LE ROMANTISME
Les évocations répétées, par le personnel révolutionnaire, du civisme antique ; par le gouvernement impérial, de l'héroïsme grec ou romain, avaient fini par fatiguer les esprits. Dès 1800, par réaction, la littérature se complut aux épisodes sentimentaux, aux scènes du moyen âge, voire aux visions exotiques. Et, charmés par ces sujets nouveaux, les esprits accueillirent avec un même enthousiasme les écrits de Chateaubriand, les prétendues poésies d'Ossian, qui troublaient Napoléon lui-même, les traductions ou adaptations de Shakspeare, Schiller, Gœthe ; enfin, les productions médiocres du comte d'Arlincourt et du comte de Tressan, qui rajeunissait les romans de la Table-Ronde. Ce bon et ce détestable préparaient au romantisme littéraire de Victor Hugo, d'Alfred de Vigny, de Théophile Gautier, et, parallèlement, au romantisme pictural de Géricault, de Delacroix et de leurs amis. A ces artistes, la voie avait été indiquée par Gros. C'est de l'intensité expressive des Pestiférés de Jaffa que sont sortis le Radeau de la Méduse, de Géricault, et le Massacre de Scio, de Delacroix.
Il y avait bien eu, auparavant, des essais timides dus à Giro-
ix L'ORIENTALISME
det et à un groupe de peintres justement oubliés : Revoil, Ducis, Destouches, Colin, qui avaient tenté d'accommoder les fantaisies moyenâgeuses à la discipline de David. Seul, leur camarade Granet sut être émouvant et personnel dans l'évocation des cloîtres et des voûtes sombres des salles capitulaires. Il devait, au reste, évoluer plus tard vers un art intime et délicieux.
Géricault, avec son Radeau de la Méduse et ses soldats épiques; Delacroix, avec Dante et Virgile, la Barque du Don Juan, la Liberté, la Grèce expirante, Sardanapale, Boissy d'Anglas, ces merveilles, personnifient la peinture romantique. Ils en furent les protagonistes et une avance considérable les sépare des mieux doués de leurs amis : Eugène Deveria, Louis et Clément Boulanger, Chenavard, Jean Gigoux, qui eurent pourtant leur heure de juste célébrité.
Il est opportun de rappeler que l'adversaire le plus intransigeant de Delacroix, Ingres, interpréta un moment, lui aussi, des épisodes « gothiques ». Tels, Paolo et Francesca, Entrée de Charles V à Paris, ordonnés à la façon des miniaturistes du moyen âge. Mais, c'est dans d'autres sujets et dans le camp adverse qu'il affirma son considérable talent et l'ampleur de son art.