‹ Anomalies sexuelles apparentes et cachées [electronic resource]Chapitre 34 sur 114 · A N 0 M A I> I E S SEXUELLES · texte numérisé non relu

A N 0 M A I> I E S SEXUELLES

hommes. Adonné à la masturbation jusqu'à vingt ans, et ayant tous les goûts et les talents de la femme, il fut alors provoqué, agacé par la servante de la maîtresse du garçon qu'il servait. Crispin ne put résister à cette Lisbeth, son aînée, venue à Paris après avoir eu un enfant en province. Très jolie et très amoureuse, elle fit si bien sa conquête que des cadeaux furent échangés, en vue d'un futur mariage consacré par l'anneau même des fiançailles. Ces entrevues duraient depuis deux ans environ, quand, montant tardivement à la chambre de la belle, à quatre heures du matin, ce garçon rencontra sur l'escalier un rival qui en sortait. De là dispute et rupture violente. Dégoûté ainsi des filles, cet efféminé s'adonna à la pédérastie et toutes ses conséquences. Il sert depuis les hommes seuls, exclusivement, par aversion de la femme.

Un Suisse ayant servi dans la légion étrangère, en Afrique, donnait la même raison de ses goûts pédérastiques.

La profession ici, jointe à une constitution très efféminée, a pu exercer une action décisive, après l'amour trompé et l'habitude prolongée de la masturbation. Séparées, toutes ces causes tendent à conduire à la pédérastie. La première seule y suffit, comme dans le cas du célèbre médecin Alibert.

Occupé ardemment au dessin, un jeune homme contemplait, avec une passion vague et bizarre, la beauté des formes de l'homme dans l'idéal des peintres. L'habitude de la masturbation, contractée eu pension, suffisait, quoique modérée, à empêcher les désirs naturels et parvenu à trente ans, ses sens n'avaient jamais été émus parla vue de la femme. Conscient de sa situation, il écrivit à Alibert. Celuici lui prescrivit de changer ses occupations favorites pour l'étude spéciale des formes féminines. Il

DE L'INSTINCT (iÉNIiSIQUE. 511

en lut guéri rapidement et se maria ensuite. C'est en s'altachant exclusivement aux femmes que les pédérastes, n'ayant pas une aversion prononcée pour elles, retrouveraient certainement la virilité à leur contact.

Celte influence de la profession est surtout manifeste chez les domestiques, valets de chambre en particulier, figurant en première ligne parmi les pédérastes dans la statistique de Tardieu. Effet de leurs occupations ou de leur féminisme inné, leur faisant choisir cette profession, cette prédisposition généralement admise est confirmée dans cet ouvrage par plusieurs observations.

Les militaires partagent ce goût spécial, suivant M. Carlier, donnant des exemples à l'appui dans ses Deux Prostitutions, page 417. Plusieurs histoires judiciaires confirment cette assertion, notamment l'affaire de l'Allée des Veuves sous le second Empire ; ce qui peut être rationnellement attribué au célibat forcé de la plupart. Mais elle n'est plus qu'un sophisme aujourd'hui, en présence de la nation armée. Un danger menace pourtant à cet égard ceux qui vont passer plusieurs mois dans nos récentes conquêtes de l'Extrême Orient, la Cochinchine et le Tonkin. La femme, dans ces contrées, paraît si dépourvue d'attraits et si communément entachée de syphilis, qu'il est très dangereux de la fréquenter. La sodomie avec de jeunes garçons semble ainsi prendre une grande extension dans l'armée d'occupation, par la difficulté et le danger de s'exonérer autrement. On dit môme que certains officiers en

attachent à leur service spécial. Telle est la chronique faite par un officier français, il y a plusieurs années, confirmée depuis par d'autres militaires et dont la triste réalité s'affirme par le fait suivant.

224. Un garçon épicier de taille ordinaire, blond, fort et bien portant, se présente en 1888 comme impuissant depuis son retour du Tonkin où il est resté trois ans. A plusieurs reprises, il a suivi des filles sans pouvoir entrer en érection, malgré son désir. Avant son départ, au contraire, il réussissait à l'égal des camarades. Il attribue donc son impuissance au climat qui l'a changé.

