AM TA K
OU sur les flancs de la caravane, explorent le désert, surveillent les troupeaux en marche, et sondent d’un regard perçant l’horizon. La famille, et quelquefois la tribu entière, généralement composée de quinze ou vingt tentes, s’avance ainsi vers de nouveaux puits ou vers de nouveaux pâturages. Elle retrouve sa patrie uniforme partout où le cheik et les vieillards de la tribu donnent le signal de décharger les chameaux et de dresser les tentes.
Ces navigateurs éternels de la mer de sable ont contracte, par l’habitude des memes mœurs, par la contemplation des mêmes scènes, par l’habitation des mêmes espaces et par la perpétuelle mobilité des mêmes pas dans les mêmes sites, un caractère analogue au caractère du désert : religieux comme Cinfini qui les entoure, libres comme l’espace qui leur est ouvei-t, vagabonds comme le cheval, le chameau, le troupeau qui les porte
40 ANTAU.
OU qui k'ti suit; hospitaliers comme lu tente ouverte au voyageur égaré dans ces solitudes, intrépides comme l’homme qui ne peut devoir sa sûreté qu’à son propre bras, et qui a sans cesse sa femme, ses enfants, son eau, son pâturage à défendre contre les incursions soudaines d’autres nomades; silencieux habituellement comme la solitude, quelquefois causeurs comme l’homme qui rencontre l’homme et qui se presse de tout dire et de tout apprendre dans un rapide entretien ; contemplateurs et poétiques comme les nuits, les jours, les astres, les horizons qu’ils ont devant les yeux ; conteurs, enfin, comme les longues heures oisives qu’il faut remplir de récits et de merveilles sous la tonte ou autour des puits, pour abréger la durée du temps.
Celui qui n’a pas vu sc coucher le soleil dans une brume de fournaise rouge, réfléchie par le sable aux limites d’un horizon de la Mésopotamie ou de la Chaldéc; celui qui n’a pas vu les constellations se lever et s’incliner lentement pendant les nuits d’été dans cet océan d’éther bleu plus profond que la pensée qui s’y plonge, et plus transparent que la mer à l’ombre d’un cap qui rempèche de s’éblouir et de se rider; celui qui n’a pas entendu les haleines intermittentes du vent mal assoupi du désert tinter, filtré à l’oreille par les dunes de sable et par les brins d’herbe ; celui qui n’a pas, au réveil, noyé scs regards dans l’espace sans bornes dont l’horizon sc perd en Dieu; celui qui n’a pas contemplé au milieu du jour l’ombre du profil accroupi des