes et forment des liaisons intimes, des ménages d'autant plus faciles à entretenir qu'ils paraissent résulter d'une simple amitié naturelle, sinon d'une parenté simulée.

Au point de vue fonctionnel, elle correspond directement au pseudo-Hermaphrodisme physique dont elle est parfois la triste conséquence. Des hommes et des femmes, ayant les organes génitaux externes

mal conformés, sont prédisposés par là à rechercher des personnes de leur sexe pour s'accoupler, se marier, en se trompant sur le leur. Les Exemples 72 et 73 en sont la confirmation.

Entre cette fausse apparence et la réalité de l'inversion du sens génital, sans lésion ni trouble quelconque, divers degrés intermédiaires se rencontrent. Elle n'en constitue pas moins la plus épouvantable monstruosité. Aussi a-t-elle été considérée surtout comme un acte de folie. En justifiant et légitimant le mieux à ce sujet la doctrine des aliénistes, il était nécessaire de faire connaître celle-ci préalablement pour montrer que l'on ne peut pas plus en faire un signe, un syndrome épisodique de l'aliénation mentale, dans la majorité des cas, que des autres anomalies de l'instinct sexuel.

D'après l'observation directe de quelques personnes des deux, sexes offrant celte perversion du sentiment amoureux: de n'éprouver d'attraction que pour leurs semblables, les partisans des localisations cérébrales ont pensé que des manifestations si contraires à la normale résultaient d'un simple déplacement du sens génital. Admettant que tous les sens ont leur origine, leur siège fixe dans l'encéphale, le sens génésique comme les autres, ces nouveaux positivistes ont expliqué rationnellement ces différences sexuelles par l'inversion du siège de ce sens dans le cerveau, soit eu changeant de place de droite à gauche ou réciproquement, soit par une modification de texture. Telle est la signification de ce mot. Il est permis déjuger cette interprétation en se reportajatau Sens génésique.

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Il n'y a donc plus là l'idée de folie ni de psychopalhie; celle de localisation ou de changement de texture, de cellule s'y est substituée comme plus positive et rationnelle, mais, il faut le confesser, sans être mieux démontrée. Si le sens génésique est rationnellement admis, comme il est constaté page 32, son siège ni sa nature ne sont pas mieux connus que ceux du sens moral. Leurs manifestations en révèlent incontestablement l'existence, sans que leur essence soit encore dévoilée. On peut en juger seulement par le siège connu et lixé d'autres sens ou certaines facultés, la parole entre autres.

L'inversion sexuelle, d'après cela, est dune une pure théorie comme la précédente, chacune s'accordant parfaitement avec le système qu'elle représente pour expliquer la cause de cette anomalie. Peut-être ont-elles toutes deux une parL de vérité, suivant les cas. en plaçant également celte cause dans le cerveau, d'où émanent certainement toutes les impressions sexuelles et génitales. Reste à savoir si — en se communiquant aux centres nerveux ou plexus chargés de les transmettre et les distribuer directement aux centres érogènes et aux organes génitaux — elles ne subissent pas certaines modifications provenant de lésions intermédiaires, soit des plexus ou des filets nerveux, soit des organes ou des foyers érogènes récepteurs de ces impressions cérébrales. Telle est la question qui se pose, en présence des faits observés, et qu'il s'agit de résoudre d'après eux .

La sexualité est si vague et indécise, chez certains adolescents des deux sexes, à l'aurore de la puberté, qu'on les voit s'attacher avec tendresse à un camarade, lorsqu'ils se trouvent réunis, internés en pension, au collège, à l'étude ou à l'atelier. Dès qu'ils sont libres, c'est pour se retrouver, se caressant, s'embrassant absolument comme les jeunes filles, en se laissant aller naïvement aux premiers élans de leur cœur par un pur sentiment d'amitié et sans arrière-pensée d'onanisme ni de pédérastie. Us aiment leur camarade d'une vive affection et recherchent sa compagnie par le plaisir qu'ils trouvent dans son intimité, voilà tout. Aucune idée vénérienne ni pensée lubrique n'existent chez eux. Au contraire, les autres ne songent qu'à se masturber seuls ou à deux et les plus avancés s'entretiennent déjà des femmes. Des tendances pédérastiques peuvent môme naîLre dans ces conditions. « J'ai une confession désagréable à faire, écrit un étudian t névropathe, âgé de vingt-trois ans. J'avoue avoir quelques penchants pédérastiques acquis à l'école, mais que je n'ai jamais cherché à satisfaire. C'est peut-être une injustice que je me rends, en ce qu'ils ont été tout à fait passagers et provenant uniquement de ce que je n'ai jamais eu de commerce avec les femmes, quoique sans aversion ni froideur pour elles, en général. » Ce garçon était resté absolument exempt d'onanisme et c'est en présence de pertes séminales et d'un priapisme insupportable, provoquant des pollutions spontanées, qu'il demandait avis. La suite de son histoire est à Priapisme, p. 380.

