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Rebierre (dans ses joyeux et demi-fous), nous les montre sous un jour un peu différent aux bataillons d’Afrique, leurs troubles psychiques sont encore plus marqués.
Enfin, aux ateliers de travaux publics, Boigey a bien étudié leurs mœurs, il nous les. dépeint alors absolument vicieux, incapables d’aucun bon sentiment, commettant des crimes, des assassinats, se livrant, sans limite, à la pédérastie.
Lorsqu'un nouveau venu arrive dans les ateliers, il est l’objet d’uneobservation toute particulière de la part d’une catégorie de détenus qui, le soir même, lui disent ce qu’ils attendent de lui. Certains se prêtent de bonne grâce à ces manœuvres, mais d’autres, voulant résister, sont l’objet de violences, quelquefois extrêmes, de la part de leurs codétenus. D’autres condamnés vivent éntr’eux comme maritalement, et, c’est à la suite de ces unions qu'’éclatent quelques fois des drames atroces de cruauté.
Les automutilations sont fréquentes et dans les buts les plus différents. Bogey rapporte le cas d’un condamné qui s’était sectionné un doigt avec le couverele d’une barrique, pour entrer à l’hôpital, afin d’éviter un complot dont il était l’objet. En effet, il avait dénoncé à un surveillant une cachette où se trouvaient des armes; ces co-détenus apprirent sa trahison et le condamnèrent à mort, le soir du jour où il entrait à l’hôpital, il devait être exécuté. C’est à son retour qu’eut lieu le drame, et le malheureux fut assassiné avec la dernière cruauté, le jour même où il revint de l'hôpital. |
Les tatouages que l’on rencontre fréquemment chez ces individus, ont une signification assez importante, et dénotent la mentalité et les mœurs de ceux qui les portent. On trouve entre'autre toute une série d'individus tatoués seulement dans le dos, dont les dessins représentent des têtes
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de femmes, et chez lesquels les signes de pédérastie passive sont manifestés; cela semblerait indiquer que, dans ces rapports contre nature, le pédéraste actif cherche à se rappeler le plus possible le sexe féminin, et que c’est sou- * vent parce que les femmes lui manquent, qu’il s’adonne à ce vice.
En somme, les déséquilibrés sont de très mauvais soldats à tous les points de vue; ils font un service militaire absolument déplorable. A ce sujet, une statistique du docteur Beaussart, faite dans le service d’aliénés difficiles du docteur Colin, à Villejuif, montre que: sur 88 malades présents à cette époque dans le service, 39 ont été réformés avant l’entrée au régiment, 21 ont subi des punitions graves, et 17 seulement, ont fait un service régulier; encore de ce nombre, huit sont à déduire parce que atteints de délires tardifs.
‘La proportion des déséquilibrés est beaucoup plus forte parmi les engagés que parmi les appelés. On en comprendra la raison si l’on se rappelle que ces anormaux, ayant lassé leurs familles, et celles-ci s’imaginent bien souvent que le régiment assagira leur fils, le poussent à s'engager, c’est là une erreur; car, comme nous l’avons vu, le déséquilibré n’est pas à sa place à la caserne à cause des troubles qu’il occasionne, des misères qu'il fait à ses camarades. Lui-même, pris pour une forte tête, encourra des punitions, qu'il ne mérite pas, n’étant que partiellement responsable, et nous voyons nombre de ces individus envoyés aux compagnies de discipline et même aux travaux publics.
La plupart de ces anormaux n’auraient jamais dû entrer dans l’armée et auraient dû être réformés. Malheureusement ce n’est qu’une fois incorporé depuis quelques temps, qu’on s'aperçoit de leur déséquilibre psychique ; il est bien difficile, en effet, au conseil de révision de le reconnaître
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dans un examen aussi rapide. Cependant, Haury attire tout particulièrement l’attention des médecins militaires, chargés du recrutement, sur les engagés volontaires, sur les bons absents, les insoumis et les délinquants d’habitude, encore ces derniers ne doivent-ils pas être admis dans les corps métropolitains, depuis la loi complémentaire du 11 avril 1910, qui envoie aux bataillons d’Afrique, les condamnés à trois mois de prison avec sursis, les souteneurs et les récidivistes. On débarrasse ainsi l’armée métropolitaine de ces apaches en tenue, qui bien souvent surprennent désagréablement l’opinion en commettant quelque crime.
