‹ Anthologie d'art français (volume 2)Chapitre 7 sur 11 · COURBET ET LE REALISME · texte numérisé non relu

COURBET ET LE REALISME

De môme qu'on s'était fatigué des Romains et des Grecs de David, on se lassa des épisodes moyenâgeux et des exubérances romantiques. La littérature évoluait, au reste. Balzac, s'inspirant de la vie de son temps, avait édifié un cycle de romans, émouvants comme la réalité. Et d'autres écrivains, avec plus ou moins d'intensité, suivaient la même voie. Les problèmes sociaux entraient dans les préoccupations du jour. La poésie, elle-même, se faisait humaine avec Baudelaire. Et, comme conclusion, survint la Révolution de 1848.

C'est alors que Millet, d'abord peintre de nudités, étudie le paysan ; c'est à ce moment que Courbet affirme son robuste talent dans des sujets répondant aux préoccupations de son époque. Le rustre, l'ouvrier, le petit bourgeois campagnard entrent dans ses toiles. Théoricien et porte-drapeau de l'art réaliste, il traita d'abord ces sujets, d'instinct. Et avec quelle maîtrise ! Comme la pâte est solide, brillante ! Il est tellement supérieur à ses confrères, qu'ils sont forcés de lui faire la place belle. Pour les jeunes, épris de vie, de lumière, de couleur franche, libérée de recettes académiques, il devient un guide. Parmi ces derniers, ceux que l'on appellera plus tard les Im- ■pressionnistes , seront, avant de trouver leur définitif mode d'expression, des disciples plus ou moins conscients de Courbet. Vers lui se tournaient aussi, une fois leur initiation terminée, les élèves de Lecoq de Boisbaudran. Ce maître admirable, en cultivant chez ses disciples l'éducation de la mémoire, a formé la plupart des artistes qui ont honoré le dernier quart du xixe siècle : Fantin-Latour, Alphonse Legros, Cazin, Guillaume Regamey, Lhermitte et bien d'autres. S'ils sont redevables à leur premier professeur d'un dessin caractéristique, c'est de Courbet qu'ils tiennent cette couleur souple, allant chez Fantin-Latour jusqu'aux plus délicates harmonies.

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