Tel est généralement l'éveil de la fonction sexuelle chez les garçons ; un le connaît moins chez les filles par le profond secret qui y préside, jusqu'à ce qu'une doctoresse de l'avenir révèle l'initiation au saphisme.

Des tendances pédérastiques se manifestent même chez des garçons de dix-huit à vingt ans à leur insu et sans qu'ils y succombent. Une amourette favorable suffit à les garantir de ce péril. Le bellâtre de YObserocUion 175, entrant spontanément en élection quand un homme, le complimentant sur sa beauté, lui passait la main sur le cou pour l'embrasser, en offre l'exemple. Celui du grand châtelain (4 51), provoquant des propositions directes par son air badin, est non moins démonstratif. L'interprétation se justifie par les perversions onanistiques s'ensuivant dans ces deux cas: le célibat prolongé de l'un et le mariage fruste de l'autre par défaut d'érection.

Que ces jeunes pédérastes latents ou en puissance ne se trouvent pas dans des conditions heureuses d'instrucLion, de famille ou de fortune, comme les deux précédents, et ils se laisseront entraîner aux propositions qui leur sont faites. Delà tantde jeunes gens enrôlés dans cette ignoble phalange.

C'est bien pis encore s'ils sont atteints de quelque difformité génitale apparente, comme l'absence ou l'exiguïté des testicules, h; phimosis ou toute autre anomalie. Le licencié es lettres, dont l'observation figure dans l'Impuissance, page 3âQ, examiné par Legrand du Saulle après son arrestation dans un urinoir public avec un vieillard, fut ainsi trouvé atteint

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de phimosis et d'une atrophie notable des testicules. Beaucoup de pédérastes paraissent dans le même cas.

215. Un beau garçon de vingt-quatre ans, grand et bien développé, venait me consulter pour un phimosis serré. Adonné tout jeune à la masturbation, peut-être par cette anomalie prédisposante, il avait été frappé, en s'amusant avec ses camarades, de n'être pas conformé comme eux. surtout en érection. L'extrémité effilée du pénis, relativement au corps, et un scrotum très volumineux me le firent questionner à ce sujet :

— Pourquoi avoir tant tardé à vous faire opérer? Comment pratiquez- vous le coït ?

— Je ne l'ai jamais essayé, m'en croyant incapable. Habitué à la masturbation seul, puis à deux, j'ai trouvé des hommes me procurant une très grande jouissance par l'onanisme buccal. Graduellement, ceux-ci m'ont demandé de les sodomiser et je n'en ai éprouvé aucune difficulté. Quelques-uns le récompensaient même de ses complaisances, mais il avait aussi subi des désagréments et des brutalités avec d'autres.

Le gland ne pouvait êLre découvert et je lui proposai une petite incision pour le mettre à nu et favoriser son développement. Il refusa net et ne reparut plus.

Les jeunes pédérastes, robustes et musculeux, sont ainsi une très rare exception et offrent d'ordinaire quelque difformité génitale. Celui de Tardieu, déjà cité page 65, en est un autre exemple. Et cependant, cet auteur, sur les 302 individus examinés par lui comme prévenus d'outrages publics à la pudeur, pour actes de pédérastie et de sodomie, ne parle pas plus de ces anomalies physiques que de l'inversion sexuelle, ni de la folio. Il s'occupe exclusivement des caractères distinctïfs du pénis et de l'anus, qu'il croit produits par ces actes. Stupéfait de ces perversités, il dit seulement : « qu'il est difficile, dans certains cas,

de ne pas admettre chez ces individus une véritable perversion maladive des facultés morales. A voir la dégradation profonde, la révoltante saleté de ceux que des hommes, en apparence distingués par l'éducation et la fortune, recherchent et admettent près d'eux, on serait le plus souvent tenté de croire que leurs sçns et leur raison sont altérés. » (Al tentais aux mœurs, 7e édition, page 212.)