Il n’est pas à dire cependant que tous les déséquilibrés doivent être réformés, et bon nombre d’entr’eux, du fait même de leur dégénérescence font d’excellents soldats. Ainsi à la guerre, ils se font remarquer par des actions d'éclat, ils ne combattent pas pour un drapeau ou une idée de patrie, maïs bien par mépris de la vie et par l’attrait d’une vie agitée.
Les bataillons d'Afrique ont leur utilité; ce sont, contrairement à l’opinion que l’on se fait généralement d’eux, des corps d’épreuve où, dans les conditions de l’infanterie métropolitaine, des délinquants divers, pour la plupart légers, mais tous tarés, vont accomplir leur service militaire. Malgré ces corps spéciaux déjà en partie organisés | pour les déséquilibrés, leur adaptation à ce milieu, est souvent incomplète, et nombreux sont ceux qui désertent l’armée, ou qui vont finir leur temps aux ateliers de travaux publics.
Il. — Les anormaux dans la société
Un trait qui nous frappe, et que nous relevons dans toutes nos observations, c’est l'instabilité du caractère de nos déséquilibrés ; aucun d’eux ne peut exercer une profession, et nous les voyons changer de métier sans aucune raison, ce sont des débiles de la volonté, incapables de se maîtriser” et de se conduire seuls ; ils subissent les influences du milieu, et malheureusement, ce sont surtout les mauvais conseils qu'ils écoutent, attirés qu’ils sont naturellement par leurs mauvais instincts. |
En parlant de D. Victor, (obs. X), son père dit: « Ce n’était pas un mauvais garcon, mais il était faible et se laissait entraîner par de mauvais camarades ». Essentiellement paresseux, ils sont sans ressource aucune et absolument incapables de subvenir à leurs besoins ; d’où la nécessité où ils se trouvent d’employer des moyens malhonnêtes pour vivre à la charge de la société, à chaque instant ils sont arrêtés en état de vagabondage. Ce sont, en général, des débiles de l’intelligence et ils ont de la peine à apprendre un métier; ils font des apprentissages nombreux, sans aucun résultat.
L'instinct de la propriété est peu développé chez eux; nous les voyons dépenser leur argent, quand ils en ont, avec prodigalité, mais aussi s’approprier le bien d’autrui sans aucun scrupule; plusieurs des malades de nos observations ont été, en effet, arrêtés pour vols.
Il est à noter que bien souvent ils commettent leurs vols aux dépens des membres de leur famille.
Orgueilleux, ils ne peuvent supporter aucune observation, même la plus justifiée, sans devenir insolents envers leurs patrons, et sans croire qu’ils sont lésés dans leur
ÉTÉ ES) droit et leur dignité. Aussi sont-ils sans place la plupart du temps. Profondément égoiïstes, ils ne regardent qu'eux, ils ont des discussions fréquentes avec leurs camarades, ils en sont jaloux, se mettent facilement en colère, se battent et se montrent particulièrement violents, font des blessures graves et peuvent même donner la mort.
Ils n’ont aucun sentiment de justice, ne sont occupés qu’à préparer et à commettre des mauvaises actions, ils brisent et détruisent les objets précieux et font planer sur d’autres le soupçon de l’accusation. Ils réclament constamment, causent du scandale et se livrent à des actes de vengeance contre la société, qu’il détestent profondément. Affichent le plus grand mépris des convenances, ils négligent leur tenue, ne reconnaissent aucune autorité, outragent les agents de police. De bonne heure, leur instinct sexuel se réveille, ils présentent fréquemment des perver- sions sexuelles. Ce sont des onanistes, des exhibitionnistes tel un malade D.., à internements multiples, que nous avons connu à Pierrefeu, qui, lorsqu'il était ivre, se déshabillait dans les églises ou sur les places de Toulon, à maintes reprises, il a été arrêté pour ce motif. ù
On y trouve encore le fétichisme, le masochisme, le sadisme ou la nécrophilie (tel le vampire du Muy, interné à l’asile de Pierrefeu, dont les docteurs Belletrud et Mercier ont publié l’observation).
