‹ AntarChapitre 24 sur 27 · NT.VU · texte numérisé non relu

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hreux troupeaux, des chameaux errants par groupes dans la plaine, des lances plantées en (erre aux portes des tentes, des chevaux harnachés attachés par les pieds devant l’habitation de leurs maîtres. Une tente plus éclatante et plus élevée que les autres était dressée à peu de distance du fleuve. Devant la porte s’élève comme un màt une longue lance d’acier, auprès de laquelle est un cheval plus noir que l’ébène. Nodjim reconnaît le noble coursier d’Antar, le célèbre Abjer, et sa lance terrible. 11 fait arrêter la chamelle de son maître derrière des arbustes et des joncs qui les dérobent à tous les yeux, et il attend l’heure des ténèbres.

Quand la nuit eut couvert de ses ombres les deux rives de l’Euphrate :

« Quittons ces lieux, dit Djézar l’aveugle à son esclave; les voix que j’entends de l’autre côté me semblent trop éloignées pour la portée de mes flèches. Rapproche-moi du bord; mon cœur me dit qu’un coup illustre va immortaliser mon nom et ma vengeance. »

Nedjim prend l’aveugle par la main, le rapproche de l’eau, le fait asseoir sur la rive

en face de la tente d’Antar, et lui donne son arc et son carquois. Djézar choisit la plus acérée de ses flèches, la place sur la corde, et, l’oreille attenliYe,^Jl.at.tend l’heure de la vengeance.

Cependant Antar, dans les bras d’Abla son épouse chérie, pour laquelle dix années de possession n’avaient pas 'alangui son aiiiour, oubliait sous sa tente ses fatigues et ses exploits, quand les aboiements lugubres des chiens, fidèles gardiens du camp, viennent jeter dans son âme une inquiétude prophétique. -

Il se lè\’U et sort de sa tente. Le ciel était sombre et nuageux. Il erre à tâtons dans les ténèbres. La voix plus animée des chiens l’attire au bord du fleuve. Poussé par son destin,

A.MTAK.

il s’avance jusqu’au lit de l’eau,’ et, souj>eonnant la présence de quelque étranger sur l’aiUrè bord, il appelle à'haute voix son frère pour l’envoyer reconnaître le rivage opposé.

~ A peine sa voix retentissante a-t-elle résonné dans le lit creux du vallon de l’Euphrate, répercutée par les rochers des montagnes, qu’une flèche lui perce le flanc droit et pénètre jusqu’à ses entrailles. Aucun cri, aucun gémissement indigne d’un héros' n’échappe à sa douleur. 11 arrache le fer d’une main ferme :

— Traître, qui n’a pas osé m’attaquer à la clarté du jour, dit-il d’une voix forte à son invisible ennemi, tu n’échapperas pas à ma vengeance, tu ne jouiras pas du fruit de ta perfidie. »

A celte voix, qui lui fait croire que sa flèche a manqué son but, l’aveugle Djézar, frappé de terreur à l’idée de la vengeance d’Antar, s’évanouit sur le rivage, et son esclave, le croyant mort, s’enfuit sur la chamelle, en abandonnant son maître inanimé sur le rivage. Le frère d’Antar traverse le fleuve à la nage, se heurte contre un corps qu’il prend pour un cadavre, et le rapporte sur ses épaules avec l’arc et les flèches au camp.

Antar, étendu dans sa (ente au milieu de ses amis consternés, souffrait d’horribles (ortures; la tendre Abla étanchait son sang, en arrosant la blessure de ses larmes.

On apporte le corps du meurtrier, l’arc et les flèches dans la tente. Antar reconnaît le visage mutilé de son ennemi ; il ne doute plus quela flèche partie d’une telle main ne soit empoisonnée. L’espérance abandonne son cœur, la mort se présente inévitable à ses yeux.

VNTAR.

« Fils (le mon oncle! lui dil tendrement Abla, pourquoi renoncer à l’espoir? Une légère blessure de flèche doit-elle alarmer celui qui a supporté sans crainte tant de sabres et de lances dont les blessures couvrent son corps ?

— Abla, répond Antar, ma vie est comptée. Regarde les traits de ce visage, c’est Djézar : la flèche du traître est empoisonnée ! •

A ces mots, Abla remplit la nuit de ses sanglots, elle déchire ses vêtements, elle arrache ses longs cheveux, et ramasse de la poussière qu’elle répand sur sa tête. Toutes les femmes du camp répondent à ses gémissements.

€ Chère épouse, dit Antar à Abla, qui défendra ton honneur et la vie après la mort

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