On peut bien invoquer ainsi la folie quand la passion, portée à son comble, a fait tomber ses victimes au dernier degré d'abjection, c'est-à-dire après des années et des années de durée. Quelle passion n'y aboutit pas?. . . Mais l'on omet de dire et l'on ne recherche guère à quel âge ni sous l'empire de quelles perversions ou anomalies génésiques, elles ont débuté. Et c'est là l'essentiel pour connaître la nature mémo de cette névrose.

Une enfance chétive, maladive, gâtée, abandonnée, une constitution efféminée, une éducation enfantine, solitaire, isolée sous les jupons de la mère, en engendrant la timidité, prédispose à l'onanisme manuel. C'est là l'origine ordinaire de toutes les autres formes et il est peu de cas d'inversion sexuelle où elle ne se rencontre, d'après les faits suivants.

216. Un garçon de dix-neuf ans, très grand, mince et élancé, d'un blond ardent, sans barbe, très occupé du matin au soir et encore la nuit, aux entreprises de construction de son père, à Paris, est livré, depuis son enfance, à l'onanisme isolé. Afin d'en perdre l'habitude, il a cédé parfois, depuis quinze à dix-huit mois, aux propositions des prostituées: mais elles lui déplaisent et on ne lui laisse pas la liberté d'aller se promener, jouer,

danser, avec les garçons de son âge. 11 est laissé à luimême en dehors de ses occupations.

Il soulïre depuis un an environ d'une éruption à l'anus, en traitement depuis lors. A l'examen, il n'y a qu'une rougeur légère avec traces de fissures à l'orifice, dont l'enfoncement est caractéristique de tentatives d'onanisme anal. Cette opinion révolte ce garçon, jurant énergiquement qu'il ne s'est jamais soumis à rien de semblable. Il a en horreur la pédérastie et en donne comme preuves deux aventures d'attouchements d'hommes qui lui sont arrivées, l'une dans un urinoir public et l'autre sur la plate-forme d'un omnibus. 11 s'est retiré sans esclandre. Je lui prescrivis une amourette en allant danser pour se guérir de sa fatale habitude et des tentatives pédérastiques.

217. Un garçon pâtissier de vingt ans, à Paris depuis quatre à cinq ans, a contracté depuis lors l'habitude de la masturbation mutuelle et réciproque dans la promiscuité du travail et du coucher avec ses compagnons. Une s'est jamais livré aux autres plaisirs de son âge. Il est brun, grand, élancé, pâle, avec une moustache à peine naissante.

Triste, désolé, il est porté au suicide, par ce qu'il n'éprouve rien pour les femmes et qu'il est en butte, dans ses promenades, à des propositions, des attaques impudiques des hommes pour s'amuser ensemble. Un ecclésiastique l'a même récemment provoqué en wagon.

— Ne vous promenez jamais seul et retournez au plus tôt travailler avec vos parents, puisqu'ils sont pâtissiers et que vous êtes leur unique enfant. Vous serez ainsi garanti contre ces tentatives pédérastiques auxquelles vous êtes menacé de succomber. Partagez les plaisirs de la jeunesse, et, par votre service obligatoire prochain, vous serez à l'abri de ce danger.

A l'état natif, cette perversion reste parfois latente laiitc d'un acolyte. Le sergent, dont l'histoire est relatée page ;i'!2 rie l'Onanisme, s'était borné à la masturbation ayee ses camarades d'école et isolément

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ensuite jusqu'à vingt ans. S'étant fait examiner par un médecin civil célibataire après le tirage au sort, pour savoir s'il n'avait pas de cas de réforme, il entra spontanément en érection aux attouchements persistants et libidineux de celui-ci.

De là, son début dans la pédérastie avec l'agent d'assurances qui devait lui fournir un remplaçant. Elle existait si bien en puissance' qu'elle continua ensuite. Mis en intimité pendant son congé avec une fille qui lui offrait son cœur et sa main avec de l'argent, il n'en restait pas moins insensible à sës avances et ses caresses ; la verge, démesurément développée, restait inerte et flasque. Il était donc indigne du mariage.

