TRAITÉ DES CHOSES NATURELLES ET SURNATURELLES
Le Ciel est visible, mais incompréhensible ; il exerce ses opérations d une façon magnétique, desquelles nous observons plusieurs merveilles tout à fait surnaturelles. Le Ciel, orné de ses astres, opère par leur vertu sur Terre et la Terre correspond au Ciel. Car la Terre contient aussi sept planètes, qui sont engendrées des célestes par une impression et influence spirituelle ; mais puisque les astres opèrent dans les minéraux incompréhensiblement et spirituellement, cela doit être tenu pour une chose surnaturelle.
Les deux corps de deux personnes qui s’aiment mutuellement sont visibles à nos yeux, parce que le corps de l'homme est une chose naturelle ayant une forme extérieure. Mais l’amour qui est réciproque entre ces deux personnes ne se voit nullement, car l’amour est spirituel, invisible, incompréhensible et surnaturel. Il n’est autre chose qu’une certaine force et attraction magnétique, d’autant que l’amour invisible s’attire par l’imagination spirituelle des amants qui, par ce moyen, unissent leurs cœurs par une amitié parfaite.
Le Ciel porte de l’amour à la Terre, et la Terre à l’homme, comme le macrocosme au microcosme, parce que le microcosme reçoit ses vertus du macrocosme. La Terre, par l’imagination de son désir invisible tire à elle l’amour du Ciel, et alors se fait une union du supérieur avec l’inférieur, de la même façon qu’en l’homme et en la femme qui sont dits un même corps. Et après cette union, la Terre conçoit par l’influence du corps suprême qui est le Ciel, et commence à engendrer selon la vertu de l’influence du Ciel supérieur qu’elle a conçu, et qui,
ensuite est échauffé par les éléments et amené à une maturité parfaite ; effet qui doit être compris parmi les effets surnaturels, comme provenant d’une vertu surnaturelle finissant et achevant ses opérations dans les choses naturelles.
Le sens surnaturel se rencontre encore dans les choses naturelles qui consistent en la vertu médicinale, tant des minéraux, animaux, végétaux, laquelle vertu doit être véritablement extraite d’un corps visible et naturel en une substance spirituelle et comme surnaturelle, afin que l’Esprit unifiant qui était emprisonné et enfermé dans le corps, puisse être délié et mis en liberté, afin de paraître puissamment en ses opérations, comme un feu subtil et spirituel, qui unifie et brûle tout le superflu en la nature, sans qu’il en puisse être empêché par un corps trop matériel, qui étouffait entièrement son activité et sa vertu, qu’il ne peut exercer selon la nécessité requise en ses opérations, qu’après qu’il est tout à fait séparé hors de son corps.
Car par la séparation on rejette ce qui est mort, et on retient ce qui a vie, qui n’est autre chose qu’une substance ou médecine spirituelle et surnaturelle, laquelle, étant fort pénétrante, fait des opérations parfaites et admirables.
Bref, tout ce qui a un corps grossier et tangible est naturel ; mais pour s’en servir en médecine, il faut le rendre spirituel et surnaturel. Car tout ce qui est spirituel et surnaturel contient en soi une vertu vivifiante, et ce qui est simplement matériel et grossier est comme une chose morte.
(Bibliothèque de l’Arsenal, ms. 3oi6.)
(Chapitre Ier.)
PIC DE LA MIRANDOLE
PIC DE LA MIRANDOLE
La réputation de prodige intellectuel que sut acquérir ce philosophe , l’un des promoteurs de la Renaissance italienne, s’est conservée jusqu’à nous. Après avoir suivi pendant sept ans les cours des plus célèbres Universités de France et d’Italie, il parvint, dit-on, à parler vingtdeux langues et à s’ assimiler toutes les sciences connues à son époque, à tel point que, se trouvant a, Rome, il s’ engagea à soutenir une thèse de neuf cents propositions sur toutes les choses qu’il fût possible de connaître, de omni re scibili. Il mourut à Florence, âgé seulement de trente et un ans, après avoir écrit des œuvres assez nombreuses, qui attestent une très grande érudition philosophique. Il avait étudié très attentivement Platon, Aristote et les Alexandrins ainsi que Raymond Lulle ; il connaissait l’astrologie et l’alchimie et il avait fait une étude toute particulière de la Kabbale, chose assez rare à son époque. Il cite le Zohar et plusieurs ouvrages rabbiniques qu’il paraît avoir lu fort sérieusement. Ses soixante-douze Conclusions Kabbalistiques sont un de ses plus curieux ouvrages ; il entreprend d’y démontrer l’identité de la Kabbale et de la doctrine Christiano-Messianique. On verra, par les extraits suivants, qu’il sut comprendre l’identité du fond de toutes les doctrines ésotériques, depuis la philosophie de Pythagore et les mystères Dionysiaques , jusqu’à la théologie mosaïque et au mysticisme chrétien.