LE BON GITE
« Bonne vieille, que fais-tu là?
Il fait assez chaud sans cela • Tu peux laisser tomber la flamme.
Ménage ton bois, pauvre femme, Je suis séché, je n'ai plus froid. »
Mais elle, qui ne veut m'entendre, Jette un fagot, range la cendre :
« Chauffe-toi, soldat, chauffe-toi. »
« Bonne vieille, je n'ai pas faim.
Garde ton jambon et ton vin ; J'ai mangé la soupe à l'étape.
Veux-tu bien m'ôter cette nappe !
C'est trop bon et trop beau pour moi. » Mais elle, qui n'en veut rien faire, Taille mon pain, remplit mon verre :
« Refais-toi, soldat, refais-toi'. »
« Bonne vieille, pour qui ces draps?
Par ma foi, tu n'y penses pas!
Et ton étable ? et cette paille Où l'on fait son lit à sa taille?
Je dormirai là comme un roi. »
Mais elle, qui n'en veut démordre', Place les draps, met tout en ordre :
« Couche-toi, soldat, couche-toi! »
— Le jour vient, le départ aussi. — « Allons! adieu... Mais qu'est ceci!
Mon sac est plus lourd que la veille... Ah! bonne hôtesse! ah! chère vieille,
1. Un soldat est arrivé dans une chaumière, en 1870, et y fait halte.
2. Se refaire, c'est se restaurer par le repos, le feu, les aliments.
3. Lâcher prise, après avoir mordu, et, par suite, se désislcr, renoncer à une idée, à un acte.
Pourquoi tant me gâter, pourquoi? »
Et la bonne vieille de dire,
Moitié larme, moitié sourire:
a J'ai mon gars ' soldat comme toi ! »
P. Derouléde.