Enfin, les pédérastes abondent qu'ils soient réellement des pervertis sexuels ou encore des paresseux qui, comme R.. Georges, dans l’observation XI, sont attirés par ce moyen facile de gagner de l’argent ce qui leur permet de mener une existence qu'ils trouvent plus facile que celle d’apprenti ou de garçon de course. ‘
Les prostituées, les souteneurs, les apaches, sont sou: vent des dégénérés et entrent en grand nombre dans la
OT catégorie d'individus déséquilibrés et dangereux que nous étudions. <
Les anormaux se rencontrent dans toutes les classes de la société et souvent même à cause de leur situation ils n’en sont que plus dangereux. Telle cette malade de Tré-: lat, fréquemment condamnée pour vols: « qui sait et parle plusieurs langues, qui dessine et est musicienne, mène alternativement une existence régulière et la vie la plus désordonnée et la plus perverse. Elle se livre à la débauche la plus effrénée, aux vols les plus habilement conçus. En même temps cet être avili, dégradé, jouissant par les séductions de son langage et de son savoir, du privilège de se faire juger favorablement et accepter promptement, a pu nombre de fois s’introduire et résider plus ou moins longtemps comme institutrice dans des maisons d’éducation ». On voit par là le rôle vraiment néfaste que peut avoir une telle personne.
M. le professeur Grasset dans ses Demifous et Demiresponsables, nous montre bien le caractère de ces déséquilibrés, les méfaits des demi-fous dans l’exercice régulier de leurs droits légaux d’hommes libres, les crimes dont ils se rendent coupables et leur caractéristique; les empoisonneuses de René Charpentier sont un bon exemple de ces demi-fous criminels. |
On peut dire que les déséquihbrés sont essentiellement des êtres antisociables qui ne respectent aucune loi, et qui fréquemment ont à répondre devant les tribunaux de délits ou de crimes de gravité différente. Tantôt c’est pour infraction à la police des chemins de fer, vol à l’étalage, contrebande ou vagabondage, qu’on les poursuit; mais, d’autres fois, on est en présence d’anarchistes ou de régicides qui, par un faux sentiment de solidarité, ont accompli leur crime; ou bien ce sont des alcooliques qui, sous l’influence
© — T4 — d’impulsions terribles, ont incendié leur maison, égorgé leur femme et leurs enfants.
À ce propos l’observation XIV de B.. que nous avons empruntée au docteur Vallon, montre bien jusqu’à quel point ces individus sont dangereux, et troublent la sécurité publique, car dans ce cas l’acteur Regnard n’avait rien fait pour s’attirer la colère de B... et trouver la mort dans de telles circonstances.
Nombreux sont les exemples de ce genre, et il suffit d’ouvrir une revue ou un grand quotidien pour y lire les tristes exploits de ces déséquilibrés. :
Nous insistons sur le rôle néfaste que l’alcool joue à l’égard de ces dégénérés qui sont peut-être plus sensibles que d’autres à son action toxique. Cependant ce n’est pas là une exeuse, du reste bien des criminels avouent qu’ils ont bu volontairement pour se donner du cœur et avoir le cou-
rage d'accomplir leur crime.
Une autre cause importante est la mauvaise éducation et les mauvais exemples que les enfants recoivent, et l’abandon où les laissent leurs parents.
Les quelques observations que nous avons données se passent de commentaires. Elles prouvent bien assez par elles-mêmes combien ces individus sont naturellement dangereux pour leurs semblables. Ils jouissent pourtant d’une complète liberté tant qu'ils. n’ont pas commis de crime. C’est alors que se pose un grave problème, que faire de ces déséquilibrés, à la fois criminels et malades ?
Va-t-on les condamner comme de simples eriminels ?
