‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 287 sur 444 · LA CHANTEUSE · texte numérisé non relu

LA CHANTEUSE

La pauvre enfant, le long des pelouses' du bois, Mendiait: elle avait des larmes véritables; Et d'un air humble et doux, joignant ses petits doigts. Elle courait après les âmes charitables.

De longs cheveux touffus chargeaient son front hâlé-; Ses talons étaient gris de poussière, et sa robe N'était qu'un vieux jupon à sa taille enroulé, Où la nudité maigre à peine se dérobe!

Elle allait aux passants, les suivait pas à pas. Et disait, sans changer un mot, la même histoire. De celles qu'on écoute, et que l'on ne croit pas : Car notre conscience, aurait trop peur d'y croire M

Elle voulait un sou, du pain, — rien qu'un morceau! Elle avait, je ne sais dans quelle horrible rue. Des parents sans travail, des frères au berceau, La famille du pauvre, à peine secourue !

Puis, qu'on donnât ou non, elle essuyait ses pleurs, Et s'en retournait vite aux gazons pleins de mousses; S'amusait d'un insecte, épluchait quelques fleurs, Des taillis printaniers brisait les jeunes pousses.

Et chantaitM — Le soleil riait dans sa chanson! C'était quelque lambeau des refrains populaires; Et, pareille au linot^, de buisson en buisson. Elle lançait au ciel ses notes les plus claires!

1, Mot venu du provcn.;al pclos (fourre dru, cpais), d'où le sens de pelouse, gazon court et serré.

2. Hàlcr, anciennement dessécher. (Le soleil haie le teint, c'est-à-dire le dessèche et lui ôte sa fraîcheur.)

;. Nous aurions des remords si nous y ajoutions foi. Cette misère nous reprocherait notre dureté de cœur.

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