— Quelles ont été vos habitudes pendant votre congé?

— Les sales femmes de là-bas ne permettant pas de s'y risquer, je me soulageais avec la main, comme les camarades, en recourant parfois aux boys en usage (c'est le nom anglais des petits garçons.)

— Avez-vous pris l'habitude courante de ces froj/s?

— Assez.

— Vous y aviez dès lors plaisir ?

— Comme c'est l'habitude dans le pays, je ne m'en privais pas.

— Et l'érection avait-elle lieu comme avec la femme?

— Absolument.

— Dès lors, vous n'êtes plus attiré par elle?

— Au contraire, je pense à me marier bientôt.

— Que faites-vous maintenant?

— J'ai des pertes la nuit, et, ne pouvant voir de femmes, je me masturbe quelquefois, seul ou à deux.

— Ces mauvaises habitudes déterminent votre impuissance passagère. Renoncez-y absolument, et en essayant des rapports naturels, dans de bonnes conditions, avec une femme aimée, vous réussirez. IS'e vous découragez pas, persistez à fréquenter exclusivement les femmes et vos érections reviendront, les organes n'offrant rien d'anormal.

Quand la perversion disparait, en combattant directement la cause qui l'a produite, si commune soitelle, comment la mettre en doute? Sublatâ causa ,

DE L'INSTINCT GÉNÉSIQÛE. 513

tollitur effeclus. Cetle cause n'est donc pas unique, mais variable, différente. L'effet est le même, en agissant sur des individus prédisposés physiquement et moralement d'une manière uniforme. Efféminés en général et mal élevés, tous ces garçons sont simples, timides, pusillanimes, adonnés à l'onanisme solitaire et souvent à deux. En les affaiblissant et les efféminant après la puberté et l'adolescence, cette habitude les rend honteux, ils s'isolent avec leurs pareils et arrivent ainsi à la nubiJité et la virilité sans connaître l'autre sexe. La prostituée ouïes filles de rebut sont l'unique ressource des plus vaillants. Quel excitant pour leurs sens endormis, leurs organes émoussés, affaiblis, irréguliers, leur imagination opprimée, pervertie par leurs habitudes! Enclins ainsi à l'attraction de l'homme, ils y céderont d'autant plus aisément que leur existence est mal assurée, leur moralité nulle ou chancelante et leurs foyers érogènes insensibles ou anormalement placés, comme il s'en rencontre des cas. D'où l'indication de les interroger, avant de supposer l'inversion du centre sexuel inconnu.

Foyers érogènes anormaux. On constate, chez la plupart des femmes tributaires de la grande hystérie, des zones ou points hystérogènes à la surface du corps, sur lesquels la moindre excitation, un simple frottement suffit à provoquer la crise ou accès convulsif. La pression du testicule, chez l'homme hystérique, produit le même effet; des idées erotiques, des attitudes passionnelles peuvent même s'ensuivre chez la femme pendant l'accès. Elles sont ainsi figurées

dans le Magnétisme animal illustré, page 112 (1). Types des nerveux et souvent même hystériques, les jeunes pédérastes présentent aussi des foyers érogènes singuliers que l'on constate avec étonnement. Signalés déjà à ce mot, page 47, ils doivent être rappelés ici, l'anus en particulier, pour expliquer le vif sentiment érotique dont il est le siège d'après les observations. Les sodomistes sont plus instruits à cet égard que la plupart des médecins, en l'interrogeant du bout du doigt chez les jeunes éphèbes susceptibles, à leur apparence extérieure, de le présenter. La prédisposition à l'onanisme anal, même mécanique, n'est donc pas tant due à la démangeaison produite par les affections, les maladies locales, qu'au sentiment érotique anormal qui s'y rencontre accidentellement. Les éruptions, les fissures, les hémorroïdes ou marisques de cette partie sont bien plutôt l'effet que la cause du coït anal, ce centre érogène étant démontré par de nombreux faits.

