‹ Anormaux Constitutionnels et Défense SocialeChapitre 10 sur 51 · C.. Alice-Andrée, 13 ans · texte numérisé non relu

C.. Alice-Andrée, 13 ans

Entre à l’asile le 24 octobre 1910 pour « débilité mentale avec accès d’excitation, violence et menaces de mort envers les personnes, tendances éroto-maniaques, actes obscènes. Elle relève ses jupons et s’exhibe devant les hommes. Elle a menacé de mort sa mère et sa patronne: Signalée comme étant dangereuse. Nécessité d’une surveillance que la mère étant en place ne peut exercer ».

Le certificat immédiat de Maison-Blanche porte que « C... ne présente pas de troubles intellectuels en ce moment ; présenterait des perversions instinetives avec excitation et violences par intervalles. ;

» Mile C... n’a que 13 ans et devrait être placée dans un service d'enfants, si son maintien dans un asile continue à être nécessaire. »

Dans les différents autres certificats, on constate toujours qu’elle n’a pas de délire proprement dit, qu’elle présente des troubles du caractère, de la diminution du sens moral et on insiste sur le fait, qu’elle n’est pas à sa place dans un asile, surtout fait pour les adultes. ) ÉTAT L

LT Ou Du reste, elle-même reconnaît très bien qu’elle n’est pas à sa place ici et elle écrit un jour au médecin chef la lettre suivante :

\ Monsieur le Docteur,

» Je prends la liberté de vous écrire pour vous faire savoir que J'ai l’intention d’être raisonnable et que je me trouve dans un milieu dont je ne puis rester. Je me rends compte de ce que J'éprouve et je sais vraiment que je ne suis pas malade.

» Veuillez constater mon état et je compte que vous donnerez

une suite favorable à ma lettre.

» Veuillez accepter, Monsieur le Docteur, mes salutations respectueuses.

» Andrée C.., 4 pavillon. »

Elle raconte qu’elle est entrée à l’asile pour s'être jetée sur sa patronne, avee qui elle n’était pas très bien.

Elle dit aussi qu’elle fréquentait un homme, qu’elle voyait par la fenêtre et qu’elle rencontrait dans l’escalier.

A l’asile, elle est assez pénible à diriger. On note dans son obser-

vation : du refus d’aliments, bien que la malade avoue à une de ses compagnes, qu’elle souffre de la faim. Elle cause et chante presque tout le temps, s'occupe au ménage, mais très irrégulièrement ; est très grossière.

Le 22 novembre 1910: « La malade est très excitée, chante et crie toute la journée, empêche ses compagnes de reposer, et lorsque | / l’une d’elles la prie de se taire, elle chante plus fort et lui répond / par des injures. La nuit, également, elle les empêche de dormir,

gesticule dans son lit, jette les couvertures par terre. Est très

grossière avec tout le monde. Ne fait pas sa toilette toute seule, parce que les infirmières sont payées pour ça ».

. Souvent elle est signalée, à cause de sa désobéissance et de sa - grossièreté. fus

En février 1911: « La malade cherche à s'occuper un peu au ménage ; mais aucune de ses compagnes ne peut la supporter

tant elle est grossière et taquine. Be soir elle court dans le dor-

toir, cherche querelle à tout le monde; couche à l'isolement depuis

plusieurs jours ».

RTS DR

Enfin, le 3 mai 1911, elle est transférée toujours dans le même

état.

Il est certain que cette malade n’est pas à sa place à l’asile; du fait même de ses troubles du caractère, elle est une cause d’ennui pour les autres malades, met le désordre dans les services. Du reste, elle est presque constamment au quartier des agités.

D'autre part, elle ne recoit iei aucune éducation, aucune instruction, elle apprend plutôt des grossièretés et des obscénités, car, parmi nos malades’ il s’en trouve qui, n’ayant plus aucune retenue, se laissent aller aux gestes les plus obscènes et tiennent les

propos les plus grossiers.

OBSERVATION III (Docteur L. Libert)

Menaces à l'entourage. — Réclamations incessantes. — Plaintes aux autorités. — Instabilité. — Tendances érotiques. — Violente. — Grossièretés. — Malédictions. — Cyclothymie. — Deux tentatives de suicide. — Méchanchetés. — Collectionnisme. — Internements multiples.

Mme L.. est entrée pour la première fois, en 1890, à l’asile de Charenton. Elle était âgée de 24 ans. Elle s'était montrée, jusqu’à l’époque de son mariage, en 1889, très difficile de carac- tère, sujette, semble-t-il, à des attaques hystériformes. Le ménage n’était pas très heureux ; le mari, ancien colonial, établi marchand de vins, était un alcoolique invétéré, se montrant violent et emporté, les scènes de ménage étaient fréquentes. Mme L.. chercha à se suicider, pour jouer dit-elle la comédie à son mari. Elle resta à Charenton treize mois, pour « folie hystérique », et à la fin de 1891 reprit pendant six mois la vie commune. |

Deuxième internement à Ville-Evrard, 16 avril 1892, pour « hystérie caractérisée par une très grande mobilité d'humeur, des spasmes, des étouffements, une céphalalgie assez vive, des préoccupations hypochondriaques ». Elle y reste sept ans, est transférée pendant un an à la colonie familiale de Dun-sur-Auron ;

puis, mise en liberté, reste à Paris six mois.

