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appartiennent parmi les maîtres et les modèles de leur espèce. L’histoire, à notre avis, est comme le Jugement dernier de Michel-Ange : on n’y comparaît pas avec son costume, mais avec sa nature devant Dieu.
Quand le peuple aura étudié avec nous quelques grands hommes, il sera plus apte à comprendre, à ennoblir et à civiliser son pays. Les nouvelles phases du monde moderne, en détruisant l’esclavage et en convoquant les masses cà des participations plus larges
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dans leurs propres destinées, font de la moralité et de l’instruction deux conditions nécessaires de la liberté. Ces deux heureuses conditions de notre temps commandent aux philosophes et aux écrivains qui tiennent en main le miroir de la vérité, de tourner en bas le coté lumineux qu’ils tournaient jadis en haut. La lumière a assez monté, il est temps qu’elle redescende. La vérité s’est souvent faite homme, il est temps qu’elle se fasse foule. Nous savons combien cela est difficile. Le peuple et les écrivains n’ont pas parlé jusqu’ici la même lan-
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gue, c’est aux écrivains de se transformer et de s’incliner pour mettre la vérité dans la main des masses. S’incliner ainsi, ce n’est pas abaisser le génie, c’est l’humaniser : qui l’humanise, LE DIVINISE. Nous seiitous notre insuffisance, mais nous nous efforcerons d’élever le style de nos récits jusqu’à ce chef-d’œuvre de l’art, la simplicité : la simplicité, langue universelle, qui renouvelle entre le riche et le pauvre, entre le savant et l’ignorant, entre le sage et l’enfant, ce miracle symbolique des premiers messagers de l’Évangile qui ne parlaient qu’un seul idiome et
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qui étaient compris par les disciples de toutes nations! Prenez et lisez, dironsnous, comme le fils de l’horloger, aux familles des artisans les moins lettrées.
Voilà l’histoire descendue des degrés poudreux des bibliothèques, dépouillée de sa pourpre et de sa pompe, et parlant la langue familière dans des récits sobres et clairs, avec vos femmes et vos enfants. Nous essayons de nous faire son interprète. Nous avons chanté autrefois dans la langue des poètes pour les heureux et les. oisifs de de la terre. Nous avons parlé plus tard la langue des orateurs dans les tri-
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bunes des hommes d’État et dans les tempêtes civiles de la patrie. Plus humble aujourd’hui, et peut-être plus utile, nous ne rougissons pas d’apprendre la langue qui va à votre intelligence par votre cœur, et de nous faire simple avec les simples, petit avec les petits.
Mais, nous dit-on, en quoi sert l’histoire élémentaire aux hommes du travail et des humbles professions? Qu’ontils de commun avec vos héros, vos rois, vos philosophes, vos politiques?
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Qu’est-il besoin de connaître les jeux de la fortune, les catastrophes des empires, la conduite des choses humaines, pour forger son fer, conduire sa navette, tailler sa vigne, filer son fuseau?
Sans doute la foule n’a pas besoin de connaître l’histoire pour exercer un de ces métiers, elle n’en a pas besoin pour vivre, mais elle en a besoin pour penser. Et la pensée étant l’homme même, si vous voulez que votre foule soit composée d’hommes et non de machines humaines, donnez-lui les éléments de la réflexion. L’histoire est
peut-être le plus sain et le plus morali-
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sateur de ces éléments. Elle développe dans le peuple la chose qui lui manque le plus : la conscience. Elle rend la Providence visible dans la rémunération et dans l’expiation infaillible du bien et du mal. Si elle est commentée par un esprit droit et religieux, un cours d’histoire est une leçon de justice et un véritable cours de conscience pour les nations.
Mais ce n’est pas seulement une leçon de justice et un cours de con-
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science populaire, c’est un cours d’enthousiasme pour le beau. Cet enthousiasme pour le beau moral est un des instincts les plus rapprochés de la vertu que Dieu ait donnés à l’homme.
