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LA GÉNÉRATION UNIVERSELLE

Tout lieu n’est pas apte à la génération des choses, et toute sorte d’urne ne peut être employée indifféremment à contenir les ossements des rois.

MICHEL MAIER

Bien qu’il n’y ait qu’une seule erase, qui est la Terre Mère et l’Iris, une certaine portion de ceci reçoit notre Oiseau, lorsque son destin s’est accompli, afin qu’il puisse ressusciter plus tard, et une vertu secrète s’y trouve cachée, qui, à bon droit, lui rend la vie. De même que les levains, par la cuisson, donnent à la farine toutes sortes de formes de pains et la rendent apte à nous porter les aliments dans toutes les parties de notre corps, de même la puisance de cette terre est royale, car par elle se revivifient les choses qui sont mortes et ensevelies ou immergées dans les flots. ( Triade deuxième.)

Il nous est impossible de passer sous silence une catégorie de livres qui eurent autrefois une vogue considérable , surtout parmi le peuple des campagnes ; et que nous grouperons sous le nom générique de Grimoires. L’origine de ces ouvrages remonte certainement à la plus haute antiquité. On voit , par le témoignage de Flavius Josèphe, que des livres attribués à Salomon, et destinés à faire paraître les démons , existaient déjà vers le ier siècle. Plus tard, nous les trouvons mentionnés au xiiT siècle par Roger Bacon, et nous avons donné plus haut des extraits des Éléments de magie de Pierre d' Abano qui sont le prototype de tous les grimoires. Toutefois, c’ est au xvie siècle que leur usage fut le plus répandu, et c’est à cette époque qu’il faut placer la rédaction de tous ceux que nous possédons, et qui fut inspirée probablement de documents plus anciens, aujourd’hui perdus. Il y a lieu

ANTHOLOGIE DE LOCCULTISME

de croire qu’ils furent mis à la mode , en France, par les sorciers italiens, tels que Cosme Ruggieri, que Catherine de Médicis traînait à sa suite, car tous ces volumes sont fortement teintés de langue italienne. Il nous est impossible de nous livrer ici à une étude complète de leur origine et de leur composition. Bornons-nous à dire que Von peut les diviser sommairement en trois catégories : i° les Grimoires proprement ddts, destinés à faire apparaître les démons ; 20 les rituels destinés à se protéger contre ces mêmes démons ; 3° les livres de secrets dits magiques, contenant souvent des recettes purement naturelles .

Parmi les premiers , nous citerons le Grimoire du Pape Honorius, les Clavicules de Salomon. Malgré la diversité de leurs titres, ces ouvrages se reproduisent plus ou moins ; ils empiètent les uns sur les autres, se parent de noms illustres et fourmillent d’anachronismes, tels que ceux qui placent le nom , de Paracelse dans la bouche de Salomon. On les retrouve encore reproduits à diverses époques, sous les titres les plus fantaisistes : le Dragon Rouge, la Poule noire, le Grand Grimoire, la Grande Ciavicule, la Magie Noire, Armadel, ou le Grand Agrippa, qui ne sont, en réalité, que la reproduction d’un seul et même ouvrage avec des variantes plus ou moins heureuses ; mais il ne faut pas s’attendre, en cette matière à rencontrer de la méthode ni de l’esprit critique. Outre les nombreuses éditions qui en ont été données, il en existe de fort beaux manuscrits , notamment à la bibliothèque de l’Arsenal à Paris, qui en possède une collection remarquable. Les manuscrits sont , en général, beaucoup plus corrects et bien plus intelligemment rédigés que les éditions imprimées , destinées, la plupart, au colportage dans les campagnes et hérissées d’erreurs grossières.

//Enchiridion du Pape Léon III est le type des ouvra-

LES GRIMOIRES

ges de; second genre ; il fut « envoyé au sérénissime Empereur des Français Charlemagne , par le pape Léon pour le rendre heureux dans tous les événemens de sa vie » dit la préface de l’édition de Mayence , i633. Le manuscrit original est conservé , dit-on, à la Bibliothèque du Vatican, bien que nous n’ayons jamais pu l’y découvrir. Il contient de curieuses prières, et quelques recettes qui y ont été ajoutées après coup.

Enfin, comme type des ouvrages de la troisième catégorie, nous citerons le Petit Albert, attribué à Albert le Grand, le Grimoire ou Magie naturelle, imprimé à La Haye vers 1740, et un certain nombre de manuscrits que l’on retrouve encore au fond de quelques campagnes. Ils contiennent des recettes, tantôt très réelles, comme celle de l’extrait de viande, imprimée avec tous ses détails dans le Grimoire de La Haye, plus de cent ans avant Liebig ; tantôt cocasses, comme celle de la jarretière du voyageur ; mais qui, en tout cas, mériteraient d’être vérifiées.

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