OBSERVATION IV
Personnelle (Service du docteur Ewot})
Débilité mentale. — Fugues. — Instinets pervers. — Crises d'hystéro-épilepsie. — Simulation. — Instabillité. — Coup de revolver. — Vols. — Alcoolisme.— Internements multiples. — Grossièretés.
D... Camille-Maximilienne.
Premier internement, le 28 février 1902, à l’âge de 15 ans et
exercant à ce moment la profession de domestique, Elle est con-
duite au Dépôt, pour vol à l’étalage; elle bénéficie d’un non:lieu et elle est internée à Maison-Blanche pour: débilité mentale avec hystéro-épilepsie, fugues, incapacité de se conduire au dehors, instincts pervers, crises fréquentes.
Le 30 septembre 1902, elle est rendue à sa mère, qui s'engage à la surveiller et à la diriger.
Deuxième internement (Office), le 12 novembre 1902, c’est-àdire qu’elle reste à peine un mois et demi en liberté. Les certificats sont à peu près identiques à ceux du premier internement.
A l’asile, elle s'occupe, mais la moindre contrariété ramène des scènes de violences et de désordres. « Cette malade fait le mal
pour le plaisir de faire le mal. Mauvais instincts, perversions du sens moral ». rt
Le 21 septembre 1903, elle quitte l’asile.
Troisième internement, le 15 septembre 1905 (Office), 18 ans, couturière. Mêmes certificats : « Dégénérescence mentale avec hystérie, crises fréquentes et trouble mental consécutif. Hallucination, tendance au suicide par strangulation. Scandale sur la voie
! publique. Perversions instinctives. Simulation ».
. Du 15 octobre au 12 novembre 1905, elle a une fièvre typhoïde. Quatrième internement, 1% août 1908, 22 ans, sans profession (Office). Infirmerie spéciale du Dépôt: « Déséquilibration psychique avec excitation mentale et motrice, d’aspect maniaque, instabilité, Jogorrhée, besoin incessant de mouvement, gesticulations. Arrêtée sur la voie publique, à cause ‘de son attitude scandaleuse et de ses excentricités. Plusieurs internements antérieurs depuis 1902, pour accident hystérique, épileptique; fugues sur un terrain de débilité et de perversité morale. Ancien non-lieu, sur rapport
: médico-légal, à la suite d’un vol à l’étalage.
Le 15 octobre 1908, elle est remise en liberté, doit aller à un
patronage.
Cinquième internement, 3 août 1909: 23 ans, couturière, présente un accès maniaque avec cris, chants. Cette malade a tiré un coup de revolver à son domicile,
Le 5 août 1909, a cassé des carreaux hier et ce matin, propos incohérents. |
12 août 1909, elle fait des menaces de mort sur Mme E.. ; quelques jours après, elle est complètement lucide, mais impulsive.
Le 29 janvier 1910, elle est rendue à sa mère.
Sixième internement, 31 juillet 1913: musicienne ambulante. A l’infirmerie spéciale, on constate qu’elle est atteinte de déséquilibration psychique; excitation intellectuelle et motrice; légère euphorie, espièglerie. Agitation plus violente par intervalles: cris, chants, gesticulation désordonnée, danse, perversions instinctives, vols, mensonge, dissimulation, simulation. A dit au commissariat qu’elle se nommait Jeanne Hirchener, habitant Londres. Antécédents hystériques, crises convulsives, érotisme. Nombreux internements après vols ou scandale dans la rue; état d’excitation hypomaniaque probable. Ethylisme chronique, eau- . chemars. Antécédents de confusion avec hallucinations visuelles terrifiantes. Arrêtée après avoir été conduite, sans doute en éfat d'ivresse, au commissariat, où elle a paru en proie à une crise de délire hallucinatoire.
Les autres certificats faits à Sainte-Anne et à Maison-Blanche, constatent la dégénérescence mentale avec perversions instinctives, accidents alcooliques en voie d’amélioration.
Enfin, le 17 octobre 1913, elle est remise en liberté.
Durant les nombreux séjours qu’elle a faits à l’asile, nous rele- vons, à maintes reprises, dans son observation, qu’elle est désagréable envers le personnel et envers ses compagnes. Elle s’occupe par moment à la couture, mais irrégulièrement.
Nous lisons: « 15 août 1908: La malade est excitée depuis deux jours, voudrait commander toutes ses compagnes, les frapperait facilement. Quand on lui fait une observation, elle répond qu’elle n’a pas peur des infirmières.
4 septembre 1908: La malade s’est agitée au moment du déjeuner, refusant de rentrer au réfectoire. À cassé six carreaux avee une chaisé, menacait de frapper. On doit ce jour-là la passer au quartier des agitées. » \
Une autre fois, elle se flatte d’avoir craché dans la nourriture des infirmières et de l’avoir bien remuée ensuite, pour qu'il n’y paraisse rien.
Xrossièretés, propos obscènes.
«6 novembre 1909: La malade a frappé Mile M..., qui lui avait pris un livre, voulait lui lancer une chaise, en disant qu'ici on devait se faire justice soi-même. » « Le premier qui viendra
m'’embêter je lui (f..) sur la (g.….) ». Monte la tête aux autres malades contre elles et contre les infirmières.
En 1913: Elle est assez calme, s’occupe quelque temps à la couture ; propos orduriers, grossiers.
Elle avoue que cette fois-ci, avant de tomber malade, elle avait bu sept absinthes et trois amers picon. En arrivant à l’asile, elle st calme et ne présente que les troubles de son caractère. Elle consent, du reste, volontiers, à rester ici, pour se reposer pendant quelque temps. À condition qu’on lui laisse faire ce qu’elle veut, elle est assez tranquille. |
En somme, elle considère l’asile, comme un lieu de repos, où elle vient passer quelques mois, pour se faire nourrir, lorsque les difficultés de la vie l’ont réduite à la misère.
Munie de son bulletin de sortie de l’asile elle est assurée, chaque fois qu’elle sera arrêtée, de jouir de l’impunité devant les tri-bunaux et de venir passer quelques temps à l’asile, d’où elle sortira dès qu’elle le voudra, elle le sait bien, puisqu'elle re présente à vrai dire aucun trouble délirant.