‹ AntarChapitre 26 sur 27 · A>TAK · texte numérisé non relu

A>TAK

Iravcrsait, comme une reine, le déseru

A peine avaient-ils perdu de vue les bords verdoyants de l’Euphrate pour s’enfoncer dans l’immensité du désert, qu’ils aperçurent au loin des tentes semblables à des points sombre sur l’horizon ou t\ une frange noire du manteau azuré descieux. C’était une tribu nombreuse et puissante. Trois cents cavaliers s’en détachent pour venir fondre sur la caravane. Mais, en approchant, ils reconnaissent la litière et le cheval.

« C’est Anlar et Abla, se disent-ils à voix basse les uns aux autres. Voilà ses armes, son cheval Abjer et la magnifique litière d’Abla. Ketournons à nos tentes et ne nous exposons pas à la colère de ces invincibles guerriers. »

Déjà ils tournaient bride, quand un vieux cheik, plus réfléchi et plus pénétrant que les jeunes gens :

« Mes cousins, leur dit-il, c’est bien là en effet la lance d’Antar, c’est bien son casque, son armure et son coursier, dont la couleur ressemble à une nuit noire; mais ce n’est ni sa taille élevée ni sa mâle attitude. C’est la (aille et le maintien d’une femme timide, affaissée sous le poids du fer qui froisse ses membres délicats. Croyez-en mes soupçons, Antar est mort, ou bien une maladie mortelle l’empécho dejnonter à cheval, et ce faux guerrier que porte Abjer, c’est Abla, qui se sera revêtue des armes de son mari pour nous intimider, pendant que le véritable Antar est peut-être couché mourant dans la litière des femmes. »

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Les cavaliers, reconnaissant quelque chose de vrai dans les paroles du vieillard, reviennent sur leurs pas et suivent à distance la caravane, sans oser l’attaquer encore.

Cependant la main féminine d’Abla fléchissait sous le poids de la lance de fer; elle est . obligée de la remettre au frère de son mari, qui marchait à côté d’elle. Bientôt, lorsque le soleil, parvenu à la moitié de son cours, eut embrasé le sable du désert, Abla, épuisée d’angoisse et de fatigue, souleva la visière de son casque pour essuyer la sueur qui baignait son front. Les yeux des Arabes ennemis qui l’épiaient entrevirent la blancheur de son visage.

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€ Ce n’est pas le noir! s’écrièrent-ils. »

Et ils fondirent de toute la vitesse de leurs

chevaux sur les traces de la petite troupe d’Anlar.

Au galop de leurs chevaux derrière lui, aux hennissements de leur monture, à la voix d’Abla qui l’appelle, Antar, qui reposait demimort dans la litière, se soulève, montre sa tète entre les rideaux, et pousse pour la dernière fois son cri terrible de guerre qui fait rétrécir les coeurs dans les poitrines. A ce cri, connu du désert tout entier, les crins des chevaux se hérissent; les chevaux emportent leurs cavaliers glacés d’effroi.

« Malheur à nous! se disent les Arabes ennemis d’Abs, AnUtr respire encore! c’est un piège qu’il nous a tendu ; il a voulu con-

ANTAK.

iiüiu e quelle serait la tribu assez hardie pour ambitionner après lui la conquête de son épouse et de ses biens. »

Un petit nombre seulement, toujours confiants dans la voix du vieux dieik, continuent à suivre de loin la caravane.

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Anlar, malgré sa faiblesse, replace Abla dans la litière et remonte sur Abjer, couvert de ses armes; il marche lentement à côté d’elle.

A la (in du jour, ils arrivèrent dans une vallée peu éloignée du territoire de la tribu d’Abs. Cette gorge se nommait la vallée des Gazelles. Entourée de montagnes inaccessibles, on n’y pénétrait du côté du désert que par une issue étroite et tortueuse où trois cavaliers pouvaient à peine marcher de front.

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Anfar, s’arrélani à l’ouverlure de ce défilt*, lit entrer d’abord les troupeaux, les esclavos et la chamelle qui portait la litière de sa chère Abla. Quand la caravane entière fut en sûreté dans la vallée, il revint se placer seul en sentinelle à l’extrémité du défilé, en face de la plaine et des Arabes qui le suivaient de loin. Ace moment, ses tortures augmentent, ses entrailles se déchirent, chaque pas de son coursier lui fait éprouver des supplices pareils au feu des enfers. La mort envahit ses membres et respecte son àme intrépide. Il fait face aux Arabes, il arrête Abjer, il plante sa lance en terre parla pointe, et, s’appuyant sur le bois comme un guerrier au repos qui laisse respirer son cheval, il demeure immobile à l’entrée du défilé.

A cet aspecl, les Irente guerriers qui avaient suivi jusque-là les traces do sa caravane s’arrêtent eux-mêmes, hésitant, à quelques centaines de pas du héros.

e Aniar, se disent-ils entre eux, s’est aperçu que nous suivions sa marche ; il nous attend là pour nous exterminer tous; profitons des ombres de la nuit qui tombe pour échapper à son sabre et pour rejoindre nos frères ! »

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