XX III
Antar reconnut à ces signes de puissance et de richesse que le vieillard lui avait dit la vérité, et que ravir les troupeaux et les trésors d’un royaume si bien défendu était une entreprise au-dessus des forces d’un seul guerrier. Toutefois il ne perdit pas courage, et, voulant employer la ruse et la force, il descendit de cheval, débrida Abjer, et envoya son frère Chéioub, l'Ulysse de l'Arabie, sous les habits d'un esclave, pour se mêler aux
ANTAU.
esclaves qui gardaient ces troupeaux et pour obtenir d’eux, en causant sans affectation, des renseignements sur ces fameuses chamelles açéfyr qu’Antar voulait porter en dot Âbla.
Chéioub s’acquitta de sa mission avec son habileté naturelle. Bien accueilli des esclaves du roi Moundhir, il mangea et il but avec eux; il se fit montrer les chamelles açéfyr; il les reconnut, à la blancheur de leur poil, à l’ondulation de leurs bosses, à leur croupe grasse et arrondie, pour les merveilles des troupeaux. S’échappant ensuite pendant le sommeil des esclaves, il rejoignit Antar et lui raconta ce qu’il avait vu :
« Jamais, lui dit-il, troupeaux ne furent si bien défendus, et ton oncle nous a voués à