Non, ce sont des individus qui ont des tares psychiques, dont la responsabilité est atténuée comme le constatent les expertises médico-légales, et on n’a pas le droit de leur demander plus qu’ils n’ont recu. Aussi, de ce fait, vont-ils
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bénéficier des circonstances atténuantes et être acquittés,
ou voir leur peine atténuée et surtout raccourcie. C’est là qu'est l’erreur et le danger, car si ces individus
méritent l’indulgence du tribunal et ne doivent pas être
traités comme des chiens enragés, ils n’en sont pas moins dangereux, et en même temps que la société a le devoir de les corriger, elle a aussi celui de se protéger contre eux, de les rendre inoffensifs. Or, en infligeant à ces anormaux des peines courtes, elle manque absolument à ses devoirs, puisqu'elle remet en liberté au bout de peu de temps, des individus essentiellement dangereux, qui au lieu de s’amender en prison sont peut-être devenus encore plus vicieux. Ce sont là des inconvénients braves que certains ont voulu imputer à la notion de responsabilité atténuée. *
Michelon dit: « La responsabilité atténuée a des résultats déplorables. Elle est une des causes des plus importantes qui poussent le juge à prononcer de courtes peines. En sorte qu’on peut lui appliquer d’abord tous les griefs relevés contre les courtes peines ». «C’est affaiblir le frein moral de la peine... que de reconnaître la responsabilité atténuée, et de dire à un accusé: vous avez une tare physique qui fait que vous n'êtes pas entièrement responsable de vos actes. »
Ceux-là voudraient supprimer la responsabilité atténuée, et du même coup résoudraient la question. On n’aurait plus que des individus responsables ou irresponsables, qui seraient envoyés en prison ou dans les asiles.
Mais la notion de responsabilité atténuée répond, en médecine au moins, à une réalité. Le professeur Grasset l’a démontré à plusieurs reprises; nombreux sont les experts qui pensent comme lui et, qui de l’examen d’un inculpé, arrivent à cette conclusion. C’est le cas des exemples que nous avons cités. Les sujets de nos observations se sont
Rue DR Le montrés des anormaux qui, sans être de véritables aliénés, ne jouissaient pas de la plénitude de leurs facultés mentales et, pour tous, les médecins experts ont conelu à la responsabilité atténuée.
En présence d’une telle situation, la loi est confplètment insuffisante; car ces individus bénéficient des circonstances atténuantes et voient, de ce fait, la durée de leur punition diminuée, et même bénéficient souvent d’un acquittement pur et simple. |
Quelques-uns cependant, peuvent être placés dans un asile, tandis que d’autres s’en vont en prison. Mais pas plus à un endroit qu’à l’autre, ils ne sont à leur place, et bientôt on est obligé de, les remettre en liberté, et leur permettre ainsi de recommencer leurs méfaits, assurés qu'ils sont de l’impunité de par leur constitution psychique; car, comme le disent Forel et Mahaim, en parlant d’eux: «la bande des fauves, fait comme la chauve-souris de la fable qui n’est ni souris ni oiseau. Veut-on la mettre à l’asile d’aliénés, elle hurle contre l’aliéniste, et déploie toute la force de ses sophismes pour montrer qu’elle est: intelligente, pas du tout folle, et que c’est l’aliéniste qui commet . un crime en la retenant: veut-on la mettre à la maison de force, elle erie à l’injustice et prétexte ses antécédents héréditaires, etc.…., pour se faire acquitter. Du reste, à quoi servent les condamnations, lorsqu’après la prison la bête fauve est lâchée de nouveau sans contrôle, sur le public.
» Le résultat de toutes ces hésitations est qu’on ne fait rien, et que les tigres humains se jouent des lois et des honnêtes gens. Les aliénistes ont perdu tout courage, et se débarrassent par tous les moyens de ces malades si désagréables. Les juges, sentant qu'il s’agit de déséquilibrés, usent de mansuétude et de circoristances atténuantes, abrègent la peine, ou acquittent, et Âchent le tigre sur le publie.
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Il en résulte ce curieux état de choses qu'aujourd'hui dans l’Europe civilisée, les plus dangereux fripons et criminels voient les portes s’ouvrir d'autant plus facilement devant
eux qu'ils sont plus effrontés et mentent avec plus d’insolence. »