Troisième internement, 6 octobre 1900, à Vaucluse, pour « dégénéreseence mentale avec attaques convulsives et impulsions au suicide par intervalles ». En 1904, est transférée à l’asile de

LÉO Re Bégard. Elle s’y montre si difficile qu’on la renvoie à Vaucluse,

d’où, à la fin de 1908, elle est transférée à Dun-sur-Auron. Elle se répand en plaintes contre l’asile de Bégard, déclare que sa

nourrice lui cherche des chicanes.

Cette dernière vient prévenir que la malade a déposé des paquets chez différentes personnes de la ville, parce qu’elle s’attend à ce qu'on la remette dans un asile fermé, et que pour l’éviter,

elle a résolu de prendre la fuite au moment opportun.

Elle a de nombreuses discussions avec ses nourriéiers et avec sa compagne ; le 12 avril 1910, elle est ramenée à l’asile clinique, parce qu’elle s’est « montrée indocile et violente à l’ égard de ses noutriciers, et à cause de ses tendances érotiques ».

Le 20 avril 1910, elle est conduite à Maison-Blanche. A son entrée, elle retrace sa vie: dit que son mari la frappait, qu'il était jaloux, qu’il lui a mangé 24,000 francs, qu’elle a payé pour lui, en se mariant, 3,000 francs de dettes. Si elle s’est mariée, c’est parce qu’elle était malheureuse chez elle, sa sœur lui en voulait, détournait son frère d’elle.

« À Dun, on faisait des cancans sur elle: ce n’est pas une rai-

son parce qu'elle était très élégante, qu’il fallait dire qu’elle était

la maîtresse de son nourricier. Les jeunes gens couraient après elle; est-ce de sa faute s’ils sont très chauds! »

La nourrice buvait fort et lui a fait beaucoup de tort. Ici, elle réclame sans cesse; elle est chaque jour au rapport de la section. Se querelle avec les autres malades. « Zci, je me trouve mal, ditelle, comme d’ailleurs dans tous les asiles. Il y a bien des réformes à faire dans ces maisons. Malheur à ceux qui m’ennuient, sans avoir la folie mystique, je crois en Dieu, ca ne leur portera pas bonheur ».

. Au quartier, elle se mêle de tout, elle réclame chaque matin pour la nourriture, est jalouse de la moindre faveur accordée à ses camarades.

« Décidément, dit-elle, il vaut mieux que je réclame ma sortie,

car toutes ces boîtes sont bien pareilles. »

- De son dossier, nous extrayons les notes suivantes:

9 juillet 1910: Travaille un peu à la couture, se querelle souvent avec les autres malades et le personnel, grossière, ramasse tous les chiffons, fait des menaces si on les lui prend. Très mal-

LT Gt

propre. Ecrit sans cesse aux autorités; elle réclame sa sortie pour aller chez les Sœurs de Ste-Marie à Grenelle, où, elle le reconnaît, en 1900, elle n’a pw rester qu’un mois.

On trouve en outre de nombreuses notes où ellé est signalée pour sa mauvaise humeur, querelles avec ses compagnes. Toujours la dernière à tout, à faire sa toilette, à 8 heures elle n’est pas habillée. Interrogée en novembre 1910, elle raconte que son mari était alcoolique, qu’il était fou, qu’elle s’est dévouée ‘pour lui (elle pleure) : « Faïites-moi sortir, Docteur, je vous Jure que je ne reviendrai pas dans ces maisons. Ce qui m’a fait du tort à Dun, &’est que je me suis mise en colère devant mon nourricier. Dehors je prendrai des calmants ».

Puis, soudain, s’excitant, elle menace : « Ces dames sont si méchantes ».

Le 2 décembre 1910, elle s’excite au moment du coucher, frappe la sous-surveillante, parce qu’on la change de dortoir, pour la

séparer des compagnes, avec qui elle se querelle sans cesse.

Jusqu'à son départ, en juin 1911, Mme L.. s’est toujours montrée réclameuse et irascible. Elle se réjouit d’un grave accident arrivé à une infirmière.

Les moindres incidents prennent avec elle des proportions inusitées. Sa colère est au paroxysme lorsqu'on veut toucher aux nombreux paquets bourrés de journaux, de chiffons, qu’elle traine avec elle.

Elle est transférée à l’asile de Bégard le 12 juim 1911. Jamais elle n’a présenté le moindre trouble délirant, mais toujours, elle s’est montrée avec des troubles du caractère, qui rendaient sa présence insupportable partout où elle se trouvait.

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