Q,ue tapisse le velouté de la mousse
2l6 ANTHOLOGIE CLASSIQUE
L'averse dont le sol s'embaume, et qui dans l'eau Crépite en dessinant des ronds qui s'entrelacent; Les lames d'argent blanc qui polissent et glacent Le tronc du jeune chêne et celui du bouleau ' ;
Un lièvre qui s'assied sur les mousses crépues; Des chariots plaintifs dans un chemin profond : Autant de visions douces qui satisfont La curiosité des pouliches repues.
Même en considérant les margots- et les geais Qui viennent en amis leur conter des histoires, Elles ont tout l'éclat de leurs prunelles noires : C'est du feu pétillant sous des globes de jais!
Elles mêlent souvent à leurs douces querelles Le friand souvenir de leurs mères juments, Et vont avec de vifs et gentils mouvements Se mordiller le ventre, et se téter entre elles.
Leur croupe se pavane?, et leur toupet joyeux, S'échappant du licol en cuir qui les attache. Parfois sur leur front plat laisse voir une tache Ovale de poils blancs lisses comme des yeux.
Autour des châtaigniers qui perdent leur écorce. Elles ont dû passer la nuit à l'air brutal; Car la rosée, avec ses gouttes de cristal, Diamante les bouts de leur crinière torse.
Mais bientôt le soleil, flambant comme un enfer, Réveillera leur queue aux battements superbes. Et fourbira parmi les mouillures des herbes Leurs petits sabots blonds encor vierges du fer.
Maurice Rollinat.
1, Je ne sais pas si les pouliches y regardent de si près; mais ces détails sont d'un peintre, qui voit les objets d'un regard minutieux.