L'onanisme mécanique anal, choisi par l'homme de préférence à la verge, pour se procurer des jouissances éroliques, en est la preuve. La comparaison des sodomistes s'introduisant des corps étrangers solides dans l'anus — chandelles, bougies ou tous autres corps rigides, dont le frottement leur procure les sensations cherchées — avec ceux qui choisissent le canal de l'urètre, ne laisse aucun doute sur sa

(1) Étude historique et critiqué par le docteur Morand: un volume de 500 pages avec planches, Paris, Garnier frères, 1889.

prééminence, d'après les faits relatés à l'Onanisme, page 373. Le danger est pourtant le même, sinon plus grand, dans les deux cas, lorsque la main laisse échapper ces instruments de luxure.

L'exemple le plus récent en a été constaté et publié par le professeur Vergely sur un vieillard de quatre-vingt-deux ans, s'étant introduit un porteplume de dix-neuf centimètres de long. Un vaste abcès du flanc droit s'ensuivit, donnant issue à cet objet deux mois après.

Ces aberrations génésiques étaient attribuées simplement autrefois au trouble de l'esprit produit par la lubricité, la salacité. L'observation directe montre qu'elles sont provoquées par un besoin érotique local à satisfaire dans quelques cas.

225. Le 24 janvier 1885, un jeune homme de vingtquatre ans, brun, grand, élftncé, aux traits fins et efféminés, sans barbe autre qu'une petite moustache naissante, se plaint de douleurs au fondement depuis qu'il s'est soumis à la sodomie passive. Enfant légitime d'une ancienne actrice, il a perdu son père jeune et, après ses études faites dans sa ville natale chez les jésuites, il a été envoyé dans une de leurs maisons de Paris pour faire sa philosophie. Là, comme ici, il a été très gâté. On le cajolait, ou l'embrassait môme à dix-sept ans et en se prêtant à toutes ces tendresses — exclusion de toute autre faite explicitement — il obtenait toutes les permissions et les friandises voulues.

Libre au quartier Latin et après un stage avec les prostituées, il se mit en ménage avec une actrice, sans emploi, plus Agée que lui. Blasé de bonne heure, il se faisait surtout toucher et caresser de toutes manières. Les attouchements sous les bourses, le chatouillement de L'anus lui étaient particulièrement agréables.

Devenu avocat stagiaire, il comprit le devoir de se

séparer de sa maîtresse et fie vivre seul. Il recourut de nouveau aux prostituées qui connaissaient ses faiblesses, le chatouillaient surtout à l'endroit sensible ; tellement qu'un jour, le doigt ne suffisant plus à l'exciter assez, elles lui introduisirent un phallus dans le rectum. Il en éprouva immédiatement una éjaculation si voluptueuse qu'il rechercha bientôt un homme à son goût pour se l'aire sodomiser contre argent comptant. Ils allaient à cet effet chez une prostituée et il éprouvait de ce contact une impression voluptueuse si supérieure aux rapports naturels qu'il éjaculait spontanément aussitôt. Aussi recommença-t-il jusqu'à cinq fois en un mois : la douleur seule y mit fin.

— Comment un homme, instruit et titré comme vous, peut-il se livrer à des rapports si immondes ? Vous aimez donc l'homme plus que la femme ?

— Je le déteste et ne m'en sers que pour jouir, n'éprouvant plus guère de volupté dans les rapports normaux, souvent sans issue possible. Aussitôt Péjaculation, je m'en sépare violemment, je le paie et ne le revois plus, tant il me fait horreur.

— C'est impossible, monsieur, l'érection étant à son apogée, l'homme, encore moins que la femme, ne peut consentir à se séparer ainsi bredouille, il faut que vous lui rendiez la pareille.

— Jamais cela ne m'est arrivé, je ne le pourrais pas. Je le masturbe.

C'était le mot de l'énigme. Exiguïté de la verge et des testicules. Le toucher et l'examen de l'anus ne découvraient d'anormal qu'un peu de rougeur et de sensibilité, sans fissure ni ulcération; sphincter encore très contractile. Une pommade à la cocaïne et des injections d'eau froide après chaque selle furent toute ma proscription. Huit jours plus tard, il accusait la môme souffrance; mais une indisposition m'empêcha de l'examiner.

Page 1