V Observa lion W confirme cette interprétation de l'inversion innée du sexe. A l'onanisme à deux, au collège, se joignait une tendresse amoureuse et jalouse, dès que son acolyte se promenait avec d'autres camarades. L'un d'eux, refusant de continuer et lui faisant d'amers reproches sur ses pratiques honteuses, eut même le pouvoir de l'y faire renoncer pendant plusieurs mois. Il continua ainsi jusqu'à l'âge de dix-huit ans, sans que ses études en souffrissent. Libre, il s'essaya avec les filles et se trouva impuissant.

Ses sentiments pédérastiques furent très surexcités pendant son volontariat, à la vue de tous ces jeunes soldats. Dès qu'il fut libéré, il redoubla la masturbation pratiquée à deux, l'idée de la sodomie s'accentuant de plus en plus, à l'exclusion des femmes. Il m'arriva ainsi un matin avec un gonllemenl énorme

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de son prépuce exubérant, à la suite d'une orgie nocturne avec un acolyte.

La résistance volontaire à la pédérastie innée et latente peut persister victorieusement jusqu'à un âge avancé et indéfiniment peut-être, quand ces malheureux sont garantis par des idées morales ou religieuses bien solidement établies, un grand respect d'eux-mêmes et surtout un vif désir de se guérir par le succès du coït.

En effet, ceux-ci ne détestent nullement les femmes ni leur compagnie; au contraire, ils s'efforcent de les rechercher pour en être impressionnés. Leur désespoir est, comme les anaphrodites, de rester absolument insensibles à leurs charmes, leur contact, tandis qu'un regard, un serrement de main de l'homme à leur goût, détermine spontanément l'érection. Ils n'ont d'autre ressource d'exonération que la masturbation ou le frottement, quand ils ne sont pas atteints de pollutions spontanées et immédiates.

218. Un tailleur en chambre, âgé de vingt-neuf ans, gros et court, extrêmement timide et embarrassé, l'esprit obtus, tout en raisonnant juste, demande quel est son sexe. Il n'a jamais rien éprouvé pour les femmes et est surexcité à la vue des beaux garçons et attiré vers eux. Pendant son service militaire, il s'est plus masturbé que jamais, en voyant ses camarades s'habiller et se déshabiller sans réserve. Il en rêvait la nuit, sans avoir jamais aucun contact avec eux. Il résistaiten rougissant, triste et chagrin de ses inclinations secrètes, dont il avait honte.

Depuis, il travaille seul dans sa mansarde, sans amis, il n'en a pas d'autres que ses livres. La lecture est son unique distraction. Une fille de sa maison, aux mœurs

et privées. Appliquez-vous à leur plaire, à être galant, à entrer en intimité avec celles qui répondent à vos avances, vos agaceries, et l'érection se manifestera en devenant plus entreprenant. Reste?; dans votre préfecture, quoique l'herbe y croisse entre les pavés, et ne venez pas dans la capitale.

Une proposition de mariage peut servir à la guérison de ces mal sexués, tant qu'ils ne sont pas affiliés, enrôlés dans la société secrète des pédérastes. Mis en rapport à cet effet spécial avec une jeune fille qui les agrée, ils sont aussitôt à leur aise ; honte et timidité disparaissent, ils ne pensent plus qu'à faire bonne figure dans leurs visites et leurs entretiens intimes avec leur fiancée.

Dès qu'ils n'ont pas éprouvé d'échecs antérieurs, qu'ils sont novices, malgré leur âge, l'érection peut se montrer spontanément, sous l'influence de l'abandon de la jeune fille, de ses douces paroles et des embrassements réciproques. Autant ils sont inhabiles, froids et maladroits à faire la cour à une étrangère pour obtenir ses faveurs, autant ils peuvent réussir près de leur fiancée, destinée à devenir leur femme. Ils deviennent virils dans sa compagnie en se laissant aller à l'instinct naturel.

220. Un exemple concluant, à l'appui de cette assertion, résulte de la lettre suivante, d'une écriture toute féminine:

« Paris, 12 avril 1888.

Je viens de lire votre livre sur V Onanisme dont je suis une des malheureuses victimes. J'ai essayé seul de m'en corriger sans succès. Voulez-vous me voir et me dire si je puis espérer, car il est peut-être bien lard. C'est une longue et pénible confession à vous faire. J'ai trente-deux

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ans. employé de commerce dans une grande maison cl ne suis libre que le dimanche. Je suis si malheureux que j'ai pris la résolution, Dieu et vous m'y aidant, à tout faire pour guérir.

