‹ Anthologie de l'occultismeChapitre 144 sur 229 · NICOLAS FLAMEL · texte numérisé non relu

NICOLAS FLAMEL

entendant très bien toutes les opérations qu’il démontrait, mais ne sachant point avec quelle matière il fallait commencer, ce qui me causait une grande tristesse, me tenait solitaire et faisait soupirer à tout moment. Ma femme Perrenelle, que j’aimais autant que moi-même, laquelle j'avais épousée depuis peu, était toute étonnée de cela, me consolant et demandant de tout son courage si elle me pourrait délivrer de fâcherie. Je ne pus jamais tenir ma langue, que je ne lui dise tout, et je lui montrai ce beau livre, duquel, au même instant qu elle l’eût vu, elle fut autant amoureuse que moi-même, prenant un extrême plaisir de contempler ces belles couvertures, gravures, images et portraits, auxquelles figures elle entendait aussi peu que moi...

Tant \ a que, par la grâce de Dieu et intercession de la bienheureuse et sainte Vierge, et benoîts saints Jacques et Jean, je sus ce que je désirais, c’est-à-dire les premiers principes non toutefois leur première préparation, qui est une chose très difficile sur toutes celles du monde. Mais je l ’eus encore à la fin après les longues erreurs de trois ans environ, durant lequel temps je ne fis qu’étudier et travailler, ainsi qu’on me peut voir hors de cette arche ou j ’ai mis des processions, contre les deux piliers d’icelle, sous les pieds de saint Jacques et saint Jean, priant toujours Dieu, le chapelet en main, lisant très attentivement dans un livre et pesant les mots des Philosophes, et essayant puis après les diverses opérations que je m’imaginais par leurs seuls mots. Finalement je trouvai ce que je désirais, ce que je reconnus aussitôt par la senteur forte. Vvant cela j’accomplis aisément le magistère ; aussi, sachant la préparation des premiers agents, suivant ensuite à la lettre mon livre, je n’eusse pu faillir encore que je l’eusse voulu. Donc, la première

fois que je fis la projection, ce fut sur du mercure, dont j’en convertis une demi-livre ou environ en pur argent, meilleur que celui de la minière, comme j’ai essayé et fait essayer par plusieurs fois. Ce fut le 17 de janvier, un lundi environ midi, en ma maison, présente Perrenelle seule, l’an de la restitution de l’humain lignage mil trois cents quatre-vingts deux. Et, puis après, en suivant toujours de mot à mot mon livre, je la fis avec la pierre rouge, sur semblable quantité de mercure, en présence encore de Perrenelle seule en la même maison, le AÛngt-cinquième jour d’avril suivant de la même année, sur les cinq heures du soir, que je transmuai véritablement et quasi autant de pur or, meilleur très certainement que l’or commun, plus doux et plus ployable. Je le peux dire avec vérité, je l’ai parfaite trois fois avec l’aide de Perrenelle, qui l’entendait aussi bien que moi pour m’avoir aidé aux opérations, et, sans doute, si elle eût voulu entreprendre de la parfaire seule, elle en serait venue à bout.

J’en avais bien assez la parfaisant une seule fois, mais j’avais très grande délectation de voir et contempler dans les vaisseaux les oeuvres admirables de la Nature. Pour te signifier comme je l’ai parfaite trois fois (la transmutation), tu verras en cette arche, si tu le sais connaître, trois fourneaux semblables à ceux qui servent à nos opérations.

Page 1