‹ Anormaux Constitutionnels et Défense SocialeChapitre 40 sur 51 · I. — Les asiles de sureté existaient dans le temps · texte numérisé non relu

I. — Les asiles de sureté existaient dans le temps

À l’heure actuelle, les aliénés criminels et anormaux sont répartis arbitrairement dans les prisons et dans les asiles, alors que leur place n’est marquée ni dans l’une ni dans l’autre catégorie de ces établissements.

« On conserve dans les asiles, où l’on prétend soigner des malades, des sujets à instincts antisociaux, facteurs de troubles de tout genre, dont les anomalies mentales nécessitent des mesures sévères; ou bien on 2onsidère comme responsables et on punit d’emprisonnement des sujets anormaux à développement cérébral manifestement incomplet et incapables d’être modifiés par la crainte du châtiment. » l

De cet état de chose découle l’impérieuse Aécessité de la création d’asiles de sûreté qui, tout en respectant la liberté individuelle, permettront à la société de se défendre contre les agressions des anormaux constitutionne.s. L'idée de l’assistance aux anormaux n’est pas nouvelle, elle eut même son berceau en France, et-ces asiles qu’on réclame au xx° siècle, le xvrr° et le xvirr° les possédaient. C’étaient la Bastille et les prisons d'Etat.

Les docteurs Sérieux et Libert, en étudiant l’organisa-

LRENQTN VIS)

tion de la Bastille et les prisonniers qu’elle contenait, nous

montrent les services qu’elle a rendus et réhabilitent la fameuse prison. En lisant les dossiers des prisonniers, leurs mémoires et leurs lettres, la correspondance des officiers de la Bastille, les rapports des lieutenants de police, les notes des ministres, nous sommes convaineus qu’en dehors de quelques libellistes, protestants, jansénistes, quiétistes, la population de la Bastille était composée d’une foule de délinquants et de criminels, d’aliénés, de fanatiques, de dégénérés malfaisants et d’anormaux constitutionnels, en un mot d’êtres antisociaux, inadaptés au milieu social, dont l’élimination s’impose.

En même temps que de prison, la Bastille servait aussi d’asile pour les aliénés dangereux et difficiles; à maintes reprises on voit qu’on y transfère des malades d’autres asiles, du fait seulement qu’ils demandent une surveiltance plus grande.

C’est aussi un asile de sûreté pour les anormaux constitutionnels, et à ce propos mous ne pouvons mieux faire que de citer ces auteurs:

| «Les anormaux constitutionnels. — Sous les étiquettes

de « libertins », de « fripons », de «méchants », d’ «insensés », d’ «imposteurs », de « scélérats de premier ordre » qu’on trouve dans les dossiers des prisonniers, le médecin aliéniste reconnaît des dégénérés de tout genre: débiles pervers, hystériques, fous moraux, déséquilibrés, mystiques, fanatiques, régicides, pervertis sexuels, interprétateurs, revendicateurs, mythomanes, ete., etc. Et c’est précisément cette proportion considérable de dégénérés malfaisants dont la place n’est ni dans une prison, ni dans un asile d’aliénés, ni surtout en liberté, qui donne à la Bastille ce caractère d’asile de sûreté qui a si longtemps échappé aux historiens.

Page 1