REMÈDES CONTRE LES MALÉFICES
Il est quelques hommes qui, empêchés par les maléfices, ne peuvent pratiquer le coït avec leur femme ; pour leur être utile, nous voulons dévoiler dans ce livre quel est le médicament très saint, si nous ne nous abusons pas. S’il te convient, espère donc en Dieu, et il te donnera la bénignité. Mais parce que les maléfices sont multiples, nous allons d’abord les étudier. Quelques-uns des maléfices proviennent d’animaux, comme les testicules de coq placés sur le lit avec du sang, ont pour effet d empêcher ceux qui sont dans le lit de s’unir ; d’autres de caractères écrits avec du sang de chauve-souris ; d'autres par les choses qui naissent de la terre, comme si une noix ou un gland est séparé en deux et qu’une des moitiés soit placée en une partie et l’autre dans une autre partie du chemin par lequel doivent venir l’époux et l’épouse ; d’autres sont confectionnés au moyen de graines de fèves qui ne sont ni amollies par« l’eau chaude, ni cuites par le feu,
ARNAULD DE VILLENEUVE
ce qui est le maléfice le plus pernicieux si trois ou quatre de ces graines sont placées sous le lit, ou dans le chemin, ou sur la porte ou auprès des époux. Il en est d’autres qui sont faits de métaux, soit de fer, ou de plomb et fer ; d’autres sont faits d’une aiguille avec laquelle les morts ou les mortes sont cousus dans leur suaire ; et comme toutes ces choses diaboliques qui s’accomplissent principalement dans les femmes sont guéries par les moyens, les uns divins, les autres humains, donc si un époux ou une épouse sont opprimés par des maléfices de ce genre, il est plus saint, en vérité, de rechercher ceux-ci, parce que, s’il ne leur est pas porté secours, ils se séparent et se fuient et, de cette façon, le maléfice s’exerce non seulement dans les paroxysmes, mais même dans le traitement.
Si nous voulons extirper le maléfice du lit, il faut voir si le maléfice s’y trouve et l’emporter. Mais si l’auteur de ce maléfice l’y place, soit de jour, soit de nuit, sans que l’on puisse s’en emparer, il faut chercher une autre maison dans laquelle l’homme et la femme puissent se coucher ; mais on reconnaît si ce maléfice a été composé par des caractères, lorsque l’époux et l’épouse ne s’aiment pas l’un l’autre ; il faut donc chercher le maléfice sur le seuil de la porte, ou dessous, et, si l’on trouve quelque chose il faut l’apporter au prêtre. Mais s’il n’en est pas ainsi, et qu’une noix ou un gland soit la cause du maléfice, il faut prendre l’objet maléfique, ce gland ou cette noix qui est séparée, et que l’homme, en en prenant une moitié, se mette en marche et se place à un certain endroit ; puis, que la femme, partant d’un autre point, et portant l’autre moitié, s’arrête au même endroit ; la coquille étant ôtée, que la noix soit reconstituée, et, lorsqu’elle sera raffermie, qu’ils la mangent au bout de six jours. Si le maléfice a été donné par les fèves, la guérison
pent être mieux obtenue par les moyens divins que par les moyens humains. Si le maléfice est produit par l’aiguille des morts, le maléfice doit être cherché dans le matelas ou l’oreiller du lit ; s’il ne peut être trouvé, il faut aller coucher dans une autre maison et un autre lit.