‹ AntarChapitre 23 sur 27 · AM \K · texte numérisé non relu

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choisis parmi les plus robustes et les plus beaux de ses montagnes.

Antar partit suivi de ce cortège pour le désert; ses esclaves poussent devant lui les chamelles et les chameaux chargés de richesses. Il était ivre de joie de son bonheur et de ses triomphes. Mais l’excès de son impatience de revoir Abla et la langueur de son amour pour elle le rendaient malade ; il aspirait péniblement la brise qui venait des montagnes dervéïnen, ne songeant qu’au bonheur de reparaître dans celte prospérité aux regards de sa tribu et d’éblouir Abla de sa splendeur, de sa gloire et du récit de ses exploits. Le bruit de sa mort, semé parChéioub, son frère, avaitbrisé le cœur d’Abla. Elleretrouva la vie et la beauté en revoyant le visage d’Antar.

Malek, son oncle, vaincu par ce retour triomphal, lui accorda sa fille. L’esclave noir, enrichi des dons de Moundhir et de Chosroès, devint le plus puissant et le plus opulent des Arabes de la tribu d’Abs. Les années s’écoulèrent dans la paix, dans la guerre, dans de nouveaux exploits et dans une constante félicité auprès de la belle Abla, enviée de toutes les femmes de l’Hedjaz et de l’Yémen.

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Nous passons sur ces années monotones de la vie d’Antar pour arriver à la mort du héros, un des plus beaux chants lyriques de toutes les langues.

Dans le cours de ses exploits comme chef de sa tribu, Antar avait vaincu un de ses ennemis nommé Djézar, et, pour le punir de ses agressions contre son peuple, il l’avait privé de la lumière du jour en faisant passer un sabre rouge devant ses yeux; puis il lui avait laissé la vie, la liberté et même le rang suprême dans sa tribu.

« Depuis ce temps, dit le poète continuateur du poème, qui raconte dans la même

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langue le chant funèbre et la mort héroïque d’Anlar (nous empruntons pour ce chant la savante et pittoresque traduction de M. Caussin de Perceval), depuis ce temps, Djézar, fils de Djaber, méditait silencieusement sa vengeance. Quoique ses yeux fussent privés de la lumière, il n’avait rien perdu de son adresse à tirer des flèches. Son oreille, exercée à suivre les mouvements des bêtes féroces sur le bruit de leurs pas, suffisait à guider sa main ; jamais le trait ne manquait le but. Sa haine, toujours attentive, écoutait avidement les nouvelles que la renommée répandait sur son ennemi. Il apprend qu’Antar, après une expédition lointaine et heureuse contre les frontières de Perse, revient dans l’Yémen, chargé d’autant de gloire et de trésors qu’il

en a rapporté autrefois de la cour de Chosroès, et qu'il doit passer dans le désert voisin de son campement.

A ce récit, Djézar pleure d’envie et de rage. Il appelle Nedjim, son esclave fidèle.

« Dix ans sont écoulés, lui dit-il, depuis qu’un fer brûlant a ravi par l’ordre d’Antar la lumière à mes yeux, et je ne suis pas vengé encore ! Mais enfin le moment est venu d’éteindre dans son sang le feu qui brûle mon cœur. Antar est campé, dit-on, aux bords de l’Euphrate. C’est là que je veux aller le cherclier. 4e vivrai caché dans les roseaux du fleuve jusqu’à ce que le ciel livre sa vie à mes coups. »

Djézar ordonne à son esclave de lui amener sa chamelle qui atteint l’autruche à

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la course; il s’arme de son carquois de flèches empoisonnées. Nedjim fait agenouiller la chamelle, aide son niailre à monter sur son dns, et prend la corde du licou de l’animai pour diriger ses pas vers le lit éloigné de l’Euphrate. Le guerrier aveugle remplissait le désert de scs menaces et de ses mugissements.

Après un long jour de marche à travers l’espace sans eau, Djézar et son esclave arrivent aux bords de l’Euphrate, dont le cours est tracé par la verdure des arbres et les herbes de son lit.

— Que Yois-tu sur l’autre bord? demande Djézar à son esclave.

Nedjim jette un regard sur l’autre bord. Il voit des tonies richement décorées, de nom-

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