C’est l’aspiration involontaire et passionnée de Tâme vers les sommets de la perfection en toute chose ; c’est le sursum corda du genre humain, qui fait monter les cœurs d’admiration en admiration jusqu’à Dieu, source et abîme de toute beauté. Cette faculté, comme toutes les autres, ne se fortifie dans les individus et dans les masses qu’en s’exerçant. Quel plus magnifi-
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que exercice de cet enthousiasme que l’histoire? On a dit avec raison que le milieu dans lequel nous vivions, au physique et au moral, modifiait au bout d’un certain temps notre tempérament et notre âme; si donc vous laissez vivre un peuple en société habituelle et exclusive avec cette philosophie triviale, ces instincts ignobles, ces héros cyniques, cette littérature immonde dont il est saturé dans ses ateliers et dans ses chaumières, que voulez-vous espérer de vos générations?
Elles se succéderont comme des générations de vices, la stupidité au front,
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l’incrédulité dans le cœur, le ricanement sardonique sur les lèvres, des légendes infâmes dans l’imagination, des couplets cyniques dans la voix, le succès pour justice, la cupidité pour dieu, séditieuses dans la liberté, serviles dans le despotisme, honte d’ellesmêmes, de leur nation et de leur siècle ! Mais si vous les élevez, par l’histoire bien choisie et bien appropriée, à la contemplation des grandes œuvres de la Providence dans l’humanité, à l’intelligence des grandes destinées de l’homme en société sur la terre, à la compréhension des grandes lois reli-
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gieuses ou civiles qui régissent le monde en le perfectionnant, et si vous les mettez en société habituelle, par vos récits, avec ces grands hommes, ces hommes vertueux, ces esprits supérieurs, ces héros, ces martyrs, ces sages, ces philosophes, ces poètes, ces artistes qui, dans leur vie ou dans leurs œuvres, ont versé leur sang, leurs sueurs, leur âme, leur amour, leur patriotisme, leurs inspirations, leurs paroles, dans ce fonds commun de grandeur, de désintéressement, de dévouement à leurs semblables, de génie, de piété, de générosité, qui fait la
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gloire et le titre de l’espèce ; si vous inspirez ainsi à votre peuple la sainte religion de l’enthousiasme pour le nom, la pensée, les actes, les efforts, les revers, les morts même de ces types de l’humanité, soyez sûr que vous aurez inspiré en même temps à vos enfants l’émulation de ressembler à ce qu’ils admirent, et que cet enthousiasme, qui ne semble au premier moment que la flamme de l’imagination, descendra jusqu’au cœur et y sera bientôt un foyer de moralité nationale. L’homme est imitateur, parce qu’il est perfectible» Ce qui lui manque
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le plus, ce ne sont pas des leçons, ce sont des modèles. Prenez-les dans rhistoire et tenez-les*sans cesse devant les yeux de vos enfants. Ces enfants deviendront un peuple, et ce peuple vous honorera en vous surpassant . Il portera votre nom à la postérité, et votre tribut de civilisation au suprême civilisateur!
La civilisation a des formes aussi diverses que la pensée de Dieu a de plans divers dans l’humanité. La Providence a assigne à chaque race humaine, par les sites où elle l’a fait naître et par les instincts qu’elle lui a donnés,
un rôle qui n’est au fond ni supérieur ni in-
férieur, mais qui est différent seulement dans la vie du monde. Parmi ces races humaines, les unes sont sédentaires par inclination : elles bâtissent des villes, elles cultivent des champs autour de ces cités. La terre, distribuée en lots inégaux entre les familles, enclose de murs ou de fossés, s’y transmet héréditairement des pères aux enfants. Ces peuplades vivent des moissons que leur travail fait produire à leur patrimoine.
Les autres vivent du commerce, c’est-àdire du bénéfice qu’elles recueillent, non en cultivant elles-mêmes, mais en transportant et en échangeant les produits d’une contrée contre les produits d’une autre, en achetant à ceux-ci ce qu’ils ont do trop, en vendant à ceux-là ce qui leur manque, et en faisant
ainsi le trafic petit ou grand de tout ce qui a un prix sur le globe.
Quelques-unes de ces races sont, par nature et par situation géographique, manufacturières, ouvrières, fabricantes de tous les outils ou de tous les objets de nécessite et de luxe qui servent aux besoins et aux plaisirs de l’espèce humaine. Elles creusent des mines, elles en arrachent le fer, le cuivre, tous les métaux ; elles les façonnent ensuite à l’usage des métiers. Elles tissent les laines les chanvres, les soies ; elles en font des étoffes pour le vêtement du pauvre et du riche. Ce sont ces races ouvrières qui fabriquent ainsi le mobilier du genre humaini
D’autres vivent de la mer. Elles habitent.