XI LE PAYSAGE
trouva des sites pleins de beauté aux portes de Paris même : dans l'île des Cygnes, à Grenelle, et dans le Parc de Saint- Cloud; bientôt Théodore Rousseau, Jules Dupré, Diaz, mettant dans leur œuvre l'enthousiasme qu'ils ressentaient, produisirent des peintures d'une beauté telle que les malveillants durent s'avouer vaincus. C'est la réalité, l'ambiance du sol de France, mais avec quelque chose de plus, de tout personnel, qui varie en puissance ou en charme suivant la vision du peintre.
A la suite de ces maîtres, il faut citer : Fiers, Daubigny, Chintreuil, Lavieille, Cabat qui devait, à la fin de sa vie, perdre, hélas ! la sincérité de ses jeunes années. Rousseau, Diaz, auxquels se joignit Millet, installés à l'orée de la forêt, forment ce qu'on appelle « l'école de Fontainebleau », où ils travaillèrent beaucoup.
Alors que ses contemporains fixaient la nature dans ses décors, sa poésie, Millet, frappé de l'âpre grandeur de l'homme des champs, a donné la première place au paysan. Avec une compréhension émouvante de son labeur, il a exprimé ses joies, ses douleurs. C'est lui, toujours lui, qui profile sa robuste stature sur la plaine de Chailly dont l'uniformité est rompue, de place en place, par un rocher, quelque bosqueton; au loin, c'est la ligne sombre, — immuable comme la ride gravée sur le front du paysan, — de la forêt de Fontainebleau.
Enthousiaste de campagne vraie plus qu'aucun, sensible aux plus fines harmonies, mais toujours très ordonné dans sa plus délicieuse fantaisie, Corot occupe, parmi les paysagistes français, une place à part, la première. Il y a dans ses toiles une telle poésie, un sentiment si vif de l'essentiel, que la moindre œuvre signée de lui paraît définitive. Enfin, alors que la touche puissante d'un Rousseau, d'un Diaz, d'un Paul Huet, s'est modifiée avec le temps, a perdu parfois de sa hardiesse, les nuances fines de Corot ont conservé leur légèreté et leur fraîcheur.
Français et Harpignies sont les derniers représentants de la pléiade des grands paysagistes. Leurs successeurs ont trop souvent remplacé la force par l'adresse.
L'animal n'était point oublié. Vers le même temps, Brascassat etTroyon, plus peintre, gagnaient à la représentation des bœufs et des moutons honneur et argent. Après eux vinrent Charles Jacque, Rosa Bonheur et van Marcke, qui eurent de nombreux imitateurs.
LA PEINTURE FRANÇAISE AU XI X« SIÈCLE xn