EN CHRIST
Nous croyons que, dans ce monde, il y a du feu, de Pair, de Peau et de la terre, et, en outre, le soleil et les étoiles, et que cela compose tous les êtres de ce monde. Supposez aussi, par comparaison, que le père soit le feu de toutes les constellations, comme il Pest dans l’élément pur ; que le fils, ou son cœur, soit le soleil, qui procure à toutes les constellations une vive lumière et une douce joie ; que Pesprit saint soit Pair de la vie, sans lequel ni le soleil, ni les constellations n’existeraient ; et que Pesprit du grand monde, considéré tout ensemble, soit la chaste vierge Sophia, qui est devant Dieu, lequel esprit du grand monde donne à toutes les créatures de ce monde, par l’influence des étoiles, l’affection, le sens et le discernement ; c’est ainsi, en effet, qu’il est dans le ciel.
La terre terrestre se compare au ternaire saint, dans lequel est Y aquaster céleste ou la source aquatique, entendez dans la terre céleste, que j’appelle l’élément, parce qu’elle est pure. Ainsi Dieu est un esprit, l’élément pur est la terre céleste, car il est substantiel ; les essences dans la terre céleste sont le paradis de la végétation ; et la vierge de la sagesse, ou sophia se compare ainsi au grand esprit de tout le monde céleste, et elle ouvre les grandes merveilles, non seulement dans la terre céleste, mais aussi dans la grande profondeur de la divinité.
JACOB BŒHME
Car la divinité est insaisissable et invisible, cependant compréhensible ; mais la vierge est visible comme un pur esprit, et l’élément est son corps, ce qui s’appelle le ternaire saint, la terre sainte.
Or, dans ce ternaire saint est entrée la divinité invisible, en sorte qu i! y eut là un mariage éternel, et qu’ainsi, pour parler par comparaison, la divinité fut dans le pur élément, et que l’élément fut la divinité; car Dieu et le ternaire sont devenus une même chose, non pas en esprit, mais en substance, comme le corps et l ame ; et de même que l’âme est au-dessus du corps, de même aussi Dieu est au-dessus du ternaire saint.
Voilà donc ce qu’est la vierge céleste ou la sophia. dont l’esprit de Dieu a parlé dans les anciens sages ; et le ternaire saint est noire vrai corps dans l’image, corps que nous avons perdu ; et que maintenant le cœur de Dieu a pris à soi comme corps. Or, ce noble corps, aussi bien que celui de ta chaste vierge de Dieu, a été posé sur Marie, non pas comme un vêtement, mais entièrement puissant dans ses essences, et cependant incompréhensible aux essences de ce monde, de la chair et du sangdans le corps de Marie ; néanmoins compréhensible à l’âme de Marie. Car l’âme marchait dans le terrain saint. Mais elle ne pouvait pas encore sortir de la colère, et cela ne pouvait avoir lieu que dans le brisement du terrestre par le céleste, dans la mort du Christ.
(Chapitre XXII, § 70 à 74.)