Rendez- vous pris, je trouvai un garçon de taille moyenne et de fort bonne apparence. Orphelin de père tout jeune, il fut élevé comme une fille sous les jupons de sa mère donl il était l'enfant unique. De constitution malingre et délicate, il ne la perdait jamais de vue. Quoique employée dans la maison du docteur X..., elle ne s'en sépara que pour le mettre à l'école et. à quinze ans, dans une maison de commerce; mais il a vécu toujours avec elle jusqu'à sa mort, arrivée après sa majorité. Les bals et les divertissements de la jeunesse en commun lui sont inconnus. H s'adonna prématurément ainsi à l'onanisme solitaire, sans abus ni excès, s'y livrant plutôt par besoin. Les jeunes lillcs des magasins, pas plus les vendeuses que les achetcuses, ne lui ont jamais fait impression, tandis qu'il se sentait vivement attire vers les garçons. Une s'est jamais confié, àce sujet, qu'à un seul l'ayant deviné et circonvenu par des avances et des propositions, mais il les a repoussées, à cause de l'immoralité de ses liaisons. Ses principes religieux très sévères l'ont toujours empêché d'y tomber. Il est absolument novice, les prostituées le dégoûtant et n'étant jamais excité à parler à d'autres. Il vit ainsi seul et isolé, n'ayant pour toute société qu'une vieille a. nie de sa mère qui le traite comme son fils.

KsL-il donc seulement anaphrodite? Non, car il se sent vivement entraîné vers l'homme el n'y résiste que par ses principes catholiques. Il est pratiquant. Un mariage en province Lui fut ainsi proposé par un curé ; il se laissa faire sans rien savoir de sa virilité. Les fiançailles eurent lieu, la jeune fille et la position lui plaisant beaucoup. Dans une entrevue intime où, au moment de se quitter, ces fiancés se manifestaient tendrement leur amour par de doux

baisers, il se sentit en érection. C'était la preuve évidente qu'il était mariable. Malheureusement, la mère, sous prétexte qu'elle ne pouvait se séparer de sa fille unique, retira sa parole quelques jours après, et le mariage fut rompu... au grand regret de ce garçon . Six mois environ après, il m'écrivait sous l'influence du chagrin croissant de cette rupture et de l'isolement sans avenir qui en résultait pour lui.

— 11 dépend de vous de le faire cesser, puisque vous avez la preuve palpable que vous pouvez remplir \ os devoirs d'époux. Vous devez vous marier au plus lot et, à défaut de trouver immédiatement une femme à votre gré, cherchez-en au moins une pour entretenir voire virilité : c'est le plus sûr moyen de perdre l'habitude de vous masturber. Il y a certainement chez vous une incitation contre nature et, si vous n'y faites violemment opposition par la fréquentation des femmes, vous y succomberez fatalement.

— Je ne connais personne et je ne saurais chercher une maîtresse. Je ne puis aimer et devenir viril qu'en vue du mariage avec celle qui doit être ma femme légitime. Toute autre idée me laisse insensible et impuissant.

— Vos sentiments soni trop respectables pour y contredire; mais alors, occupez-vous activement d'un mariage ferme.

11 est très douteux, que cet avis ail été suivi, tant ces garçons sont lents à prendre une décision de ce genre, quand ils n'y sont pas conduits, forcés par un tiers. N'étant pas entraînés vers les femmes, ils peuvent vivre dans leur société même, sans penser au mariage ni avoir le courage de s'y engager. Témoins : le masturbalcur anglais de quarante-trois ans (Observation V63) et en voici un autre de la même nationalité :

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Surrey, lu novembre 1885.

221. J'ai trente-deux ans révolus et suis esclave de l'onanisme, contracté avec des camarades d'école de treize à quatorze ans, sans avoir cessé depuis, trois à quatre fois par semaine, toujours au lit, sous l'influence d'une lecture malsaine, un récit impudique ou simplement un désir spontané.

Mon tempérament est nerveux et assez excitable, mes occupations sédentaires dans un bureau de 10 heures à 6 heures, le dimanche excepté. Mes goûts sont sociables et artistiques et, bien que célibataire, j'habite avec des amis en famille, une société gaie où le temps se passe à faire de la musique et des lectures instructives. J'aime le théâtre et la bonne chère, les dîners, mais l'étude des langues : allemand, anglais, français, espagnol et italien, est mon occupation favorite par la lecture des romans légers en ces langues. (Rapprochement remarquable avec l'Observation Mo.)

