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EFFET DE LUNE EN MER

La mer est grise, calme, immense; L'œil vainement en fait le tour.

Rien ne finit, rien ne commence :

Ce n'est ni la nuit, ni le jour.

Point de lame ' à frange d'écume.

Point d'étoiles au fond de l'air. Rien ne s'éteint, rien ne s'allume:

L'espace n'est ni noir, ni clair.

Albatros, pétrels aux cris rudes, Marsouins, souffleurs-, tout a fui.

Sur les tranquilles solitudes Plane un vague et profond ennui.

Nulle rumeur, pas une haleine.

La lourde coque au lent roulis Hors de l'eau terne montre à peine Le cuivre de ses flancs polis;

Et, le long des cages à poules.

Les hommes de quart', sans rien voir, Regardent, en songeant, les houles Monter, descendre et se mouvoir.

Mais, vers l'Est, une lueur blanche.

Comme une cendre au vol léger Qui par nappes fines s'épanche, De l'horizon semble émerger.

1. La lame est la nappe d'eau que soulève le vent, sur la mer.

2. h'albalros et le pétrel sont les oiseaux de mer qui s'éloignent le plus des côtes. — Les marsouins et les souffleurs sont des poissons cétacés, du genre des dauphin-s.

5. Le (juart est le temps pendant lequel une partie de l'équipage est de service.

POESIES PITTORESQUES ly^

Elle nage, pleut, se disperse, S'épanouit de toute part.

Tourbillonne, retombe, et verse Son diaphane et doux brouillard '.

Un feu pâle luit et déferle", La mer frémit, s'ouvre un moment, Et, dans le ciel couleur de perle, La lune monte lentement.

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LES ÉTOILES ETEINTES

A l'heure où sur la mer le soir silencieux

Efface les lointaines voiles.

Où, lente, se déploie, en marchant dans les cieux,

L'armée immense des étoiles.

Ne songes-ru jamais que ce clair firmament. Comme la mer, a ses désastres?

Que, vaisseaux envahis par l'ombre, à tout moment Naufragent et meurent des astres'?

Vois-tu, vers le zénith », cette étoile nageant Dans les flots de l'éther sans borne?

L'astronome m'a dit que sa sphère d'argent

N'était plus rien qu'un cercueil morne.

1. Un brouillard est duiphanc quand il laisse entrevoir l'objet sous son voile.

2. On dit que les lames déferlent quand elles se brisent impétueusement. Ici, la lune les éclaire de ses lueurs.

5. Ici, les astres sont comparés à des navires qui voguent dans l'espace, et peuvent y sombrer.

4. Le lènitb (mot arabe) est le point idéal où la verticile, suffisamment prolongée, rencontrerait le ciel au-dessus de nos têtes. Son oppose est le nadir.

Jadis, dans un superbe épanouissement,

D'un troupeau de mondes suivie,

Féconde, elle enfantait majestueusement L'amour, la pensée et la vie.

Tous ses bruits, un par un, se sont tus sous le ciel;

L'espace autour d'elle est livide'; Dans le funèbre ennui d'un silence éternel

Elle erre à jamais par le vide.

Pourtant, elle est si loin que, depuis des mille ans Qu'elle va, froide et solitaire.

Le suprême rayon échappé de ses flancs N'a pas encor touché la terre-.

Aussi, rien n'est changé pour nous : chaque matin La clarté de l'aube l'emporte.

Et chaque soir lui rend son éclat incertain '... Personne ne sait qu'elle est morte.

Auguste Dorchain.

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