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LA PUISSANCE DES SYMBOLES

L’union théurgique n’est acquise que par l’observation des cérémonies ineffables, par des opérations rituellement accomplies, dignes des dieux, et surpassant tout l’entendement, et par la force inexplicable des symboles connus des seuls dieux. Car ce n’est point par l'intelligence que nous accomplissons les choses sacrées : sinon cet acte sera un effet de notre intelligence et proviendra de nous, ce qui est également inexact. Et, en effet, sans que nous le comprenions, les synthêmes divins accomplissent d’eux-mêmes leur œuvre propre et l’ineffable puissance des dieux, vers qui ces synthêmes se dirigent, y reconnaît d’elle-même ses propres images, mais non comme si elle était excitée par notre intelligence, car par nature, ce qui contient n’est point mis en mouvement par le contenu, ni le parfait par l’imparfait, ni le tout par les parties. Ainsi les principes divins ne sont point sollicités à l’acte par nos intelligences, mais il faut que, comme des causes connexes, ils précèdent celles-ci et toutes les meilleures dispositions de l’âme et de notre pureté propre ; et ce sont les synthêmes divins eux-mêmes qui éveillent principalement la volonté des dieux. Ainsi, de cette manière, les dieux se meuvent eux-mêmes et ils ne reçoivent point d’aucun être inférieur le principe de leurs propres actes. ( Livre II, $ xi)

l’inspiration

Tu dis que beaucoup de gens connaissent le futur par un enthousiasme et un transport divin, bien qu’ils soient éveillés au point d’avoir la possession de leurs sens, mais sans être maîtres d’eux-mêmes, ou tout au moins en l’étant moins qu’auparavant. Je veux donc te montrer par quels indices on reconnaît ceux qui sont vraiment possédés par les dieux : ou bien ils subordonnent entièrement leur vie aux dieux qui les inspirent comme un véhicule ou un instrument, ou bien ils ont changé leur vie humaine en vie divine, ou bien ils agissent dans leur vie propre, conformément à la volonté du dieu, car ils n’usent point de leurs sens et ils ne sont pas éveillés à la manière de ceux qui possèdent leurs sens ; ils n’atteignent point non plus eux-mêmes le futur et ils ne se meuvent point comme ceux qui agissent de leur propre mouvement ; au contraire, ils ne sont pas non plus maîtres d’eux comme aparavant, à aucun degré, et ils ne réflètent pas leur propre intelligence ni ne tirent leurs connaissances d’eux-mêmes.

Voici un signe très certain : beaucoup d’entre eux ne sont point brûlés par le feu, car le feu ne les peut toucher à cause de l’inspiration divine qui est en eux ; et beaucoup, si on les brûle, ne le perçoivent pas, parce qu’alors ils ne vivent pas de la vie animale. D’autres, traversés par des pointes de fer, ne le sentent point; d’autres reçoivent dans le dos des coups de hache ou se tailladent les bras avec des poignards sans rien ressentir. Leurs actions ne sont plus humaines, car le souffle divin les fait passer où l’on ne peut pas passer, ils se jettent dans le feu, sans aucun inconvénient, ils marchent dans le feu, ils traversent les fleuves, comme la prêtresse Kasta-

JAMBLIQUE

balienne. Cela montre que les enthousiastes ne connaissent plus leurs actes, qu’ils ne vivent plus de la vie humaine ni de la vie animale, ni pour la sensation ni pour la volonté, mais qu’ils la changent en une vie plus divine qui les inspire et les possède entièrement.

Il y a de nombreuses formes de la possession divine, et l’inspiration divine est produite de nombreuses manières, d’où il advient que souvent les signes de celle-ci sont différents. Tantôt les dieux par qui nous sommes inspirés sont différents et produisent une inspiration différente ; tantôt le mode différent des enthousiasmes rend différent aussi le théophorie. Car, ou bien le dieu nous possède, ou bien nous sommes absorbés en lui, ou bien nous agissons d’une action commune à la sienne. De même, quelquefois, nous participons à sa puissance divine la plus inférieure, tantôt à sa puissance moyenne, tantôt à la première de toutes. Et quelquefois la présence divine est nue, quelquefois même la communion se produit, ou même l’union de ces enthousiasmes ; et l’âme seule en jouit, ou elle y fait participer le corps, ou l’être entier.

Dans ces différents cas, les signes que présentent les inspirés sont divers : mouvements du corps ou de certains membres, ou tranquillité absolue ; ordre harmonieux et danses et voix mélodieuses ; ou quelquefois tout le contraire. Parfois le corps semble croître, ou se gonfler, ou être emporté très haut dans les airs ou bien ce sont des actes contraires à ceux-ci. Tantôt on remarque une intensité égale de la voix ; tantôt celle-ci varie beaucoup à cause des silences interposés, parce que, tantôt les sons sont augmentés ou diminués selon l’art musical, tantôt il en est autrement.

Mais le plus important c’est que le theagogue voit

le souffle descendre et entrer en lui, et en aperçoit la grandeur et la qualité et qu’il est conduit et dirigé par celui-ci mystiquement. Celui qui le reçoit voit auparavant l’image du feu ; quelquefois cette image est visible à tous les assistants, à l’arrivée ou au départ du dieu ; d’après cela on peut déterminer exactement la véracité, la puissance et surtout le rang de ce dieu ; et ceux qui connaissent cette science peuvent dire au sujet de quoi il est capable de dire la vérité, quelle puissance il peut déployer et quels actes il peut accomplir. Mais ceux qui, privés de ces bienheureux spectacles, évoquent des souffles qu’ils ne voient point, tâtonnent comme dans l’obscurité et ne savent rien de ce qu’ils font, sauf quelques légers signes qui apparaissent dans le corps de l’enthousiaste, et de quelques autres aperçus clairement, ils ignorent l’ensemble de l’inspiration divine qui demeure cachée pour eux dans l’invisible.

c Livre ///. S 4, 5 et 6)

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