Je suis assez grand et plutôt gros, sans être fort mangeur, car j'ai l'estomac faible, en raison peut-être de mon habitude, et suis obligé de suivre un régime exempt d'alcool ; du vin coupé est ma boisson. Je reste huit heures au lit.

Depuis un an, je souffre de la vue : les caractères dansent sur le papier, et des ondes lumineuses apparaissent particulièrement sur l'imprimé; ce que j'attribue à l'onanisme. Un voyage de deux mois en Allemagne, Autriche, Italie et Suisse au printemps a amené de l'amélioration. Un oculiste consulté en Suisse n'a trouvé aucune lésion par l'examen du fond de l'œil. Attribués à l'anémie, ces accidents ont été combattus par le fer avec quelques remèdes pour l'estomac, l'absténtion de boissons alcooliques, du tabac et des plaisirs sexuels, n'ayant pas avoué ma funeste passion, non soupçonnée par l'oculiste.

Le volume du pénis est plutôt réduit et l'éjaculation a lieu parfois avec érection incomplète. Testicules petits, le gauche étant inférieur au droit lequel pend assez bas. Jamais de pollutions involontaires ni de constipation. Pas d'éruption, excepté sur le front.

Je n'ai jamais été coureur de femmes, quoiquej'aie eu à dix-neuf ans des rapports sexuels à plusieurs reprises, sans grande passion et avec le seul désir de vaincre ma fatale habitude. Je puis rester des mois sans en approcher. La .vue d'une femme, même très belle, m'excite très modérément ; tandis que celle d'un bel homme provoque plus de désirs sensuels. Je n'ai pourtant jamais eu de rapports charnels avec aucun, mais je ne sais pas si, la tentation s'en étant offerte, j'aurais eu la force d'y résister. Je n'en ai jamais eu l'opportunité et j*ai assez de sens moral pour ne pas aller fouilller les has-fonds où ces occasions se trouvent.

Aucuneprédispositionhérédi taire: père mortà soixantedix ans d'un rhumatisme cérébral ; mère en parfaite santé à soixante-seize ans et très ingambe. Je n'ai qu'un peu d'affaiblissement de mémoire et parfois de l'hésitation dans la parole avec difficulté à fixer mes idées. Mais tout cela n'est sensible et appréciable que pour moi seul. Je suis aussi malheureux que dégoûté de ces faiblesses sans pouvoir y résister. Vous me rendrez un service éminent en m'en indiquant les moyens.

— Le mariage seul peut vous en débarrasser; c'est l'antidote souverain, répondis-je, et puisque vous êtes capable d'en remplir les devoirs, vous devez vous y soumettre. Tous les autres impédiments à la manuélisation, chez un homme de votre âge, de votre intelligence et de votre santé, sont inapplicables, nuls, nuisibles ou dangereux. Vous émasculer serait un crime. Prenez une femme aimable et sa présence dissipera et fera évanouir vos mauvaises pensées; à ses côtés, vos désirs habituels disparaîtront pour faire place à de plus sains et naturels. Dès lors, vous serez guéri et heureux, surtout si vous pouvez encore jouir de la paternité.

Mais comment compter sur un acte de courage et de raison chez ces individus sans volonté, enchaînes à leur passion tout eu la réprouvant, et n'ayant d'hommes que le nom ! Ils condamnent ce qu'ils désirent et ce qu'ils font, sans avoir la force

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de s'en débarrasser, lors même que le spécifique curatif se présente dans les meilleures conditions. L'artiste de l'Observation 16, adonné spontanément à la masturbation dès l'enfance, ne peut la quitter pour la belle fille qu'il connaît et s'offre à lui ; il est beaucoup plus aLtiré vers l'homme qu'il ne connaît pas. A force de se satisfaire eux-mêmes et d'avoir leurs pensées et leurs désirs fixés vers leur semblable, la femme reste sans charmes pour eux. La masturbation parait suffisante ainsi, dans bon nombre de cas, pour conduire à la pédérastie et en être la principale cause, d'après la carte-lettre suivante, d'une écriture toute féminine :

« Montpellier, 23 avril 1888.

