‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 404 sur 444 · LE BON GITE · texte numérisé non relu

LE BON GITE

« Bonne vieille, que fais-tu là?

Il fait assez chaud sans cela • Tu peux laisser tomber la flamme.

Ménage ton bois, pauvre femme, Je suis séché, je n'ai plus froid. »

Mais elle, qui ne veut m'entendre, Jette un fagot, range la cendre :

« Chauffe-toi, soldat, chauffe-toi. »

« Bonne vieille, je n'ai pas faim.

Garde ton jambon et ton vin ; J'ai mangé la soupe à l'étape.

Veux-tu bien m'ôter cette nappe !

C'est trop bon et trop beau pour moi. » Mais elle, qui n'en veut rien faire, Taille mon pain, remplit mon verre :

« Refais-toi, soldat, refais-toi'. »

« Bonne vieille, pour qui ces draps?

Par ma foi, tu n'y penses pas!

Et ton étable ? et cette paille Où l'on fait son lit à sa taille?

Je dormirai là comme un roi. »

Mais elle, qui n'en veut démordre', Place les draps, met tout en ordre :

« Couche-toi, soldat, couche-toi! »

— Le jour vient, le départ aussi. — « Allons! adieu... Mais qu'est ceci!

Mon sac est plus lourd que la veille... Ah! bonne hôtesse! ah! chère vieille,

1. Un soldat est arrivé dans une chaumière, en 1870, et y fait halte.

2. Se refaire, c'est se restaurer par le repos, le feu, les aliments.

3. Lâcher prise, après avoir mordu, et, par suite, se désislcr, renoncer à une idée, à un acte.

Pourquoi tant me gâter, pourquoi? »

Et la bonne vieille de dire,

Moitié larme, moitié sourire:

a J'ai mon gars ' soldat comme toi ! »

P. Derouléde.

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