LE PAYSAGE
Au moment oùflorissait l'école de David, le paysage était peu considéré. L'éducation donnée aux artistes était telle, qu'à part de rares exceptions : Georges Michel, Bruandet, Demarne, ils étaient incapables de comprendre la beauté d'un site national. Ils le voyaient à travers les paysages italiens et selon l'ordonnance arrêtée par N. Poussin et le Dominiquin, mais ils étaient inaptes à le parer de la poétique majesté que ces maîtres mettaient en toutes leurs œuvres. Encore, de l'aveu du dépositaire reconnu des règles du paysage classique, Valenciennes, étaitil nécessaire de justifier son utilité au moyen de personnages empruntés à l'histoire ancienne ou à la mythologie. Après avoir arrangé, défiguré plutôt, un site d'Ile-de-France, du Lyonnais ou de Provence, on y plaçait une ou deux figures drapées ou dévêtues, titrées : Diogène, Diane et Actéon, Polyphème, Saint Jean-Baptiste, Saint Jérôme, Agar, etc. C'est ainsi qu'opérèrent, jusqu'au milieu du xixe siècle, Bidauld, les Bertin, Caruelle d'Aligny, Rémond et bien d'autres. Les évocations naturistes de Jean-Jacques Rousseau, de Bernardin de Saint-Pierre, de Sénancour, demeuraient incomprises.
Des artistes indépendants, très épris des beautés du sol français, trop pauvres aussi pour aller visiter en Italie les sites classiques et trop honnêtes pour les reproduire de « chic », osèrent, à la faveur de la révolution romantique, peindre les paysages qu'ils avaient sous les yeux et exprimer leur naturelle poésie. Plus d'horizons secs, de feuillages découpés à la scie, de lumière diffuse ou de clair-obscur conventionnel, mais des fonds vaporeux, du vrai soleil perçant les frondaisons, dorant les haies, caressant les troncs des grands peupliers et des robustes chênes, de l'eau qui court à travers des prés verts où s'élèvent, non des fabriques romaines, mais d'humbles maisonnettes aux toits de chaume. Révolution considérable, facilitée heureusement par la présence, aux Salons de la Restauration, de paysagistes anglais et notamment du vigoureux Constable. L'Angleterre, dont l'éducation artistique avait été faite au xvne siècle par les maîtres hollandais et flamands, était, en effet, restée fidèle à leur art de vérité. Une école de paysagistes sincèrement épris de nature s'était formée, avait prospéré avec Gainsborough, Old Crome, Constable et Turner. La jeune école française de paysage fut fortifiée par les exemples venus d'outre-Manche. Paul Huet, qui