» Je me suis procuré votre ouvrage sur l'Onanisme et me suis reconnu dans ses pages. Pouvezvous me donner une consultation par écrit et à quelles conditions ?

» Deux mots vous diront mon genre de maladie : j'ai trente-trois ans et n'ai jamais vu de femmes. Eu un mot, je suis pédéraste.

» J'ai de la bonne volonté et l'énergie nécessaire pour guérir si c'est possible. La vie est si triste dans ma condition ! »

Celui-ci n'a pas même répondu au questionnaire.

La longue lettre précédente était donc indispensable pour montrer , par cet exemple , que ces malheureux peuvent n'être ni fous, ni aliénés, ni héréditaires, malgré leurs sens pervertis et l'inver-

sion de leurs désirs. Ce sont des cérébraux, comme Lasègue se bornait judicieusement à les appeler. La justesse de cette dénomination se démontre par la puissance occulLe et latente de ces perversions génésiques. Si elles disparaissent exceptionnellement par une condition favorable, comme le mariage, elles reparaissent souvent plus tard dans le veuvage. Des vieillards isolés reviennent aux habitudes vicieuses de leur jeunesse, en vertu de l'état particulier de leur cerveau. Elle s'applique donc au plus grand nombre. Aller plus loin est un abus de l'interprétation théorique au mépris de la réalité.

Le fait établi irréfutablement par ces observations: que des rapports sexuels normaux ont souvent préexisté à cette inversion des désirs sexuels, contredit formellement la théorie d'un changement de siège du sens gônésique pour l'expliquer. Quelques cas rares ont suffi à ses auteurs pour l'élaborer. En voici d'autres qui l'infirment, en montrant que les conditions et les circonstances de la vie contribuent à faire naître cette inversion.

222. Un grand garçon élancé, de vingt-deux ans, châtain et presque imberbe, raconte qu'ayant perdu sa mère, il s'est trouvé, de seize à dix-sept ans, sans profession ni famille, son père s'étant remarié aussitôt. 11 a cependant reçu une certaine instruction à Paris, étant actuellement occupé chez un homme de lettres après les incidents suivants:

Enclin de bonne heure à fréquenter les bals publics pour y chercher aventure, il y lia conversation avec un autre garçon de vingt-quatre ans, se disant étudiant en médecine. Après lui avoir offert un bock, celui-ci lui propose de venir déguster de meilleures liqueurs chez

lui, dans le voisinage. En parlant d'aventures galantes, il lui montra les diverses poses de l'amour en caries, et le persuada qu'il devait avoir un rétrécissement de l'urètre, pour en venir à l'examen. De là succion, avec invitation à une prochaine entrevue.

Ce mauvais début ne fut pourtant pas suivi. Honteux de sa complaisance, il évita d'aller au rendez-vous et lit bientôt connaissance, au contraire, d'une jeune ouvrière. Près de deux années furent passées dans une intimité parfaite, lorsqu'il découvrit qu'elle avait d'autres intrigues. Un triste apprentissage de toutes les roueries du métier de galant — non de souteneur — avait été fait pendant ce temps et néanmoins il quitta cette fille, dès qu'il apprit son infidélité, et s'en vengea en écoutant les propositions d'un jeune homme lui offrant de l'entretenir et de s'amuser ensemble. Une vie de débauche à deux s'ensuivit avec toutes les délicatesses aphrodisiaques : odeurs, savons et parfums excitants, draps et chemises de soie, pommades et poudres pour dissimuler les bacchanales sodomiques; mais elle ne dura qu'un an, par la ruine de l'entreteneur. Six mois de privations et de misère l'amenèrent à faire cette confession.

— Comment avez-vous pu, connaissant la femme et toutes les douceurs et les charmes de son amour, vous soumettre à ces turpitudes? Le laminoir de l'anus ne vous a pas dégoûté et rebuté?

— Si ; mais la vengeance, contre une femme aimée qui vous trahit, est si douce qu'elle pervertit les sens et fait oublier et endurer tout.

Ce motif est à prendre en considération, m' ayant été confirmé exclusivement dans deux cas analogues, dont le suivant mérite d'être cité, l'autre étant moins authentique.

223. Un valet de chambre de vingt-six ans, grand, fluet, aux traits tins avec une barbe blonde représentée par une moustache à peine sensible, la voix flûlée et très minaudier, se présente en 1887 pour des accidents locaux, à la suite d'une orgie d'excès sexuels entre trois

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