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» Les exemples sont innombrables de ces anormaux constitutionnels antisociaux, parfois difficiles à atteindre par les moyens légaux, que l’ «autorité immédiate du roi » fait placer à la Bastille.
» Les mystiques, les convulsionnaires, les prophètes, les” visionnaires, sont nombreux à la Bastille.
» Les plus notoires des convulsionnaires de Saint-Médard furent détenus à la Bastille. Il s’agissait, on le sait, d’une véritable épidémie psychique, contre laquelle l’isolement des malades était la seule mesure de prophylaxie efficace.
» Les régicides sont en grand nombre à la Bastille. C’est Jean Herse, garçon tailleur, âgé de 15 ans, (espèce de fou » qui disait qu'il fallait qu'il tuât le roi ». Quant à Damiens, fameux par sa tentative d’assassinat sur Louis XV, son histoire est présente à toutes les mémoires. C’est un déséquilibré, qui d’abord commet un vol, puis tombe dans un état de dépression qui frappe son entourage, au point que des démarches sont faites pour obtenir son internement dans un asile. Il fait deux tentatives de suicide, change à différentes reprises de nom et de résidence, donne à tous l’impression qu’il & a l’esprit aliéné »: il a l’air égaré, extravagant, parle souvent seul, répondant quand on lui demande ce qu’il a: « J’ai des idées dans la tête... » Je suis perdu à tout jamais ». L'idée obsédante s’ins- talle de frapper le roi. Il cherche en vain à lutter contre « l’idée de son crime » et croit qu’on « jui a jeté un sort ».
» Citons encore le sieur de Mercourt, écuyer, âgé de 68 ans, mis à la Bastille en 1765. « C’est lui qui s’est accusé » lui-même de son crime, ou du erime qu'il avait dessein » de commettre. Dans une lettre à M. le cardinal de Gè- » vres 1l avoue que le fanatisme avait formé dans son » cœur l’exécrable dessein d’immoler à sa rage l’oint du » vres, 1l avoue que le fanatisme avait formé dans son
» Seigneur ; et que la crainte de n’avoir pas, dans pareille » circonstance, la force qu’il avait eue pour repousser » cette idée, lui faisait désirer une étroite prisor qui ne » lui laissât aucune facilité d’exécution. » Après une existence orageuse de déséquilibré, au cours de laquelle il fut condamné à quatre ans de prison, il avait fini par obtenir un emploi dans les fermes, l’avait perdu et avait. donné dans la dévotion quand survint l’obsession de tuer le roi.
D Nombreux sont à la Bastille les anormaux sexuels. Toutes les perversions de l’instinct sexuel sont représentées : inversion, sadisme, ete. Rappelons, sans y insister, le
Ne
cas si connu du marquis de Sade. On y rencontre aussi des exhibitionnistes. Maïs ce sont surtout les homosexuels qui abondent.
» Parmi les prisonniers de famille, on trouve un grand nombre de dégénérés malfaisants, d’anormaux à instincts pervers. Le « dérèglement », les « extravagances », le « libertinage », la méchanceté pathologique, l’instabililité, l’absence complète de sens moral, les « horreurs » et les «abominations », les violences, les fugues, les scandales et les débauches'de ces déséquilibrés jettent les familles dans la honte et dans le désespoir. Nombre d’entre eux ont des antécédents judiciaires, des internements antérieurs qui témoignent de leur constitution pathologique.
» L'abbé Descors de Mondégeux, prétendu chevalier du Colombier, chevalier de Malte, est un « escroc, vagabond, » mauvais sujet ». Sa mauvaise conduite avait déterminé son père à le faire enfermer pendant plusieurs années. I] s’évade, menace de tuer sa mère, de brûler sa maison, si elle ne lui donne pas de l’argent. Le lieutenant général de Champagne envoie des gardes à la dame de Mondégeux pour sa sûreté avec ordre d’arrêter ‘son fils. Ce dernier s’enfuit, s'engage däns le régiment de Salm, d’où il dé-
— 88 — è certe; il est arrêté et emprisonné. En 1745, il est arrêté de nouveau et conduit à la Bastille d’où il est transféré à Armentières. = » Pour un certain nombre de prisonniers de la Bastille, les rapports parlent de faiblesse d'esprit. I n’est pas douteux qu’à la Bastille on mettait des imbéciles et des débiles. La Bastille fut encore très riche en aventuriers et en imposteurs, venus de tous les points de la France et de l’Europe pour faire des dupes à Paris, en faux nobles et en chevaliers d'industrie. Beaucoup d’entre eux étaient des anormaux constitutionnels, déséquilibrés, migrateurs, « vagabonds qui courent toute l’Europe » et passent pour suspects.
» Citons encore des ( espèces de fanatiques qui tiennent » des assemblées », des inventeurs, des réformateurs, des « faux délateurs », des & donneurs de faux avis », des ‘« espèces de folles intrigantes », qui font imprimer des « libellés diffamatoires » et dont on note les « ruses », la («méchanceté », les (criailleries », les ( violences », les demandes de « récompenses extraordinaires » faites avec (hauteur et impertinence ».
» Deux prisonniers, justement célèbres par la longueur de leur détention, rentrent dans cette catégorie. C’est d’abord Latude « la plus touchante victime de l’arbitraire » royal ». En octobre 1749, quelques semaines après son transfert de la Bastille au donjon de Vincennes, il a un accès de dépression. Il refuse toute alimentation. Le gouverneur de la prison 6erit: & C’est une grande marque de » folie », et il propose de transférer le malade à Charenton. Le lieutenant de police refuse, et envoie un médecin qui tranquillise Latude et lui fait absorber du bouillon. Interné de nouveau à la Bastille après son évasion de Vincennes, Latude n’est plus déprimé, mais, au contraire, hy-